C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

Assemblée générale 2014 de l’OVEO

La prochaine assemblée générale ordinaire de l'OVEO aura lieu du 25 au 30 novembre 2014, de façon virtuelle (sur la liste de discussion réservée).

Si vous êtes adhérent et n'avez pas reçu d'invitation, ou si vous n'avez pas reçu le 21 novembre l'avis du "sondage d'inscription" pour participer à l'AG (clôture des inscriptions le 25 à minuit), contactez-nous à l'adresse : adhesion@oveo.org.


25ème anniversaire de la CIDE (Convention internationale des Droits de l’enfant)

Nous avons reçu de la nouvelle Défenseure des enfants (adjointe au Défenseur des droits) Geneviève Avenard l'annonce de la publication d'une affiche Les 12 principaux droits de l'enfant à l'occasion du 25ème anniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant. Cette affiche, destinée à rappeler aux enfants les droits que leur donne la Convention, en résume les points essentiels. Son article 19, qui porte sur le droit d'être protégé contre toute forme de violence, est résumé ainsi :

"La PROTECTION contre toutes les formes de violences physiques, mentales, sexuelles et verbales."

On aurait souhaité, bien sûr, que soient mentionnés plus explicitement les aspects les plus fréquents de la violence éducative, c'est-à-dire les gifles et les fessées. Mais le fait que soient mentionnées les violences physiques et surtout verbales laisse entendre que si les mots violents sont interdits, à plus forte raison tout geste violent. Disons que c'est un pas en avant dans le bon sens, même s'il y a encore beaucoup à faire. Comme cette affiche sera envoyée à tous les établissements scolaires, la mention de la violence verbale peut amener des discussions intéressantes entre enseignants et élèves : "M'dame, vous n'avez pas le droit de crier alors !"

Un jeu des 7 familles à destination des 7-12 ans a également été crée pour l'occasion, tout aussi prudent (le mot "punition" n'est d'ailleurs mentionné nulle part) : "J'ai des droits mais je dois aussi respecter ceux des autres", "J'ai droit à la protection contre toutes les violences physiques" (sans aucune précision), "J'ai droit à la protection contre le harcèlement sur Internet, à l'école et dans ma famille"...


Ce même 20 novembre, le député EELV François-Michel Lambert rappelle, dans un article intitulé Stop aux châtiments corporels et à la fessée, la réticence de la France à légiférer « en matière d’interdiction des châtiments corporels et de la violence "éducative" à l’encontre des enfants ».


De nombreux articles dans les médias font état des déclarations de la ministre de la Famille Laurence Rossignol sur le sujet. Nous y reviendrons dans la revue de presse (page en cours de création). A signaler sur France Inter à 19 h l'émission Le téléphone sonne sur le 25ème anniversaire de la signature de la Convention des droits de l’enfant, avec entre autres invités Jean-Pierre Rosenczveig. Voir aussi dans la rubrique "Nos actions" : Nanterre, 25ème anniversaire de la Journée internationale des Droits de l’enfant


Le Mal… une approche scientifique ?

Par Olivier Maurel, président de l’OVEO

A propos du documentaire Le Mal, une approche scientifique, de Karin Jurschick, diffusé sur Arte en juillet 2012 et rediffusé le 25 juillet 2014.

Ce documentaire, qui traite davantage de la violence humaine que du mal en général, commence bien mais finit mal.

Dans sa première partie, qui porte sur la criminalité individuelle, un des principaux intervenants est Gerhard Roth, spécialiste allemand du cerveau. Il dit clairement que « chez la plupart des criminels, tout commence dans la prime enfance » où ils ont été marqués par de graves traumatismes. Pour lui, les facteurs génétiques n'interviennent que pour 30 % dans la criminalité. Il montre bien que les effets de l'environnement, quand ils se produisent dans l'enfance, deviennent « comme génétiques », ce qui explique la facilité avec laquelle on attribue à l'hérédité ce qui provient de l'éducation. Les propos de Gerhard Roth sont confirmés par l'interview d'un violeur qui dit avoir été battu à coups de ceinture par son père et par sa mère et être devenu au bout d'un certain temps indifférent aux coups : « J'avais même tendance à les provoquer. »

Malheureusement, Gerhard Roth ne tient compte que des « choses graves » vécues dans l'enfance et ne dit rien de la quasi-universalité de la violence éducative qui porte atteinte aux capacités relationnelles innées de la majorité des enfants, et donc des adultes. Il ne tient pas compte non plus de ce que l'on sait aujourd'hui de l'épigénétique, c'est-à-dire des modifications des gènes produites par l'environnement, notamment familial. Il est probable que, dans la genèse de la violence, inclure ce facteur amènerait à réduire encore la part du génétique et à accroître celle de l'environnement, c'est-à-dire pour l'essentiel de l'éducation.

