Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

Est-il juste de restreindre la liberté d’instruction ?

(Merci à Charles, à Marianne et aux autres membres de l’OVEO qui nous ont aidées dans la mise au point de cette page.)

En guise d’introduction

Par Catherine Barret, membre de l’OVEO

Pour bien comprendre l’article qui suit, il est important de se replacer dans le contexte – paradoxal en apparence seulement – des événements actuels : d’un côté, un état d’urgence qui peut conduire à des restrictions aux libertés individuelles dans le but de prévenir des situations violentes, de l’autre, des progrès dans la défense des droits des enfants, avec la mise en marche d’un processus qui pourrait conduire (nous l’espérons) à une véritable interdiction de toute violence faite aux enfants sous prétexte d’éducation1.

C’est au milieu de ces débats qu’a été adopté récemment2 un amendement à la loi « Égalité et Citoyenneté » limitant les conditions d’exercice du droit à la liberté d’instruction, droit qui permet aux parents qui le souhaitent d’instruire leurs enfants « en famille » (IEF), ou aussi bien dans des écoles ne relevant pas de l’Éducation nationale ni de son contrôle. Ce décret, qui menaçait d’ailleurs les conditions d’exercice de l’IEF depuis de nombreuses années déjà, fera désormais porter le contrôle par l’Éducation nationale non seulement de la réalité de l’instruction (ce qui était déjà le cas, avec des contrôles annuels possibles par l’inspection académique), mais de sa conformité à ses méthodes et à ses programmes. Autrement dit, il ne faudra plus seulement justifier globalement du niveau de connaissances atteint à l’âge de 16 ans (fin de l’instruction obligatoire), mais du niveau atteint à la fin de chaque « cycle scolaire », ce qui met à mal le principe même de l’IEF (du moins dans sa version la plus répandue en France), selon lequel les enfants apprennent à leur propre rythme et ne suivent pas de programme imposé.

La défense de la liberté d’instruction n’est pas en soi un objectif de l’OVEO, qui lutte contre la violence éducative ordinaire dans tous les lieux : d’abord la famille, mais aussi l’école, les institutions, la société et la culture en général. Pour la plupart des parents, l’école apparaît non seulement comme le meilleur lieu, mais le seul envisageable pour instruire leurs enfants – voire les « éduquer ». Il arrive même que, pour certains enfants, l’école soit un refuge pour échapper à une famille violente3), et elle est pour beaucoup, malheureusement, le seul moyen accessible pour « s’intégrer » socialement.

Cependant, de plus en plus, l’école devient (ou redevient4) un lieu d’exacerbation des contradictions de la société. Alors qu’elle défend (et affirme enseigner) les « valeurs républicaines » (Liberté, Égalité, Fraternité), elle est de plus en plus le lieu où se transmettent (avec ou sans l’accord plus ou moins tacite des parents) des valeurs de compétition, de lutte de tous contre tous, plutôt que de solidarité et d’empathie. Alors qu’elle prétend protéger (que ce soit par le savoir ou par une « autorité morale ») les enfants et les jeunes de tentations violentes, elle n’a ni les compétences ni les moyens pour résoudre les problèmes à l’origine de la violence (et de sa propre violence). Les « valeurs républicaines » qu’elle prétend enseigner sont en contradiction avec ses propres pratiques, que les enseignants les approuvent ou non, en souffrent ou non.

Dans ce contexte, il devient d’autant plus important qu’il existe des contre-modèles, des exemples de pratiques où les besoins essentiels des enfants soient respectés, leur personnalité, leur mode de développement, leur créativité, leur corps même. Des exemples qui montrent qu’un être humain n’est pas nécessairement mieux préparé à affronter un monde difficile en étant confronté dès le plus jeune âge à un grand groupe, où les relations, essentiellement avec des « pairs », le coupent des autres « classes d’âge » et des adultes, perçus bien davantage comme des sources d’autorité et de pouvoir que de sécurité et de confiance (ou même de savoir).

Restreindre encore davantage qu’elle ne l’était la liberté d’exercice de l’instruction en famille ou dans des écoles « parallèles » empêchera-t-il certains jeunes déboussolés, ayant une histoire de délinquance précédée d’un mélange (à des degrés encore à analyser) de traumatismes successifs, de carence affective et d’abandon par les adultes, de chercher refuge dans des croyances sectaires et de mettre fin à leur propre vie dans un acte de vengeance brutale ? En aucun cas. Cela évitera-t-il le conflit suscité, y compris au sein même de l’Éducation nationale, par la vieille conception autoritaire devenue inacceptable pour une bonne partie des citoyens (et des enseignants), en particulier les plus jeunes, ceux qui préparent les « générations futures » ? Plus généralement, cela résoudra-t-il la contradiction, chez une autre partie des citoyens, entre leur désir de liberté (quoi que ce mot veuille dire) pour eux-mêmes, et de répression pour « les autres », y compris leurs propres enfants ? Jamais de la vie. Cela aidera-t-il à rendre notre société plus cohérente, plus paisible ? À la rendre plus créative sans que cela signifie une lutte de tous contre tous, le gaspillage et la destruction des ressources ? Impensable.

Le durcissement du contrôle de l’IEF et des écoles « différentes » relève donc avant tout d’une logique répressive, qui frappe à côté du but (qu’il s’agisse de prévention de la violence ou d’efficacité de l’instruction), au moment même où des avancées (certes limitées) dans la lutte contre la violence éducative ordinaire en tout lieu devraient au contraire offrir une garantie supplémentaire que le droit à la liberté d’instruction ne sera pas détourné de ses vrais buts. Si l’idée est de mettre tous les enfants sur un pied d’« égalité » en leur faisant suivre à tous le même programme au même moment, ne serait-il pas plus urgent de se soucier de réduire les inégalités sociales, et l’esprit de compétition qui régit tout le reste de la société, école comprise ? « Égalité » ne signifie pas mise en conformité, nivellement, contrôle de tout ce qui sort de « l’ordinaire ». Si la liberté d’instruction est considérée comme une menace, c’est bien parce qu’elle pourrait donner trop d’idées dérangeantes, et pas parce que ces idées seraient dangereuses pour les premiers concernés : les enfants.


Comment restreindre la liberté pédagogique porte atteinte à la liberté d’apprentissage et représente une violence faite à tous les enfants, qu’ils soient instruits en famille, dans des écoles différentes ou bien au sein de l’Éducation nationale

Par Amandine Cadars, membre de l’OVEO

Précisons tout de suite qu’il ne s’agit pas de faire ici l’apologie de l’instruction en famille (IEF), ni d’une quelconque mouvance pédagogique alternative, qui en soi ne sont pas garantes d’une « éducation sans violence ». Néanmoins, la diabolisation de toute dérogation aux normes de l’Éducation nationale (ce que j’appellerais « l’éducationnationalement correct ») amène à de grandes incohérences entre ce que l’on dit souhaiter pour les nouvelles générations et ce qu’on leur offre en pratique comme possibles. Ainsi, proscrire la VEO du quotidien de nos enfants passe aussi, en toute logique, par le respect du rythme et des modalités de leurs apprentissages.

Au nom de la crainte (sur quels fondements ? On les cherche encore, comme en témoignent les députés qui ont déjà émis un amendement contre ce décret) de la radicalisation religieuse, et face au nombre croissant de déscolarisations d’enfants de l’école publique, le ministère de l’Éducation nationale a donc décidé, sans prendre le temps de chercher à comprendre le pourquoi de cette « fuite » (toute relative !) d’élèves, de soumettre l’IEF et les écoles usant de pédagogies alternatives aux mêmes normes que celles de l’Éducation nationale , quand bien même ce serait à cause de ses normes que celle-ci voit sa popularité interrogée…

En effet, c’est très souvent pour alléger, voire dépasser le modèle scolaire classique, source de stress (apprentissages dirigés et standardisés, effectifs toujours croissants, évaluations, humiliations, sans parler de la violence également entre élèves, conséquence au moins en partie du cadre en place) et de dysfonctionnements5, que les familles quittant l’Éducation nationale font ces choix « hors normes » : c’est bien pour permettre à leur enfant d’échapper à la standardisation des savoirs et des attentes telle qu’elle se pratique à l’école. D'autres veulent juste dessiner d’autres approches dans la transmission (notamment en remettant à leur juste place les liens intergénérationnels) et l’acquisition des savoirs, savoir-faire et savoir-être qui modèlent notre société... et tous recherchent avant tout l'épanouissement de leurs enfants. La fameuse socialisation de l’enfant (et les liens non seulement entre les enfants, mais entre eux et les autres générations, entre eux et leur environnement) y gagne également, alors que le modèle scolaire unique peut au contraire enfermer dans toutes sortes de phobies ou de dysfonctionnements…

Je rappelle ici un paragraphe de l’article Violence à l’école et violence de l’école publié sur le site de l’OVEO : « Un système scolaire basé sur la performance et sur l'évaluation (notation, mise en concurrence de tous contre tous) ne peut ni tenir compte des besoins fondamentaux des enfants, ni leur permettre de développer leurs capacités sociales (entraide, coopération), mais seulement conduire à l'exclusion (de fait) de tous ceux qui ne parviennent pas (souvent pour de très bonnes raisons !) à s'y adapter. » Le système scolaire français correspond effectivement aujourd'hui encore à cette description. Cette forme de VEO est ce qu'on appelle la « violence de l'école », qui subsistera même quand la « violence à l'école » aura disparu, si tant est que cela soit possible.

