Point de vue de l'OVEO sur l'actualité
En mémoire de Marina
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- Publié le dimanche 9 juin 2013 20:58
Comme le rapportent Le Point et plusieurs autres journaux, deux associations de défense des droits de l'enfant, « Innocence en danger » et « Enfance et Partage », ont mis en cause l'Etat pour faute grave dans l'affaire de la petite Marina Sabatier, morte en 2009 sous les coups de ses parents. Ces associations ont estimé que les institutions publiques et les services sociaux qui dépendent du conseil général n'ont pas traité sérieusement cette affaire. En effet, les enquêtes sur les soupçons de maltraitance avaient été refermées malgré des signalements auprès du parquet du Mans, après que des enseignants de la petite fille et son médecin scolaire avaient signalé dès 2008 par écrit les bleus, les jambes et doigts déformés, les hématomes ou encore "la peau des pieds arrachée".
Malgré cela, le tribunal d'instance du 13e arrondissement de Paris a rendu sa décision jeudi matin : l'État ne sera finalement pas poursuivi.
La mise en cause de l'Etat serait pourtant justifiée pour une autre raison. La France a signé et ratifié depuis plus de vingt ans la Convention relative aux droits de l'enfant, dont l'article 19 stipule qu'il doit protéger les enfants "contre toute forme de violence". Tous les cinq ans, lors de la remise au Comité des droits de l'enfant des rapports sur l'application de cette convention, le Comité rappelle au représentant de la France qu'elle doit interdire toute forme de punition corporelle et humiliante, comme l'ont déjà fait 33 Etats. Or, depuis vingt ans, aucun gouvernement n'a eu le courage de prendre cette mesure et de voter une loi interdisant non seulement la maltraitance caractérisée, mais aussi les gifles et les fessées.
Seul notre aveuglement nous empêche de voir la continuité entre les gifles et les fessées et la maltraitance qui blesse et qui tue. L'escalade de la gifle ou de la fessée, considérées comme bénignes et même éducatives, à la maltraitance peut s'effectuer facilement, surtout si l'on a été soi-même maltraité dans l'enfance. La violence subie dans l'enfance, légitimée par l'opinion publique ("Une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne !"), peut devenir violence sans mesure quand l'enfant se rebelle et fait front ("Même pas mal !"). C'est en grande partie parce que presque tout le monde considère qu'il est normal de frapper les enfants que certains les frappent sans limites.
Si l'on compare à un iceberg l'ensemble de la violence infligée aux enfants par leurs éducateurs, la maltraitance est sa partie émergée, dénoncée, condamnée, mais elle n'existerait pas sans les neuf dixièmes de sa base immergée qui la soutient. Tant qu'on ne s'attaquera pas à cette base, tant qu'on justifiera la violence sur les enfants jusqu'à un certain point (gifles, fessées, humiliations…), il y aura toujours une forte minorité de parents qui, pour des raisons diverses, franchiront toutes les limites jusqu'à blesser, torturer ou tuer leurs enfants.
Il faut, bien sûr, améliorer les mesures de vigilance à l'égard de la maltraitance, et notamment donner aux médecins, au cours de leurs études, une réelle formation pour la détecter. Mais, l'expérience de la Suède et des pays scandinaves le montre, la seule mesure qui réduit réellement les cas de maltraitance c'est l'interdiction de toute forme de violence, si faible soit-elle, à l'égard des enfants.
Il est scandaleux qu'en France, alors qu'il est interdit de frapper un adulte qui peut se défendre et porter plainte, on considère comme normal et éducatif de frapper un enfant qui ne peut ni l'un ni l'autre. Considère-t-on comme une intrusion inacceptable de l'Etat dans la vie familiale le fait d'interdire la violence conjugale ? Trouverait-on normal d'admettre la violence jusqu'à un certain point à l'égard des femmes comme on le fait à l'égard des enfants ?
Il faut rappeler que "depuis 2003, le Comité européen des droits sociaux a conclu que la France, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie, la République Slovaque, la Slovénie, l’Espagne et la Turquie avaient violé l’article 17 de la Charte pour ne pas avoir interdit toutes les formes de châtiment corporel". (Communiqué de presse de l'Organisation mondiale contre la torture, 7 juin 2005.)
Olivier Maurel,
fondateur de l'OVEO.
À propos des enfants-rois et des adultes tyrans
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- Publié le samedi 12 janvier 2013 07:41
Dans l’inépuisable série « Il faut frustrer les enfants », le magazine Psychologies de janvier 2013 vient de publier un nouvel article sur le thème des « enfants-rois » et des « adultes tyrans ». Cet article est un modèle de désinformation.
