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EN MEMOIRE D'ALICE MILLER

Alice Miller est décédée le 14 avril 2010, à l'âge de 87 ans. L’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable.

Lire l'article : En mémoire d'Alice Miller

C'est pour ton bien !, un livre majeur dont vous pouvez lire un extrait : Existe-t-il une "pédagogie blanche"?

Alice Miller - Abus et maltraitance de l'enfant : un site incontournable sur la violence éducative

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La fessée toujours d’actualité…


Une femme a récemment été condamnée par le tribunal correctionnel de Lille à six mois de prison avec sursis pour avoir giflé sa fille de 9 ans (voir l’article paru dans Le Point à ce sujet). Nous profitons de ce cas unique pour rappeler que la loi d’interdiction de toutes formes de violence infligée aux enfants telle que nous la demandons est une loi préventive ayant pour but de provoquer un réveil des consciences, et non une loi répressive visant à mettre les parents fauteurs en prison.

Le débat sur l’interdiction des châtiments corporels en France a été relancé en 2009 à la suite de la proposition de loi d’Edwige Antier. 82 % de nos concitoyens se déclaraient alors opposés à une telle loi, selon un sondage TNS SOFRES réalisé pour Ouest France fin 2009. La crainte de voir les parents mis en prison pour avoir giflé leurs enfants avait été avancée dans les médias comme un argument contre l’interdiction. Le cas rapporté ci-dessus ne fera sans doute que renforcer cette crainte.

La Suède fut le premier pays à interdire en 1979 les violences infligées aux enfants. Cette loi préventive a permis de faire changer les mentalités en l’espace d’une décennie. Aucune peine d’emprisonnement n’avait jamais été infligée jusqu’à l’année dernière. Pour la première fois en 2010, des peines d’emprisonnement ont été prononcées contre un père de famille d’une part, et contre un couple de parents d’autre part (pour plus de détails sur ces cas, voir l’article Suède : le retour inquiétant de certaines formes de violence éducative ? ). Et, très rapidement, les opposants à l’interdiction se servent de ces cas pour critiquer les tentatives d’interdiction, par exemple au Canada.

En effet, au Canada, le droit de correction existe toujours comme en France. L’association Repeal 43 (du nom de l’article donnant droit de correction aux enseignants, parents et tuteurs) lutte pour le faire interdire depuis plusieurs années. La sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette a récemment déposé une nouvelle proposition de loi. « L’objectif du projet de loi est d’éduquer les parents et les gardiens, plutôt que de les punir », a-t-elle expliqué à ses collègues du Sénat canadien.

Dans l’article publié sur le sujet par le Journal du Québec, on peut lire ceci :
    « Alors que Mme Hervieux-Payette affirme qu’aucun parent n’a été condamné dans les 26 pays qui ont interdit les châtiments corporels, deux parents de la Suède ont récemment reçu une peine de neuf mois d’emprisonnement.

    Selon les rapports, les parents ont administré une fessée à leurs trois enfants les plus âgés. La Suède interdit la fessée depuis 1979. En plus des neuf mois qu’ils doivent purger derrière les barreaux, les parents ont été condamnés à verser 25 000 couronnes à chacun des enfants concernés, soit environ 11 000 $ CAN.

    Retirer l’article 43 du Code criminel pourrait ouvrir la porte à des peines similaires pour les parents canadiens, selon des critiques du projet de loi de Mme Hervieux-Payette. Des condamnations pour voies de fait au Canada peuvent entraîner une peine de cinq ans d’emprisonnement. »
Présenté ainsi, l’emprisonnement d’un couple de parents fait bien entendu peur et ne peut que servir d’argument aux opposants à l’interdiction. Le cas des parents suédois est en vérité plus compliqué que ce qui est rapporté ici (voir à ce sujet l’article sur la Suède mentionné plus haut).

Encore une fois, il nous semble important de rappeler la nécessité d’une loi d’interdiction de toute forme de violences infligées aux enfants, loi préventive, accompagnée de campagnes d’information nationales ayant pour but de faire prendre conscience à l’ensemble de la population des méfaits de la violence éducative ordinaire. Il est indispensable qu’elle soit aussi accompagnée d’une vraie politique familiale et de soutien à la parentalité.

Le chemin vers cette prise de conscience reste cependant très long et sinueux, comme le montre cet autre article publié en juin 2010 par le même magazine Le Point, indiquant que 88 % des professionnels de la santé ne sont pas favorables à une loi d’interdiction, selon une enquête réalisée pour le Journal international de médecine au printemps 2010. Le journaliste rapporte plus loin que « les "blouses blanches" restent attachées à certains principes d'éducation dans lesquels la "correction" physique ne doit pas être systématiquement écartée ». Ah, les principes d’éducation !