Les parents qui regardent « ailleurs » s’interrogent, cherchent, et s’inspirent d’autres modèles (qui ont largement fait leurs preuves dans d’autres pays, notamment européens), et donc d’autres manières d’aborder l’enfance. Et, au final, même les écoles dites classiques peuvent potentiellement bénéficier de ces nouvelles approches. On le voit dans le nombre d’enseignants pratiquant eux-mêmes parfois l’IEF pour leurs propres enfants, ou allant se former dans des associations de pédagogies alternatives pour en faire bénéficier leurs élèves.

Certains ont même réussi à créer de ces écoles que Bernard Collot (auteur de La Pédagogie de la mouche) appelle « du troisième type », avec une efficience en termes de bien-être et de niveau d’instruction (qui ne raisonne pas par paliers d’âges ni même par « matières ») largement supérieure à celle de l’ensemble du système, mais l’Éducation nationale française préfère les ignorer, voire les empêcher, ce qui n’offre d’autre choix aux parents que l’IEF ou les écoles alternatives comme solutions pour échapper à un système essoufflé6.

Quoi qu’il en soit, les « alternatives » en matière d’instruction ne sont pas sans contrôles déjà bien en place, l’un à caractère social, l’autre axé sur la progression des apprentissages. Il y a donc bien un encadrement déjà pensé et pour lequel aucun argument objectif n’a montré de lacune. Pourtant, le ministère de l’Éducation nationale a mis en place un décret visant à modifier les conditions de contrôle pédagogique de l’instruction en famille, soumettant désormais les enfants concernés à un éventuel contrôle hors de leur lieu de vie (ce qui semble peu cohérent), mais aussi aux mêmes paliers de niveaux que ceux attendus au sein des écoles (jusque-là, le seul « devoir » des parents en IEF était que l’enfant maîtrise le socle commun arrivé à l’âge de 16 ans) et en les soumettant également, lors de ces contrôles, à des tests oraux ou écrits, quand bien même les parents auraient fait pour leurs enfants le choix de ne pas les évaluer au sens de juger leurs apprentissages, processus qu’ils considèrent comme intrinsèquement naturels et n’appartenant qu’à leur enfant.

Par ailleurs, à travers les apprentissages informels (sans programmes définis ni évaluation7) et en tout cas autonomes, les parents trouvent pour leur enfant une continuité avec une approche bien-traitante de sa personne, de la même façon qu’ils ont pu éventuellement le materner plus petit, en tentant de concilier et d’ajuster leurs impératifs avec les besoins de ce petit d’homme en pleine construction de son identité et de son rapport au monde.

On imagine alors comment ces mêmes enfants pourraient vivre le fait de voir soudainement la confiance en leurs propres compétences, qui se développent dans le temps de façon non linéaire, niée et remplacée par l’arbitraire de paliers et de contrôles, et par le jugement extérieur d’une inspection, ce qui peut déjà arriver quand le dialogue et la confiance ne s’établissent pas entre parents et inspecteur. Notons également que les parents eux-mêmes sont, dans cette approche, soumis à l’autorité de l’Éducation nationale, ce qui n’est pas en accord avec les textes fondamentaux tels que la Constitution notamment (voir la page La loi).

Certes, une telle liberté dans la construction des apprentissages ne concerne qu’une partie très minoritaire des enfants, y compris au sein de l’IEF8, mais la violence reste la même et, finalement, prive l’ensemble des enfants de tout un autre champ de possibles en matière d’apprentissage et de devenir. Autrement dit, l’Éducation nationale française, sans avoir la modestie de s’inspirer des modèles de ses voisins européens, ou l’humilité de reconnaître que l’on peut apprendre et devenir un « bon citoyen » hors de ses murs, devient toute-puissante et voie unique de ce que peut vivre un enfant entre 3 et 16 ans.

Chez les enfants instruits en famille ou dans des systèmes pédagogiques différents de celui de l’E.N., aucune étude ne témoigne d’un retard intellectuel (c’est même souvent le contraire !) qui pourrait justifier pareilles mesures. Ainsi, les mêmes neurosciences qui permettent aujourd’hui un autre regard porté sur l’enfant, et donc la remise en cause de nos pratiques éducatives traditionnelles, nous informent également sur la manière dont un enfant apprend, avec pour moteur principal son enthousiasme et sa soif naturelle de comprendre et d’intégrer le monde qui l’entoure. On prend souvent l’exemple du bébé qui apprend à parler, ou à marcher… sans avoir à suivre de leçons ! Et pourtant, dans les programmes scolaires français, on demande, toujours plus et toujours plus tôt, un degré d’abstraction inouï, des méta-connaissances finalement bien souvent prématurées et que l'enfant n’aurait aucune difficulté à acquérir par la suite, alors que sur l’instant, bien souvent, elles le coupent de ses élans naturels, de son enthousiasme même, et l’encombrent bien plus qu’elles ne lui servent. Il semble que l’apport des neurosciences en la matière est simplement ignoré, alors que le processus et le paradigme (respect de ce qu’est un enfant) sont les mêmes !

Quel respect pour l’enfant, quand on décide pour lui ce qu’il doit apprendre, à quel âge et de quelle façon, et que l’on sanctionne l’évolution de ses apprentissages ? Quelle prise en compte de son individualité, de son cheminement propre, de ses élans naturels et de ses compétences immenses (certes fort méconnues, mais bien réelles9) ! Quand l’Éducation nationale admettra-t-elle qu’un apprentissage n’est jamais linéaire et que, par conséquent, on ne peut pas le contrôler, sous peine de le casser ou au moins de le perturber fortement ?

Combien d’enfants l’Éducation nationale broie-t-elle, simplement en les « notant », en les jugeant « bons » ou « mauvais » ? Au nom de quoi peut-on justifier qu’il faille absolument qu’un enfant français maîtrise la lecture et l’écriture à 8 ans, alors qu’un petit Allemand du même âge n’y sera initié que depuis un an seulement ? Chaque enfant a son rythme propre, et l’on sait par exemple qu’un enfant qui ne lirait qu’à 9 ans pourra s’avérer un bien meilleur lecteur qu’un autre qui aura été forcé à lire dès l’âge de 6 ans.

L’École française a tant à gagner à améliorer encore son système, tant pour lutter contre le mal-être enseignant chroniquement évoqué, que pour les enfants citoyens du monde de demain… Je ne peux que m’indigner quand, au lieu de viser à améliorer le quotidien de millions d’enfants, on vient couper l’herbe sous les pieds de ceux qui permettent de réfléchir à d’autres possibles et de les dessiner, par ailleurs de manière fort efficiente.

Je regrette donc qu’au lieu d’une réelle remise en cause, urgente, du fonctionnement de l’Éducation nationale française (et ce ne sont pas les modèles et sources d’inspiration qui manquent, y compris dans les pays voisins, donc), on vienne stigmatiser les familles ou les équipes éducatives qui tentent d’ouvrir de nouvelles voies, voies qui peuvent se révéler fructueuses pour tous, tant au sein des familles que, par ricochet, dans les pratiques éducatives des écoles publiques. J’insiste sur ce point car il me paraît souvent oublié : non, même en IEF, les enjeux ne concernent pas que l’enfant ou sa famille, puisque nous sommes fondamentalement des êtres sociaux.

En bref, à mon sens, restreindre ainsi la liberté pédagogique des parents (inscrite par ailleurs dans la Constitution, mais aussi dans la Déclaration universelle des droits de l’homme) et la liberté d’apprentissage des enfants, revient à exercer une violence que rien ne justifie, qui a des effets insidieux qui peuvent être profonds, tant pour l’estime de soi de l’enfant et pour son rapport aux autres que pour la fluidité et la solidité de ses apprentissages… Alors, à quoi bon ?

On pourrait rêver d’une réelle politique en faveur de l’enfance, que l’on ne peut compartimenter et étiqueter au gré de normes décidées loin de ce que nous savons à son propos (notamment au sujet de ses besoins), aujourd’hui plus jamais, grâce aux études comparées et aux neurosciences. Une vue d’ensemble, une remise en cause profonde de nos interactions avec nos enfants semble bien urgente, pour ne pas s’engluer dans des dysfonctionnements toujours plus nombreux qui pénalisent les enfants, les adultes qui les accompagnent, et avec eux le devenir de toute une société.

Au cœur des deux problématiques que soulèvent les réformes récentes autour du devenir de nos enfants (VEO et IEF), on trouve toujours cette vision de l'enfant qu'il faut forcer au moment (et de la façon) choisi par l’adulte, soumettre à des cadres rigides décidés hors de lui « pour son bien », et qu’il s’agit de juger et potentiellement de sanctionner (dans le cadre de cette réforme de l’IEF : tests et, si « échec », injonction de scolarisation…), faute de quoi il ne saurait « pousser droit »...

Pourtant, les études menées sur les apprentissages dits autonomes10 témoignent fort bien que, de même que l'absence de VEO ne conduit pas à l'enfant-roi tyrannique et invivable, la liberté d'apprentissage ne crée ni analphabètes ni individus asociaux, ce serait même tout le contraire !