Son titre : « De l’enfant-roi à l’adulte tyran » est suivi d’un résumé qui ne laisse aucun doute sur la réalité de la prolifération de ces dangereuses personnalités : « Moi d’abord ! Ils sont de plus en plus nombreux à refuser sans remords les règles de la vie en collectivité. » Or, quand on lit l’article, on s’aperçoit que l’augmentation annoncée comme vertigineuse du nombre des « mal-élevés » ne repose que sur la conviction du psychologue Didier Pleux (« J’ai eu affaire, ces dernières années, à une augmentation des consultations d’hommes et de femmes victimes de ces personnalités tyranniques, mais aussi d’adultes tyrans, traînés dans mon cabinet par leur conjoint ou leurs parents. ») et sur celles d’une professeure de sciences économiques, Cécile Ernst, qui affirme que « nous sommes en face d’un phénomène inquiétant » sans en donner la moindre preuve autre que son sentiment que les adolescents sont de plus en plus difficiles. Une psychologue plus avisée, Dominique Picard, reconnaît, elle, qu’« on ne peut pas savoir objectivement si l’incivilité augmente », mais seulement qu’« elle est de plus en plus ressentie et mal vécue », ce qui n’a rien à voir avec une augmentation objective du phénomène. L’autre référence « scientifique » de l’article est l’écrivain et humoriste Jean-Louis Fournier, auteur d’un livre au titre significatif : Mouchons les morveux, et qui, lui, affirme que « l’enfant-roi, c’est de la graine de dictateur ».
Or, il suffit d’un peu réfléchir pour se rendre compte que l’augmentation des consultations pour ce genre de cas, si elle est réelle, ce qui reste encore à prouver, peut être au contraire un très bon signe, celui que les parents sont plus conscients de leurs difficultés, que les conjoints ou conjointes se laissent moins faire et que les « adultes tyrans » eux-mêmes, si dangereux d’après Didier Pleux, acceptent de venir consulter un psychologue, ce qui est plus civilisé que de battre son conjoint ou sa conjointe. Je ne vois pas en quoi il y a là « danger pour la démocratie », comme le proclament Pleux, Ernst et Fournier.
Quant à la cause de ladite augmentation des « adultes tyrans », dont la réalité n’est prouvée par aucune étude scientifique, pour Didier Pleux elle est claire. Il affirme que ces adultes n’ont pas été « mal aimés, incompris, empêchés de s’exprimer dans leur enfance ». Ils n’ont subi « aucune carence affective », mais au contraire une « survalorisation de leur personnalité ». Leur enfance a été le moment de la « toute-puissance », autre tarte à la crème de la psychologie et de la psychanalyse actuelle. Les analyses d’Alice Miller, qu’il cite, ne concernent, pour Didier Pleux que « la génération élevée dans la rigidité du surmoi et de la puissance parentale » qu’il oppose à la génération qui, selon lui, a pu cultiver jusqu’à l’âge adulte son illusion de « toute-puissance ». Il précise bien qu’il n’est pas question pour lui de regretter les fessées, mais en affirmant cela, il montre que, pour lui, les fessées appartiennent au passé, alors que 80 % des parents continuent à y recourir.
Il n’est pas question de nier que certains parents sont débordés par leurs enfants, souvent parce qu’ils ont cherché à satisfaire non pas les besoins de leurs enfants (besoins de tendresse, de présence réelle, d’attention), mais leurs désirs de biens de consommation exacerbés par la publicité. Mais, jusqu’à preuve du contraire, il reste que les grands criminels ont été beaucoup plus souvent des enfants maltraités ou mal aimés que des enfants-rois. Les dictateurs, comme l’a montré Alice Miller ont tous été des enfants épouvantablement maltraités. Depuis que l’éducation s’est relativement adoucie par rapport à ce qu’elle était au début du XXe siècle, le taux réel de délinquance et de criminalité n’a pas cessé de baisser.
Le vrai « danger pour la démocratie » et le vrai risque de voir apparaître des dictateurs reste toujours la violence éducative, qu’elle se manifeste sous la forme de carences, ou qu’elle soit physique, verbale ou psychologique.
Olivier Maurel,
fondateur de l'OVEO.
Le roman de la Gifle
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- Publié le vendredi 27 avril 2012 14:47
Par Alexandra Barral, membre de l'OVEO
Le récit qui suit rappelle étrangement l’histoire de François Bayrou qui, en 2002, avait giflé un enfant de 10 ans qui lui faisait les poches. "Le candidat à la présidentielle avait estimé quelques jours après que cette gifle était un geste de père de famille […] sans gravité1."
Ce geste avait à l’époque valu à François Bayrou un regain de popularité. A notre connaissance, François Bayrou n’a été aucunement inquiété pour son geste, alors qu’il l’aurait évidement été s’il avait frappé un adulte. Ceci a de quoi nous interpeller.
L’agression physique sur un adulte n’est pas tolérée. Mais quand il s’agit d’un enfant, on dit alors qu’elle a une valeur éducative. Cette fois, c’est un maire de 63 ans, Maurice Boisart, qui a administré une gifle à un adolescent. Il a été, lui, condamné à 1 000 euros d’amende le 17 février 2012.