Enfants « battus » : les errements de la Justice


Par Catherine Barret, membre de l’OVEO

La chaîne de télévision France 3 a diffusé le mardi 4 janvier 2011 un documentaire intitulé Enfants battus, et sous-titré : « La justice aurait dû les sauver. » Comme presque toujours, ce documentaire était intéressant autant par ce qu’il montrait et disait que par ce qu’il ne disait pas.

Pour sauver de la mort d’autres enfants victimes de violences aussi extrêmes, il est indispensable de mettre en cause le fonctionnement (ou plutôt le dysfonctionnement) des institutions que sont la justice et les services sociaux (qui, est-il souligné dans le reportage, n’interviennent qu’à la demande des familles : on ne peut donc pas s’adresser à eux pour signaler une situation où la famille ne reconnaît pas que l’enfant est maltraité !).

Il est indispensable aussi de s’interroger sur le rôle des experts psychiatres et médecins qui apprécient la gravité des situations, et qui, comme on le voit dans ce documentaire, ont tendance à minimiser le danger pour l’enfant – sous prétexte qu’il n’est pas toujours possible d’affirmer que telle blessure, brûlure, morsure ou ecchymose est due à des violences et non à un accident (à noter qu’il est démontré depuis longtemps qu’il existe une forte corrélation entre le fait d’être souvent victime d’accidents et la maltraitance, et toute « propension aux accidents » devrait être déjà en soi un signe que l’enfant mérite un peu plus d’attention – les quelques cas dramatiques de parents accusés de maltraitance alors que leur enfant souffrait de la « maladie des os de verre » ne doivent pas servir d’écran).

Dans le reportage, nous avons vu que le rapport d’expert concernant le petit Enzo (mort à l’âge de deux ans) donnait des indications précises qui auraient dû alerter la Justice, mais mêlées à toutes sortes de précautions oratoires qui, au total, ont fait qu’un juge pressé et sans doute peu sensible au problème a estimé qu’il n’y avait pas danger pour l’enfant. Rappelons qu'une raison importante du non-repérage des cas de maltraitance est le fait que les médecins, au cours de leurs études, ne reçoivent qu'une heure ou deux de cours sur ce sujet : dans ces conditions, on peut penser que seuls ceux qui y sont sensibles (ou y ont été sensibilisés) par ailleurs perçoivent les « signes » et les interprètent correctement.

Espérons que la dénonciation de ces dysfonctionnements dans ce reportage aura un impact au moins sur la façon dont les juges liront les rapports d’experts, ou encore sur la façon dont les experts rédigeront leurs rapports sur des enfants dont les parents sont soupçonnés de maltraitance… grave !

Nous espérons au moins cela, car, en tant qu’association contre la violence éducative ordinaire, nous nous interrogeons aussi sur le titre de ce reportage : « Enfants battus. » A-t-on craint de faire fuir les spectateurs en employant l’expression « Enfants martyrs », qui aurait eu ici tout son sens ? Sur les trois enfants dont il est question, deux sont morts, Enzo à 2 ans, Marina à 8 ans. Le troisième est le petit Dylan, découvert à 7 ans dans la maison de ses parents, dont il ne sortait jamais – il semblerait d’ailleurs que ce petit garçon ait souffert au moins autant de négligence grave (absence de soins, isolement, abandon affectif total) que de coups. Là encore, c’est bien plus qu’un « enfant battu ». Un enfant battu est-il seulement un enfant que la justice doit retirer de toute urgence à ses parents (ou aux personnes qui en tiennent lieu) pour le confier à une institution ? Les enfants régulièrement frappés par des parents considérés comme de « bons parents », qui vivent dans des familles supposées « normales » et « sans histoires », où ils sont nourris, vêtus, lavés et envoyés à l’école, ces enfants ne sont donc pas des « enfants battus » ? L’expression « enfant battu » doit-elle nécessairement évoquer des violences extrêmes, que le voisinage, la justice ou l’institution scolaire réprouveraient s’ils étaient au courant ?