Alors, et si nous tentions pleinement de faire confiance à nos enfants et de les laisser grandir en permettant à tout leur potentiel de se développer et de s’exprimer ? Au-delà des particularités, il me semble bien que c’est toute notre société qui s’en trouverait grandie et enrichie…


  1. Voir nos articles Présentation de la proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants et Un amendement pour abolir la VEO déposé à l’Assemblée nationale. []
  2. Voir la Lettre aux sénateurs de l’association « Les Enfants d’abord », qui reprend tout l’historique, y compris l’Exposé de l’amendement 852 à la loi « Égalité et Citoyenneté », intégré le 29 juin 2016 au projet de loi. []
  3. L’exercice a tout de même ses limites, quand on sait jusqu’où, bien souvent, cette violence doit aller pour qu’un enseignant signale une famille maltraitante (et d’abord s’aperçoive du problème) – de la même façon qu’il en faut beaucoup, aujourd’hui encore, pour que des parents se plaignent d’un enseignant violent… (Voir notre Appel à la solidarité. []
  4. Car n’oublions pas que l’Instruction publique du XIXe siècle a été conçue sur un modèle quasi militaire et bien peu « égalitaire ». Voir par exemple cet article de Grégory Chambat, enseignant et collaborateur de la revue N'Autre école, paru en 2012 dans la revue Contretemps… []
  5. Cf. le « mauvais classement » de la France tant en matière d’éducation que de bien-être de l’enfant, selon le rapport 2016 de l’Unicef sur les « inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches ». []
  6. Cf. la vidéo du CNRS L’École à bout de souffle (aussi sur Public Sénat), et la Lettre ouverte aux parents de Philippe Ruelen. []
  7. Dans le film Demain, par exemple, un responsable éducatif finlandais explique qu’il préfère passer du temps à enseigner/transmettre plutôt qu’à évaluer… Sous couleur d’évaluation (mot qui, dans une acception positive, pourrait désigner une idée de « retour d’information », voir sur cette question les articles d'Alfie Kohn et ses livres, en particulier Punished by rewards), l’enseignement en France reste dans une culture de la sanction. (Note AC/CB.) []
  8. La majorité des familles pratiquant l’IEF suivent les paliers, voire les programmes et modèles de l’Éducation nationale. Quant aux parents qui prônent la « non-violence éducative », il fut un temps où ils étaient également fort peu nombreux, et loin d’être entendus par un ministère ! []
  9. Voir les livres de Jesper Juul, en particulier Regarde, ton enfant est compétent ! (éd. Chronique sociale, 2012, à reparaître aux éd. Fabert). []
  10. Voir le livret de Claudia Renau Les Apprentissages informels expliqués à mon inspecteur, les ouvrages de John Holt, et bien d’autres. []

Un amendement pour abolir la VEO déposé à l’Assemblée nationale

hemicycle-banc-des-commissionsUn petit pas vers l'interdiction de toute violence faite aux enfants

L'Assemblée nationale a finalement adopté dans la nuit du 1er au 2 juillet 2016 un amendement au projet de loi "Egalité et citoyenneté", visant à compléter la définition de l'autorité parentale établie par l'article 371-1 du code civil.

Cet article serait ainsi rédigé (l'ajout souligné en italique) :

"L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l'intérêt de l'enfant. Elle appartient aux parents jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne et à l'exclusion de tout traitement cruel, humiliant ou dégradant, y compris tout recours aux violences corporelles."

Nous saluons ce pas vers l'abolition de toute violence faite aux enfants, tout en regrettant la timidité et l'ambiguïté de la formulation de cet amendement, qui laisse planer le doute sur ce qui est réellement "interdit" ou condamné par la loi (même en l'absence de sanction pénale) : en effet, on peut se demander si la notion de "violences corporelles" inclut bien toute forme de châtiment corporel, y compris gifles et fessées.

L’OVEO reste persuadé de la nécessité d’une loi qui interdise clairement toute violence éducative à l’encontre des enfants où qu’ils se trouvent.

Cette loi constituerait un vrai point d’appui, non pour "culpabiliser" les parents ou les punir, mais pour les aider concrètement à trouver d'autres façons d'élever les enfants. Elle devra s'accompagner d'une grande politique de prévention et de sensibilisation à une éducation respectueuse de l’enfant, comme cela a été fait en Suède il y a plus de trente-cinq ans maintenant.

Cet article sera complété ultérieurement. Voir aussi :

  • compte-rendu de la discussion à l'Assemblée ayant conduit à l'adoption de l'amendement restreint ;
  • notre revue de presse.

    Un amendement pour abolir la VEO déposé à l’Assemblée nationale (13 juin 2016)

    Nous avons le plaisir de vous annoncer qu'un amendement a été déposé à l'Assemblée nationale par les députés François-Michel Lambert et Edith Gueugneau pour faire inscrire dans le projet de loi Egalité et Citoyenneté l’abolition des violences faites aux enfants.

    Cet amendement devrait être examiné en commission spéciale du 14 au 16 juin 2016, et en séance à l'Assemblée nationale du 27 au 30 juin (donc beaucoup plus rapidement que n’aurait pu l’être le récent projet de proposition de loi contre la VEO).

    Cet amendement instaure un nouveau chapitre dans la loi "Egalité et Citoyenneté" (dans le TITRE III – POUR l’ÉGALITÉ RÉELLE, après l'article 41), regroupant toutes les dispositions du précédent projet de loi.

    Vous trouverez ci-joint notre dossier complet de présentation de cet amendement.

    Lien vers la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi Egalité et citoyenneté. Elle est composée de 70 membres, dont Marie-Anne Chapdelaine et François de Rugy, qui avaient cosigné la précédente proposition de loi.


Présentation de la proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants

Les colonnes du peristyle du Palais Bourbon, Statue d'Aguesseau

Le 20 avril 2016 à 15h, les députés Édith Gueugneau et François-Michel Lambert ont tenu une conférence de presse à l’Assemblée Nationale pour présenter le projet de proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants.

Ce projet est soutenu par plusieurs personnalités opposées à la violence éducative ordinaire : Dre Cécile Alzina, Docteure en psychologie, Dre Edwige Antier (pédiatre et ancienne députée), Dre Jacqueline Cornet (association "Ni fessées ni tapes"), Vincent Dennery et Lucie Dhainaut (de la Fondation pour l'enfance), Regina Jensdottir (membre du Conseil de l'Europe), Dr Gilles Lazimi (médecin généraliste et parrain de l'OVEO), Dre Emmanuelle Piet (Présidente du Collectif Féministe Contre le Viol), Henriette Zoughebi (Ancienne Conseillère régionale d'Île-de-France), ainsi que plusieurs membres de l’OVEO.

 

Les articles de ce projet sont les suivants :

Article 1er

Nul, pas même le ou les titulaires de l’autorité parentale, n’a le droit d’user de violence physique, d’infliger des châtiments corporels et des souffrances morales ni de recourir à toute autre forme d’humiliation envers un enfant.

Article 2

Le Code civil est ainsi modifié :

1° À l'article 371-1 du Code civil, après les mots : « pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne », sont ajoutés les mots « qui exclut tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux punitions corporelles » ;

2° Au même article après le deuxième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« L’autorité parentale ne comprend aucun droit de correction, aucune forme de violence physique et morale, aucune punition corporelle ni aucune autre forme d’humiliation envers l'enfant. »

Article 3

À l’article 213 du même code, après les mots : « Ils pourvoient à l'éducation des enfants et préparent leur avenir », sont ajoutés les mots : « sans exercer de violence ni infliger aucune souffrance de quelque nature qu’elle soit. »

Article 4

Le code de santé publique est ainsi modifié :

L’article L2132-1 est complété par un alinéa ainsi rédigé :

À la première page du carnet de santé de l’enfant doit figurer la mention suivante : « Nul, pas même le ou les titulaires de l’autorité parentale, n’a le droit d’user de violence physique, d’infliger des punitions corporelles et des souffrances morales ni de recourir à aucune autre forme d’humiliation envers un enfant. »

 

L’OVEO soutient cette proposition de loi civile pour plusieurs raisons :

  • elle a une visée éthique et symbolique : l’enfant doit avoir le même droit que l'adulte au respect de sa dignité et de son intégrité physique.
  • la loi va poser une limite claire : il n’y a pas de violence acceptable.
  • elle permettra de changer rapidement les comportements, comme on a pu le voir dans les pays qui l’ont déjà votée. Les changements sont moins rapides lorsque seules des mesures d’information sont mises en place
  • il est important que la loi soit civile et non pénale : il n’est pas question de punir les parents mais bien de leur donner un repère.

En soutien à cette proposition de loi, l’OVEO va :

  • mettre à disposition les ressources sur le sujet auprès des élus, des institutions françaises, des médias et du public ;
  • coordonner le projet en lien avec le gouvernement, l’ONU, le Conseil de l’Europe et les associations françaises et mondiales demandant l’abolition des châtiments corporels ;
  • faire appel aux 250 associations qui ont signé depuis 2007 notre « appel à l’interdiction des punitions corporelles » afin qu’elles relaient l’information et se mobilisent en faveur de la proposition de loi ;
  • solliciter un à un les élus pour qu’ils prennent position et, bien sûr, relayer la proposition de loi sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, l’OVEO milite pour la mise en place :

  • d’une campagne d’information régulière à l’échelle nationale
  • d’une politique d’accompagnement des parents

 

Pour plus d’informations, veuillez consulter le dossier de presse (Nous le mettons régulièrement à jour au fur et à mesure que des co-signataires s'ajoutent. Dernière MAJ : 7 juin 2016)

Contacts presse :
Gilles Lazimi : glazimi@gmail.com
Olivier Maurel (président de l’OVEO) : omaurel@wanadoo.fr
Maud Alejandro : maud.alejandro@oveo.org

 

Voir dans notre Revue de presse les articles qui commentent ce projet de proposition de loi.