L’article ci-dessous, paru dans Le Monde du 9 mars 2012 sous la plume de Pascale Robert-Diard, rapporte les faits et les nombreux témoignages de sympathie pour le maire :
Ceux-là n'ont pas attendu que "l'affaire de la gifle" s'invite dans le débat présidentiel. Depuis qu'il a été condamné, le 17 février, à 1 000 euros d'amende avec sursis pour avoir giflé un adolescent de son village qui escaladait un grillage, Maurice Boisart, 63 ans, maire de Cousolre (Nord), a reçu plus de mille cinq cents messages de soutien. Et ce n'est pas fini. Chaque jour, une épaisse chemise remplie de nouveaux courriers est déposée sur son bureau. On écrit de toute la France, grandes villes, banlieues, sous-préfectures ou villages, mais aussi de la Belgique toute proche, de Suisse, des Etats-Unis ou de Bangkok. Par courriel, bien sûr, mais surtout par lettres. On jette sa colère au stylo-bille sur une simple page de bloc-notes à petits carreaux, ou à la plume sur un épais vélin.
On dit son incompréhension sur une carte de visite personnelle ou un bristol professionnel. On griffonne quelques mots de réconfort au dos d'une carte postale de Notre-Dame-de-l'Assomption à Clermont-Ferrand, d'une vue de la corniche en Vendée, d'une plage de Bretagne, d'un château de la Loire, du beffroi d'Evreux, des vieilles maisons de Fougères, d'un quartier de Toulon, ou de la cité de Carcassonne. On affiche sa solidarité sur papier à en-tête officiel d'une mairie ou d'un conseil général. On partage son désarroi et on en profite pour raconter sa vie sur un feuillet double orné d'une grappe de raisin, d'un bouquet de fleurs ou d'un papillon.
Cette gifle qui a échappé au maire de Cousolre un jour d'août 2010, c'est la leur. Comme celles qu'ils ont données, celles qu'ils ont reçues, celles qui, pour eux, se sont trop perdues. De ce roman épistolaire national, c'est peut-être cela que l'on retient d'abord : la France est un pays de giflés reconnaissants et de gifleurs assumés. "J'ai 78 ans, un casier judiciaire vierge, et je le dois en partie à la sanction immédiate qui suivait mes nombreuses incartades." Je suis chauffeur routier et je remercie mon instituteur de m'avoir baffé. D'ailleurs, je lui téléphone de temps en temps." Je me souviens de la gifle magistrale reçue de mon instit quand j'avais 12 ans parce que je chantais trop fort dans les escaliers, la punition avait été mentionnée dans mon cahier du jour, mon père la tripla." "Un grand merci pour ce geste trop rare. J'ai 57 ans, j'en ai fait des bêtises quand j'étais jeune, mais je me serais bien gardé d'en parler à mes parents, j'en prenais au moins une deuxième."
Des "gifles", "calottes", "claques", "torgnoles" ou "petites corrections", ils en revendiquent quelques-unes. De Gif-sur-Yvette, une professeure retraitée d'histoire-géo raconte avoir giflé l'une de ses élèves qui, lors d'une projection en classe du film Nuit et brouillard, avait éclaté de rire en voyant les femmes nues emmenées à la chambre à gaz. "A la fin de l'heure, c'est elle qui est venue s'excuser. Et, quelques années plus tard, alors qu'elle assistait à une réunion pour sa plus jeune sœur, elle a raconté que ce geste lui avait appris, pour la vie, le respect de l'autre", écrit-elle. "Je ne suis pas un adepte des fessées ou des gifles, mais dans un pareil cas, mon fils en aurait pris une seconde", écrit Eric. Comme Naguib, qui affirme : "Si mon fils avait insulté une personne plus âgée, je peux vous dire qu'il aurait entendu parler du pays !"
Ils se disent "outré", "écœuré", "indigné", "scandalisé", "ulcéré", "effaré", "consterné" et peut-être plus encore "désorienté" par le jugement qui a condamné Maurice Boisart. Au nom de la gifle "d'utilité publique", ils sont prêts à se lever. "Jamais de ma vie, je n'ai manifesté dans la rue. Là, je suis décidé à le faire", écrit Paul, 62 ans. Nouredine demande comment faire "pour envoyer mon modeste soutien de 10 euros". Un ancien commandant de gendarmerie et un "vieil instit écœuré" proposent, eux aussi, de participer financièrement, une "mère de deux adolescents" a scotché une pièce d'un euro à sa lettre.
"Où va notre justice ?", s'interrogent-ils, qui "laisse s'envoler les incivilités", "contribue à renforcer un certain sentiment d'impunité et à réduire encore l'autorité", "préfère soutenir les malfrats", "inique et honteuse". Et que font ces juges, "des nantis soixante-huitards trop bien payés", qui "vivent dans un monde où ils sont à l'abri des tracas quotidiens" ?
