Il ne peut y avoir plus vive révélation de l'âme d'une société que la manière dont elle traite ses enfants.

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté.

6 décembre 2018 : « Voilà une classe qui se tient sage ! »

Violence sociale et violence "éducative" à Mantes-la-Jolie

Depuis plusieurs semaines, nous vivons une séquence sociale et politique où colère et révolte ne parviennent pas à échapper à la voie de la violence.

La France reste un pays où le conflit a du mal à trouver des canaux d’expression et de résolution qui évitent les passages à l’acte violents.

L’Observatoire de la violence éducative ordinaire ne se trouve pas en dehors de cette réalité sociale. Les événements de Mantes-La-Jolie, qui ont vu des adolescents être humiliés et filmés dans une position dégradante, ne peuvent nous laisser sans réaction.

Nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne, mais nous sommes d’autant plus inquiets lorsque cette violence touche des jeunes et est imputable aux fonctionnaires de police, responsables de la sécurité des personnes.

Nous avons pleinement conscience de la difficulté du travail de la police, mais nous ne pouvons que dénoncer une mise en scène qui relève de pratiques indignes dans un État de droit, qui ne peuvent que générer un regain de violence. Quel message éducatif est transmis à ces jeunes à qui il est demandé « d’être sages », les mains entravées ou posées sur la tête ?

Le Défenseur des droits a décidé d’ouvrir une enquête qui portera « sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées des interpellations de lycéens à Mantes-la-Jolie », en rappelant qu'il était chargé de « veiller au respect de la déontologie » des forces de l’ordre et de défendre « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Nous soutenons pleinement cette initiative.


Lire aussi :
La mort sans intention de la donner : les racines de la violence
Les hommes et la violence (4/5) et les autres articles de cette série.

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Un pas vers l’interdiction de la violence éducative ordinaire

© Greyerbaby, PixabayNous avons suivi avec émotion les débats en première lecture à l'Assemblée nationale au sujet de la proposition de loi de la députée Maud Petit (n°1414), adoptée ce 29 novembre.

La formulation retenue est d’ajouter dans le code civil, à la définition de l’autorité parentale :

« Elle s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. »

À notre grand regret – après l'espoir soulevé par le texte adopté en Commission des lois –, la référence explicite aux châtiments ou punitions corporels contenue dans la version initiale a été retirée de la proposition de loi. Tous les amendements qui ont tenté d’y faire référence – par ailleurs souvent ardemment défendus par les élus porteurs des amendements – ou de les faire apparaître dans le carnet de santé ont été rejetés ou retirés.

« Il ne reste pratiquement plus rien de la proposition initiale », dira un député.

Nous avions déjà écrit en 2016 que l’usage de l’expression « violence physique ou psychologique », si elle était employée seule, ne permettrait pas d’avoir un texte suffisamment explicite.

Alors que les députés ont montré au cours des débats une réelle prise de conscience des enjeux représentés par une interdiction claire de la violence éducative, nous ne comprenons pas les raisons qui ont finalement conduit à une rédaction aussi édulcorée de la loi.

Cette réécriture n’est pas anodine, elle évite soigneusement de désigner de manière explicite ce que près de 80 % d’enfants subissent quotidiennement dans notre pays.

La « violence physique », plutôt assimilée à la notion de « maltraitance », nous fait courir le risque de laisser dans un angle mort la question de la violence éducative ordinaire1.

Enfin, les amendements que nous soutenions et qui visaient à interdire le droit de correction, et à étendre l’interdiction de la violence à tous les lieux de vie de l’enfant, ont également tous été rejetés.

Pour l’heure, nous considérons que ce texte est un premier pas. Mais, dans un pays où la violence éducative ordinaire est omniprésente, il nous semble néanmoins un outil fragilisé par ses manques, l’élément central manquant étant le terme « châtiments corporels ». Nous attendons que le cheminement parlementaire de cette proposition de loi permette de lui apporter a minima cet ajout.

Nous rappelons qu'au détour d'une discussion portant sur l’information des adultes à propos de la violence éducative ordinaire, les députés ont voté l'amendement n° 132 qui ajoute dans la formation des assistantes maternelles la prévention des violences éducatives ordinaires. Nous regrettons que cet amendement ne cible que ces professionnel-les de la petite enfance.

