Point de vue de l'OVEO sur l'actualité
A propos du 25 novembre, journée de lutte contre les violences faites aux femmes
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- Mis à jour le vendredi 17 mai 2013 16:24
- Publié le mardi 14 décembre 2010 21:35
Personne ne peut être « pour » le viol, « pour » la maltraitance, « pour » les violences conjugales. Mais beaucoup de gens se proclament encore pour des méthodes d’éducation qui, bien souvent, incluent les châtiments corporels (en particulier la fessée), et qui, même dans le cas contraire, semblent surtout déconseiller les châtiments corporels parce qu’ils sont « inefficaces » – donc inefficaces pour contrôler l’enfant et obtenir de lui ce qu’on veut. Dans toute la société, les enfants sont généralement traités de telle façon que le modèle de leurs relations affectives est basé sur des relations de pouvoir et de non-respect de l’identité et des besoins de chacun, en l’occurrence de non-respect du plus faible.
Dans le meilleur des cas, les militants contre les violences faites aux femmes et les professionnels qui s’occupent de ce problème (comme Muriel Salmona ou Cornélia Gauthier) mettent en cause le mode d’éducation des garçons et la violence éducative en général comme une source essentielle de ces violences. Mais la plupart semblent considérer que ce qu’on appelle les « pervers narcissiques manipulateurs » sont simplement des prédateurs « naturels », en quelque sorte de naissance, et qu’il est le plus souvent impossible de les « guérir » – chose qui, d’ailleurs, ne semble guère les préoccuper, comme s’il était indécent de vouloir résoudre le problème du bourreau et comme si cela devait s’opposer à la prise en charge de la victime… Alors même que, bien souvent aussi, on nous explique que pratiquement chacun d’entre nous peut être tantôt victime, tantôt bourreau et « pervers manipulateur », selon la situation ! Et qu’il n’y aurait donc que des différences de degré (et donc pas de « nature ») entre le fait d’être plutôt (ou plus souvent) victime que bourreau…
Nous pensons qu’il n’y aura pas d’issue à ce problème des violences faites aux femmes (ou des violences conjugales en général) tant que la violence éducative ordinaire sous toutes ses formes (châtiments corporels, violence psychologique, négligence et toutes les formes d’abus de pouvoir) ne sera pas considérée par tous, pouvoirs publics, psychologues, professions médicales, juges, enseignants et professionnels de l’enfance, et bien sûr par les parents eux-mêmes, comme une « grande cause nationale » digne de considération.
Le compte-rendu ci-dessous, par une thérapeute membre de l’OVEO, d’une conférence-débat qui a eu lieu le 25 novembre dernier à Paris sur « les violences psychologiques au sein de la famille », nous a paru significatif de la façon dont la violence éducative ordinaire est mal prise en compte comme cause de violence familiale. La loi du 9 juillet 2010 (n° 2010-769) sur le harcèlement moral considère l’enfant comme victime en tant que témoin des violences conjugales, mais semble considérer que ce même enfant ne subit pas de violence directe (seule sa mère ou son parent est victime directe, alors qu’il est bien rare que le parent violent ne le soit que contre l’autre parent), ou encore, que cette violence exercée contre un enfant est acceptable, alors qu’elle ne l’est pas lorsqu’elle s’exerce contre un adulte. Quel que soit le raisonnement, il ignore la violence éducative ordinaire comme cause première de la violence de l’adulte.
Compte-rendu de la conférence-débat « Les violences psychologiques au sein de la famille » à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, le 25 novembre 2010
Cette soirée était réservée en priorité aux professionnels de la relation d'aide (thérapeute, médecin, psychologue, avocat, assistante sociale, juge, médiateur familial, officier de police...) mais ouverte à tous. L’OVEO y était représenté par Françoise Charrasse, auteur de ce compte-rendu, et par deux autres membres qui ont ajouté leurs commentaires.
Exposé 1 : Geneviève Pagnard, psychiatre
Les manipulations destructrices : propos humiliants, reproches incessants, insultes, isolement de la victime, appropriation des biens communs. Il arrive que le parent manipulateur fasse surveiller le parent victime par l'enfant qui est manipulé aussi afin qu'il se retourne contre le parent qui essayait de le protéger.
En général, le manipulateur pervers a un double visage et donne à l'extérieur une image très positive de lui-même. De ce fait, la victime se trouve de plus en plus isolée. Les magistrats ne savent pas détecter les manipulations et ne prennent pas les bonnes décisions au moment de la séparation, car le manipulateur (ou la manipulatrice) inspire confiance tandis que la victime apparaît fragilisée et peu fiable.
Il n'est pas possible de soigner le manipulateur, généralement pervers narcissique, car il est dans le déni total des abus qu'il commet(1). C'est toujours l'autre qui a tort. Très souvent, ces personnes ont un statut social élevé, une position de pouvoir dans la société, mais on en rencontre dans tous les milieux.