Les punitions corporelles dénoncées dans le « Livret des parents »

Le-livret-des-parents-2Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, a présenté lundi 4 avril 2016 le tout nouveau "Livret des parents". Ce document, réalisé en partenariat avec la CNAF, sera envoyé aux futurs parents au cours du cinquième mois de grossesse. Un paragraphe est consacré aux punitions corporelles et humiliations et à leur nocivité :

Et le recours aux punitions corporelles ?
Face à ces nouvelles explorations, votre enfant aura besoin que des repères, partagés par les parents, soient posés et lui soient expliqués. Frapper un enfant (fessées, gifles, tapes, gestes brutaux) n’a aucune vertu éducative. Les punitions corporelles et les phrases qui humilient n’apprennent pas à l’enfant à ne plus recommencer, mais génèrent un stress et peuvent avoir des conséquences sur son développement. Sans culpabiliser les parents qui, à un moment, n’ont pas imaginé d’autres solutions, il est possible de trouver des appuis dans les lieux de soutien à la parentalité pour une éducation sans violence.

Ce livret n'est pas la loi que nous espérions (voir les points soulignés ci-dessous), mais c'est un premier pas. C'est la première fois qu'il est fait mention des punitions physiques dans un texte émanant du gouvernement français.

À cette occasion, VICE News a interviewé Olivier Maurel : La fessée n’a « aucune valeur éducative » pour le gouvernement français.

Olivier Maurel était également, avec Edwige Antier, l'invité de l'émission "Seul contre tous" mercredi 6 avril, sur l'antenne de Sud Radio. Le podcast est à télécharger sur le site de la radio.

Le nouveau livret est disponible en pdf sur le site du ministère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes et sur le site de la CAF.


Quelques erreurs du "Livret des parents"

Ce livret est une avancée indéniable, mais il recèle néanmoins quelques erreurs de fond, que nous relevons ici.

  • Le livret recommande aux parents de fixer à leur enfant « des limites claires et adaptées à son âge » (page 6). Et plus loin (page 13) : « Fixer des règles et des limites, c'est sécuriser votre enfant. Mais se faire obéir, ce n'est pas tout interdire. »

    Non. Contrairement à une idée très répandue (notamment par la psychanalyse), c’est l’affection qu’il reçoit de ses parents, et non les règles ou le cadre qu’ils lui imposent, qui sont sécurisantes pour un enfant. Ce dont a besoin un enfant pour se développer, ce n’est pas que ses parents lui fixent des « limites » (il en rencontre déjà suffisamment dans sa vie quotidienne), mais qu’ils le protègent, l’aident, l’accompagnent, l’écoutent, fassent attention à lui… Les nombreuses règles imposées aux enfants « pour leur bien » correspondent en réalité plutôt aux limites de leurs parents, qui souvent manquent de patience et d’énergie pour répondre à tous leurs besoins. Et la phrase « ma patience a des limites ! » (souvent proférée comme une menace par les parents) trahit la vraie raison qui les pousse à vouloir « se faire obéir » de leurs enfants…

    Abreuvés par toute cette propagande sur la nécessité des limites, les parents reproduisent tout naturellement sur leurs enfants le modèle qu’ils ont hérité de leurs propres parents, celui de l’éducation à l’obéissance, avec ses effets destructeurs sur la personnalité et l’autonomie des enfants... On se demande au passage ce que peut bien signifier « tout interdire » à un enfant... Probablement juste une formule pour rassurer les parents, qui pourront ainsi continuer à interdire en toute bonne conscience à leurs enfants, sinon tout, du moins beaucoup de choses…

  • « Les punitions corporelles et les phrases qui humilient n’apprennent pas à l’enfant à ne plus recommencer » (page 7) : Ceci n'est pas tout à fait exact. Car l'éducation à l'obéissance, ça marche ! Sinon, l'usage des châtiments corporels ne serait pas aussi répandu. Les enfants frappés par leurs parents sont terrorisés, et n’ont souvent pas d’autre choix que de se soumettre. Ils obéissent, par peur de la prochaine punition. Ils ne « recommenceront plus », du moins pas de sitôt, et pas en présence de leurs parents... En ce sens, les punitions corporelles atteignent une partie de leur but.
  • Comme garantie du respect des droits des enfants par la France, le livret cite (en page 12) la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE, ratifiée en 1990 par la France), mais sans mentionner les obligations de la France. Pourtant, en février 2016, le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies lui a rappelé pour la quatrième fois son devoir de mettre en pratique l'article 19, qui lui enjoint de protéger les enfants contre toute forme de violence, si faible soit-elle : « Le Comité réitère sa recommandation à l’État partie d’interdire explicitement les châtiments corporels dans tous les domaines, y compris la famille, les écoles, les lieux de garde et de soins alternatifs » et « qu’aucune violence faite aux enfants n’est justifiable ».
  • Le livret se termine par une liste de sites de référence (page 16), dont le site belge yakapa.be, pour la prévention de la maltraitance. Malheureusement, ce site non seulement prend position contre une loi interdisant la fessée (comme d’ailleurs notre ministre Laurence Rossignol !), mais (contrairement au « Livret des parents ») il va jusqu’à défendre la « petite fessée » (cf. la vidéo Il y a fessée et fessée), alors qu'on sait maintenant que la VEO (dont la fessée est l’exemple le plus souvent donné) et la maltraitance ont les mêmes effets néfastes sur les enfants, avec uniquement une différence de degré, pas de nature1...

  1. Cf. l’étude américaine citée par cet article, et en anglais Risks of Harm from Spanking Confirmed by Analysis of Five Decades of Research, extrait de l’article : “We as a society think of spanking and physical abuse as distinct behaviors,” she says. “Yet our research shows that spanking is linked with the same negative child outcomes as abuse, just to a slightly lesser degree.” Traduction : « Notre société considère la fessée et la maltraitance comme deux comportements bien distincts", dit-elle [Elisabeth Gershoff, l’un des auteurs de cette méta-analyse portant sur 50 ans de données]. Cependant, notre recherche montre que la fessée est liée pour l'enfant aux mêmes conséquences négatives que la maltraitance, seulement à un degré légèrement moindre. » []

Appel à la création d’un réseau solidaire contre la violence éducative ordinaire

Cet appel lancé le 8 mars 2016 sur le site de l'OVEO est encore susceptible de mises à jour. Il sera prochainement proposé en résumé sous forme de pdf imprimable.

Le but de l'appel est de constituer un fichier (confidentiel) de personnes et associations "ressources" qui pourraient répondre localement, ou selon leurs compétences, aux situations sur lesquelles nous serions alertés par des demandes à l'adresse de contact solidarite-violence-educative@oveo.org. Seules les personnes "ressources" auraient accès à ce fichier et pourraient se concerter directement pour échanger des informations et décider de leurs moyens d'action selon les situations.


Appel à la solidarité entre parents, enseignants, éducateurs, professionnels de l’enfance et associations pour briser la loi du silence entourant les pratiques de violence éducative ordinaire dans l’enseignement et sur les lieux d’accueil

Nous, membres de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO, www.oveo.org), invitons tous les parents, enseignants et professionnels de l’enfance (en exercice ou en formation), élus, services sociaux et associations de bonne volonté à nous contacter afin de créer un réseau solidaire qui interviendrait dans des situations où, en dehors des familles, les enfants de tous âges sont maltraités au sens le plus large du terme : violences physiques et psychologiques souvent considérées comme « petites » eu égard à la tradition, mais lourdes de conséquences sur l’avenir des enfants.

Le bon sens et l’observation directe nous le disaient déjà depuis longtemps, mais on sait aujourd’hui sans plus le moindre doute que les brutalités physiques (fessées, gifles, tirer les cheveux ou les oreilles, secouer, bousculer, infliger des punitions douloureuses), ainsi que les violences psychologiques (menace, moquerie, jugement, punitions de toute sorte, à quoi il faudrait ajouter les récompenses, puisqu’elles servent elles aussi à contrôler les enfants, à les mettre en compétition entre eux et à les rendre dépendants d’un système d’évaluation) sont une cause de stress, de destruction de l’empathie, du sens moral, de l’estime de soi et de la confiance en soi, ainsi que de la motivation à apprendre (motivation intrinsèque).

Plus aucun professionnel ne devrait ignorer les découvertes scientifiques sur le fonctionnement du cerveau et sur le développement des enfants de la naissance à l’âge adulte. Malheureusement, ces connaissances ne font guère partie de la formation des enseignants et de la plupart des professionnels de l’enfance. Les médecins et psychologues eux-mêmes sont rarement sensibles aux effets de la maltraitance dite « légère », ne savent pas la repérer, ou la considèrent comme normale et nécessaire. Toute cette ignorance est la conséquence d’une tradition ancienne (dans les familles comme dans l’ensemble de la société), qui se perpétue de génération en génération par le mécanisme du déni et du refoulement à l’âge adulte des souffrances de l’enfance.

Il est difficile pour un adulte de reconnaître qu’il a souffert en vain, qu’il aurait pu être plus heureux s’il avait été traité avec respect et amour. Mais aujourd’hui, grâce aux découvertes des neurosciences et grâce à la lente évolution d’une minorité de plus en plus nombreuse d’adultes « conscients », il devrait être possible de briser la loi du silence entretenue dans ces situations de maltraitance très souvent couverte par les institutions, même lorsqu’elle n’a rien de « léger », et à plus forte raison lorsqu’elle est considérée comme normale, voire souhaitable, par beaucoup de parents.

Souvent aussi, même les parents de bonne volonté ignorent ce qui se passe à l’école, parce que les enfants sont sous influence, se croient eux-mêmes coupables de ce qu’on leur fait (ils l’ont « mérité »), puisque leurs parents les laissent (par ignorance, par déni, par commodité, par peur de l’autorité) dans ces situations et tentent de les persuader que c’est « pour leur bien ». Quelques années plus tard, on s’étonnera de voir ces mêmes enfants devenus adolescents refuser le système scolaire, brutaliser leurs camarades et les enseignants, comme s’ils n’avaient pas d’histoire, comme s’ils avaient toujours été ainsi, de nature, alors que tous les êtres humains sont doués à la naissance de capacités prosociales remarquables et ne demandent qu’à aimer et être aimés, respecter et être respectés.

