Les enfants n'ont pas besoin d'être éduqués, mais d'être accompagnés avec empathie.

Jesper Juul

L’Odyssée de l’empathie, un documentaire à soutenir

Michel Meignant, médecin, président d'honneur de la FF2P et cinéaste, membre de l'OVEO, lance un projet de documentaire destiné à informer un large public des dangers de la violence éducative et des raisons d'espérer qu'il soit possible d'y mettre fin un jour.

La page de présentation de L'Odyssée de l'empathie explique pourquoi et comment participer à ce projet en devenant coproducteur du film, comme l'ont fait l'OVEO et plusieurs de ses membres, sympathisants et associations amies. Toutes les contributions, même les plus modestes, sont les bienvenues (sur le site du projet, jusqu'au 17 août 2014).

Le "pitch" du film :
Serait-il possible qu'en abolissant la souffrance des enfants, on parvienne à transformer les humains en défenseurs de l'humanité ? Pour répondre à cette question, nous avons enquêté à travers le monde ; depuis les chasseurs-cueilleurs du Kalahari, en Namibie, jusque chez le cultivateur écologiste des Cévennes Pierre Rabhi.

L'OVEO soutient ce projet pour l'espoir qu'il représente de pouvoir exposer au public les connaissances scientifiques qui confirment le bien-fondé de son action contre la violence éducative ordinaire, sans préjuger des solutions qui seront suggérées et des propos tenus, qui resteront sous la responsabilité des auteurs et des différents intervenants du film.

Rapport sur l’état en 2013 de la législation française concernant les châtiments corporels

Cet article est la traduction de la partie « France » du rapport 2013 Prohibiting corporal punishment: achieving equal protection for children in EU member states de l’organisation Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children.

France (13 754 000 enfants selon le chiffre 2010 de l’UNICEF)

Dans la famille : pas d’interdiction. Le châtiment corporel est permis par la loi au nom du « droit de correction » du droit coutumier, reconnu par la Cour suprême en 18191 . Une loi de 1967 stipule que ce droit ne s’applique pas lorsque la santé de l’enfant est mise en danger2 . Les dispositions ajoutées au code pénal en 1994 concernant la violence et la maltraitance et au code civil par les lois 2007-293 sur le bien-être des enfants et 2006-399 sur la violence domestique et les violences faites aux enfants ne sont pas interprétées comme interdisant tout châtiment corporel dans l’éducation des enfants.

Hors de la famille : pas d’interdiction totale. Des circulaires ministérielles stipulent que l’on ne doit pas recourir au châtiment corporel dans les établissements scolaires (circulaires n° 91-124 du 6 juin 1991 pour l’enseignement primaire, n° 2000-104 du 11 juillet 2000 pour l’enseignement secondaire), mais il n’existe aucune loi l’interdisant explicitement, et la « correction légère » est tolérée de la même façon qu’elle l’est dans les familles. La Cour suprême a confirmé en 1908 le « droit de correction » des enseignants3 ; une disposition de 2000 stipule que ce droit ne s’applique pas à des châtiments corporels « habituels » et « non éducatifs »4 . En 2002, un tribunal a jugé qu’un enseignant n’avait pas le droit de tirer les cheveux des élèves, de leur donner des coups de pieds aux fesses et de les gifler de façon habituelle, mais sans exclure tout châtiment corporel5 . Dans son rapport au Comité européen des droits sociaux, le gouvernement français a relevé que, selon les décisions de justice, le « droit de correction » doit être 1/ inoffensif, 2/ modéré (tapes, vêtements saisis au col, oreilles et cheveux tirés) et 3/ viser à maintenir l’ordre scolaire et la discipline6 .

Dans le système pénal, le châtiment corporel est illégal en tant que peine et en tant que mesure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Il est légal au nom du « droit de correction » coutumier dans les structures d’accueil des enfants, et la Cour suprême a confirmé ce droit en 2003 pour les assistantes maternelles et les baby-sitters.