Exposé 2 : Laurent Hincker, avocat
Il expose aussi les dégâts causés dans la famille par les manipulateurs pervers. Il est très difficile de protéger les victimes quand il n'y a pas de passage à l'acte laissant des traces visibles. La loi du 9 juillet 2010 contre les violences psychologiques permet de porter plainte pour harcèlement moral dans la vie privée. Mais il n'existe pas encore d'observatoire des violences faites aux femmes. On recense environ 10 000 suicides en France et des milliers de personnes placées en psychiatrie à cause de violences intrafamiliales. Une convention européenne va bientôt être adoptée pour favoriser la protection des victimes, la prévention des violences intrafamiliales, organiser les poursuites et la répression, une politique intégrée qui permettra aux victimes de trouver secours, protection, soins adaptés et de porter plainte dans un même pôle au lieu d'être obligées de se rendre dans des lieux différents. Il y aura obligation pour les Etats européens d'appliquer la convention.
Laurent Hincker distingue trois profils psychologiques chez les agresseurs :
- Les immatures névrotiques, avec qui on peut travailler.
- Les égocentristes mal structurés, sur la défensive, qui ont du mal à s'autocritiquer, mais pas totalement incapables d'évoluer.
- Les égocentristes, mégalomaniaques, paranoïaques, qui ont une très forte emprise sur leur entourage, ne respectent pas leurs enfants, confondent les générations. Manipulateurs, destructeurs.
Les médiations familiales sont contre-indiquées dans les cas pathologiques graves, car il ne s'agit pas d'un conflit qui peut se régler, mais d'une tentative d'anéantir l'autre. Les médiateurs se font manipuler par les abuseurs.
Selon la Cour européenne, la responsabilité de l'Etat est engagée dans la prévention des violences intrafamiliales : les autorités doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'aucun accident ne survienne : elles doivent protéger la vie en toute circonstance.
Ni Geneviève Pagnard ni Laurent Hincker n'ont évoqué les racines de la pathologie dont souffrent les abuseurs. Seule Annick Didiot, psychothérapeute, va aborder cette problématique.
Exposé 3 : Annick Didiot, psychothérapeute
L'ordre venant des parents de réprimer besoins et émotions ne va pas permettre à l'enfant de s'épanouir. On interdit à l'enfant ce que l'on n'a pas eu le droit de ressentir soi-même. L'adulte défoule sa violence sur l'enfant, qui est une cible privilégiée. La plupart des mauvais traitements sont infligés dans le huis clos familial, mais il peut y avoir aussi humiliation en public. Plus l'accès à la famille est cadenassé, plus il est difficile à l'enfant de s'abstraire de cette emprise. Les conséquences : l'enfant culpabilisé se sent de plus en plus mauvais, il va reproduire les violences subies. La victime adulte possède une part d'ombre qu'il agit dans la relation, l'enfant, lui, est innocent.
Un obstacle majeur à la décision de se faire aider par une personne extérieure : « le tabou de la fidélité inconsciente ». Le surmonter demande du courage. Le thérapeute doit être le témoin bienveillant de la victime. Il s'agit dans le travail thérapeutique de déjouer la communication violente, et d'apprendre à la victime à dissocier le lien d'emprise du lien d'amour. Parfois, le patient tente de manipuler le thérapeute pour qu'il devienne l'agresseur.
Annick Didiot évoque le travail d'Alice Miller, le livre La Fessée d'Olivier Maurel et le film Mon fils à moi de Martial Fougeron.
Exposés 4 et 5 : brigadier major Dupuis et lieutenant Hélène Salles (Pôle protection de la famille du commissariat de Paris 15ème)
Ils expliquent comment ils peuvent intervenir, faire des rapports d'intervention quand ils se déplacent (à la demande des victimes ou des voisins), enregistrer des plaintes ou établir des mains-courantes, auditionner les parties en cause, mais ils ne peuvent pas entamer une expertise sans l'avis du procureur. Ils encouragent toutes les victimes de violences physiques ou psychologiques à venir au commissariat. Ils ne peuvent toutefois enregistrer les plaintes que de personnes habitant l’arrondissement.
Exposé 6 : Céline Hervier, psychologue du commissariat de Paris 15ème
Seuls 5 psychologues exercent à Paris dans des commissariats. 40 dans toute la France.
Céline Hervier assure l'accueil, le soutien et l'orientation des victimes. Elle est soumise au secret professionnel. Les sentiments exprimés par les victimes : honte, culpabilité, peur d'être jugées, de ne pas être crues, inquiétude pour les autres, peu pour elles-mêmes, estime de soi anéantie, ambivalence des sentiments à l'égard de l'agresseur, peur de mettre à mal l'équilibre familial, confusion des sentiments : ce que je vis, ressens est-il vrai ? La victime a généralement perdu le sens de ce qui est bon pour elle. Elle présente presque toujours des symptômes dépressifs, ne peut pas se projeter dans l'avenir. Le commissariat est un lieu symbolique dans le parcours de la victime.