Sur une planète mondialisée où le niveau de violence, de compétition, de destruction économique et écologique menace jusqu’à notre survie, il est temps que les adultes – parents, professionnels et simples citoyens – de bonne volonté se mobilisent pour défendre activement les enfants dans les situations où ils sont abandonnés de tous.

L’OVEO appelle à la création d’un réseau informel de solidarité afin de mettre en relation, dans le plus grand nombre possible de situations, les « lanceurs d’alerte » isolés, voire menacés, et des personnes ou associations « ressources » qui interviendraient par des moyens divers pour les soutenir et remédier dans l’intérêt de tous à ces situations. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur quelque profession que ce soit. Tout comme les parents, les enseignants et les professionnels héritent d’un système et d’une tradition. Il s’agit aussi de les aider (dans la mesure du possible) à prendre conscience des conséquences de leurs actes, ne serait-ce qu’afin qu’on ne se contente pas de les déplacer pour qu’ils recommencent ailleurs les mêmes agissements. Mais les enfants n’ont en aucun cas à en payer le prix.

Jusqu’ici, la plupart des parents n’avaient généralement pas d’autre recours, pour défendre leurs enfants, que de les retirer de l’école, du lieu de garde ou de l’institution où ils étaient maltraités, abandonnant les autres enfants à leur sort. De même, les professionnels qui souffrent d'être les témoins impuissants de cette violence éducative institutionnalisée doivent pouvoir sortir de leur isolement et trouver du soutien pour que leur indignation légitime vienne en aide aux enfants victimes. Ensemble, nous devons mettre en demeure les institutions de changer, de ne plus agir contre l’intérêt des enfants pour protéger une hiérarchie défaillante.

Parents, professionnels, associations qui souhaitez dénoncer de telles situations ou intervenir pour aider d’autres personnes à le faire, contactez-nous à l’adresse solidarite-violence-educative@oveo.org (ou par courrier à Olivier Maurel, 1013C, chemin de la Cibonne, 83220 Le Pradet) en précisant où et de quelle façon vous pouvez intervenir, directement ou indirectement. Vos coordonnées ne seront en aucun cas rendues publiques, mais seulement communiquées, avec votre accord, aux personnes avec qui nous pourrions vous mettre en relation.

Ensemble, soyons la voix de nos enfants !


Communiqué de presse du 4 février 2016

Les 13 et 14 janvier derniers, la France a été auditionnée par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, chargé, tous les 5 ans environ, du suivi de l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) par chaque pays signataire.

Sans surprise, ce comité réitère, dans sa recommandation publiée le 4 février 2016, sa demande à la France d'interdire explicitement le châtiment corporel des enfants dans les familles, à l'école et en tout lieu accueillant des enfants. Ci-dessous le texte du communiqué que nous envoyons aux principaux médias et que nous vous invitons à faire circuler.

Télécharger le communiqué de presse en pdf


Réaction de l’OVEO à la recommandation du Comité des droits de l’enfant de l’ONU appelant la France à adopter une loi d’interdiction explicite des châtiments corporels dans les familles et en tout lieu accueillant des enfants



En France, on n’a pas le droit de frapper une personne adulte, pas le droit de frapper un animal de compagnie, mais on a le droit de frapper un enfant.

Souhaitant mettre fin à cette injustice, l’OVEO – Observatoire de la violence éducative ordinaire – a été fondé en 2005 pour favoriser, développer et promouvoir le plus largement possible l’information de l’opinion publique et des responsables politiques sur la pratique et les conséquences de la violence ordinaire dite “éducative”, c’est-à-dire les diverses formes de violence utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants.

L’OVEO demande que l’État français adopte une loi interdisant explicitement les châtiments corporels et autres traitements humiliants à l’encontre des enfants, selon les recommandations du Comité des droits de l’enfant de l’ONU.

Ce comité est chargé, tous les 5 ans environ, du suivi de l’application de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) par chaque pays signataire. C’est dans ce cadre que la France a été auditionnée les 13 et 14 janvier 2016.

Alors que 48 pays dans le monde, dont 20 pays de l’Union européenne, ont déjà aboli les châtiments corporels, la France ne s’est toujours pas engagée dans cette voie.

Le vote d’une loi, pourtant indispensable en France, abolissant cette pratique ne constituerait cependant qu’un premier pas. Les punitions corporelles ne représentent en effet qu’une partie de la violence éducative ordinaire.

On nomme violence éducative ordinaire l’ensemble des pratiques coercitives et/ou punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société pour éduquer les enfants. Elle comprend :

  • les violences physiques : gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles, les cheveux, bousculer, empoigner… ;
  • les violences verbales : crier, hurler, insulter un enfant ;
  • les violences psychologiques : menacer (de coups, d’abandon), priver d’amour, culpabiliser, dénigrer, humilier, mentir, interdire l’expression des émotions...

Beaucoup de parents sont amenés à user de violence éducative ordinaire pour les raisons suivantes :

  • le fait de l'avoir eux-mêmes subie, qui pousse les parents à reproduire le seul schéma éducatif qu’ils connaissent, le transmettant ainsi de génération en génération ;
  • la méconnaissance des effets de la violence éducative sur les enfants, perçue comme sans gravité et comme permettant d’“éduquer correctement” les enfants ;
  • l’interprétation erronée des comportements des enfants par méconnaissance de leurs besoins et de leur développement (avancées des neurosciences).

Les conséquences de la violence éducative ordinaire sont nombreuses :

  • à court terme : stress, sidération mentale, douleur, peur, tristesse, rancune ;
  • à moyen terme : anxiété, diminution de l’empathie, sentiment d’abandon, baisse de la confiance et de l'estime de soi ;
  • à long terme : diminution de l’intelligence et de la créativité, risques accrus de dépression, de conduites addictives, de comportements violents, d’automutilation, d’accident, difficultés relationnelles, problèmes dans la vie sociale et professionnelle.

Pour l’ensemble de ces raisons, l’éducation d’un enfant doit être affranchie de toute violence.

C’est pourquoi l’OVEO demande l’inscription, dans le Code civil, de l’interdiction explicite de toute violence faite aux enfants, y compris au sein de la famille et dans tout lieu de garde, d’enseignement et de soin.

Il est évident que chaque famille a le droit d’élever librement ses enfants avec ses propres valeurs, son histoire. L’OVEO souhaite rassurer les parents : le but n’est pas de les juger ou de les culpabiliser, car la plupart des parents pensent agir pour le bien de leurs enfants, ni de les envoyer en prison, mais, au contraire, de les accompagner dans cette mission difficile qu’est la parentalité.

C’est pourquoi nous demandons que cette loi soit assortie d’outils d’accompagnement et de sensibilisation – formation des professionnels de la petite enfance, campagnes et documents d’information, livret de parentalité, lieux d’accueil et de soutien à la parentalité, etc. – indispensables à la prise de conscience et à l’évolution des comportements.

Respecter l’intégrité des enfants, c’est leur enseigner par l’exemple et leur permettre d’éprouver dans leur corps ce qu’est le respect de l’autre. En prenant le chemin d’une éducation sans violence, c’est la société tout entière qui deviendra moins violente.


Quelques articles de presse commentant le 4 février 2016 les recommandations de l'ONU :
- Le Monde, La France, mauvaise élève des droits de l’enfant
- La Croix, Droits de l’enfant : la France mauvaise élève.
- Ouest-France, La fessée recule partout, mais pas en France.
- Un article du 5 février sur le site Madmoizelle.com reprend l'information en citant le communiqué de presse de l'OVEO : L’ONU demande à la France d’interdire les violences « éducatives ».

Voir l'intervention de la secrétaire d'Etat à la famille Laurence Rossignol à Genève sur les enregistrements vidéo de la 71ème session du Comité des droits de l'enfant (cette intervention se trouve à la fin de la 3ème vidéo de la page).

La France rend sa copie au Comité des droits de l’enfant des Nations Unies

Les 13 et 14 janvier prochains se tiendra à Genève l’audition de la France par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies1.

Ce Comité a pour mission de surveiller l’application effective de la Convention internationale des droits de l’enfant (“CIDE”) par chaque État partie. Tous les 5 ans, chaque État signataire doit remettre un rapport au Comité concernant la mise en œuvre des droits garantis par la Convention. Bien que la dernière audition de la France remonte à 2009, la prochaine n’interviendra que début 2016.

L’État français sera ainsi auditionné sur l’application de l’article 19 de la CIDE, relatif – notamment – à la protection des enfants contre les violences et mauvais traitements2.

Lors de son audition du 26 mai 20093, Nadine Morano, alors secrétaire d'État chargée de la Famille, avait nié la nécessité de légiférer et était allée jusqu’à affirmer que “la tradition du châtiment corporel n’existe plus en France depuis très longtemps et que l’arsenal législatif français en la matière est suffisant et ne nécessite pas de modifications”.

Le Comité avait alors recommandé à la France d’“interdire explicitement les châtiments corporels dans tous les contextes, y compris dans la famille, à l’école et dans les institutions et autres établissements accueillant des enfants, de renforcer les activités de sensibilisation dans ce domaine et de promouvoir le principe d’une éducation sans violence, conformément au paragraphe 2 de l’article 28 de la Convention. Le Comité [recommandait] en outre à l’État partie de donner suite à la campagne menée par le Conseil de l’Europe pour parvenir à l’interdiction complète de toutes les formes de châtiments corporels4.”