Nous nous réjouissons que la télévision de service public diffuse un documentaire qui dénonce des dysfonctionnements tels que même des enfants en danger de mort, victimes de parents ou beaux-parents dont le comportement avait fait l’objet de signalements à la justice, n’ont pas pu être sauvés. Mais nous nous inquiétons qu’en France, les enfants méritent si peu d’attention, de respect et d’égards (pour ne pas parler d’amour) qu’il soit nécessaire que des enfants meurent pour que le public s’indigne que des enfants soient « battus ». On estime officiellement que plusieurs centaines d’enfants meurent chaque année de mauvais traitements extraordinaires (trompeusement qualifiés de « maltraitance »). Mais dans le même temps où 600 enfants meurent (deux par jour en France, selon les estimations), il est plus que probable que 600 000 sont victimes de violences graves qui ne les tuent pourtant pas (car le corps d’un être humain n’est pas programmé pour mourir facilement, mais pour résister aussi longtemps que possible, quels que soient les dommages…), et que 6 millions au moins subissent ce que nous appelons la « violence éducative ordinaire » : celle qui se pratique au quotidien dans la majorité des familles et des écoles : tapes, gifles, fessées, menaces, punitions et privations sous prétexte d’éducation (pour « apprendre » à « ne plus faire » ceci ou cela). Tous ces enfants subissent déjà et subiront à l’âge adulte les conséquences d’une telle éducation : angoisse, peurs diverses, manque de confiance en soi et dévalorisation, difficultés relationnelles et sociales, peur d’avoir à son tour des enfants (et, lorsqu’on en a, reproduction de l’éducation subie), révolte contre tout et agressivité sans rapport avec la situation vécue, ou à l’inverse soumission à toute autorité suffisamment impressionnante, dépression, maladies dues à la dépression du système immunitaire, comportements autodestructeurs, etc. – la liste est longue et toutes ces conséquences peuvent bien entendu être surdéterminées par toutes sortes de facteurs environnementaux, économiques et sociaux sur lesquels nous ne pouvons pas nous étendre.

La plupart des adultes qui ont subi dans leur enfance la violence éducative ordinaire la reproduisent, considèrent que ce qu’on leur a fait était le plus souvent « mérité », ou sinon que cela ne leur a pas fait de mal « puisqu’ils s’en sont bien sortis » (trouvent-ils – sans se demander comment aurait été leur vie sans cela).

Si nous voulons faire en sorte que les individus et la société réagissent avant la mort des enfants, il faut que ces cas extrêmes en viennent à être considérés non pas comme des cas monstrueux et qui ne concernent pas les gens « normaux », mais plutôt comme la pointe visible d’une immense pyramide qui repose sur des millions de petits cas de violence éducative ordinaire, de petites souffrances inutiles et mesquines infligées quotidiennement aux enfants par des adultes oublieux de leur propre enfance – ou même qui ont appris très jeunes que tout ce qu’on leur faisait était plus ou moins « mérité », juste ou au moins pardonnable, puisqu’ils étaient « méchants » et qu’un enfant doit seulement être « sage », c’est-à-dire obéissant et aussi silencieux que possible, tout en produisant des « résultats » qui honorent ses parents ou ses maîtres.

Que la Justice n’ait pas été capable de « sauver » Enzo et Marina (*) – en réalité, de les empêcher simplement de mourir – devrait attirer l’attention sur ce qui se passe dans les milliers d’autres cas où des jugements judiciaires confient les enfants à un parent violent qui a simplement su faire valoir ses « droits » (de propriété sur l’enfant ?). Nous connaissons tous des cas de séparation où, même lorsque la garde des enfants est confiée – souvent après un long combat judiciaire et personnel – au parent qui respecte le mieux les besoins de l’enfant, au parent qui n’est pas violent (et qui a souvent été lui-même victime de la violence de son conjoint), le parent violent garde des droits qui ne préservent pas l’intégrité de l’enfant : bien souvent, le parent violent, parfois même reconnu violent par la Justice, obtient le droit (ou l’obligation !) de « garder » ses enfants un week-end sur deux et/ou pendant la moitié des vacances scolaires, sans aucune possibilité pour l’autre parent de protéger l’enfant (pas de contrôle extérieur, souvent même pas de contact possible). Tant qu’il ne s’agit « que » de violence psychologique ou de violences physiques qui ne laissent pas de traces visibles, la Justice et les experts ne prendront généralement pas au sérieux les plaintes de l’enfant. Sauver un enfant, ce n’est pas seulement lui éviter la mort ! Au nom du droit des parents – comme s’il s’agissait d’un droit de propriété et non d’une responsabilité ! –, on décide que l’enfant devra vivre dans l’angoisse, le stress, la peur, l’instabilité (qui ne sont pas limités aux moments que l’enfant passe avec le parent violent), on décide qu’il subira toute sa vie des conséquences qu’une décision mieux informée, et un accompagnement social réellement à l’écoute de ses besoins (et pas seulement soucieux d’« équité » et de « droit des parents »), auraient pu éviter. En matière de décisions de justice sur la garde d’enfant, comme le relève Me Isabelle Steyer, avocate du père d'Enzo, dans une interview de Télérama (l’un des rares articles parus dans la presse sur ce documentaire) « le doute [devrait] profiter à l’enfant »…