L'intervention de la police constitue l'intervention d'un tiers protecteur. Avec la (ou le) psychologue, on met des mots sur son vécu douloureux et on peut vivre une décharge émotionnelle.
Ces exposés sont tous intéressants. Le public peut poser des questions après l'intervention de la psychologue. Elles sont essentiellement des demandes de conseils auxquelles les intervenants répondent avec compétence et amabilité. Je m'adresse aux représentants de la police. « Que se passe-t-il si un mineur vient se plaindre d'avoir été giflé par un de ses parents ? » (Il avait été préconisé pour les femmes de réagir « dès la première gifle ».) Puis à tous : « que pensez-vous de la proposition de loi d'Edwige Antier ? » Hélène Salles répond à ma première question : les policiers ne peuvent entendre un mineur que s'il est accompagné d'un adulte. On ne peut enregistrer la plainte d'un mineur. Celui-ci doit se rendre quai de Gesvres à la brigade de protection des mineurs. Il faut bien sûr qu'il ait un motif sérieux de se plaindre – ce ne sont sans doute pas les termes exacts employés, mais je les comprends ainsi (l'ami qui m'accompagne également) et je ne crois pas me tromper. On s'apprête à donner la parole à une autre personne du public. Je signale que ma deuxième question n'a pas obtenu de réponse. Les intervenants se regardent et se concertent rapidement. Personne ne connaît ce projet. On me demande de préciser. Maître Hincker donne une réponse aberrante que Sandrine a parfaitement retranscrite(2).
Je suis tout à fait d'accord avec les commentaires de Sandrine, même si je suis habituée à ce type de réaction quand il s'agit des violences faites aux enfants. Elles sont toujours minimisées, voire balayées d'un revers de main. La cécité émotionnelle de la très grande majorité des adultes est une réalité à laquelle je suis continuellement confrontée.
Quant à l'ignorance de la proposition de loi d'Edwige Antier, je dois dire qu'elle m'a « interpellée » !... les intervenants étaient tous des professionnels très impliqués dans le domaine des violences intrafamiliales !
1. Note de Thierry Kopernik, membre de l’OVEO : La prise en charge thérapeutique du pervers narcissique n'a pas été abordée, mais il faut dire qu'elle pose de nombreuses questions, dans la mesure où, pour qu'il puisse y avoir prise en charge, il convient que cette personne s'identifie comme souffrante, et il faut bien dire que les qualificatifs n'aident pas forcément dans la mesure où, dès lors qu'on prononce le terme de pervers narcissique, on crée du dégât, compte tenu du fait que le pervers prend soin de son image. Dans la vie de tous les jours, ce personnage passe totalement inaperçu, c'est la raison pour laquelle il est très difficile à démasquer du point de vue de la victime, mais pas impossible.
2. Note de Sandrine, membre de l’OVEO : Françoise a demandé aux intervenants s'ils étaient au courant de la proposition de loi d'Edwige Antier, une policière a dit que non, et quand Françoise a énoncé la loi, la même policière a dit qu'elle ne pouvait pas se prononcer parce qu'elle n'avait pas eu connaissance de cette loi... Elle a donc passé le micro à l'avocat, qui a dit que l'interdiction de la fessée était « symbolique » (sic) et que « la question n'était pas de savoir si l'on pouvait ou non donner une fessée à un enfant », que cette loi proposée par le Conseil de l'Europe était surtout pour mettre en garde les pays qui pratiquent « trop souvent » les châtiments corporels, comme l'Angleterre (!). Donc, en gros : les châtiments corporels sur les enfants, oui, mais pas trop quand même, c'est du moins comme cela que j'ai compris sa réponse. Il est vraiment étrange que des personnes qui comprennent si bien les mécanismes des violences conjugales et qui se battent contre elles ne soient pas capables de s'indigner contre les violences faites aux enfants – ce n'est pas nouveau, mais on ne s’y fait pas ! Annick Didiot n'a pas pris la parole au sujet de cette loi.
Le Kenya, nouveau pays abolitionniste ?
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- Mis à jour le dimanche 7 avril 2013 08:23
- Publié le lundi 11 octobre 2010 19:06
Selon l'article 29 de la nouvelle Constitution adoptée en août 2010 au Kenya, toute personne « a droit à la liberté et à la sécurité individuelles, ce qui inclut le droit de :
- [...] c/ n'être soumis à aucune forme de violence de source publique ou privée,
d/ n'être soumis à aucune forme de torture, physique ou psychologique,
e/ ne pas être soumis à des châtiments corporels,
f/ ne pas être traité ou puni d'une manière cruelle, inhumaine ou dégradante. »
L'article 53 confirme que tout enfant a le droit d'être protégé contre « les mauvais traitements (abuse), la négligence, les pratiques culturelles nocives, toutes formes de violence et de traitements et punitions inhumains, les travaux dangereux et l'exploitation au travail ».