Voici à nouveau l'article de portée générale qui, selon nous, permettrait de remplir toutes les conditions pour que notre pays soit totalement protecteur des enfants :

« Nul, pas même le ou les titulaires de l'autorité parentale, ne doit user à l'encontre de l'enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l'humiliation, quels qu'en soient le degré de gravité, la fréquence ou l'objectif. »

Cette disposition législative, pour abolir totalement le droit de correction, pourrait également être complétée par une décision jurisprudentielle.

Nous continuerons de porter ces exigences et, dans nos actions futures, nous saurons malgré tout nous appuyer sur ce texte pour que les mentalités changent et que les enfants se sentent en sécurité où qu’ils se trouvent dans notre pays.


Selon l'ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, à qui nous avons demandé son avis sur le texte adopté, le but de la proposition de loi (PPL) était clairement « d’interdire tous les châtiments corporels des enfants et d’abolir le droit de correction », mettant ainsi « la législation française en conformité avec la Convention internationale des droits de l'enfant ». Le message que nous avons reçu se poursuit ainsi :

Il est maintenant primordial que cette PPL reflète clairement cette intention.

[Les critères utilisés par Global Initiative] pour établir si une loi est abolitionniste sont entièrement basés sur le droit international et le travail du Comité des Droits de l’Enfant (voir l’Observation Générale sur le sujet ici). Selon le Comité, l’interdiction est complète quand :

  • toutes les défenses et autorisations des châtiments corporels sont abolies, et
  • la loi interdit explicitement tous les châtiments corporels et autres punitions cruelles et dégradantes.

En prenant en compte que la précédente version de la PPL, celle adoptée par la Commission [des lois du 21 novembre], interdisait explicitement les châtiments corporels :

« Les titulaires de l’autorité parentale l’exercent sans violence. Ils ne doivent pas user à l’encontre de l’enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l’humiliation. »

Le fait que ce terme ait été enlevé semble envoyer le message que la PPL ne cherche plus à couvrir les châtiments corporels. [Les discours introductifs de Maud Petit et d'Agnès Buzyn] ont fait référence aux VEO et/ou aux châtiments corporels [...], mais leur disparition de la PPL semble causer confusion. Cela a été d’ailleurs reflété dans les débats [du 29 novembre] à l’Assemblée [...] (groupe UDI par exemple).

En vue du droit de correction jurisprudentiel, il apparait stratégique de passer une loi claire qui ne laisse aucun doute et ne permette l’utilisation du « droit de correction » en aucun cas – puisque le but d’une interdiction est d’assurer que la loi protège les enfants de toutes violences, de façon égale aux adultes. La loi qui sera adoptée définitivement devra obligatoirement envoyer [le] message clair que toutes les formes de violences, y compris tous les châtiments corporels aussi légers soient-ils, sont désormais interdits.
Du fait de la confusion actuelle, nous conseillons que la PPL soit revue afin d’explicitement interdire tous les châtiments corporels, aussi légers soient-ils.


Notre communiqué de presse en date du 30 novembre 2018 (.pdf)

Rapports sur le site de l'Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/violences_educatives_ordinaires_interdiction

Pour revoir la séance publique du 29 novembre :

Première partie (troisième thème dans le déroulé) http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7019507_5bffef03c1c32.2eme-seance--prise-en-charge-des-cancers-pediatriques-suite--protection-activites-agricoles-cult-29-novembre-2018
Suite des échanges http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7021825_5c004a613f586.3eme-seance--interdiction-des-violences-educatives-ordinaires-suite--amelioration-de-la-tresorer-29-novembre-2018


  1. La violence éducative ordinaire (« VEO ») est l’ensemble des pratiques coercitives et/ou punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société pour « bien éduquer » les enfants. Sa définition varie selon les pays, les époques, les cultures.
    Selon le Conseil de l’Europe, « le châtiment corporel est la forme de violence la plus répandue employée à l’encontre des enfants. »
    Ce terme recouvre « toute punition physique impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou arrêter un comportement de l’enfant estimé incorrect ou indésirable. C’est là une violation des droits de l’enfant au respect de la dignité humaine et de l’intégrité physique ». []
  2. Au deuxième alinéa de l'article L. 421-14 du code de l'action sociale et des familles, après le mot : « secourisme », sont insérés les mots : « , à la prévention des violences éducatives ordinaires ». []