Ensuite, lorsque le documentaire aborde la criminalité de masse, on sort du domaine scientifique et l'on entre dans un discours profondément marqué par l'ignorance de la violence éducative. En effet, dans tous les pays où se produisent des crimes de masse, comme l'Allemagne pré-nazie et le Congo (pour en rester aux exemples cités dans le film), le niveau de la violence éducative est ou était très élevé : bastonnades, flagellations et autres violences, tout au long de l'enfance et de l'adolescence, c'est-à-dire pendant la période de la formation du cerveau. Ces violences provoquent chez les enfants de véritables mutilations des capacités relationnelles innées. Elles réduisent leur capacité naturelle d'empathie, elles les rendent impulsifs et incapables de contrôler leur violence, les habituent à se soumettre à la violence et aux personnalités violentes, bref, elles en font des êtres qui, en cas de conflit, utilisent spontanément la violence comme solution.
(suite…)

L’Odyssée de l’empathie, un documentaire à soutenir

Michel Meignant, médecin, président d'honneur de la FF2P et cinéaste, membre de l'OVEO, lance un projet de documentaire destiné à informer un large public des dangers de la violence éducative et des raisons d'espérer qu'il soit possible d'y mettre fin un jour.

La page de présentation de L'Odyssée de l'empathie explique pourquoi et comment participer à ce projet en devenant coproducteur du film, comme l'ont fait l'OVEO et plusieurs de ses membres, sympathisants et associations amies. Toutes les contributions, même les plus modestes, sont les bienvenues (sur le site du projet, jusqu'au 17 août 2014).

Le "pitch" du film :
Serait-il possible qu'en abolissant la souffrance des enfants, on parvienne à transformer les humains en défenseurs de l'humanité ? Pour répondre à cette question, nous avons enquêté à travers le monde ; depuis les chasseurs-cueilleurs du Kalahari, en Namibie, jusque chez le cultivateur écologiste des Cévennes Pierre Rabhi.

L'OVEO soutient ce projet pour l'espoir qu'il représente de pouvoir exposer au public les connaissances scientifiques qui confirment le bien-fondé de son action contre la violence éducative ordinaire, sans préjuger des solutions qui seront suggérées et des propos tenus, qui resteront sous la responsabilité des auteurs et des différents intervenants du film.

Rapport sur l’état en 2013 de la législation française concernant les châtiments corporels

Cet article est la traduction de la partie « France » du rapport 2013 Prohibiting corporal punishment: achieving equal protection for children in EU member states de l’organisation Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children.

France (13 754 000 enfants selon le chiffre 2010 de l’UNICEF)

Dans la famille : pas d’interdiction. Le châtiment corporel est permis par la loi au nom du « droit de correction » du droit coutumier, reconnu par la Cour suprême en 18191 . Une loi de 1967 stipule que ce droit ne s’applique pas lorsque la santé de l’enfant est mise en danger2 . Les dispositions ajoutées au code pénal en 1994 concernant la violence et la maltraitance et au code civil par les lois 2007-293 sur le bien-être des enfants et 2006-399 sur la violence domestique et les violences faites aux enfants ne sont pas interprétées comme interdisant tout châtiment corporel dans l’éducation des enfants.

Hors de la famille : pas d’interdiction totale. Des circulaires ministérielles stipulent que l’on ne doit pas recourir au châtiment corporel dans les établissements scolaires (circulaires n° 91-124 du 6 juin 1991 pour l’enseignement primaire, n° 2000-104 du 11 juillet 2000 pour l’enseignement secondaire), mais il n’existe aucune loi l’interdisant explicitement, et la « correction légère » est tolérée de la même façon qu’elle l’est dans les familles. La Cour suprême a confirmé en 1908 le « droit de correction » des enseignants3 ; une disposition de 2000 stipule que ce droit ne s’applique pas à des châtiments corporels « habituels » et « non éducatifs »4 . En 2002, un tribunal a jugé qu’un enseignant n’avait pas le droit de tirer les cheveux des élèves, de leur donner des coups de pieds aux fesses et de les gifler de façon habituelle, mais sans exclure tout châtiment corporel5 . Dans son rapport au Comité européen des droits sociaux, le gouvernement français a relevé que, selon les décisions de justice, le « droit de correction » doit être 1/ inoffensif, 2/ modéré (tapes, vêtements saisis au col, oreilles et cheveux tirés) et 3/ viser à maintenir l’ordre scolaire et la discipline6 .