De ce sondage grandeur nature émerge une France nostalgique d'une époque où l'on respectait "Monsieur le maire", mais aussi "l'instit" ou "le professeur". Ils sont nombreux, d'ailleurs, enseignants actifs ou retraités, inspecteur d'académie, proviseur de lycée ou principal de collège "avec palmes académiques" à avoir pris la plume pour s'indigner. Une professeure de mathématiques : "Ce que vous avez subi est notre lot quotidien, particulièrement dans un petit collège de campagne comme le mien."
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Une autre a simplement joint à ses quelques mots de soutien un dessin humoristique : 1969, une institutrice droite et sévère, en chignon, regarde deux parents furieux lancer à leur fils honteux : "C'est quoi ces notes ?" 2009 : devant un gamin hilare, les mêmes parents furieux s'en prennent à l'enseignante tremblante de peur : "C'est quoi ces notes ??"
Un assistant d'éducation époux d'une enseignante, se lamente : "Nous sommes confrontés tous les jours aux adolescents et à leur manque total de respect sans qu'aucune sanction ne soit jamais appliquée." Un médecin de Troyes lui fait écho : "Nous rencontrons de plus en plus de difficultés avec les incivilités répétées de nos patients." Un pompier renchérit : "Les gendarmes ne sont plus respectés, les pompiers sont caillassés, bref, y en a marre." Un couple de "jeunes commerçants" confirme : "Chez nous, c'est tous les jours." Un surveillant pénitentiaire observe : "Comme vous, je vois partir la société en vrille."
Plus encore que les juges, ce sont les parents "fuyant leur responsabilité d'éducateurs", "débordés par toute cette société matérialiste" qui sont montrés du doigt. "Ils ont baissé les bras", "se déculpabilisent en encensant leur progéniture". , demande Janine, de Charente. "Aujourd'hui, les familles n'ont qu'un seul principe : mes enfants ont toujours raison", assure ce maire et ancien enseignant qui dit avoir constaté "la démission progressive des parents". Au règne de "l'enfant-roi", une mère oppose cet adage entendu de la bouche de son père : "Il disait toujours : "Si tu ne veux pas que ton enfant te fasse pleurer quand il aura 15 ans, fais-le pleurer quand il en a 3.""
On convoque Platon - en au moins six exemplaires - "Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants. Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles. Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter(...) alors c'est le début de la tyrannie", pour mieux soutenir "le geste de père de famille" de Maurice Boisart. On s'en prend au "galopin", "voyou", "sauvageon", "petit con", "petit morveux", "vaurien", "jeune crétin", "racaille" ou "garnement" qui lui faisait face. "N'ayez pas honte", "vous vous êtes comporté en citoyen", "vous devriez avoir la Légion d'honneur, plutôt qu'une amende", "ne soyez pas triste, c'est le monde qui ne tourne pas rond, pas vous". Un chef de service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent lui propose son témoignage en appel : "Le jeune qui vous a menacé aurait dû avoir honte, et son père aurait dû augmenter sa honte en le punissant. En agissant comme vous l'avez fait, vous avez simplement assumé une position d'adulte." Un maire du Rhône approuve : "La méthode peut être contestée, mais ce n'est pas le geste en lui-même qui importe, c'est ce qu'il symbolise. Vous avez refusé le laisser-faire."
Avec le monde enseignant, les maires sont nombreux à s'être manifestés. "Nous nous sentons abandonnés par la République qui est censée nous protéger d'individus qui connaissent leurs droits mais ignorent leurs devoirs." Ils dénoncent un jugement "qui traduit une méconnaissance des réalités du terrain" et "rend un mauvais service au civisme et, au final, à la démocratie".
Alors, on s'interroge dans l'Aisne : "Marine ferait-elle mieux ?" Dans la Sarthe : "Va-t-il falloir voter Front national pour retrouver le respect de nos valeurs et de nos élus ?" On s'inquiète au Pouliguen : "Tout cela fait le jeu des extrémistes de tout bord que je ne cautionne pas." On soupire à Cousolre : "Quand un chef d'Etat dit à l'un de ses concitoyens : "Casse-toi, pauvre c...", ne soyez pas surpris des insultes des jeunes."
On vient rôder aussi autour de l'histoire de ce maire et son impressionnante popularité. Un responsable Front national du Nord s'est empressé de l'assurer de son soutien, un autre du Mouvement national républicain du Rhône lui adresse son magazine. Et Nicolas Sarkozy ne manque désormais plus une occasion de lui rendre hommage. Lorsqu'il l'a entendu évoquer une première, puis une seconde fois, "l'affaire de la gifle", Maurice Boisart confie avoir été un peu mal à l'aise. "Que le président de la République apporte son soutien à un petit maire du Nord, je suis d'accord, c'est dans le cadre de ses fonctions. Mais pas dans le but d'une récupération politique."