7 ans plus tard, et malgré une tentative avortée en 20105, notre pays ne s’est toujours pas doté d’une loi anti-châtiments corporels !

Pourtant convaincue, à la différence de sa prédécesseure, de la nécessité de promouvoir l’éducation non-violente et consciente des conséquences des violences éducatives ordinaires, Laurence Rossignol, secrétaire d'État chargée de la Famille, de l’Enfance, des Personnes âgées et de l’Autonomie, persiste à prétendre qu'il est inutile de légiférer.

Privilégiant en effet l’information et la sensibilisation des parents, elle a prévu, à compter de janvier 2016, la distribution aux femmes enceintes d’un “livret de parentalité” promouvant l’éducation non-violente6.

Ces modestes propositions font pourtant fi des décisions et rapports, rendus en 2015, appelant à légiférer.

Ainsi, dans son rapport au Comité des droits de l’enfant du 27 février, le Défenseur des droits recommandait d’inscrire dans la loi la prohibition des châtiments corporels7.

Dans une décision rendue publique le 4 mars, le Conseil de l’Europe estimait que la France ne respectait pas l’article 17 de la Charte européenne des droits sociaux8.

Le 15 avril, le Comité des ministres du Conseil de l'Europe adoptait une résolution selon laquelle la France violait la Charte sociale européenne en n'ayant pas interdit par la loi toute forme de punition corporelle des enfants9.

Enfin, le rapport de la commission Enfance et adolescence, Pour le développement complet de chaque enfant et adolescent, réalisé dans le cadre de France Stratégie et remis au président de la République le 30 septembre, appelait explicitement au vote d’une loi, insérée dans le code civil, condamnant les châtiments corporels10.

Signe supplémentaire de l’urgence à légiférer, l’actualité judiciaire récente a montré que le droit de correction jurisprudentiel continue à être invoqué par les avocats des parents accusés de violences à l’encontre de leurs enfants11 12 13.

Face à l’inertie de l’État français, nous ne doutons pas que le Comité des droits de l’enfant lui recommandera de nouveau d’interdire explicitement les châtiments corporels, afin de respecter ses engagements en qualité de signataire de la CIDE.

Alors que 48 pays ont aboli les châtiments corporels14, nous espérons vivement que la France fera honneur à sa réputation de “pays des Droits de l’Homme” en suivant leur exemple en 2016, et en devenant aussi “pays des Droits de l’Enfant”.


  1. Dossier de presse du secrétariat d'État à la Famille du 20 novembre 2015 : Journée internationale des Droits de l'enfant : la France agit, p. 6. []
  2. Convention internationale des droits de l'enfant, ONU, 20 novembre 1989. []
  3. Comité de droits de l’enfant des Nations unies, Compte-rendu analytique de la 1402e séance, 26 mai 2009. []
  4. Observations finales du Comité des droits de l’enfant, 22 juin 2009. []
  5. Proposition de loi visant à abolir les châtiments corporels infligés aux enfants, 22 janvier 2010. []
  6. Journée internationale des Droits de l'enfant : la France agit, 20 novembre 2015, p. 12. []
  7. Rapport du Défenseur des droits au Comité des droits de l'enfant des Nations unies, 27 février 2015, p. 23. []
  8. La France condamnée pour ne pas avoir interdit gifles et fessées, Le Monde, 2 mars 2015. []
  9. Résolution CM/ResChS(2015), Association pour la protection des enfants (APPROACH) Ltd. c. France, Réclamation n° 92/2013. []
  10. Pour un développement complet de l'enfant et de l'adolescent, rapport de la commission Enfance et adolescence de France Stratégie, septembre 2015, p. 56. []
  11. "J'ai eu un petit souci avec ma concubine...", L'Est républicain, 20 novembre 2015. []
  12. Tribunal correctionnel de Foix : a-t-on le droit de "corriger" son enfant ? Ariège news, 4 décembre 2015. []
  13. Grenay : au tribunal pour des violences présumées sur sa fillette handicapée, La Voix du Nord, 7 décembre 2015. []
  14. Liste actualisée des pays abolitionnistes (OVEO). []

C’est le bon moment pour adhérer ou réadhérer !

L’année 2015 se termine, et avec elle, la durée de vos cotisations annuelles à l’OVEO.

Plus que jamais, l’action de l’OVEO a toute son importance pour faire prendre conscience au plus grand nombre combien les violences éducatives sont nocives et gangrènent la société.
Nous devons de toute urgence donner à nos enfants l’exemple de l’empathie et du respect.

Cette année 2016 peut être une année d’espoir.
Nous ferons tous les efforts possibles pour faire avancer le combat contre les violences éducatives ordinaires.

Grâce à votre soutien, nous avons pu cette année être présents sur plusieurs stands et imprimer des affiches, dépliants et flyers, toujours à la disposition des adhérents pour diffuser le message de l'OVEO. De nombreux autres projets se profilent pour 2016 (supports de conférences, documentation à l'attention des jeunes parents et des professionnels…).
Le montant de la cotisation de base pour une année reste inchangé (5 € / soutien : 15 € ou montant libre).

En tant que membres de l’OVEO, vous pourrez également participer aux échanges et actions à venir. Nous avons besoin de vous !


Si vous êtes déjà adhérent, il se peut que vous n'ayez pas reçu l'appel à réadhérer en 2016 (envoyé fin 2015). Dans ce cas, n'hésitez pas à le faire sans plus attendre (les adhésions sont valables du 1er janvier au 31 décembre). Toutes les informations pratiques sur la page Nous contacter, Adhérer, Nous aider.

Nos réactions au 13 novembre

Nous publions ci-dessous les textes écrits par plusieurs membres de l'OVEO à la suite des attentats du 13 novembre 2015.

A lire également : On ne naît pas terroriste, on le devient...


Le socle de la violence humaine

Par Olivier Maurel

Face aux terribles attentats du 13 novembre, nous devons répéter ce que nous disons depuis longtemps. Si l'on peine à expliquer des massacres aussi inhumains, c'est parce qu'on s'obstine à ne pas tenir compte d'abord d'un phénomène massif qui constitue le socle de la violence humaine : la violence extrême, physique et psychologique, que subissent la majorité des enfants dans les pays où la méthode traditionnelle d'éducation n'a pas été remise en question. C'est ensuite à cause des formes de maltraitance grave qui subsistent dans des pays comme la France, où le niveau général de la violence éducative a baissé, mais où l'on n'a pas encore eu le courage et la lucidité d'interdire clairement toute forme de violence même relativement faible (tapes, gifles, fessées), seule manière d'éradiquer la maltraitance grave : celle qui produit les terroristes et plus encore les idéologues de la terreur.

Les attentats terroristes sont programmés dans la première catégorie de pays, celle où sévissent encore des méthodes d'éducation qui ont fait de l'espèce humaine, depuis des millénaires, l'espèce animale la plus destructrice et la plus cruelle qui soit. Et les organisateurs des attentats recrutent facilement comme exécutants des jeunes qui ont manqué d'amour, ont été abandonnés émotionnellement, n'ont pas été reconnus, ont été méprisés dès leur plus petite enfance, et qui croient trouver un sens à leur vie et une manière de se faire reconnaître dans l'adhésion à des idéologies qui justifient le meurtre.

Quand on trouve normal que des enfants soient frappés, battus, humiliés « pour leur bien », à un âge où leur cerveau est en pleine formation, il ne faut pas s'étonner si plus tard, quand les circonstances s'y prêtent, ils adhèrent à une idéologie aberrante et deviennent des bombes à retardement, « pour le bien » que leur a enseigné leur idéologie.

Bien sûr, les causes sociales, historiques, économiques, politiques jouent aussi un rôle dans le déclenchement des violences extrêmes. Mais, pour être exécutées, ces violences ont toujours besoin d'individus chez qui les capacités d'empathie présentes à la naissance de tous les enfants ont été détruites, et chez qui le respect de la personne des autres n'a pas pu se développer, parce que leur propre personne n'a pas été respectée. C'est toujours une fragilité affective qui fait que des jeunes se laissent convaincre par les mensonges des propagandistes de la haine et de la violence.


Les racines de la violence ne doivent pas être ignorées

Par Jean-Pierre Thielland

Il y a, en tout [...] massacreur ou terroriste, aussi terrible soit-il et sans aucune exception, un enfant qui fut autrefois gravement humilié, et qui, pour survivre, a dû totalement nier ses sentiments de complète impuissance. Mais ce déni radical de la souffrance endurée a entraîné un vide intérieur, et, chez beaucoup de ces êtres, un arrêt du développement de la capacité innée de compassion. Détruire des vies humaines, y compris la leur, réduite à l'état de vide, ne leur pose aucun problème.

(Alice Miller, Les racines de l'horreur dans le berceau.)


Le 13 novembre 2015, dans les rues de Paris et dans une salle de spectacle, des hommes ont une nouvelle fois, après le 7 janvier, délibérément semé la terreur et la mort, assassinant et blessant gravement plusieurs centaines de personnes.

D’abord saisis par l’horreur, nous nous sommes posé cette question : comment des hommes, pour la plupart très jeunes, en arrivent-ils à ce passage à l’acte aussi destructeur pour eux et pour les centaines de vies innocentes qu’ils ont sciemment décidé de détruire ?

L’anthropologue Dounia Bouzar, directrice générale du Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, travaille avec des jeunes qui sont entrés dans un processus de déradicalisation ». Elle évoque ce qu’elle appelle « un profil bien connu » : « Faiblesses familiales et sociales, non-intégration de la loi et actes de délinquance. ».Elle observe que ceux qui sont arrivés au bout du processus de radicalisation ont été déshumanisés : « La relation humaine est considérée comme une démonstration de faiblesse et exister passe par mourir en tuant… »

La presse nous a donné quelques éléments de l’histoire de certains des tueurs qui confirment ces profils.