Sur le même sujet, voir :
- Le compte-rendu par Olivier Maurel d’un livre sur la maltraitance, Les Oubliés, d’Anne Tursz
- Sur l’état actuel de la législation française :La fessée est-elle un attribut de l’autorité parentale ? et les autres articles de la rubrique Vers une loi d’interdiction en France.
- Les articles du Dr Cornélia Gauthier, en lien sur les pages : Violence éducative et diagnostic médical et Des arguments médicaux contre la violence éducative ordinaire
- Sur la relation entre violence des parents et violences faites aux femmes, un article sur la journée du 25 novembre et la loi contre le harcèlement moral.
- Sur le manque d’accompagnement des parents et en particulier des mères autour de la naissance, un article sur la dépression postnatale.

* : En mémoire de Marina

A propos du 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes


Depuis 1981, le 25 novembre est la « Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes », déclarée « grande cause nationale » par le gouvernement français en 2010. L’Observatoire de la violence éducative ordinaire ne peut bien sûr qu’être solidaire de toute lutte contre une forme de violence, que cette violence soit utilisée comme méthode d’éducation ou comme moyen de « régler » un conflit. Il ne s’agit donc pas pour nous d’opposer les unes aux autres les diverses formes de violence, encore moins de les mettre en concurrence pour déclarer que l’une est plus importante ou plus grave que l’autre, mais bien de les mettre en relation. De montrer que la violence, qu’elle soit physique ou psychologique, qu’elle s’exerce contre les femmes ou contre les enfants, ou contre n’importe quelle catégorie d’êtres plus faibles que soi ou incapables de se défendre, est toujours une façon, précisément, de ne PAS régler le conflit (réel ou supposé) avec l’autre, mais plutôt de régler d’autres comptes, de ne PAS affronter les causes d’une souffrance, d’une incompréhension, d’un manque affectif, d’un besoin de pouvoir ou de vengeance.

Personne ne peut être « pour » le viol, « pour » la maltraitance, « pour » les violences conjugales. Mais beaucoup de gens se proclament encore pour des méthodes d’éducation qui, bien souvent, incluent les châtiments corporels (en particulier la fessée), et qui, même dans le cas contraire, semblent surtout déconseiller les châtiments corporels parce qu’ils sont « inefficaces » – donc inefficaces pour contrôler l’enfant et obtenir de lui ce qu’on veut. Dans toute la société, les enfants sont généralement traités de telle façon que le modèle de leurs relations affectives est basé sur des relations de pouvoir et de non-respect de l’identité et des besoins de chacun, en l’occurrence de non-respect du plus faible.

Dans le meilleur des cas, les militants contre les violences faites aux femmes et les professionnels qui s’occupent de ce problème (comme Muriel Salmona ou Cornélia Gauthier) mettent en cause le mode d’éducation des garçons et la violence éducative en général comme une source essentielle de ces violences. Mais la plupart semblent considérer que ce qu’on appelle les « pervers narcissiques manipulateurs » sont simplement des prédateurs « naturels », en quelque sorte de naissance, et qu’il est le plus souvent impossible de les « guérir » – chose qui, d’ailleurs, ne semble guère les préoccuper, comme s’il était indécent de vouloir résoudre le problème du bourreau et comme si cela devait s’opposer à la prise en charge de la victime… Alors même que, bien souvent aussi, on nous explique que pratiquement chacun d’entre nous peut être tantôt victime, tantôt bourreau et « pervers manipulateur », selon la situation ! Et qu’il n’y aurait donc que des différences de degré (et donc pas de « nature ») entre le fait d’être plutôt (ou plus souvent) victime que bourreau…

Nous pensons qu’il n’y aura pas d’issue à ce problème des violences faites aux femmes (ou des violences conjugales en général) tant que la violence éducative ordinaire sous toutes ses formes (châtiments corporels, violence psychologique, négligence et toutes les formes d’abus de pouvoir) ne sera pas considérée par tous, pouvoirs publics, psychologues, professions médicales, juges, enseignants et professionnels de l’enfance, et bien sûr par les parents eux-mêmes, comme une « grande cause nationale » digne de considération.