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La loi contre la violence éducative ordinaire en discussion à l’Assemblée nationale

"Une loi pour y voir plus clair" (© Flobert&Jo)Le 21 novembre, la Commission des lois a examiné la proposition de loi relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires (n° 1331) portée par Maud Petit et les amendements déposés par plusieurs députés.

Nous avons eu le plaisir de découvrir que la députée Maud Petit avait déposé, la veille de la Commission, trois nouveaux amendements qui reprenaient les propositions de l’OVEO.

Plusieurs amendements d’Elsa Faucillon (Gauche démocrate et républicaine) et de la France Insoumise allaient également dans notre sens.

La Commission des lois a rejeté les amendements qui allaient à l’encontre du principe de la loi, mais aussi plusieurs amendements auxquels l’OVEO était favorable, au profit d’une nouvelle formulation du texte proposée par l’amendement CL18 de Maud Petit, modifiant la rédaction de l’article premier ainsi (le texte est à présent numéroté 1414) :

« Les titulaires de l'autorité parentale l'exercent sans violence. Ils ne doivent pas user à l'encontre de l'enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l'humiliation. »

L’OVEO était favorable à cet amendement, puisqu’il clarifie la rédaction du texte en reprenant les éléments sur lesquels nous avions alerté les élus et que nous souhaitions voir modifiés :

  • remplacer « souffrance morale » par « violence psychologique » : qui définit ce qu’on exerce sur autrui et qui est notifié dans le Code pénal ;
  • remplacer ne « peuvent » par ne « doivent pas » : qui est une interdiction plus forte ;
  • remplacer « les enfants » par « l’enfant », pour harmoniser la rédaction avec les alinéas déjà existants de l’article 371-1 du Code civil ;
  • ne pas classer toutes les violences y compris physiques sous la catégorie « moyens d’humiliation », qui sont déjà interdits par la Cour de cassation depuis 2014 ;
  • employer le « ou » et pas le « et » dans la liste des violences interdites, pour éviter qu’il y ait condition cumulative des différentes violences ;
  • choisir entre « punition » corporelle et « châtiment » corporel, qui sont des synonymes ;
  • préciser envers qui ces violences sont exercées : « à l’encontre de l’enfant ».

Le second amendement adopté, également de Maud Petit (rapporteure pour cette commission), propose de raccourcir le délai de présentation du rapport sur les violences éducatives demandé au gouvernement au 1er septembre 2019 (pour le 30ème anniversaire de la CIDE).

Le 29 novembre : deux aspects essentiels à insérer dans la loi

Il demeure deux points essentiels à intégrer : l’annulation explicite du droit de correction dans le texte, et l’extension du principe d’interdiction à tous les lieux de vie de l’enfant.

Plusieurs amendement ont été déposés en ce sens, et nous espérons qu’ils seront adoptés au cours de la séance publique du 29 novembre.

Nous nous félicitons de constater que plusieurs nouveaux amendements proposent également des mesures de soutien aux parents telles que des mesures d’information, des modules de préparation à la parentalité ou l’allongement de la durée du congé de paternité. Nous sommes favorables à ces mesures.

Si cette loi est a priori soutenue par plusieurs ministres du gouvernement, nous restons vigilants et continuons notre travail d’information auprès des élu.e.s afin que cette loi soit enfin votée.