Abdelhamid Abaaoud aurait été quelqu’un qui harcelait ses condisciples et ses professeurs et s’est fait attraper pour des vols de portefeuilles. Salah Abdeslam « a commis des actes délictueux en étant mineur ». Son frère, Brahim Abdeslam, a brûlé l’ancien logement de ses parents, a été impliqué plus récemment dans des trafics de drogue et est décrit comme « intelligent mais agressif » (Libération, 17/11/15 et 22/11/2015).

Bilal Hafdi, qui s’est fait sauter seul au Stade de France, est décrit comme quelqu’un de gentil, qui faisait des conneries de son âge, fumait des joints et souffrait de l’absence de son père mort quand il était petit. Samy Amimour est présenté comme « bien élevé », « timide » et « sportif ».

Ismaël Omar Mostefaï était connu des services de police pour de petits délits, condamné à huit reprises pour des conduites sans permis, des vols, des violences ou des outrages, par les tribunaux d’Evry et de Chartres.

Ces présentations restent très superficielles et donnent peu d’éléments précis. Elles soulignent surtout le peu d’intérêt porté à l’enfance des « terroristes » par la presse.

Seule l’enfance de Hasna Aït Boulahcen, tuée lors de l’assaut par la police à Saint-Denis, est évoquée un peu en détail et présente un univers marqué par la maltraitance et l’abandon (sur le site du Monde le 21/11/2015). Mais, là encore, aucun lien n’est fait entre cette enfance désastreuse et l’entrée dans la délinquance puis le terrorisme.

Il ne s’agit pas ici d’excuser des actes atroces, mais d’essayer de déterminer leur origine et de comprendre ce processus qui fait sombrer dans la violence.

Il s’agit aussi de prendre conscience que ce sont les actes terrifiants de ces jeunes qui nous disent ce que fut leur enfance, comme un miroir qu’ils nous tendent en forme de dernier acte de leur tragédie.

Car c’est bien sur ce terreau d’une enfance massacrée que les graines de la violence peuvent fructifier. L’altruisme et l’empathie innés de ces humains en devenir ont été anéantis par un environnement familial et social qui ne leur a pas permis de se défendre, les a empêchés d’exprimer leur colère et leur rage contre ces adultes qui les ont humiliés.

Cette colère justifiée mais étouffée et emmagasinée dans une totale solitude va constituer une véritable bombe à retardement. Bombe à retardement qui explose plus tard, lorsqu’ils pourront se choisir des boucs émissaires, notamment par le biais de la délinquance ou du terrorisme.

Car ils sont des proies faciles du prosélytisme et de l’extrémisme. La logique sectaire qui est le mode de fonctionnement de ces groupes va les prendre au piège. Ils vont enfin avoir l’occasion de se sentir importants, puissants, et gratifiés par une idéologie qui valorisera leur mépris de la vie et leur désignera leurs futures victimes. Ils trouvent enfin une issue à leur haine.

En février 2015, le psychiatre Maurice Berger déclarait : « Chez les enfants très violents, on est impressionné par l'absence de protection qu'ils ont subie, l'absence d'évaluation sérieuse de leur développement affectif, et par des décisions judiciaires insuffisamment protectrices… En 1992, j'écrivais : Pendant les quarante années à venir, nous continuerons à “fabriquer” des milliers de futurs adultes qui se tourneront vers diverses formes de violence. Nous y sommes : des enfants insuffisamment protégés et terrorisés n'ont pas d'autres choix que de devenir terrorisants… »

Nous savons bien que ceux qui se laissent facilement manipuler pour devenir des délinquants ou des tueurs sans états d’âme ont été des êtres fragilisés dès leurs premiers pas dans la vie. Et ils n’ont pas rencontré de « témoin secourable », au sens où l’entend Alice Miller, pour prendre leur défense ou leur offrir un regard et un soutien qui soient humanisants et empathiques.

Quand nos responsables politiques prendront-ils conscience que le fléau de la violence et de la criminalité se construit aussi au sein même de l’éducation, dans les familles ?


Terrorisme et répression des émotions

Par Catherine Barret

Que voulons-nous dire quand nous écrivons que les terroristes sont d’anciens enfants qui ont manqué d’amour et de respect ? On nous objectera qu’au moins certains d’entre eux (il est déjà intéressant que ce ne soit qu’une petite partie) ont été élevés dans des familles « normales », avec des « valeurs », que leurs parents « les aimaient », se sont occupés d’eux, bref, selon la formule consacrée, qu’ils étaient des enfants « sans histoires1 ». Pire, on interprète comme signe qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter le fait qu’un enfant (cela a été dit à propos des frères Kouachi, et aujourd’hui à propos d’au moins l’un des tueurs du 13 novembre 2015) ait été « timide et effacé » ! Autrement dit, un enfant « sage » ?

Comme l’explique Alfie Kohn dans son livre sur l’amour inconditionnel, un enfant peut être trop « sage ». Il peut manifester une « obéissance compulsive » par peur de ses parents (ou parfois d’une autre autorité, à l’école par exemple, ou aussi bien dans une famille d’accueil ou une institution), et, non, cela n’est pas bon signe, car cela veut dire que, dès que l’enfant sera assez grand pour échapper à cette autorité, s’il n’a pas rencontré de « témoin secourable », s’il n’a jamais pris conscience que ce qu’on lui a fait n’était pas « normal », il n’aura de cesse qu’il n’ait retourné contre d’autres (et contre lui-même) la violence qu’il a dû se faire pour s’adapter, pour réprimer dès son plus jeune âge ses sentiments et ses émotions d’enfant.

Dans la plupart des cas, cela donnera un adulte considéré comme « normal » et, encore une fois, « sans histoire(s) », bien que le plus souvent avec des problèmes relationnels, affectifs, de travail, de santé (dépression, addictions, maladies…). Mais, pour ceux chez qui le contraste entre leur vraie identité et le degré de répression des émotions aura été trop grand, il pourra suffire d’un environnement ou d’un contexte un peu particulier ou difficile, de rencontres faites au moment où l’individu se sent plus fragile ou cherche un sens à sa vie, pour que cette vie bascule vers l’obéissance à une autorité violente, surtout si cette autorité se pare d’idéaux fallacieux et de promesses de bonheur (y compris dans un autre monde hypothétique), et si elle donne à l’individu un sentiment d’« appartenance » qu’il n’avait encore jamais connu, puisqu’il ne s’était jamais senti accepté et aimé pour ce qu’il était.

Car on aura beau prétendre que les terroristes (ou ne serait-ce que certains d’entre eux) ont été élevés par des parents « aimants », ce qui compte pour la vie, ce n’est pas ce que le parent croit faire (même s’il croit le faire « pour le bien » de l’enfant), mais ce que l’enfant ressent. Et l’amour conditionnel, sous quelque forme qu’il se présente2, est le mode d’éducation le plus universellement répandu aujourd’hui dans l’espèce humaine.

Aimer un enfant « inconditionnellement » ne signifie pas que l’enfant « peut faire n’importe quoi ». Un enfant ne fera pas « n’importe quoi » s’il vit avec des adultes responsables, s’il se sent aimé pour lui-même (et non pour ce qu’il fait conformément à ce qu’on attend de lui) et n’a pas besoin pour plaire aux adultes de perdre son identité, sa confiance en lui-même et dans les autres. S’il n’a pas besoin d’être seulement « sage », de s’effacer, d’obéir. Si on le laisse apprendre en regardant vivre les autres, s’il trouve ses propres limites en comprenant que les autres non plus ne font pas « n’importe quoi », qu’il leur arrive à eux aussi de ne pas faire ce qu’ils voudraient, parce qu’ils tiennent compte des besoins et de l’intérêt de tous, et que c’est une tendance innée chez les animaux sociaux que nous sommes. Un enfant peut comprendre cela, si on lui en laisse la chance, s’il se sent réellement aimé, respecté, protégé. Mais ce n’est pas ainsi qu’ont été élevés les futurs terroristes.


A lire sur le site d’Alice Miller (c’est nous qui soulignons les extraits) :

Les racines de l’horreur dans le berceau :

« Contrairement à ce que l'on croyait jusqu'à une époque récente, nous ne venons pas au monde avec un cerveau complètement formé : il se développe durant les premières années de la vie. Et ce que l'on fait à l'enfant au cours de cette période, en bien comme en mal, laisse souvent des traces indélébiles. Car notre cerveau conserve la mémoire corporelle et émotionnelle – bien que, hélas ! pas forcément mentale – de tout ce qui nous est arrivé. Si l'enfant n'a pas, à ses côtés, de témoin secourable pour l'assister, il apprend à magnifier ce qu'il a connu : la cruauté, la brutalité, l'hypocrisie et l'ignorance. Car l'enfant n'apprend que par imitation, et non point ce qu'on cherche à lui inculquer par de belles paroles bien intentionnées. Plus tard, celui qui aura grandi sans témoin secourable et sera devenu instigateur de massacres, tueur en série, parrain de la Mafia ou dictateur, exercera – ou contribuera à exercer sur des peuples entiers, une fois qu'il en aura le pouvoir, la même terreur que celle qu'il aura subie et connue dans sa propre chair durant son enfance. »

Qu’est-ce que la haine ?