Le compte-rendu ci-dessous, par une thérapeute membre de l’OVEO, d’une conférence-débat qui a eu lieu le 25 novembre dernier à Paris sur « les violences psychologiques au sein de la famille », nous a paru significatif de la façon dont la violence éducative ordinaire est mal prise en compte comme cause de violence familiale. La loi du 9 juillet 2010 (n° 2010-769) sur le harcèlement moral considère l’enfant comme victime en tant que témoin des violences conjugales, mais semble considérer que ce même enfant ne subit pas de violence directe (seule sa mère ou son parent est victime directe, alors qu’il est bien rare que le parent violent ne le soit que contre l’autre parent), ou encore, que cette violence exercée contre un enfant est acceptable, alors qu’elle ne l’est pas lorsqu’elle s’exerce contre un adulte. Quel que soit le raisonnement, il ignore la violence éducative ordinaire comme cause première de la violence de l’adulte.

Compte-rendu de la conférence-débat « Les violences psychologiques au sein de la famille » à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, le 25 novembre 2010

Conférence organisée par l'AVIP, Association d'aide aux victimes de violences psychologiques et de harcèlement moral dans la vie privée et professionnelle, en partenariat avec l'Observatoire européen des violences intrafamiliales et la mairie du 15ème arrondissement de Paris, sur le thème : « Les violences psychologiques au sein de la famille - Une nouvelle loi : Pour quoi faire ? Comment faire ? »

Cette soirée était réservée en priorité aux professionnels de la relation d'aide (thérapeute, médecin, psychologue, avocat, assistante sociale, juge, médiateur familial, officier de police...) mais ouverte à tous. L’OVEO y était représenté par Françoise Charrasse, auteur de ce compte-rendu, et par deux autres membres qui ont ajouté leurs commentaires.


Exposé 1 : Geneviève Pagnard, psychiatre

Les manipulations destructrices : propos humiliants, reproches incessants, insultes, isolement de la victime, appropriation des biens communs. Il arrive que le parent manipulateur fasse surveiller le parent victime par l'enfant qui est manipulé aussi afin qu'il se retourne contre le parent qui essayait de le protéger.

En général, le manipulateur pervers a un double visage et donne à l'extérieur une image très positive de lui-même. De ce fait, la victime se trouve de plus en plus isolée. Les magistrats ne savent pas détecter les manipulations et ne prennent pas les bonnes décisions au moment de la séparation, car le manipulateur (ou la manipulatrice) inspire confiance tandis que la victime apparaît fragilisée et peu fiable.

Il n'est pas possible de soigner le manipulateur, généralement pervers narcissique, car il est dans le déni total des abus qu'il commet(1). C'est toujours l'autre qui a tort. Très souvent, ces personnes ont un statut social élevé, une position de pouvoir dans la société, mais on en rencontre dans tous les milieux.

Exposé 2 : Laurent Hincker, avocat

Il expose aussi les dégâts causés dans la famille par les manipulateurs pervers. Il est très difficile de protéger les victimes quand il n'y a pas de passage à l'acte laissant des traces visibles. La loi du 9 juillet 2010 contre les violences psychologiques permet de porter plainte pour harcèlement moral dans la vie privée. Mais il n'existe pas encore d'observatoire des violences faites aux femmes. On recense environ 10 000 suicides en France et des milliers de personnes placées en psychiatrie à cause de violences intrafamiliales. Une convention européenne va bientôt être adoptée pour favoriser la protection des victimes, la prévention des violences intrafamiliales, organiser les poursuites et la répression, une politique intégrée qui permettra aux victimes de trouver secours, protection, soins adaptés et de porter plainte dans un même pôle au lieu d'être obligées de se rendre dans des lieux différents. Il y aura obligation pour les Etats européens d'appliquer la convention.

Laurent Hincker distingue trois profils psychologiques chez les agresseurs :
  • Les immatures névrotiques, avec qui on peut travailler.
  • Les égocentristes mal structurés, sur la défensive, qui ont du mal à s'autocritiquer, mais pas totalement incapables d'évoluer.
  • Les égocentristes, mégalomaniaques, paranoïaques, qui ont une très forte emprise sur leur entourage, ne respectent pas leurs enfants, confondent les générations. Manipulateurs, destructeurs.
Un rapport sera présenté en juin 2011 en vue d'une formation spécifique (comment reconnaître ces personnes et travailler avec elles et leur entourage) des personnels médicaux, sociaux, de police, des professeurs, magistrats, avocats…

Les médiations familiales sont contre-indiquées dans les cas pathologiques graves, car il ne s'agit pas d'un conflit qui peut se régler, mais d'une tentative d'anéantir l'autre. Les médiateurs se font manipuler par les abuseurs.