DOM-TOM. La législation concernant le châtiment corporel est la même qu’en métropole. (Voir les rapports détaillés par pays dans Global Progress sur le site Global Initiative)

Jurisprudence humanitaire en matière de châtiment corporel

Le Comité des Droits de l’enfant a soulevé pour la première fois la question des châtiments corporels en France en 1994, et a recommandé deux fois depuis cette date (en 2004 et 2009) une interdiction explicite dans la famille, à l’école et dans les autres lieux d’accueil7 . Le Comité européen des droits sociaux a conclu à trois reprises que la situation de la France n’était pas conforme à sa Charte en l’absence d’interdiction des châtiments corporels (2003, 2005, 2012)8 . Dans son deuxième examen de la France, en 20139 , le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a fait des recommandations pour l’interdiction explicite du châtiment corporel en tous lieux, y compris les familles. Le gouvernement français devait rendre sa réponse en juin 2013.


Réforme législative nécessaire pour réaliser l’interdiction totale des châtiments corporels en France :

- Abrogation explicite du « droit de correction » coutumier.
- Interdiction explicite du châtiment corporel dans la famille, les établissements scolaires et tous les lieux accueillant des enfants sans exception.
- Ces réformes doivent s’appliquer sur tout le territoire national, y compris DOM-TOM et Nouvelle-Calédonie.


Articles associés sur le site de l’OVEO :

- Une plainte déposée contre la France est déclarée recevable par le Comité européen des droits sociaux
- Réponse sur le fond du gouvernement français
- Réclamation collective contre la France pour l’abolition des châtiments corporels

Documents en français sur le site Global Initiative :

* Interdire les châtiments corporels à l’encontre des enfants - Guide des réformes juridiques et autres mesures (mai 2009)

* Plusieurs Briefings (2009) sur le sujet « Faire campagne en faveur de la réforme juridique pour interdire les châtiments corporels » :
1/ Comprendre la nécessité d’adopter une loi d’interdiction
2/ Revoir la législation en vigueur
3/ Rédiger la loi d’interdiction
4/ Mettre en place une stratégie nationale
5/ Travailler avec le gouvernement et le parlement

En anglais : Prohibiting all corporal punishment of children: learning from states which have achieved law reform (Ce que nous avons à apprendre des Etats qui ont interdit tout châtiment corporel des enfants)

Pour trouver le rapport complet sur la France sur le site Global Initiative : cliquer sur Global Progress, puis sur l’icône dans la 1ère colonne devant le nom du pays. Pour trouver d’autres documents, cliquer sur Site Map (plan du site).


  1. Cour de cassation, chambre criminelle, 17 décembre 1819, S. 1819-1821, chron., p. 152. []
  2. Cour de cassation, chambre criminelle, 21 février 1967, Bull. Crim., n° 73. []
  3. Cour de cassation, chambre criminelle, 4 décembre 1908, Bull. Crim., n° 482. []
  4. Cour d’appel de Nancy, 17 janvier 2000. []
  5. Cour de cassation, chambre criminelle, 26 novembre 2002, cas n° 02-81727 []
  6. 16 décembre 2010, Rapport national au CEDS, RAP/RCha/FR/X(2010), pp. 54-55. []
  7. 25 avril 1994, CRC/C/15/Add.20, observations finales sur le rapport initial, § 24 ; 30 juin 2004, CRC/C/15/Add.240, observations finales sur le 2ème rapport, § 38 et 39 ; 11 juin 2009, CRC/C/FRA/CO/4 version préliminaire, observations finales sur les 3ème et 4ème rapports, § 6, 57 et 58. []
  8. 1er octobre 2003, Conclusions 2003, Vol. 1, p. 173 ; mars 2005, Conclusions 2005 ; janvier 2012, Conclusions 2011. []
  9. 23 janvier 2013, A/HRC/WG.6/15/L.2, rapport provisoire du groupe de travail, § 120(116), 120(117), 120(118). []

Si j’aurais su… je serais né en Suède !

Nous avons le grand honneur et le grand plaisir de présenter sur notre site le premier film de Marion Cuerq :

Si j'aurais su... je serais né en Suède !