Dans le système pénal, le châtiment corporel est illégal en tant que peine et en tant que mesure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Il est légal au nom du « droit de correction » coutumier dans les structures d’accueil des enfants, et la Cour suprême a confirmé ce droit en 2003 pour les assistantes maternelles et les baby-sitters.

DOM-TOM. La législation concernant le châtiment corporel est la même qu’en métropole. (Voir les rapports détaillés par pays dans Global Progress sur le site Global Initiative)

Jurisprudence humanitaire en matière de châtiment corporel

Le Comité des Droits de l’enfant a soulevé pour la première fois la question des châtiments corporels en France en 1994, et a recommandé deux fois depuis cette date (en 2004 et 2009) une interdiction explicite dans la famille, à l’école et dans les autres lieux d’accueil7 . Le Comité européen des droits sociaux a conclu à trois reprises que la situation de la France n’était pas conforme à sa Charte en l’absence d’interdiction des châtiments corporels (2003, 2005, 2012)8 . Dans son deuxième examen de la France, en 20139 , le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a fait des recommandations pour l’interdiction explicite du châtiment corporel en tous lieux, y compris les familles. Le gouvernement français devait rendre sa réponse en juin 2013.


Réforme législative nécessaire pour réaliser l’interdiction totale des châtiments corporels en France :

- Abrogation explicite du « droit de correction » coutumier.
- Interdiction explicite du châtiment corporel dans la famille, les établissements scolaires et tous les lieux accueillant des enfants sans exception.
- Ces réformes doivent s’appliquer sur tout le territoire national, y compris DOM-TOM et Nouvelle-Calédonie.


Articles associés sur le site de l’OVEO :

- Une plainte déposée contre la France est déclarée recevable par le Comité européen des droits sociaux
- Réponse sur le fond du gouvernement français
- Réclamation collective contre la France pour l’abolition des châtiments corporels

Documents en français sur le site Global Initiative :

* Interdire les châtiments corporels à l’encontre des enfants - Guide des réformes juridiques et autres mesures (mai 2009)

* Plusieurs Briefings (2009) sur le sujet « Faire campagne en faveur de la réforme juridique pour interdire les châtiments corporels » :
1/ Comprendre la nécessité d’adopter une loi d’interdiction
2/ Revoir la législation en vigueur
3/ Rédiger la loi d’interdiction
4/ Mettre en place une stratégie nationale
5/ Travailler avec le gouvernement et le parlement

En anglais : Prohibiting all corporal punishment of children: learning from states which have achieved law reform (Ce que nous avons à apprendre des Etats qui ont interdit tout châtiment corporel des enfants)

Pour trouver le rapport complet sur la France sur le site Global Initiative : cliquer sur Global Progress, puis sur l’icône dans la 1ère colonne devant le nom du pays. Pour trouver d’autres documents, cliquer sur Site Map (plan du site).


  1. Cour de cassation, chambre criminelle, 17 décembre 1819, S. 1819-1821, chron., p. 152. []
  2. Cour de cassation, chambre criminelle, 21 février 1967, Bull. Crim., n° 73. []
  3. Cour de cassation, chambre criminelle, 4 décembre 1908, Bull. Crim., n° 482. []
  4. Cour d’appel de Nancy, 17 janvier 2000. []
  5. Cour de cassation, chambre criminelle, 26 novembre 2002, cas n° 02-81727 []
  6. 16 décembre 2010, Rapport national au CEDS, RAP/RCha/FR/X(2010), pp. 54-55. []
  7. 25 avril 1994, CRC/C/15/Add.20, observations finales sur le rapport initial, § 24 ; 30 juin 2004, CRC/C/15/Add.240, observations finales sur le 2ème rapport, § 38 et 39 ; 11 juin 2009, CRC/C/FRA/CO/4 version préliminaire, observations finales sur les 3ème et 4ème rapports, § 6, 57 et 58. []
  8. 1er octobre 2003, Conclusions 2003, Vol. 1, p. 173 ; mars 2005, Conclusions 2005 ; janvier 2012, Conclusions 2011. []
  9. 23 janvier 2013, A/HRC/WG.6/15/L.2, rapport provisoire du groupe de travail, § 120(116), 120(117), 120(118). []

Si j’aurais su… je serais né en Suède !

Nous avons le grand honneur et le grand plaisir de présenter sur notre site le premier film de Marion Cuerq :

Si j'aurais su... je serais né en Suède !