La nouvelle Constitution entre en vigueur immédiatement : l'article 2(4) rend nulle toute loi, y compris coutumière, qui serait incompatible avec la Constitution. Cela concerne en particulier plusieurs dispositions légales qui autorisent le châtiment corporel : ces lois devront être révisées et amendées, y compris « le droit de tout parent et de toute personne ayant légalement la charge ou le contrôle de l'enfant de lui administrer des punitions raisonnables » (article 127 du Children Act de 2001) et l'autorisation des châtiments corporels dans les écoles : article 11 du règlement sur l'Education (chapitre "School Discipline").
La conclusion de cet article : « Le Kenya est le 29ème Etat au monde (suivant de peu la Tunisie et la Pologne) à interdire tout châtiment corporel des enfants » n’est-elle pas un peu optimiste ? Peut-on mettre sur le même plan des lois qui interdisent explicitement les châtiments corporels, et une Constitution qui se contente de rendre inconstitutionnelles les lois précédentes… sans qu'on sache si et quand ces lois vont être réellement abrogées ? Même s’il s’agit d’un énorme progrès par rapport à la situation antérieure, on peut penser que le Kenya, comme la Tunisie, cherche aussi par ce moyen à améliorer sa mauvaise réputation en matière de respect des droits humains et à faire patienter la communauté internationale.
De plus, l’article 53 concernant les enfants nous paraît introduire une distinction peu favorable aux enfants en comparaison de la protection à laquelle aurait droit « toute personne » selon l’article 29, où les châtiments corporels sont explicitement mentionnés. A cet égard, les enfants ne seraient donc pas considérés comme des « personnes », car il semble peu probable que les « mauvais traitements » (abuse), les « formes de violence et traitements et punitions inhumains » mentionnés à l’article 53 incluent réellement toutes les formes de violence ordinaire, y compris, précisément, celles qui étaient jusqu’ici incluses dans le « droit d’administrer des punitions raisonnables »…
Colloque "Amour et châtiments"
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- Mis à jour le dimanche 7 avril 2013 08:23
- Publié le lundi 30 août 2010 07:40
Les 22 et 23 octobre 2010 s'est tenu le premier colloque organisé à Paris sur la violence éducative, "Amour et châtiments", à l'initiative de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse. Sont intervenus notamment :
- Edwige Antier, députée de Paris, pédiatre et auteur de la proposition de loi pour l'interdiction des punitions corporelles, qui a annoncé à cette occasion la modification de sa première proposition de loi pour y inclure les violences psychologiques,
- Jacqueline Cornet, présidente de "Ni claques ni fessées",
- Elda Moreno, représentante du Conseil de l'Europe,
- Olivier Maurel, Françoise Charrasse, Catherine Gueguen, Catherine Dumonteil-Kremer (La Maison de l'Enfant), membres de l'OVEO, et les Drs Cornélia Gauthier et Muriel Salmona, membres du comité de parrainage de l'OVEO.
- Dominique Versini, Défenseure des enfants, initialement annoncée, n'a pas participé au colloque.
Ce colloque a aussi été l'occasion d'une rencontre entre membres de l'OVEO et de discussions sur la question de la sensibilisation des thérapeutes à la violence éducative. Une nouvelle adhérente a rédigé pour son université un remarquable compte-rendu que nous vous proposons ici.
Les interventions sont désormais disponibles en version audio dans la rubrique Bibliothèque sonore !
Des arguments médicaux contre la violence éducative ordinaire
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- Mis à jour le dimanche 7 avril 2013 08:23
- Publié le vendredi 27 août 2010 19:03
Par Olivier Rolland, membre de l'OVEO
Cornélia Gauthier, médecin généraliste et psychosomaticienne suisse, qui, rappelons-le, est membre du comité de parrainage de l'OVEO, a publié sur son site un article important (en deux parties) sur les méfaits de la violence éducative ordinaire : Qui aime bien, châtie bien (1) et (2).
Il nous paraît utile de préciser que le mot « maltraitance » est employé dans ces articles au sens que lui donne Alice Miller, c'est-à-dire toute forme de « mauvais traitements », incluant par conséquent les fessées, tapes, gifles, et non au sens qu’on lui donne généralement en France (abus « graves » et non acceptés par la société).
Outre que ces articles apportent un point de vue médical sur l'impact de la violence éducative ordinaire sur le corps et le psychisme de l'enfant et sur les conséquences à l’âge adulte, nous trouvons importante la notion d'« abus par procuration » à laquelle se réfère le Dr Gauthier (dans la première partie, p. 2, à propos de « l’abus émotionnel [...], plus complexe, car plus difficile à identifier »). En effet, le fait d'avoir été témoin de violences, avec ou sans coups (disputes violentes, cris, menaces, etc.), peut marquer assez profondément l'enfant pour qu’il reproduise ces violences, une fois adulte, par exemple sous forme de coups à son enfant même lorsqu’il n’en a pas reçu lui-même, bien qu’il soit souvent difficile de prouver qu’un enfant n’a jamais reçu de coups.