Pour l'apprécier encore plus, il faut savoir que Marion Cuerq a 21 ans, qu'avant de commencer ce film, elle n'avait jamais touché à la vidéo, ni filmé, ni monté de film, que son budget était très limité, son matériel aussi. Elle demande qu'on ne voie pas son film comme un film pro, mais vous verrez qu'il se défend très bien ! Ce que Marion a voulu montrer, c'est combien il fait bon grandir en Suède, c'est diffuser la bienfaisance qui y règne et montrer son existence et son fonctionnement.

"Mais en tout cas, écrit-elle, j'y ai mis toute mon énergie, toutes mes tripes et j'ai littéralement tout donné pendant ces deux ans !!"

N'hésitez pas à laisser vos impressions sur sa page Facebook pour qu'elle sache combien de personnes le voient et le diffusent et pour qu'elle se rende compte de sa circulation.

Ce film va être un instrument important pour faire connaître la manière dont les enfants sont pris en considération en Suède et pour faire comprendre que nous devrions nous aussi, le plus tôt possible, adopter une loi qui interdise toute forme de violence à l'égard des enfants.

Bon visionnage !



Si votre navigateur ne peut pas lire la vidéo vous avez la possibilité de la charger avec :
MP4, WebM, Ogv

A propos de la condamnation d’un père à Limoges pour avoir fessé son fils

Vendredi 11 octobre, au tribunal correctionnel de Limoges, un père a été condamné à 500€ d'amende avec sursis pour avoir donné une fessée "cul nu" à son fils de 9 ans. Ce père a déclaré que depuis plusieurs jours son fils ne lui disait plus bonjour et que, lorsqu'il lui a demandé la raison de ce refus, l'enfant lui a répondu qu'il n'en avait pas envie. "Je lui ai dit qu'il me devait le respect et, oui, je lui ai donné une fessée.". Le père a ajouté qu'il "subissait la mode actuelle qui veut qu'on ne corrige pas ses enfants".

La présidente Estelle Lamotte-Genet a répondu que ce n'était pas une question de mode. La fessée "est une violence, doublée d'un acte humiliant pour l'enfant qui, à 9 ans, se retrouve les fesses à l'air pour se faire frapper." Et le vice-procureur Jean-Paul Lescat a commenté : "Heureusement nous n'en sommes plus au temps où parents et éducateurs infligeaient des punitions physiques".

Jusqu'à présent les tribunaux français ne manifestaient pas une telle sévérité à l'égard des parents. Est-ce l'âge du garçon en question (9 ans), le fait que la fessée ait été donnée directement sur les fesses et non à travers les vêtements, ou encore le terme de "mode" employé par le père pour qualifier la tendance encore bien minoritaire à vouloir interdire la fessée ? Il serait intéressant de connaître la vraie motivation de ce jugement.

Peut-être la juge avait-elle présent à l'esprit l'article 222-13 du code pénal qui déclare que "tout acte de violence commis sur un mineur de 15 ans, même s'il n'a entraîné aucune incapacité totale de travail, est puni d'une peine de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende."

Mais cet article est inapplicable aux fessées, et c'est heureux vu la disproportion des peines qui ne peuvent s'appliquer qu'à des cas de maltraitance reconnue comme telle, avec blessure, voire décès de la victime. D'ailleurs la peine infligée dans ce cas (amende avec sursis et somme assez symbolique accordée à la mère qui avait porté plainte) est sans commune mesure avec celles que mentionne l'article 222-13.

Ceci dit, même si on peut douter que cette peine ait quelques chances de faire réfléchir l'inculpé, l’OVEO se félicite d’une telle décision qui a une grande importance symbolique et constitue une première en France.

Cette décision de justice est sans doute à replacer dans un contexte où notre pays fait l’objet d’une procédure de «réclamation» initiée par une ONG devant le Comité européen des droits sociaux, pour ne pas avoir interdit toute forme de punition corporelle infligée aux enfants comme elle aurait dû le faire en tant que signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Nous espérons que cette décision de justice pourra faire jurisprudence et servir de tremplin pour qu’enfin une loi d’interdiction de toute violence éducative soit promulguée en France.

Olivier Maurel,

président de l'OVEO.


Emissions, articles ...

(suite…)

Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire ?

Quelques suggestions si vous visitez notre site pour la première fois...