L’avancement de la procédure est visible sur le site de l’Assemblée nationale en suivant ce lien : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/violences_educatives_ordinaires_interdiction

Rapport de la Commission des lois : http://www.assemblee-nationale.fr/15/pdf/rapports/r1414.pdf

Pour suivre la séance publique du 29 novembre :


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Journée internationale des droits de l’enfant 2018 : lancement en France de la “stratégie pour la protection de l’enfance”

À l'occasion de cette journée du 20 novembre 2018, la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, lance officiellement la "stratégie nationale pour la protection de l’enfance". Au journal de 13 h de France Inter (à réécouter entre 15mn40s et 18mn30s), la ministre a cité la proposition de loi d'interdiction des châtiments corporels mise à l'ordre du jour de l'Assemblée le 29 novembre prochain par le MoDem, et annoncé le lancement de la campagne gouvernementale à 19h58 sur France 2. Il s'agit d'un spot de 1mn40s Découvrez la campagne "enfance en danger"

Cette campagne, qui cible peut-être davantage la maltraitance "caractérisée" (généralement condamnée par la société et parfois regrettée par les auteurs eux-mêmes) que la violence éducative la plus courante, a cependant le mérite d'aborder plusieurs formes de violences, dont les violences psychologiques. Et n'oublions pas que les violences sexuelles font partie des effets au moins indirects de la violence éducative ordinaire, par toutes sortes de biais qui vont de la destruction des capacités d'empathie à la répétition ou au rejouement des violences subies (sexuelles ou non), en passant par les "dangers sexuels de la fessée" (lien avec le sado-masochisme). Dans sa déclaration du 20 novembre sur France Inter, la ministre a regretté l'usage par les journalistes du mot "fessée" ou de l'expression "loi anti-fessée", qui sert le plus souvent à discréditer ou à tourner en dérision cette loi, alors qu'il s'agit bien d'abolir les châtiments corporels (et autres traitements humiliants) et de remédier ainsi à leurs conséquences pour tous.

Mercredi 21 novembre a eu lieu l'examen par la commission des lois de la proposition de loi et des amendements déjà déposés, sur l'extension de l'interdiction aux éducateurs et pas seulement aux parents, sur la suppression du "droit de correction". Suivre les débats en vidéo (cliquer dans la col. de droite sur les différentes interventions).


Voir aussi notre Revue de presse

Une nouvelle proposition de loi inscrite à l’ordre du jour

Photo par Dariusz SankowskiNous avons appris le 30 octobre 2018 que la nouvelle proposition de loi relative à l’interdiction des « violences éducatives ordinaires » (VEO) sera inscrite par le MoDem à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale lors de sa niche parlementaire du 29 novembre 2018. Cette proposition de loi, à l’initiative de Maud Petit, est signée par 50 députés et soutenue par des élus de tous bords politiques.

Il s'agit de la troisième tentative pour que la France interdise clairement la violence éducative ordinaire à l’encontre des enfants. Notre pays deviendrait alors le 24ème pays d’Europe à voter une telle loi.

Dès sa création, l’OVEO s’est mobilisé pour que les enfants puissent bénéficier des mêmes droits que tout un chacun dans notre pays, notamment le droit au respect absolu de leur intégrité corporelle et psychique.  Nous nous félicitons de cette nouvelle initiative et soutenons totalement ce premier pas qui devra nous conduire à l’avènement d’un accompagnement respectueux de tous les enfants où qu’ils se trouvent.

Cette nouvelle proposition de loi appelle à la mise en place d’une politique de sensibilisation, et de soutien à la parentalité, ce qui nous semble être un élément essentiel à une évolution des mentalités et à un changement de regard sur l’enfant.

C’est bien pour aller dans ce sens que nous souhaitons que les débats à l’Assemblée nationale permettent l’adoption d’une loi totalement protectrice du droit des enfants. Et pour cela, elle doit intégrer certaines dispositions :

  • elle doit abroger explicitement le droit de correction et interdire toute forme de punition corporelle, violence physique ou psychologique, si légères soient-elles, quelle qu’en soit la fréquence ou la gravité, y compris dans un but éducatif, dans tous les contextes et tous les lieux d’accueil, de soin et de protection, y compris dans la famille.
  • Pour éviter toute ambiguïté juridique, en lieu et place de « souffrance psychologique », la loi doit intégrer clairement la notion de « violence psychologique » exercée sur autrui, qui est la référence explicite figurant dans le Code pénal.

Si une telle loi est adoptée, la France pourra enfin se considérer comme un pays qui traite ses enfants comme des êtres humains à part entière.