Nous aurions toutefois souhaité que les punitions soient évoquées parmi les formes de violence ordinaire. Peut-être feront-elles l'objet d'autres articles à venir ?
Voir également, du Dr Cornélia Gauthier, la lettre ouverte : Qui sont nos patients abusés et de quoi souffrent-ils ?
Interdiction totale du châtiment corporel des enfants en Pologne
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- Mis à jour le dimanche 7 avril 2013 08:23
- Publié le jeudi 26 août 2010 07:25
L’ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children a annoncé que deux nouveaux pays venaient d’interdire les châtiments corporels, la Tunisie et un nouveau pays européen, la Pologne. Ci-dessous la traduction de l’information publiée sur ce site :
L’article 2 de la loi du 6 mai 2010 « sur la prévention des violences familiales » amende le Code de la famille de 1964 en y insérant un nouvel article 96 qui interdit tout châtiment corporel dans l’éducation des enfants :
« Les parents et personnes qui s’occupent d’enfants mineurs n’ont pas le droit d’user de châtiments corporels, d’infliger des souffrances morales ni de recourir à aucune autre forme d’humiliation de l’enfant. » (Traduction non officielle.)
La nouvelle loi a été signée par le président le 18 juin 2010 et est entrée en vigueur le 1er août.
L’article 40 de la Constitution de 1997 interdit les punitions corporelles, mais il n’existait jusqu’ici aucun consensus sur le fait que cet article s’applique dans le domaine privé, en particulier dans la famille et sur les lieux de garde privés. Le gouvernement polonais a confirmé en juin 2008 devant la Commission des droits humains du Conseil de l’Europe son engagement à une interdiction totale1. Le nouvel article 96 du Code de la famille stipule clairement que le châtiment corporel des enfants est totalement interdit.
La Pologne renoue ainsi avec un passé lointain, si l’on songe qu’elle a été il y a deux cents ans, bien qu’avec des frontières différentes de celles d’aujourd’hui, le premier pays européen à interdire les châtiments corporels dans les écoles. Cette interdiction, prononcée en 1793, a été inspirée par un pédagogue polonais, Stanislas Konarski, très influencé par la pensée des philosophes français et notamment de Rousseau. Il a réformé le système scolaire et l'interdiction des punitions corporelles a probablement fait partie de la réforme. Malheureusement, quelques années après, la Pologne était partagée entre la Prusse, la Russie et l'Autriche et disparaissait de la carte du monde, la réforme de Konarski avec elle. (Information : Olivier Maurel.)
La Pologne est aussi le pays du grand pédagogue Janusz Korczak (1878-1942), auteur du pamphlet Le Droit de l’enfant au respect (1927), et qui a choisi de suivre en camp de concentration les enfants du ghetto de Varsovie dont il s’occupait plutôt que de les abandonner.
1. Comme le rappelle le site du Conseil de l’Europe (où la nouvelle loi n’est pas encore annoncée) sur la page des rapports nationaux sur les progrès en Europe sur les châtiments corporels, la Pologne faisait partie des Etats qui s’étaient engagés à interdire totalement les châtiments corporels : « La Pologne a lancé, en janvier 2009, une campagne nationale sous le titre “Good Parent - Good Start” (De bons parents – un bon départ dans la vie). La campagne a été mise en œuvre par le ministère du Travail et de la Politique sociale, en coopération avec des organisations à but non lucratif et les pouvoirs locaux. Elle se compose d’une campagne dans les médias (panneaux d’affichage, spots télévisés), de dépliants distribués dans les organismes locaux de sécurité sociale et d’un cycle d’ateliers destinés aux parents. Le but est d’encourager les parents à exercer leurs fonctions parentales de manière active et positive en période de crise et à prévenir la violence familiale. »
Tunisie : les châtiments corporels interdits dans les familles ?
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- Mis à jour le dimanche 7 avril 2013 08:23
- Publié le lundi 23 août 2010 18:53
Post-scriptum, janvier 2011
Le 14 janvier 2011, nous écrivions : Les événements qui se déroulent actuellement en Tunisie (répression de manifestations par la police et par des milices avec des dizaines de morts, actes de torture, nouvelles arrestations arbitraires) confirment encore les réserves que nous émettions dans l'article ci-dessous à propos des intentions du gouvernement tunisien lorsqu'il a adopté cette loi d'interdiction des châtiments corporels : comment peut-on prétendre abolir les châtiments corporels et pratiquer la torture ? Espérons seulement que la présence de ces dispositions dans la loi tunisienne finira par dépasser malgré eux les intentions des auteurs de la loi !