Un grand film à voir absolument (en exclusivité sur le site de l'OVEO) : Si j'aurais su... je serais né en Suède ! Film de Marion Cuerq sur l'interdiction de la violence éducative en Suède. Durée : 1h08.

Editorial : Pourquoi un Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Qu'est-ce que l'Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Le Point de vue de l'OVEO sur l'actualité : nombreux articles que nous mettons d'abord en page d'accueil avant de les regrouper dans cette rubrique (campagnes d'information, événements qui nous "interpellent" dans l'actualité ou les médias, en France et dans le monde...)

Dans la partie "La VEO à la loupe" : une Histoire de la violence éducative ordinaire, des témoignages, des textes fondamentaux pour mieux comprendre ce qu'est la VEO et quels sont ses effets...

Dans la partie Pour un monde sans VEO : une géographie de la violence éducative ordinaire (VEO) dans le monde, des articles sur l'état de la législation (voir ci-dessous), des critiques de livres, des liens et bien d'autres ressources... A noter (2012) un article donnant des informations importantes sur un traitement de l'autisme.

Pour aider les visiteurs, nous nous efforçons aussi de mettre les articles du site en lien les uns avec les autres. N'hésitez pas à nous faire des suggestions si vous en trouvez que nous pourrions ajouter !

Faut-il légiférer sur la violence éducative ordinaire ?

Plusieurs articles et lettres ouvertes en réponse à la polémique relancée en France en 2009 par la proposition de loi de la députée Edwige Antier :

D'autres articles sur le même sujet :

Sur la violence éducative et la question de l'écologie :

Pourquoi un Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

EDITORIAL - Par Olivier Maurel, président de l'OVEO
Ecrit en 2005, révisé en 2008

La présentation de l'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire que nous faisions en 2005 (voir ci-dessous) nous paraît plus que jamais d'actualité, notamment depuis que le Conseil de l'Europe a lancé sa campagne pour l'interdiction de toute forme de violence éducative: « Construire une Europe pour et avec les enfants ».

Aujourd'hui, nous voudrions seulement souligner de façon encore plus explicite le fait que la violence éducative ne se limite pas aux violences physiques. Notre relation avec les enfants est souvent telle que nous trouvons normal de les traiter, verbalement et psychologiquement, comme nous ne traiterions pas les adultes et les personnes âgées et, plus précisément encore, comme nous supporterions très mal d'être traités nous-mêmes, surtout par quelqu'un de proche et qui dit nous aimer.

Comment supporterions-nous (ou supportons-nous !), par exemple, que notre conjoint ou conjointe nous menace de nous punir, nous sermonne, nous fasse la morale, nous critique, nous injurie, se moque de nous, nous compare à d'autres de façon désobligeante, etc. ? Or, qui n'a connu cela dans son enfance ? Et qui ne l'a fait plus ou moins subir à ses enfants ?

C'est parce que nous avons presque tous subi ces traitements que nous trouvons normal de les infliger aux enfants.

Autrement dit, ce qui est nécessaire, c'est un changement de regard sur les enfants, changement qui ne peut probablement s'effectuer qu'à condition de changer notre propre regard sur l'enfant que nous avons été. C'est le plus souvent parce que nous avons fait nôtre le mépris subi dans notre enfance que nous ne voyons plus ce qu'il y a d'anormal dans tous ces comportements à l'égard des enfants.

L'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire est à la fois une association et un site créés dans le but d'informer le plus largement possible l'opinion publique et les responsables politiques sur la pratique de la violence éducative ordinaire, c'est-à-dire les diverses formes de violence utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants dans les familles et les institutions (écoles , assistantes maternelles...).

En effet, on trouve presque partout normal de frapper les enfants pour les faire obéir, alors que cette méthode d'éducation expose les enfants, les adultes qu'ils deviennent et la société dans son ensemble à de graves dangers.