Pour l'apprécier encore plus, il faut savoir que Marion Cuerq a 21 ans, qu'avant de commencer ce film, elle n'avait jamais touché à la vidéo, ni filmé, ni monté de film, que son budget était très limité, son matériel aussi. Elle demande qu'on ne voie pas son film comme un film pro, mais vous verrez qu'il se défend très bien ! Ce que Marion a voulu montrer, c'est combien il fait bon grandir en Suède, c'est diffuser la bienfaisance qui y règne et montrer son existence et son fonctionnement.

"Mais en tout cas, écrit-elle, j'y ai mis toute mon énergie, toutes mes tripes et j'ai littéralement tout donné pendant ces deux ans !!"

N'hésitez pas à laisser vos impressions sur sa page Facebook pour qu'elle sache combien de personnes le voient et le diffusent et pour qu'elle se rende compte de sa circulation.

Ce film va être un instrument important pour faire connaître la manière dont les enfants sont pris en considération en Suède et pour faire comprendre que nous devrions nous aussi, le plus tôt possible, adopter une loi qui interdise toute forme de violence à l'égard des enfants.

Bon visionnage !

(suite…)

Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire ?

Quelques suggestions si vous visitez notre site pour la première fois...

Un grand film à voir absolument (en exclusivité sur le site de l'OVEO) : Si j'aurais su... je serais né en Suède ! Film de Marion Cuerq sur l'interdiction de la violence éducative en Suède. Durée : 1h08.

Editorial : Pourquoi un Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Qu'est-ce que l'Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Le Point de vue de l'OVEO sur l'actualité : nombreux articles que nous mettons d'abord en page d'accueil avant de les regrouper dans cette rubrique (campagnes d'information, événements qui nous "interpellent" dans l'actualité ou les médias, en France et dans le monde...)

Dans la partie "La VEO à la loupe" : une Histoire de la violence éducative ordinaire, des témoignages, des textes fondamentaux pour mieux comprendre ce qu'est la VEO et quels sont ses effets...

Dans la partie Pour un monde sans VEO : une géographie de la violence éducative ordinaire (VEO) dans le monde, des articles sur l'état de la législation (voir ci-dessous), des critiques de livres, des liens et bien d'autres ressources... A noter (2012) un article donnant des informations importantes sur un traitement de l'autisme.

Pour aider les visiteurs, nous nous efforçons aussi de mettre les articles du site en lien les uns avec les autres. N'hésitez pas à nous faire des suggestions si vous en trouvez que nous pourrions ajouter !

Faut-il légiférer sur la violence éducative ordinaire ?

Plusieurs articles et lettres ouvertes en réponse à la polémique relancée en France en 2009 par la proposition de loi de la députée Edwige Antier :

D'autres articles sur le même sujet :

Sur la violence éducative et la question de l'écologie :

Pourquoi un Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

EDITORIAL - Par Olivier Maurel, président de l'OVEO
Ecrit en 2005, révisé en 2008

La présentation de l'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire que nous faisions en 2005 (voir ci-dessous) nous paraît plus que jamais d'actualité, notamment depuis que le Conseil de l'Europe a lancé sa campagne pour l'interdiction de toute forme de violence éducative: « Construire une Europe pour et avec les enfants ».

Aujourd'hui, nous voudrions seulement souligner de façon encore plus explicite le fait que la violence éducative ne se limite pas aux violences physiques. Notre relation avec les enfants est souvent telle que nous trouvons normal de les traiter, verbalement et psychologiquement, comme nous ne traiterions pas les adultes et les personnes âgées et, plus précisément encore, comme nous supporterions très mal d'être traités nous-mêmes, surtout par quelqu'un de proche et qui dit nous aimer.

Comment supporterions-nous (ou supportons-nous !), par exemple, que notre conjoint ou conjointe nous menace de nous punir, nous sermonne, nous fasse la morale, nous critique, nous injurie, se moque de nous, nous compare à d'autres de façon désobligeante, etc. ? Or, qui n'a connu cela dans son enfance ? Et qui ne l'a fait plus ou moins subir à ses enfants ?

C'est parce que nous avons presque tous subi ces traitements que nous trouvons normal de les infliger aux enfants.

Autrement dit, ce qui est nécessaire, c'est un changement de regard sur les enfants, changement qui ne peut probablement s'effectuer qu'à condition de changer notre propre regard sur l'enfant que nous avons été. C'est le plus souvent parce que nous avons fait nôtre le mépris subi dans notre enfance que nous ne voyons plus ce qu'il y a d'anormal dans tous ces comportements à l'égard des enfants.

L'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire est à la fois une association et un site créés dans le but d'informer le plus largement possible l'opinion publique et les responsables politiques sur la pratique de la violence éducative ordinaire, c'est-à-dire les diverses formes de violence utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants dans les familles et les institutions (écoles , assistantes maternelles...).