Une semaine plus tard, nous nous réjouissons de voir la fin de la répression policière et, d'une façon que nous espérons durable, la libération de la parole publique, de la presse et du livre. Faut-il en conclure que, lorsqu'une dictature en est à légiférer contre les châtiments corporels comme dernier alibi démocratique possible (et supposé sans danger)... sa chute n'est peut-être pas loin ? Espérons que la question de la violence éducative ne retombera pas dans l'oubli : un pays qui devient démocratique après de longues années d'oppression a le droit de prendre de l'avance, y compris sur la France ! Après tout, cela a déjà été le cas pour la Tunisie des années 1960 avec les droits des femmes...
Une dépêche AFP du 21 juillet 2010 reprise dans divers journaux (cf. par exemple Le Figaro) nous informe que la Tunisie est le premier pays africain et le 27ème au monde à « interdire » les châtiments corporels dans les familles.
Cette nouvelle nous interpelle et nous avons souhaité la commenter sous plusieurs angles.
Selon la dépêche de l’AFP, ceux qui ont désapprouvé cette loi « considèrent que la nouvelle disposition sape l'autorité parentale et pourrait conduire à dissolution des liens familiaux traditionnellement forts. » On pourrait déjà s’étonner de l’idée que ne pas frapper ses enfants puisse « dissoudre les liens familiaux » : c’est reconnaître que « l’autorité parentale » n’est pas basée avant tout sur un lien affectif, mais sur une relation hiérarchique où le plus fort a tous les droits sur le plus faible. C’est la vision traditionnelle de la pédagogie noire (« Qui aime bien châtie bien »). Le lien « fort » que l’on constate chez les enfants ainsi élevés relève davantage de la dépendance affective (l’enfant devenu adulte continue à se soumettre à ses parents, mais aussi à attendre en vain un amour inconditionnel qui ne lui a pas été accordé à l’âge où il en avait besoin) que d’un lien familial fondé sur l’amour et le respect mutuel. De plus, dans une société très traditionnelle, la violence éducative est le moyen de transmettre de génération en génération un mode de vie qui nécessite la répression des émotions et de la vraie personnalité des individus.
D’autre part, toujours selon la dépêche de l’AFP, « la Tunisie, qui a volontairement adhéré à la Convention internationale des droits de l'enfant, oppose ces droits et ceux également avancés des femmes pour rejeter les critiques de violation des droits de l'Homme dont elle est souvent l'objet ». On est en droit de se demander si cette loi ne serait pas un leurre pour se créer un alibi « démocratique », alors qu’on sait pertinemment que le régime tunisien pratique la censure (notamment de la presse et de nombreux sites Web), que la liberté d’expression est faible et les atteintes aux droits humains nombreuses en Tunisie (torture des prisonniers politiques et d’opinion, harcèlement de toute dissidence politique, etc.). Le gouvernement tunisien n’userait-il pas de cette image libérale pour embellir ou masquer la dictature ? Nous attendons de voir si des mesures d'accompagnement (non répressives) seront prises pour que le vote de cette loi provoque une réelle amélioration de la situation des enfants. Mais on peut être sceptique lorsqu’on sait qu’une loi interdisant le châtiment corporel des détenus adultes (donc a fortiori la torture) existe depuis 20011.
Comme on a pu le lire (le 21 juillet) sur un blog qui, citant un discours officiel, ironise sur « l'approche graduelle du Président en matière de droits de l'Homme » : « Mon rêve c'est de voir un jour tous les Tunisiens de 18 ans et plus bénéficier des mêmes droits que ceux accordés aujourd'hui aux enfants. Je rêve de lire un jour une dépêche de l'AFP qui nous annonce que "corriger un opposant ou un militant en lui donnant la bastonnade sur la plante des pieds ou des gifles est désormais interdit par la loi en Tunisie, apprend-on aujourd'hui de source gouvernementale". »
Saddam Hussein aussi, avant d'être renversé, avait interdit les punitions corporelles, manière simple et peu coûteuse (quand on n'est pas vraiment décidé à la rendre effective) de paraître respecter les droits de l'enfant et les droits humains. On peut difficilement se défendre de l’impression que cette « approche graduelle » est une façon pour le détenteur du pouvoir de dire : « Après moi le déluge… » : je fais des concessions pour que vous me supportiez au moins jusqu’à ma mort, mais il ne faudrait pas que ces droits aillent jusqu’à vous permettre de mettre en cause mon pouvoir ! (Et, comme chaque nouvel héritier fait de même… cela peut durer très longtemps.)