Pour aller plus loin
Lire notre article : Pourquoi est-il fondamental d’interdire la VEO en France ?
Les éléments à connaître sur la législation sont sur la page Vers une loi d’interdiction en France…
Télécharger ici notre dossier de présentation des enjeux d’une loi interdisant la violence éducative ordinaire en date de novembre 2018 – dossier envoyé aux députés en préparation de la discussion en séance publique le jeudi 29 novembre 2018 (.pdf 2 Mo)


 

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Hommage à Jacqueline Cornet

Jacqueline Cornet, militante contre les violences éducatives ordinaires, présidente fondatrice avec Alice Miller de l’association « Éduquer sans frapper », créée en 1998 et devenue depuis 2002 « Ni claques ni fessées », est décédée le 20 août 2018.

Dans « Faut-il battre les enfants », article publié en 1996 dans La Revue du praticien, elle mettait en évidence, à la suite d’une recherche effectuée sur 300 jeunes dans trois centres hospitalo-universitaires, les corrélations étroites entre les punitions corporelles reçues au motif de l’éducation et la multiplication des accidents et des maladies. En 1997, elle a publié Faut-il battre les enfants ? Relations entre les accidents et la violence éducative, où elle développait les conditions et les résultats de cette recherche. Elle observait dans sa pratique de médecin généraliste que les enfants le plus fréquemment accidentés n'étaient pas les plus livrés à eux-mêmes mais au contraire ceux qui grandissaient dans les milieux le plus violemment sévères. Les résultats de ses travaux confirmaient l'existence d'une relation de cause à effet entre les coups reçus et la propension ultérieure aux accidents. Jacqueline Cornet invitait à redéfinir les conceptions actuelles de l'éducation, afin d'en éradiquer la violence.

En octobre 2011, elle est intervenue au colloque de la FF2P « Attachement, empathie et violence éducative » en soulignant l’importance de la promulgation d’une loi qui dise clairement le droit des enfants à être élevés sans violences ni humiliations.

Elle n’aura pas connu l’avènement de cette loi qu’elle appelait de ses vœux, mais son combat a participé à l’évolution des mentalités d’une partie de l’opinion publique. Nous saluons son engagement, et dans l’hommage que nous lui rendons, il y a d’abord la poursuite de ce qu’elle a initié : continuer à œuvrer pour que notre pays se dote d’une législation et d’une politique qui protègent réellement l’intégrité de tous les enfants.


Jacqueline Cornet était membre du comité de parrainage de l'OVEO et cosignataire de l'appel des associations de 2007.

Un article à lire sur le blog de Catherine Dumonteil-Kremer Élever son enfant autrement : Jacqueline Cornet, une pionnière qui nous manquera... (entretien avec J. Cornet paru dans le n° 3 de PEPS, avril-mai-juin 2011).

En revanche, peu d'écho dans la presse grand public. Un entrefilet dans Libération du 20 octobre 2018, signé Mathieu Mignot, Nathalie Tarquis et Suzanne Robert-Ouvray (elle aussi membre du comité de parrainage de l'OVEO) :
Hommage. Le Dr Jacqueline Cornet, présidente de l'association "Ni claques ni fessées", nous a quittés le 20 août 2018. Elle a lutté jusqu'au bout pour faire voter une loi interdisant toute forme de punition corporelle sur les enfants. Cette loi attend désormais une volonté politique pour la faire aboutir.


Une loi d’interdiction de la violence éducative en France en bonne voie : l’analyse juridique de l’OVEO

En février dernier, les députés Maud Petit et François-Michel Lambert ont déposé une proposition de loi visant à l'interdiction des violences éducatives ordinaires. Cette proposition de loi, qui a reçu notre soutien, n’a pas été inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale à l'occasion la dernière niche parlementaire du Modem en mai dernier.

La sénatrice Laurence Rossignol, ancienne ministre de l'Enfance, avait soutenu l’article 222 de la « loi Égalité et citoyenneté » voté en décembre 2016, puis censuré par le Conseil constitutionnel en janvier 2018. Elle a proposé le 3 juillet 2018 un amendement au projet de loi Lutte contre les violences sexuelles : il a été rejeté.