Les enfants sont d'ailleurs aujourd'hui, dans presque tous les pays, la seule catégorie d'êtres humains qu'il soit permis de frapper légalement, alors qu'ils sont aussi les êtres humains les plus fragiles, les plus vulnérables, et ceux sur qui la violence a les conséquences les plus graves. Alors que, dans les sociétés anciennes, on avait le droit légal de battre les esclaves, les domestiques, les soldats et les marins, les prisonniers, les femmes, aujourd'hui, dans presque tous les pays, seuls les enfants peuvent encore légalement être frappés.

Cette anomalie ne nous apparaît pas comme telle parce que nous avons presque tous subi à des degrés divers la violence éducative, et que nous avons acquis sous les coups, depuis notre petite enfance, la conviction qu'elle est le privilège normal des parents.

Mais il n'est plus possible aujourd'hui d'accepter une telle pratique. Depuis une cinquantaine d'années, un grand nombre d'études, en particulier sur l'effet des châtiments corporels, ont montré de façon indubitable que la violence éducative a des conséquences graves sur le développement des individus et des sociétés. Elle est en effet la cause de nombreuses manifestations de violence contre soi-même et contre autrui, aussi bien sur le plan individuel que sur le plan collectif (voir à ce sujet l'article "Les conséquences des châtiments corporels"). Et les études des neurobiologistes sur le développement et le fonctionnement du cerveau confirment chaque jour davantage la gravité de ces dangers.

Certes, cette méthode d'éducation est très ancienne, et se pratique depuis des millénaires. Mais bien d'autres usages, comme l'esclavage, l'excision ou la coutume de battre les femmes, ont duré pendant des millénaires ou durent encore, sans que cela les rende en quoi que ce soit plus acceptables.

Il est donc temps de mettre fin à cette pratique. Les Etats signataires de la Convention relative aux droits de l'enfant, c'est-à-dire tous les Etats de la planète sauf deux (les Etats-Unis et la Somalie), l'ont d'ailleurs reconnu. L'article 19 de cette Convention fait obligation aux Etats de veiller à protéger les enfants contre toute forme de violence. Et le Comité des droits de l'enfant de l'ONU rappelle constamment aux Etats qu'ils doivent interdire la pratique de toute forme de violence, même légère, à l'égard des enfants, aussi bien dans les familles qu'à l'école. Le Conseil de l'Europe, de son côté, a vivement invité les Etats européens à imiter les vingt-quatre pays qui ont eu le courage de voter une loi interdisant toute forme de violence éducative.

Mais l'un des principaux obstacles à une évolution dans ce sens est l'ignorance, l'indifférence à l'égard de la violence éducative et la sous-estimation de ses effets. Nous ignorons à la fois le degré d'intensité que revêt cette violence dans la plupart des pays, et les dangers que présentent les manifestations même les plus faibles de cette violence. Cette ignorance nous amène à ne pas nous en soucier et à la considérer comme normale. Nous la voyons comme un phénomène dérisoire, qui ne concerne qu'une étape de la vie que nous avons dépassée, donc sans importance réelle, alors qu'elle est très probablement l'une des principales causes de la violence des adultes et de leurs comportements suicidaires, aussi bien sur le plan individuel qu'à l'échelle de la planète.

C'est pourquoi il nous a paru nécessaire de créer cet Observatoire dont le but est de révéler le scandale caché de la violence éducative, qui légitime, sous couvert d'éducation, des cruautés à peine imaginables. Ce scandale doit devenir évident aux yeux de tous pour que se produise la prise de conscience nécessaire à son éradication.

L'OVEO aura également pour but d'étudier l'attitude de l'opinion publique à l'égard de la violence éducative, et, dans la mesure de ses moyens, de faire pression sur les Etats pour qu'ils en arrivent à interdire toute forme de violence éducative, comme l'ont déjà fait vingt-trois d'entre eux.

L'action militante de l'Observatoire ne l'oppose, par principe, ni aux parents ni aux enseignants. Bien au contraire, il est convaincu que son action en faveur des droits des enfants rejoint le désir profond des parents et des enseignants de voir les enfants respectés comme doivent l'être des personnes humaines en formation.

L'espoir des membres de l'Observatoire est que, puisqu'on appelle cruauté le fait de frapper un animal et agression le fait de frapper un adulte, on cesse d'appeler éducation le fait de frapper un enfant.