Dans la pile de courrier, M. le maire saisit trois lettres. Celle d'un homme à l'écriture maladroite qui lui demande d'excuser ses fautes d'orthographe "parce que je ne suis pas allé longtemps à l'école", une carte postale de Bastia signée Angèle et Rosa, qui lui envoient "un peu de notre soleil, c'est tout ce que l'on peut vous offrir". Et les mots griffonnés par ce père : "Je viens de perdre mon fils de 15 ans qui jouait dans un chantier près de la maison, après avoir enjambé un grillage. Pourquoi aucun adulte n'était-il là ce jour-là, pour le gifler et l'empêcher de grimper ?"
Cette affaire, comme toutes celles du même genre, soulève des vagues de sympathie. On écrit des quatre coins de la planète à ce maire pour le soutenir et approuver son geste. La violence éducative est universellement cautionnée, dans le temps et dans l’espace. L’ancrage mental de la légitimité de la violence éducative est bien universel. Les gens sont très majoritairement en faveur de ce que nous considérons comme de la violence éducative. Oui, affirme l'auteure de l'article, "la France est un pays de giflés reconnaissants et de gifleurs assumés". 82 % des Français (et 81 % des parents) sont opposés au projet de loi proposant l’interdiction de la fessée dans le Code Civil (proposition soutenue par la députée Edwige Antier), contre 17 % qui y sont favorables (même proportion chez les parents). Par ailleurs, 66 % des parents n’ayant jamais donné de fessées y sont également opposés2.
L’"Union des Familles en Europe" a réalisé en 2006/2007 une enquête portant sur 685 grands-parents, 856 parents et 776 enfants qui ont spontanément répondu sur le site Internet. Les trois générations ont toutes reçu des fessées : 95 % des grands-parents, 95 % des parents et 96 % des enfants. Les enfants giflés par leurs parents les remercient de leur violence et deviennent à leur tour des « gifleurs » ou fesseurs assumés, selon un engrenage qui fait que l’enfant idéalise ceux qui l’ont malmené...
Derrière la valorisation de la gifle ou la fessée, derrière l’autorisation d’en donner, se trouve la volonté de maintenir l’emprise de l’adulte sur l’enfant, de restaurer ou de conserver "l’autorité" de l’adulte et le fait que l’enfant doive se soumettre à plus vieux que lui. Aussi voit-on dans l’article apparaître tous les dépositaires de l’autorité : parents, grands-parents, mais aussi tous les adultes qui sont vus nécessairement comme respectables en soi du simple fait qu’ils sont adultes, les enseignants, les dirigeants politiques. L’illustration laisse également suggérer qu’entre une violence sur les enfants ou une violence sur les enseignants, il n’y a pas d’alternative, qu’il ne peut y avoir que des rapports de dominants et de dominés entre les individus : soit les adultes dominent, soit ce sont les enfants (avec un petit sourire diabolique sur le visage !), et il vaut mieux gagner contre eux si on ne veut pas être tyrannisé. L’article témoigne de cette idée que l’enfant, s’il n’est pas maté, va prendre le pouvoir sur l’adulte et lui rendre la vie impossible.
L’attitude du psychiatre spécialiste de l’enfant et de l’adolescent (sic !) corrobore cette idée que l’enfant est un être pulsionnel qu’une éducation ferme, sinon violente, doit faire devenir sage et discipliné. "Le jeune qui vous a menacé aurait dû avoir honte, et son père aurait dû augmenter sa honte en le punissant. En agissant comme vous l'avez fait, vous avez simplement assumé une position d'adulte." Outre qu’il semble ignorer que la gifle est une agression physique intolérable sur qui que ce soit, ce spécialiste, en plus de l’agression physique, demande qu'on y ajoute la honte, l’humiliation. Ce qu’il recommande, c’est finalement une spirale de violence, puisque que l’enfant frappé, puis humilié, peut alors nourrir un sentiment de vengeance (qu’il exercera sur plus faible que lui, exactement comme le font les adultes) et/ou une forme d’autodévaluation : se sentant alors coupable, responsable, indigne et bon à rien, l’enfant se persuade qu’il l’a bien mérité.
"Un grand merci pour ce geste trop rare. J'ai 57 ans, j'en ai fait des bêtises quand j'étais jeune, mais je me serais bien gardé d'en parler à mes parents, j'en prenais au moins une deuxième." Ce que ne semble pas voir ce monsieur, c’est que les enfants élevés dans la peur de la sanction éducative ne font ensuite plus les choses qu’en fonction de la sanction ou non. Pour eux, justement, tout est permis à condition de ne pas être vu, à condition que le père ou la mère qui frappent ne soient pas au courant. On peut alors faire n’importe quoi, et surtout se venger sur plus faible, libérer sa rage de ne pas pouvoir répondre aux coups. Outre le fait que l’enfant frappé reproduit ce geste sur d’autres par mimétisme, l’adulte qui frappe est vu comme la puissance enviable qui peut tout.