« Ce ne sont pas nos sentiments qui représentent un danger pour nous et notre environnement, le danger survient au contraire quand nous nous détachons d'eux par peur. C'est cela qui produit des forcenés, des kamikazes et tous ces tribunaux où l'on ne veut rien savoir des véritables causes des crimes afin de préserver les parents des délinquants et de laisser dans l'ombre sa propre histoire. »

Les sentiments de culpabilité :

« Comment un individu peut-il s'aimer lui-même quand très tôt il lui a fallu apprendre qu'il n'est pas digne d'être aimé ? Quand il reçoit des coups pour devenir autrement qu'il n'est ? Quand il n'a été pour ses parents qu'une charge, et en rien une joie, et qu'au final rien au monde ne pourra jamais venir à bout de la répugnance et la colère de ses parents ? Il croit qu'il est la véritable cause de cette haine, ce qui n'est en rien vrai. Il se sent coupable, veut s'améliorer, mais rien de tout cela ne peut marcher, parce que les parents déchargent sur leurs enfants la rage qu'ils avaient dû retenir et réprimer face à leurs propres parents. L'enfant n'était que le déclencheur de cette rage. »

Un extrait édifiant de Libres de savoir : Prologue : Tu ne sauras point.


  1. Notons d’ailleurs toute l’ambiguïté de cette expression, car beaucoup de journalistes l’écrivent au singulier : « sans histoire », comme dans la formule « les gens heureux n’ont pas d’histoire ». Alors qu’il s’agit en réalité, dans un tel contexte (comme lors des procès criminels), de prétendre que ces enfants n’avaient pas de « problèmes », n’étaient pas censés devenir des délinquants ni des tueurs. []
  2. Nous irons jusqu’à dire que ce qu’on appelle aujourd’hui « discipline positive » est dans la plupart des cas une façon d’imposer une forme d’amour conditionnel qui prend la place d’une relation authentique. Cependant, il est clair aussi que le risque qu’un enfant devienne physiquement violent est essentiellement conditionné par le degré de violence physique qu’il aura subi – ou qu’il aura vu infliger à d’autres. Mais le facteur le plus déterminant dans la répétition de la violence est la répression des émotions, l’impossibilité d’affronter la souffrance, les sentiments de haine et de colère vécus dans l’enfance, et d’ailleurs généralement oubliés. []

Une rentrée sous le signe du respect des enfants ?

Le documentaire L'Odyssée de l'empathie, sera projeté dans plusieurs villes de France après une avant-première le jeudi 5 novembre 2015 à Lambersart (Nord).


Une rentrée sans fessée… et après ?

Depuis maintenant dix ans, l’OVEO défend le principe d’une législation qui protégerait enfin les enfants (comme le sont légalement les adultes) de toutes les formes de violence physique auxquelles ils sont exposés, le plus souvent sous prétexte d’éducation – la gifle et la fessée étant les plus emblématiques, car considérées aujourd’hui encore par la majorité de la population, en France, comme acceptables, voire souhaitables1.

Une fois de plus, sous prétexte que l’opinion publique n’y est pas majoritairement favorable, qu’il ne faut pas « pénaliser » ce problème, mais lutter d’abord contre « la maltraitance » (comme si la grande tolérance en matière de violence éducative ordinaire n’était pas ce qui rendait si nombreux et si graves les cas reconnus comme « maltraitance2 »), le ministère de la Famille a renvoyé le sujet aux calendes grecques.

Mais est-ce tout ? Devons-nous répéter que l’interdiction de ces châtiments corporels3, même assortie de celle des « violences psychologiques » et des punitions « humiliantes » (légitimant du même coup un large éventail de punitions – et récompenses – supposées anodines, utiles, efficaces, bref, « éducatives »), n’est pas notre seul but ?

Nous souhaitons à tous les enfants, à leurs parents et à ceux qui s’occupent des uns comme des autres une bonne rentrée. Une « rentrée sans fessée ». Mais pas seulement.

Sous couvert de « parentalité positive », voire de « discipline positive » (une nouvelle méthode importée des Etats-Unis qui fait fureur actuellement), beaucoup des conseils dispensés aux parents se réduisent à remplacer les punitions les plus dures et les plus dégradantes pour un être humain par des méthodes que nous pourrions qualifier de « punitions soft » (ou déguisées), manipulation, retrait d’amour pour obtenir une obéissance dont le bien-fondé n’est jamais remis en question4.

Et puis, cette rentrée est marquée par la mise en place dans le système scolaire du nouvel enseignement civique et moral annoncé par la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem. En annonçant cette mise en place, la ministre a défendu l’idée de promouvoir un « savoir-être », un « savoir vivre ensemble ». Comment pourrions-nous être contre une telle idée ? Ou être contre l’idée de « respect mutuel » ?

Pourtant, n’est-il pas étrange que la réserve citoyenne également annoncée ne semble devoir être faite que de professionnels qui viendront apporter leur expertise sur le système politique, social et judiciaire existant, c’est-à-dire sur le respect des lois et moyens existants, sans qu’il soit apparemment envisagé d’en débattre ? Si des membres de l’OVEO ou d’autres personnes qui défendent le droit des enfants à une protection meilleure que celle qui existe déjà selon nos lois proposaient de faire partie de cette « réserve citoyenne », s’ils voulaient dire dans les écoles que, non, le but de l’instruction n’est pas l’apprentissage de l’obéissance et de l’esprit de compétition, leur candidature serait-elle retenue, quels que soient leur compétence ou les preuves qu’ils apporteraient à l’appui de leurs arguments ? Le défi est lancé.

Nous entendons souvent dire qu’une loi d’interdiction de tout châtiment corporel et punition dite « humiliante » risquerait de « culpabiliser les parents » (en oubliant d’ailleurs au passage que les parents, dans ce cas, ne sont pas les seuls qui pourraient ou devraient se sentir « coupables » des moyens employés). Mais que fait-on d’autre en laissant à l’appréciation des parents la notion de ce qu’est le respect des enfants, de leurs besoins physiologiques, psychologiques et existentiels ? Ne se sentent-ils pas bien plus culpabilisés et abandonnés (du moins lorsqu’ils n’usent pas de façon « décomplexée » de tous les moyens hérités de l’éducation traditionnelle) quand l’autorité publique leur propose de choisir « librement » entre toutes les méthodes éducatives et conseils pédagogiques mis en concurrence sur le marché5 ?

Et est-ce vouloir entrer dans une société normalisée à outrance, voire « fliquée », que de ne pas nous contenter qu’on nous propose, en lieu et place d’un vrai respect des enfants comme êtres humains de même nature que nous, de consommer (ou pas) ces conseils et méthodes ? Les versions plus ou moins « soft » du système récompense-punition à quoi se résume l’essentiel des conseils donnés aujourd’hui aux parents sont-elles vraiment le moyen d’aller vers une société plus juste et plus libre ? Nous ne le croyons pas.


  1. De plus, « la fessée » est un châtiment couramment réservé aux jeunes enfants, dans le cadre d’une sorte de dressage comportementaliste dont ils sont censés avoir « besoin » – avant que l’on passe à des modes de punition plus raffinés, ou à la gifle qui punit surtout « l’insolence ». La fessée est donc facilement oubliée, acceptée même de ceux qui l’ont reçue, passant par une période de « latence » qui permet de la tourner en dérision, voire de revendiquer haut et fort, plus tard, le droit à la fessée « entre adultes consentants »… []
  2. Comme vient de nous le rappeler, au moment où nous publions cet article, une nouvelle affaire d’enfant martyr dénoncée par Enfance et Partage… parmi les centaines d’enfants qui meurent chaque année sous les coups de leurs propres parents. Quand la ministre Laurence Rossignol nous répond qu’il est plus urgent d’améliorer le fonctionnement de l’Aide sociale à l’Enfance, on ne peut regretter ici que le « plus » et non le mot « urgent »… []
  3. A noter qu’il ne s’agissait que de l’inscrire au code civil, donc d’une « interdiction » sans mesures répressives comme c’est le cas légitimement pour d’autres abus que l’on qualifie – même en France – de « maltraitance », et qui sont déjà couverts pour la plupart par les lois existantes. []
  4. Voir ce passage de l’introduction au livre d’Alfie Kohn Aimer nos enfants inconditionnellement : « Mais s’il est tellement important pour nous que nos enfants ne soient pas “victimes des idées des autres”, nous devons leur apprendre “à penser par eux-mêmes avec toutes les idées, y compris celles des adultes”. Ou, pour le formuler autrement : si la chose la plus importante à la maison est l’obéissance, nous produirons des enfants qui suivront des personnes d’autorité, même hors de la maison. » []
  5. Parmi lesquels le nouveau magazine La Cause des mômes (soutenu par l’Unicef !), qui, après un éditorial défendant l'intégrité physique et morale des enfants, puis une introduction (à une enquête sur les “enfants rois”) où sont dénoncées les violences ordinaires pratiquées sur les enfants, donne longuement la parole au psychiatre Michael Winterhoff. Et là, l’article ressasse de vieux préceptes psychanalytiques qui font clairement du tort, voire annulent complètement les droits fondamentaux dont chaque enfant devrait pouvoir bénéficier... Suit une interview non moins accablante de la psychologue et psychanalyste Diane Drory. Bref, on est fort tenté de renommer ce magazine… A cause des mômes !
    Voir aussi, dans le même genre, les bons conseils que prodiguera désormais aux sages éditions Milan le Dr Marcel Rufo… connu pour les propos lénifiants tenus en 2012 sur l’inceste – qui, en vertu bien sûr du complexe d’Œdipe, ne serait pas du tout aussi grave qu’on veut bien le dire (« L’immense majorité des enfants “abusés” vont bien »), et serait même généralement la réponse à une demande de l’enfant ! Ses chroniques (« sans aucun tabou », c’est le cas de le dire) Allô Rufo sur France 5 sont tout aussi édifiantes. []

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