Selon la Cour européenne, la responsabilité de l'Etat est engagée dans la prévention des violences intrafamiliales : les autorités doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'aucun accident ne survienne : elles doivent protéger la vie en toute circonstance.

Ni Geneviève Pagnard ni Laurent Hincker n'ont évoqué les racines de la pathologie dont souffrent les abuseurs. Seule Annick Didiot, psychopraticienne, va aborder cette problématique.

Exposé 3 : Annick Didiot, psychopraticienne

L'ordre venant des parents de réprimer besoins et émotions ne va pas permettre à l'enfant de s'épanouir. On interdit à l'enfant ce que l'on n'a pas eu le droit de ressentir soi-même. L'adulte défoule sa violence sur l'enfant, qui est une cible privilégiée. La plupart des mauvais traitements sont infligés dans le huis clos familial, mais il peut y avoir aussi humiliation en public. Plus l'accès à la famille est cadenassé, plus il est difficile à l'enfant de s'abstraire de cette emprise. Les conséquences : l'enfant culpabilisé se sent de plus en plus mauvais, il va reproduire les violences subies. La victime adulte possède une part d'ombre qu'il agit dans la relation, l'enfant, lui, est innocent.

Un obstacle majeur à la décision de se faire aider par une personne extérieure : « le tabou de la fidélité inconsciente ». Le surmonter demande du courage. Le thérapeute doit être le témoin bienveillant de la victime. Il s'agit dans le travail thérapeutique de déjouer la communication violente, et d'apprendre à la victime à dissocier le lien d'emprise du lien d'amour. Parfois, le patient tente de manipuler le thérapeute pour qu'il devienne l'agresseur.

Annick Didiot évoque le travail d'Alice Miller, le livre La Fessée d'Olivier Maurel et le film Mon fils à moi de Martial Fougeron.

Exposés 4 et 5 : brigadier major Dupuis et lieutenant Hélène Salles (Pôle protection de la famille du commissariat de Paris 15ème)

Ils expliquent comment ils peuvent intervenir, faire des rapports d'intervention quand ils se déplacent (à la demande des victimes ou des voisins), enregistrer des plaintes ou établir des mains-courantes, auditionner les parties en cause, mais ils ne peuvent pas entamer une expertise sans l'avis du procureur. Ils encouragent toutes les victimes de violences physiques ou psychologiques à venir au commissariat. Ils ne peuvent toutefois enregistrer les plaintes que de personnes habitant l’arrondissement.

Exposé 6 : Céline Hervier, psychologue du commissariat de Paris 15ème

Seuls 5 psychologues exercent à Paris dans des commissariats. 40 dans toute la France.

Céline Hervier assure l'accueil, le soutien et l'orientation des victimes. Elle est soumise au secret professionnel. Les sentiments exprimés par les victimes : honte, culpabilité, peur d'être jugées, de ne pas être crues, inquiétude pour les autres, peu pour elles-mêmes, estime de soi anéantie, ambivalence des sentiments à l'égard de l'agresseur, peur de mettre à mal l'équilibre familial, confusion des sentiments : ce que je vis, ressens est-il vrai ? La victime a généralement perdu le sens de ce qui est bon pour elle. Elle présente presque toujours des symptômes dépressifs, ne peut pas se projeter dans l'avenir. Le commissariat est un lieu symbolique dans le parcours de la victime.

L'intervention de la police constitue l'intervention d'un tiers protecteur. Avec la (ou le) psychologue, on met des mots sur son vécu douloureux et on peut vivre une décharge émotionnelle.

Ces exposés sont tous intéressants. Le public peut poser des questions après l'intervention de la psychologue. Elles sont essentiellement des demandes de conseils auxquelles les intervenants répondent avec compétence et amabilité. Je m'adresse aux représentants de la police. « Que se passe-t-il si un mineur vient se plaindre d'avoir été giflé par un de ses parents ? » (Il avait été préconisé pour les femmes de réagir « dès la première gifle ».) Puis à tous : « que pensez-vous de la proposition de loi d'Edwige Antier ? » Hélène Salles répond à ma première question : les policiers ne peuvent entendre un mineur que s'il est accompagné d'un adulte. On ne peut enregistrer la plainte d'un mineur. Celui-ci doit se rendre quai de Gesvres à la brigade de protection des mineurs. Il faut bien sûr qu'il ait un motif sérieux de se plaindre – ce ne sont sans doute pas les termes exacts employés, mais je les comprends ainsi (l'ami qui m'accompagne également) et je ne crois pas me tromper. On s'apprête à donner la parole à une autre personne du public. Je signale que ma deuxième question n'a pas obtenu de réponse. Les intervenants se regardent et se concertent rapidement. Personne ne connaît ce projet. On me demande de préciser. Maître Hincker donne une réponse aberrante que Sandrine a parfaitement retranscrite(2).