Quant à ce monsieur qui vient de perdre son fils, on ne peut évidemment que regretter ce drame qui le frappe et l’assurer de notre compassion ; mais pour empêcher un enfant d'avoir un geste dangereux, n’y a-t-il pas d’autre moyen que la gifle ? Ne peut-on pas envisager de lui parler, voire de le retenir ? Dans les commentaires des internautes qui suivent l’article, on trouve ceci : « La lettre du père qui a perdu son fils, si elle est vraie, illustre la différence entre une gifle violente et une gifle éducative. » Cette pseudo-distinction souvent avancée ne tient nullement. Il n’existe pas de gifle "non violente", et une gifle éducative est tout aussi violente qu’une gifle dont le but serait autre. Une gifle n’est éducative que dans la tête de celui qui la donne, non dans celle de celui qui la reçoit : pour un enfant comme pour un adulte, c'est un geste violent, une agression pure et simple.
Rappelons enfin qu’il est interdit de frapper qui que ce soit, pour quelque raison que ce soit, la légitime défense n’étant nullement une autorisation de frapper. L’article R 624-1 du code pénal prévoit une contravention de quatrième classe pour les violences légères (celles qui ne causent aucune interruption temporaire de travail.) Or, bien peu de personnes s’insurgent contre le fait que donner une gifle constitue un acte violent strictement interdit pas la loi. Que ce soit un enfant ou un adulte ne devrait pas entrer en ligne de compte. Ou si cela devait être le cas, il faudrait même penser qu’il est plus grave de frapper un enfant, ou un mineur, compte tenu de sa faiblesse, par exemple. C’est d’ailleurs ce que fait la loi en considérant comme une circonstance aggravante le fait de frapper un enfant. « Le code pénal prévoit des peines de cinq à dix ans de prison et de fortes amendes pour celui qui commet des violences dites habituelles sur un mineur de moins de quinze ans (article 222-14 du code pénal) et des violences aggravées sur un mineur de moins de quinze ans (articles 222-11, 222-12 et 222-13 du code pénal3. » "Où va notre justice ?" demande dans l’article un monsieur qui s’indigne de la condamnation du maire. La justice française, aujourd’hui encore, permet à un père de famille de frapper un enfant sous couvert d’éducation tandis que tous les adultes sans exception sont protégés contre les coups. Ce qui aurait été inquiétant, c’est que ce maire n’ait pas été condamné, et peut-être faudrait-il plutôt s’insurger contre l’absence de condamnation de François Bayrou en 20024.
Cet article et les nombreuses réactions des lecteurs témoignent s’il en est encore besoin du fait que la violence éducative a de beaux jours devant elle. Voici le commentaire d’une lectrice, Marie–Noëlle : « Alice Miller doit se retourner dans sa tombe. Allez sur le site OVEO [...] on ne sait jamais, quelques-uns d'entre vous pourraient découvrir la cécité émotionnelle et comprendre pourquoi tous ces adultes défendent si âprement leurs parents... »
1. Le Figaro.
2. Sondage Sofres 2009.
3. Voir sur notre site l'article du juriste Pierre-Brice Lebrun :La fessée est-elle un attribut de l'autorité parentale ?
4. L'article du Figaro déjà cité (voir note 1) explique d'ailleurs que le jeune homme qu’a giflé François Bayrou il y a dix ans vient d’être condamné à quatre mois de prison pour violence contre des policiers. L’article suggère que ce jeune homme a finalement manqué d’une éducation sévère, il réhabilite donc une fois de plus le geste de François Bayrou et ne s’interroge pas autrement sur la racine de la violence de cet enfant.
"SOS Enfants maltraités" sur France 5
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- Publié le jeudi 9 février 2012 17:17
Le 24 janvier 2012, le magazine "Enquête de santé" sur France 5 avait pour sujet "SOS Enfants maltraités". L'émission a abordé un grand nombre de points concernant la maltraitance, et plusieurs cas ayant abouti à la mort d'enfants ont été analysés.
Le témoignage d'une femme aujourd'hui médecin, et qui fut violemment et longuement maltraitée par son père alors qu'elle était enfant, est particulièrement intéressant. Elle explique notamment, comme l'a montré aussi Anne Tursz, interviewée dans l'émission et auteur du
livre Les Oubliés, que les médecins ne reçoivent aucune formation pour apprendre à détecter la maltraitance. Même carence en ce qui concerne la connaissance de la maltraitance et du nombre d'enfants qui en meurent. Deux par jour, d'après les hypothèses les plus optimistes. Dans une interview consternante, la secrétaire d'Etat chargée de la famille Claude Greff montre qu'elle n'a manifestement
pas la moindre idée des chiffres supposés de la maltraitance.
Au cours du débat qui a suivi le film, un téléspectateur a posé la question : Un père qui crie beaucoup et qui donne des fessées à son bébé d'un an est-il maltraitant ? L'animatrice du débat a précisé la question : comment distinguer l'acceptable de l'inacceptable ? Réponse floue de la pédiatre présente sur le plateau. Il est évident que tant qu'une loi ne dira pas clairement que toute violence, si faible soit-elle, est interdite, la maltraitance continuera à tuer en France chaque année des centaines d'enfants (7 à 800 actuellement, d'après une estimation). En Suède, depuis le vote de la loi interdisant toute forme de violence, les décès par maltraitance ont pratiquement disparu.