Cette évolution législative pourtant indispensable à l'avancée des droits des enfants en France se fait encore attendre, mais de récentes annonces indiquent qu’elle est en bonne voie. Deux ministres et une secrétaire d’État ont publiquement exprimé leur soutien de la proposition de loi d’interdiction des VEO de Maud Petit : Nicole Belloubet, Garde des Sceaux et ministre de la Justice, Agnès Buzyin, ministre des Solidarités et de la Santé, qui a en charge l’Enfance, et Marlène Schiappa, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes.

L'OVEO publie un dossier d'analyse juridique qui contribuera à nourrir la réflexion de toutes et tous. Notons que Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, l'association mondiale qui conseille les gouvernements et les associations qui œuvrent pour le vote de la loi d'abolition dans chaque pays du monde, a contribué à la relecture de ce dossier. Nous espérons notamment que les élus réussiront prochainement à inscrire ces propositions de loi à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, et qu'ils pourront, lors du débat parlementaire, s’inspirer des éléments de ce dossier pour des amendements, afin que la France soit le prochain pays abolitionniste et que, dans notre pays, tous les enfants bénéficient du droit à être protégés en tous lieux.

> Lire notre dossier (.pdf 1,3 Mo)

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Une nouvelle proposition de loi pour interdire la violence éducative

Le 22 février dernier, la députée Maud Petit a déposé avec François-Michel Lambert une proposition de loi pour modifier l’article 371-1 du code civil et interdire « les punitions corporelles ou châtiments corporels, les souffrances morales, ou toute autre forme d’humiliation envers son enfant ».

L'OVEO approuve cette proposition de loi, qui a reçu le soutien de 29 députés et devrait être débattue dans l’hémicycle parlementaire en mai 20181.

Contrairement à la précédente loi votée en décembre 2016, puis censurée par le Conseil constitutionnel uniquement pour une raison de forme, cette nouvelle proposition cible précisément ce qui fait le cœur de la violence éducative ordinaire, en faisant référence aux châtiments corporels et aux humiliations.

Nous nous réjouissons de la référence à ces deux notions ainsi que de la clarté de l’exposé des motifs, qui sont aussi le fruit de l’engagement et du travail des membres de l’OVEO qui, avec le collectif des 14 associations œuvrant contre les violences éducatives ordinaires, ont fait part de leurs recommandations juridiques et propositions de rédaction.

Pour que cette proposition de loi devienne une loi réellement protectrice pour tous les enfants, le débat parlementaire devra permettre de clarifier et de préciser certains points du texte qui nous semblent importants.

En effet, même si l’exposé des motifs y fait référence, il est nécessaire que la suppression du droit de correction soit clairement formulée dans le texte de l'article 371-1 du code civil, pour que cette notion jurisprudentielle disparaisse définitivement.

Il est également essentiel de préciser que cette loi s’appliquera dans tous les contextes et tous les lieux où les enfants sont accueillis, soignés ou protégés.

L’interdiction de la « violence psychologique » aurait également été juridiquement plus fondée que la notion de « souffrance morale ».

Nous espérons que le travail parlementaire permettra d’enrichir le texte de loi et que les élus sauront s’inspirer de l’expertise de celles et ceux qui depuis des années œuvrent à l’abolition de la violence éducative ordinaire.

Nous souhaitons vivement que le gouvernement apporte son soutien à cette proposition de loi indispensable à une société apaisée2.


  1. Mise à jour : elle a été enregistrée le 7 mars 2018 sous le n° 744 et le titre « Proposition de loi relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires ». []
  2. N.B. : À l'occasion de la Journée nationale de lutte contre les violences faites aux enfants du 2 mars 2018, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a dit apporter son soutien à cette proposition de loi. Voir les articles relayés dans notre Revue de presse. []

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Un dossier sur la parentalité positive dans le journal Libération

Suite à la nouvelle campagne de la Fondation pour l’Enfance contre les violences éducatives ordinaires, le journal Libération a publié le 7 février un dossier titré « Éducation bienveillante - Le mythe du parent parfait ».