On peut certes se dire qu'aucun système, si autoritaire soit-il, n'est monolithique. Il peut être traversé de courants variés et comporter des personnalités qui souhaitent vraiment aller dans le sens d'une éducation sans violence. Toutes proportions gardées, la députée Edwige Antier, qui demande l'interdiction des punitions corporelles, appartient au même parti que Nicolas Sarkozy, dont le gouvernement pratique une politique essentiellement basée sur la répression2 et véhicule une idéologie pour le moins ambiguë sur les causes de la violence. Même si, en France, le clivage entre partisans du « droit à la fessée » et partisans de son interdiction est loin de correspondre à un « clivage droite-gauche », la gauche étant elle-même tiraillée entre deux tendances contradictoires – d’un côté, le désir de considérer l'être humain comme bon (non dépourvu d’altruisme, de compassion et d’empathie, donc capable d’améliorer la société), de l’autre, un héritage culturel largement marqué par l’idée que l’égoïsme, la cruauté et le sadisme sont inhérents à la nature humaine (ce qui n’aide pas à envisager une éducation sans violence, fondée sur la confiance dans les capacités prosociales des êtres humains)… Et même si, dans beaucoup de pays, qu’ils aient voté ou non des lois d’interdiction, on peut souvent s’interroger sur les méthodes d’éducation préconisées pour « remplacer » les châtiments corporels et autres traitements humiliants.
Pour en revenir à la loi tunisienne, un autre aspect pose question : le détournement possible de la loi pour condamner des opposants au régime, en particulier les journalistes indépendants, régulièrement inquiétés par la police et emprisonnés sous des prétextes divers. Le journaliste Taoufik Ben Brik « est devenu célèbre en 2000 lorsqu'il s'était mis en grève de la faim pour protester contre le régime tunisien. Sa grève avait duré six semaines et mobilisé les ONG internationales. Le régime, à l'époque, a accepté de délivrer un passeport au journaliste pour qu'il se rende en France. » Depuis, il s’exprime régulièrement dans les médias français, mais continue à vivre en Tunisie où il a été plusieurs fois emprisonné, la dernière fois d’octobre 2009 à mars 2010 – voir cet article de Libération (cité par Ben Brik sur son site) sur son arrestation, et l’article en lien sur les conditions du procès.
En octobre 2009, un article sur le site de Radio-Canada (repris sur le site de Taoufik Ben Brik) commentait : « Reporters sans frontières (RSF) et le Parti des verts, à Paris, estiment que cette affaire est “une manipulation” du régime tunisien à l'égard duquel le journaliste s'est montré critique. Selon Me Chebbi, “la seule explication [à cette affaire] se trouve dans la série d'articles publiés récemment par le journaliste dans la presse française.” Le frère du journaliste a expliqué dans une entrevue au quotidien algérien El Watan que “le régime [tunisien] a décidé de ne plus faire de procès politique contre ses opposants. Il a trouvé un moyen indirect de les faire taire. On leur colle des procès de droit commun pour les mettre en prison.” »
Il est donc à peine étonnant qu’au moment même où sont votées toute une série de lois censées témoigner d’une volonté de démocratisation (suppression de la légalité du châtiment corporel des enfants – en même temps dans la famille, à l’école et dans les institutions –, majorité à 18 ans), on apprenne sur le site de Reporters sans frontières (28 juillet 2010) que « suite à la publication de deux articles illustrant l’Etat policier tunisien dans le journal français le Nouvel Observateur, le poète et journaliste Taoufik Ben Brik est assigné à résidence depuis plusieurs jours. Un cordon de policiers en civil empêche en permanence toute personne d’accéder à son domicile3. » Sur le même site, on peut lire dans un article du 6 juillet 2010 que le gouvernement tunisien est prêt à violer ses propres lois pour faire condamner un autre journaliste, Fahem Boukadous, dont la vie est aujourd’hui en danger, et qu’un autre journaliste indépendant se retrouve aujourd’hui « accusé de coups et blessures et de diffamation sur la personne de son agresseur » (proche des services de police) contre qui il avait porté plainte.
Sur le blog du « forum tuniso-suisse des libertés », on peut lire un article d’Amnesty International... où l’on apprend que « le gouvernement tunisien a récemment sollicité les services d'une agence américaine de relations publiques et a lancé une campagne de relations publiques visant à contrer son image de tortionnaire et à présenter le pays comme sûr pour les investissements étrangers4 » !
Selon un autre article du 29 juillet, « la pression du gouvernement tunisien s’accroît sur les journalistes qui osent critiquer le pouvoir et défendre de la liberté d’expression », avec, outre la mise en résidence surveillée de Taoufik Ben Brik déjà mentionnée, l’arrestation d’autres journalistes, des saisies de journaux et d’autres mesures répressives. « Ce climat de terreur sur les libertés de la presse s’inscrit dans la volonté de l’exécutif tunisien de criminaliser la profession de journaliste », avec l’aide d’un amendement à l’article 61 bis du Code pénal tunisien voté le 1er juillet 2010. A la suite de quoi « Reporters sans frontières, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, International Foundation for the Protection of Human Rights Defenders, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et de l’Organisation mondiale contre la torture, ainsi que le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme ont adressé, le jeudi 8 juillet 2010, une lettre au président de la République tunisienne ».