A lire sur le même sujet : Enfants « battus » : les errements de la Justice (à propos d'une émission diffusée en janvier 2011).
Empathie, attachement et violence éducative : le colloque 2011 de la FF2P
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- Publié le dimanche 25 décembre 2011 00:00
Les mercredi 19 et jeudi 20 octobre 2011 s’est tenu le deuxième colloque organisé par la FF2P (Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse) prenant en compte la violence éducative ordinaire. Vingt-quatre membres de l’OVEO y ont assisté, dont quatre intervenants : Olivier Maurel, Fabienne Cazalis, Françoise Charrasse, Catherine Gueguen. Plusieurs autres intervenants étaient membres du comité de parrainage de l’OVEO. Le nombre d’auditeurs (environ trois cents), la variété des intervenants ont fait de ce colloque un moment vibrant et foisonnant d’informations, fertile en échanges et en propositions pour promouvoir une éducation respectueuse des droits de l’enfant, et une thérapie respectueuse des besoins de la personne. Voir le site du colloque.
Les thèmes abordés ont été les suivants :
- Capacité d’attachement et approche psychothérapeutique.
- Capacité d’empathie et approche psychothérapeutique.
- Comment prendre en charge les déficits de l’attachement et de l’empathie résultant de la violence éducative. « L’empathie, la contagion émotionnelle, la coupure par rapport aux émotions et la prévention de la violence, de la théorie à la pratique ».
- Comment mettre en œuvre la loi d’interdiction des punitions éducatives en France et dans le monde ? Les points de vue éducatifs et psychothérapeutiques.
- Fabienne Cazalis, neuroscientifique. « Il est urgent, en termes de santé publique, de mesurer l'impact à court et à long terme de nos pratiques culturelles de séparation précoce du nouveau-né de sa mère. »
- Catherine Clément, psychiatre, psychothérapeute EMDR et Intégration des cycles de vie (Lifespan Integration)
- Nicole Guedeney, pédopsychiatre, praticien hospitalier, docteur ès sciences : « Comment éviter autant la violence éducative que la violence psychothérapeutique »
- Cornélia Gauthier, médecin psychosomaticienne, auteure de Sommes-nous tous des abusés ? « L’action de sauver (excès d’empathie) comporte toujours pour celui qui la pratique un aspect pulsionnel, assorti d’un certain sentiment d’urgence et de précipitation. Tout va trop vite et trop loin. Le sauveur envahit le territoire de l’autre et le prive d’une partie de sa liberté de réflexion et d’action. » Au contraire, l’action d’aider (juste distance empathique) se fait dans le calme, aide à initier une action, mais laisse à l’autre le soin de faire sa part, de s’approprier sa réussite, sa guérison.
- Françoise Charrasse, psychothérapeute, chercheur Alice Miller. « Beaucoup de gens pensent encore que la personnalité de l’enfant lui vient de ses gènes et que la façon dont les adultes se comportent à son égard n’influent que modérément sur ce qu’il est et devient. Nous savons maintenant que le petit de l'homme naît prématuré et que son cerveau, loin d'avoir terminé son développement à la naissance est très vulnérable à l'environnement. »
- Isabelle Filliozat, psychologue, psychothérapeute, a, entre autres, évoqué les maternités « Amies des bébés ». 20 000 hôpitaux labellisés dans le monde, 650 en Europe, 11 en France… Voir en particulier le tableau synoptique comparant la psychanalyse, basée sur la théorie des pulsions, et les thérapies actuelles basées sur la théorie de l’attachement, centrée sur la satisfaction des besoins de l’enfant.
- Jacqueline Cornet, présidente de l’association « Ni claques ni fessées »
- Edwige Antier, députée de Paris, pédiatre. Est à l’origine d’une loi visant à abolir toutes formes de violences physiques et psychologiques infligées aux enfants.
- Marc-André Cotton, enseignant, rédacteur du site Internet Regard conscient.
- Catherine Dumonteil-Kremer, consultante familiale, auteur de Elever son enfant… autrement.
- Catherine Gueguen, pédiatre, soutien à la parentalité.
- Gilles Lazimi, coordinateur de campagnes contre les violences contre les femmes et les enfants.
- Olivier Maurel, fondateur de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire.
- Elda Moreno, juriste espagnole, conseillère spéciale du Secrétaire général et de la Secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe
- Sara Johansson, conseillère en protection de l'enfance, Save the Children (Suède).
- Catherine Schmider, formatrice en Communication NonViolente, sophrologue. « Les lois ne sont respectées que si elles ont du sens pour ceux la vivent, et pour cela il est important qu’elles soient reliées aux besoins qu’elles nourrissent. »
- Guy Corneau, analyste jungien, auteur de Revivre !