Je suis tout à fait d'accord avec les commentaires de Sandrine, même si je suis habituée à ce type de réaction quand il s'agit des violences faites aux enfants. Elles sont toujours minimisées, voire balayées d'un revers de main. La cécité émotionnelle de la très grande majorité des adultes est une réalité à laquelle je suis continuellement confrontée.

Quant à l'ignorance de la proposition de loi d'Edwige Antier, je dois dire qu'elle m'a « interpellée » !... les intervenants étaient tous des professionnels très impliqués dans le domaine des violences intrafamiliales !


1. Note de Thierry Kopernik, membre de l’OVEO : La prise en charge thérapeutique du pervers narcissique n'a pas été abordée, mais il faut dire qu'elle pose de nombreuses questions, dans la mesure où, pour qu'il puisse y avoir prise en charge, il convient que cette personne s'identifie comme souffrante, et il faut bien dire que les qualificatifs n'aident pas forcément dans la mesure où, dès lors qu'on prononce le terme de pervers narcissique, on crée du dégât, compte tenu du fait que le pervers prend soin de son image. Dans la vie de tous les jours, ce personnage passe totalement inaperçu, c'est la raison pour laquelle il est très difficile à démasquer du point de vue de la victime, mais pas impossible.


2. Note de Sandrine, membre de l’OVEO : Françoise a demandé aux intervenants s'ils étaient au courant de la proposition de loi d'Edwige Antier, une policière a dit que non, et quand Françoise a énoncé la loi, la même policière a dit qu'elle ne pouvait pas se prononcer parce qu'elle n'avait pas eu connaissance de cette loi... Elle a donc passé le micro à l'avocat, qui a dit que l'interdiction de la fessée était « symbolique » (sic) et que « la question n'était pas de savoir si l'on pouvait ou non donner une fessée à un enfant », que cette loi proposée par le Conseil de l'Europe était surtout pour mettre en garde les pays qui pratiquent « trop souvent » les châtiments corporels, comme l'Angleterre (!). Donc, en gros : les châtiments corporels sur les enfants, oui, mais pas trop quand même, c'est du moins comme cela que j'ai compris sa réponse. Il est vraiment étrange que des personnes qui comprennent si bien les mécanismes des violences conjugales et qui se battent contre elles ne soient pas capables de s'indigner contre les violences faites aux enfants – ce n'est pas nouveau, mais on ne s’y fait pas ! Annick Didiot n'a pas pris la parole au sujet de cette loi.

Le Kenya, nouveau pays abolitionniste ?


Selon une information parue sur le site de l’initiative mondiale End All Corporal Punishment of Children, dont nous traduisons ci-dessous l’essentiel, le Kenya serait désormais le 29ème État au monde à interdire le châtiment corporel des enfants.

Selon l'article 29 de la nouvelle Constitution adoptée en août 2010 au Kenya, toute personne « a droit à la liberté et à la sécurité individuelles, ce qui inclut le droit de :
    [...] c/ n'être soumis à aucune forme de violence de source publique ou privée,

    d/ n'être soumis à aucune forme de torture, physique ou psychologique,

    e/ ne pas être soumis à des châtiments corporels,

    f/ ne pas être traité ou puni d'une manière cruelle, inhumaine ou dégradante. »
L'article 20(1) stipule que « la Déclaration des droits (Bill of Rights) s'applique à toutes les lois et s'impose à tous les organes de l'Etat et à toutes les personnes ».

L'article 53 confirme que tout enfant a le droit d'être protégé contre « les mauvais traitements (abuse), la négligence, les pratiques culturelles nocives, toutes formes de violence et de traitements et punitions inhumains, les travaux dangereux et l'exploitation au travail ».

La nouvelle Constitution entre en vigueur immédiatement : l'article 2(4) rend nulle toute loi, y compris coutumière, qui serait incompatible avec la Constitution. Cela concerne en particulier plusieurs dispositions légales qui autorisent le châtiment corporel : ces lois devront être révisées et amendées, y compris « le droit de tout parent et de toute personne ayant légalement la charge ou le contrôle de l'enfant de lui administrer des punitions raisonnables » (article 127 du Children Act de 2001) et l'autorisation des châtiments corporels dans les écoles : article 11 du règlement sur l'Education (chapitre "School Discipline").