Le moins que nous puissions dire à propos de cette loi sur les châtiments corporels, c’est que nous attendons de voir de quelle façon elle sera appliquée… Mais, dans un pays où un journaliste peut être mis en prison pour une agression montée de toutes pièces, on peut toujours craindre, même si cela paraît difficilement crédible vu de France, que l’on n’incite ou même oblige un enfant à porter plainte contre un opposant politique.
1. Voir le rapport détaillé sur la Tunisie sur le site End All Corporal Punishment of Children : “Law No. 2001-52 (2001) on the organisation of prisons provides for the physical and moral integrity of detainees, and corporal punishment is not among the permitted disciplinary measures in article 38 of Decree No. 2423 (1995) regulating detention centres for children.” On note ici qu’un décret de 1995 excluait déjà le châtiment corporel des « mesures disciplinaires permises » dans les « centres de détention pour enfants »… Ce qui donne à penser que cette mesure ne devait guère être appliquée, le châtiment corporel n’étant même pas interdit dans les écoles.
2. A l’inverse, nous considérons que, dans un pays où les violences contre les adultes sont un délit, une loi non répressive, accompagnée de mesures de sensibilisation, pour interdire le châtiment corporel des enfants dans la famille comme à l’école et dans les institutions serait avant tout une loi préventive. Voir aussi l’article Pourquoi une loi…
3. A voir également : un article où Ben Brik résume les multiples accusations dont il a été l’objet et les persécutions qu’il a subies depuis des années ; son interview (sur le site de RSF) lors de son arrivée à Paris après sa dernière libération en mars 2010.
4. Voir aussi sur ce sujet : La Tunisie rejette les critiques de Washington, Le gouvernement tunisien doit cesser de punir arbitrairement les anciens prisonniers politiques.
Le point de vue juridique
Le 23 juillet, un petit article sur le forum pénal Dalloz était titré : Mais… ce qui n'est pas strictement autorisé est-il pour autant interdit ? Extrait :
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« Question de présentation… La chambre des députés tunisienne vient d'amender l'article 319 du code pénal qui autorisait jusqu'alors “la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui”. De là à dire que la Tunisie “interdit claques et fessées”, comme a pu le titrer une dépêche AFP, il y a un pas que l'on se gardera de franchir. Ce qui n'est pas strictement autorisé est-il pour autant interdit ? »
Châtiment corporel des enfants en Tunisie, le verre à moitié vide ou à moitié plein !
(par Thierry Kopernik, membre de l’OVEO)Le 30 juillet 2010, le chef de l'Etat tunisien promulguait une loi modifiant l'article 319 du code pénal tunisien ainsi rédigée : « Article unique. Est abrogée, l'expression “Toutefois, la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui n'est pas punissable” mentionnée à l'article 319 du code pénal. »
Les médias avaient publié cette information dès le 21 juillet, alors que la loi n'était pas encore promulguée. Que faut-il voir derrière cela ?
Si nous y regardons de plus près, en d'autres termes, les mots « Toutefois, la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui n'est pas punissable » sont retirés du code pénal tunisien. A priori, l'impunité absolue pour les auteurs de corrections faites aux enfants n'a désormais plus cours en Tunisie.
Mais cela signifie-t-il pour autant que c'est la fin du calvaire pour les enfants ? Rien n'est moins sûr ! En effet, même si l'impunité dont jouissaient les auteurs de corrections sur les enfants n'est plus de mise, l'interdiction des corrections par les personnes ayant autorité sur l’enfant n'est pas inscrite formellement dans le code pénal tunisien avec les sanctions appropriées. De plus, seuls les mauvais traitements par privation de nourriture et absence de soins sont punissables en droit tunisien.
Alors, pères, mères, autres membres de la famille, enseignants pourront continuer à administrer des corrections aux enfants pour autant qu'il n'y ait pas de témoins extérieurs susceptibles de témoigner, dans la mesure où il existe une certaine tolérance liée aux pratiques coutumières.
Quant aux enfants qui oseraient se plaindre, du moment qu'il n'y a ni blessures causant une invalidité, ni privation de nourriture ou absence de soins, tout continuera comme avant ! Ils ne seront pas écoutés, encore moins considérés, et pour peu qu'un juge soit attiré par les thèses islamistes, ces enfants pourraient même être condamnés pour procédure abusive, puisqu’il existe désormais un vide juridique dans le droit tunisien.
A qui profite ce tour de passe-passe ? La publication dans la presse internationale de cette loi tunisienne n'a rien d’un hasard, au moment où beaucoup de critiques s'élèvent à travers le monde pour dénoncer les agissements de ce gouvernement particulièrement autoritaire. Le verre est donc à moitié vide ou à moitié plein, selon le côté où l’on se situe, mais les enfants n'en sortent pas les grands gagnants, cela est une certitude !

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