- Daniel Favre, docteur en neurosciences et sciences de l’éducation, enseignant-chercheur : « Comment prendre en charge les déficits de l’attachement et de l’empathie résultant de la violence éducative ordinaire ».
- Gérard Salem, psychiatre, thérapie familiale, directeur de la CIMI à Lausanne. « La maltraitance familiale se manifeste aussi dans les attitudes éducatives, dont certaines, par leur extrême exigence, rappellent la “pédagogie noire” que dénonçait Alice Miller, alors que d’autres, par leur extrême négligence, confinent à l’abandon. »
A la clôture du colloque, une motion proposée par Edwige Antier a été adoptée à l’unanimité.
Commentaires de membres de l'OVEO
Ce qui a été pertinent, pour moi c’est l’attention portée aux conséquences de la violence éducative, à ses origines, et au lien avec les approches psychothérapeutiques. J’ai été sensible au fait que ce Colloque ait invité les thérapeutes aux approches centrées sur les besoins et le respect de la personne. (Marie-Sophie.)(D'autres commentaires à venir...)
Arte "au pays de la fessée interdite"
- Détails
- Publié le lundi 5 décembre 2011 00:00
Mardi 6 décembre 2011, sur Arte, soirée Thema "Pour ou contre les châtiments corporels ?" (rediffusée vendredi 9 à 10h) avec à 20h40 un documentaire sur la Suède : Au pays de la fessée interdite, suivi à 21h35 d'un reportage en France, Tu vas en prendre une, puis d'un débat de 22h à 22h30. (Sur le site d'Arte, on peut encore lire des commentaires fort intéressants. Quant aux films et au débat, ils sont maintenant visibles sur cette page.)
Le documentaire laisse entendre qu'en Suède, on peut aller en prison pour "une gifle". Cela nous paraît très loin de la réalité. Selon nos informations (cf. l'article Suède, le retour inquiétant de certaines formes de violence éducative), il semblerait plutôt qu'en Suède une fessée, une claque peut entraîner un rappel à l'ordre, mais qu'elle n'a jamais mené en prison le parent qui l'a donnée. Ce risque existe seulement lorsque la fessée ou la claque deviennent une méthode d'éducation systématique, ou lorsque les parents utilisent des objets pour frapper les enfants. (C'est le cas du seul parent ayant fait de la prison que le film ait pu montrer !)
Mais l'alternative est-elle vraiment, comme le laisserait penser ce documentaire, entre un droit de correction dit "raisonnable", et le remplacement des châtiments corporels par d'autres formes de contrôle et par un conformisme social ? Ou encore, s'agit-il de choisir entre "ne rien faire", donc laisser les enfants livrés à eux-mêmes, ou les contrôler, que ce soit par la violence ou par des méthodes plus "subtiles" ? A lire à ce sujet :Et si la "parentalité positive" n'était pas si positive que cela ?.
En France, la seule proposition de loi existante prévoit que cette interdiction soit inscrite au code civil et non au code pénal : voir les articles présentés dans notre rubrique Vers une loi d'interdiction en France.
Au "pays des droits de l'homme", il est bien vu de lutter contre la maltraitance visible (la partie émergée de l'iceberg) et contre les violences faites aux femmes, mais frapper les enfants est encore considéré comme un "droit humain" imprescriptible, et s'y opposer comme une atteinte au droit de propriété ou à la liberté de pensée. L'un des deux invités au débat, le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Parents, osez vous faire obéir, ne préconise certes pas la fessée comme méthode d'éducation (mais seulement "entre adultes consentants", croit-il bon de préciser !). Mais, pour ce "spécialiste", le but de l'éducation est d'"apprendre à l'enfant à obéir", quitte à recourir à toutes sortes de méthodes punitives (privation d'objets inutiles... que, selon lui, il faut offrir aux enfants ne serait-ce que pour cela !) ou à la "réprobation" (que d'autres appelleraient "retrait d'amour", voir l'article d'Alfie Kohn sur la parentalité conditionnelle).
L'autre invité, le neurobiologiste allemand Ralph Dawirs (auteur de "Les 10 plus grandes erreurs dans l'éducation des enfants", non traduit en français à ce jour), rappelle au contraire que le développement de l'enfant est d'abord un processus biologique, et que se fixer des "objectifs" que l'enfant devra suivre est une aberration de ce point de vue. Il met l'accent sur le fait de vivre au présent avec l'enfant, de "l'accompagner dans le développement de sa personnalité". Le but de l'éducation est de vivre en paix avec ses enfants (et que ces enfants deviennent des adultes libres dans un monde en paix), pas de "fixer des objectifs" et de "sanctionner les écarts". L'enfant apprend les limites en les dépassant.
Nous publierons prochainement un compte-rendu critique plus détaillé de cette soirée-débat, qui rassemblait beaucoup des sujets qui nous intéressent à l'OVEO !
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