Le dossier s’intéresse à l’émergence d’écoles de la parentalité bienveillante et de stages de parentalité positive proposés aux parents, l’OVEO y est cité à plusieurs reprises.

Depuis sa création, l’OVEO a construit et mis à disposition du public des outils pour permettre de bien analyser cette question de la violence éducative ordinaire tout en prenant soin de ne pas prendre parti pour une quelconque « école de la parentalité »1.

Dans ce qui est devenu un grand marché de la « bienveillance éducative », nous savons qu’il existe des dérives qui s’apparentent parfois à de la « manipulation positive » dans le seul but obtenir l’obéissance des enfants, et notre observatoire demeure indépendant de toute école de parentalité.

Cela dit, nous nous réjouissons qu’un nombre grandissant de parents se posent des questions sur l’exercice de la parentalité et recherchent plus de bienveillance à l’égard de leurs enfants.

Le sociologue Claude Martin, interrogé dans le reportage, donne crédit à « l’idée qu’il est bien préférable d’être non-violent, de négocier, d’être bienveillant avec ses enfants ». Cependant, il qualifie l’éducation bienveillante de « déterminisme parental » qui minorerait les capacités de résilience des individus, et évacuerait « les questions du collectif, de l’environnement social, du politique ». La question des inégalités sociales serait niée ainsi que « son impact sur le niveau de bien-être ».

Nous sommes bien conscients que les conditions sociales ont un impact sur le contexte éducatif dans les familles, même si ces conditions ne nous semblent pas déterminantes. Les ouvrages d’Alice Miller ont bien démontré que la violence éducative concerne toutes les couches sociales et que sa source réside dans une répétition de génération en génération, si aucune prise de conscience n'a lieu. Alice Miller donne un élément de réponse lorsqu’elle évoque l’intervention de témoins secourables qui permettent cette prise de conscience. Et la résilience ne peut advenir hors de la présence d’un témoin qui prend clairement la défense de l’enfant humilié et battu.

Depuis que l’OVEO se mobilise pour une prise de conscience de la nocivité de la violence éducative, beaucoup de choses ont évolué. Le terme de violence éducative ordinaire est repris par tous, la plupart des organes de presse prennent cette question au sérieux et l’abordent avec une sensibilité qui démontre une évolution positive de cette prise de conscience.

Ce dossier de Libération en est la preuve. Il n’en reste pas moins que certaines idées ont la vie dure, et Alexandra Schwartzbrod, dans son éditorial, semble bien le confirmer lorsqu'elle écrit en conclusion qu’il convient de laisser « les parents se faire confiance ».

Or, nous savons que la singularité de chaque parent dépend des aléas de son histoire plus ou moins accidentée, et qu’il peut entretenir un rapport à la violence parfois extrêmement discutable au regard de l’intérêt et de l’intégrité de l’enfant.

Qu’aurait écrit Mme Schwartzbrod si le législateur avait choisi de laisser les couples « se faire confiance », au lieu de légiférer contre les violences conjugales ?

À l’OVEO, nous soutenons cette campagne de la Fondation pour l’Enfance et demandons la mise en place d’une véritable politique de prévention, avec l’instauration d’un cadre législatif qui interdise clairement tout recours à la violence éducative, qu’elle soit physique ou psychologique.


  1. Voir la Charte que s'engage à respecter toute personne qui adhère à l'OVEO. []

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Une nouvelle campagne lancée par la Fondation pour l’Enfance

Après « les mots qui font mal » – signée par l'OVEO et Stop VEO, Enfance sans violences –, la Fondation pour l’Enfance lance une nouvelle campagne de prévention contre les violences éducatives ordinaires, diffusée à partir du 23 janvier 2018 sur les chaînes de télévision, avec un spot sur les cris, un autre sur les violences physiques.

« Parce que… Crier, frapper, faire du chantage, pincer, gifler, tirer les cheveux ou les oreilles, humilier, donner une fessée, punir, priver, minimiser ses émotions, insulter… c’est marquer son enfant pour longtemps. »

Le journal Ouest-France s'est entretenu avec une adhérente de l'OVEO (malheureusement appelé "Observatoire de la violence ordinaire") et mentionne également la préparation d'un nouveau projet de proposition de loi.

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