Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Comment peut-on faire autrement ? Voyage en Suède avec un enfant

Un article trouvé sur le site (en anglais) de Child-Friendly Initiative, association fondée en 1999 à Los Angeles par Michele Mason, et qui anime des groupes de soutien, des stages et des ateliers parents-enfants, avec l’aide de spécialistes.

Comment peut-on faire autrement ?

Voyage en Suède avec un enfant

par M. Brittany Shahmehri

Quand mon fils avait six mois, nous avons voyagé en train à travers l’Europe. En Allemagne, nous nous sommes trouvés un jour dans un wagon très enfumé. La journée avait été longue et nous ne parlions pas allemand, aussi me suis-je assise sur une valise entre deux wagons pour allaiter mon fils en attendant que notre histoire de réservations soit réglée. Une femme qui parlait anglais s’est approchée de moi et m’a dit : « Pourquoi n’allez-vous pas dans le compartiment d’allaitement ? » Je n’en avais jamais entendu parler ! Elle m’a donc précédée dans le train bondé jusqu’à ce compartiment, où une autre famille était déjà installée avec un bébé qui tétait paisiblement.

En tant que parent, ce voyage m’a ouvert les yeux. Comme j’ai de la famille en Suède, nous sommes restés plus longtemps dans ce pays. La plupart des trains comportent une voiture spéciale pour les familles avec enfants, ce qui rend les voyages nettement plus agréables. Dans certaines villes, on peut prendre le bus gratuitement avec une poussette, et, dans tous les bus où j’ai eu l’occasion de me trouver, l’accès des voitures d’enfant était facilité par un dégagement près des portes arrière. Lorsque quelqu’un montait dans le bus avec une poussette, les passagers s’empressaient de l’aider, et, un jour que le bus était vide, c’est le conducteur qui est descendu. Ma famille m’a expliqué que cela se faisait couramment, et ma surprise les a étonnés : « Bien sûr qu’il devait t’aider, m’a-t-on dit. Sinon, comment aurais-tu fait ? »

En Suède, de nombreuses mesures gouvernementales favorisent le respect des enfants. Les parents ont droit à des jours de congé pour s’occuper d’enfants malades, tout le monde a davantage de congés. Tous les services concernant les enfants sont très bien financés et de très bonne qualité, et, grâce à la sécurité sociale pour tous, la Suède a été le premier pays au monde où les médecins ne pouvaient plus reconnaître l’origine sociale d’un enfant à son état physique. Il est interdit de donner une fessée à un enfant, cela est considéré comme une violation de ses droits et comme la porte ouverte à la maltraitance. Au total, les enfants sont respectés comme des membres à part entière de la société, le respect de leurs besoins est protégé par le gouvernement et intégré dans la culture.

Cette atmosphère de bienveillance envers les enfants ne se limite pas à des mesures gouvernementales. Les enfants sont acceptés par toute la société, et ce sont les petits détails de la vie quotidienne qui m’ont le plus frappée. En tant que touriste, je n’étais pas directement concernée par les mesures de protection de l’enfance ou de congé parental, mais je ressentais une profonde différence dans la qualité de ma vie. L’une des premières choses que j’ai remarquées a été un logo représentant un landau, aussi courant que le logo du fauteuil roulant aux Etats-Unis, et placé à côté de celui-ci. Ce dessin signale clairement que les familles peuvent utiliser les ascenseurs, les portes automatiques et les toilettes pour handicapés. Lorsqu’il n’y a pas d’ascenseur, un emplacement est souvent prévu pour garer les poussettes. La plupart des magasins et des banques proposent un espace avec des jouets pour les enfants. Dans beaucoup de toilettes publiques, il y a de petits WC qui peuvent être utilisés même par les enfants les plus jeunes. Les mamans peuvent sans problème allaiter en public, personne ne manifeste de désapprobation.

Au début, j’ai pensé que tout cela était l’effet des mesures gouvernementales. Mais je me suis vite aperçue d’une chose qu’un bon capitaliste devrait facilement comprendre : un environnement favorable aux familles est bon pour les affaires. Grâce à ma nouvelle liberté, j’ai sans doute dépensé beaucoup plus d’argent dans les magasins et les restaurants. De la même façon qu’un regard peut être oppressant, un logo avec une poussette crée une atmosphère accueillante. Une table de jeu et quelques jouets peuvent inciter les parents à revenir.
En Suède comme chez nous, les entreprises répondent aux attentes des consommateurs. Si les parents américains manifestaient clairement que l’on doit prendre en compte les besoins de leurs enfants, les entreprises américaines y répondraient, et ce serait dans l’intérêt de tous. Faire un effort en faveur des enfants n’a pas seulement un effet sur les familles, mais aussi sur l’employé de la banque ou sur le type qui fait la queue derrière vous.

Il m’a fallu plusieurs séjours pour identifier la différence la plus profonde : les mères suédoises paraissaient plus détendues. Quand un enfant se mettait à crier, on ne le secouait pas brutalement, on ne lui parlait pas avec hostilité, comme je le vois souvent avec des parents sous pression. Le ton des parents était plus calme, ils se penchaient vers l’enfant, lui parlaient tranquillement.
Au cours des neuf mois que j’ai passés au total en Suède depuis cette première visite, je n’ai vu qu’une seule fois un enfant « faire une colère ». Le jour où mon propre fils, à l’âge de deux ans, s’est roulé par terre sans égard pour les coutumes locales, les gens se sont écartés poliment et n’ont rien manifesté de particulier. J’étais stupéfaite de voir à quel point il était plus facile de prendre de bonnes décisions en tant que parent lorsqu’on n’était pas sous le regard hostile des autres. Et que pouvons-nous offrir de mieux à nos enfants qu’un environnement positif, où ils pourront grandir en se sentant bien accueillis dans ce monde et confiants d’y avoir leur place malgré l’agitation et le productivisme de notre époque ?

Source : http://www.childfriendly.org/family/articles/sweden.html

Traduit de l’anglais (USA) par Catherine Barret.