La conclusion de cet article : « Le Kenya est le 29ème Etat au monde (suivant de peu la Tunisie et la Pologne) à interdire tout châtiment corporel des enfants » n’est-elle pas un peu optimiste ? Peut-on mettre sur le même plan des lois qui interdisent explicitement les châtiments corporels, et une Constitution qui se contente de rendre inconstitutionnelles les lois précédentes… sans qu'on sache si et quand ces lois vont être réellement abrogées ? Même s’il s’agit d’un énorme progrès par rapport à la situation antérieure, on peut penser que le Kenya, comme la Tunisie, cherche aussi par ce moyen à améliorer sa mauvaise réputation en matière de respect des droits humains et à faire patienter la communauté internationale.

De plus, l’article 53 concernant les enfants nous paraît introduire une distinction peu favorable aux enfants en comparaison de la protection à laquelle aurait droit « toute personne » selon l’article 29, où les châtiments corporels sont explicitement mentionnés. A cet égard, les enfants ne seraient donc pas considérés comme des « personnes », car il semble peu probable que les « mauvais traitements » (abuse), les « formes de violence et traitements et punitions inhumains » mentionnés à l’article 53 incluent réellement toutes les formes de violence ordinaire, y compris, précisément, celles qui étaient jusqu’ici incluses dans le « droit d’administrer des punitions raisonnables »…

Colloque "Amour et châtiments"


Les 22 et 23 octobre 2010 s'est tenu le premier colloque organisé à Paris sur la violence éducative, "Amour et châtiments", à l'initiative de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse. Sont intervenus notamment :

  • Edwige Antier, députée de Paris, pédiatre et auteur de la proposition de loi pour l'interdiction des punitions corporelles, qui a annoncé à cette occasion la modification de sa première proposition de loi pour y inclure les violences psychologiques,
  • Jacqueline Cornet, présidente de "Ni claques ni fessées",
  • Elda Moreno, représentante du Conseil de l'Europe,
  • Olivier Maurel, Françoise Charrasse, Catherine Gueguen, Catherine Dumonteil-Kremer (La Maison de l'Enfant), membres de l'OVEO, et les Drs Cornélia Gauthier et Muriel Salmona, membres du comité de parrainage de l'OVEO.
  • Dominique Versini, Défenseure des enfants, initialement annoncée, n'a pas participé au colloque.
La liste complète des intervenants, leur présentation et leurs interventions sont à lire sur le site du colloque, où l'on peut également visionner le clip du Conseil de l'Europe "Levez la main contre la fessée".

Ce colloque a aussi été l'occasion d'une rencontre entre membres de l'OVEO et de discussions sur la question de la sensibilisation des thérapeutes à la violence éducative. Une nouvelle adhérente a rédigé pour son université un remarquable compte-rendu que nous vous proposons ici.

Les interventions sont désormais disponibles en version audio dans la rubrique Bibliothèque sonore !


Des arguments médicaux contre la violence éducative ordinaire


Par Olivier Rolland, membre de l'OVEO

Cornélia Gauthier, médecin généraliste et psychosomaticienne suisse, qui, rappelons-le, est membre du comité de parrainage de l'OVEO, a publié sur son site un article important (en deux parties) sur les méfaits de la violence éducative ordinaire : Qui aime bien, châtie bien (1) et (2).

Il nous paraît utile de préciser que le mot « maltraitance » est employé dans ces articles au sens que lui donne Alice Miller, c'est-à-dire toute forme de « mauvais traitements », incluant par conséquent les fessées, tapes, gifles, et non au sens qu’on lui donne généralement en France (abus « graves » et non acceptés par la société).

Outre que ces articles apportent un point de vue médical sur l'impact de la violence éducative ordinaire sur le corps et le psychisme de l'enfant et sur les conséquences à l’âge adulte, nous trouvons importante la notion d'« abus par procuration » à laquelle se réfère le Dr Gauthier (dans la première partie, p. 2, à propos de « l’abus émotionnel [...], plus complexe, car plus difficile à identifier »). En effet, le fait d'avoir été témoin de violences, avec ou sans coups (disputes violentes, cris, menaces, etc.), peut marquer assez profondément l'enfant pour qu’il reproduise ces violences, une fois adulte, par exemple sous forme de coups à son enfant même lorsqu’il n’en a pas reçu lui-même, bien qu’il soit souvent difficile de prouver qu’un enfant n’a jamais reçu de coups.

Nous aurions toutefois souhaité que les punitions soient évoquées parmi les formes de violence ordinaire. Peut-être feront-elles l'objet d'autres articles à venir ?


Voir également, du Dr Cornélia Gauthier, la lettre ouverte : Qui sont nos patients abusés et de quoi souffrent-ils ?