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EN MEMOIRE D'ALICE MILLER

Alice Miller est décédée le 14 avril 2010, à l'âge de 87 ans. L’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable.

Lire l'article : En mémoire d'Alice Miller

C'est pour ton bien !, un livre majeur dont vous pouvez lire un extrait : Existe-t-il une "pédagogie blanche"?

Alice Miller - Abus et maltraitance de l'enfant : un site incontournable sur la violence éducative

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Point de vue de l'OVEO sur l'actualité

Interdiction totale du châtiment corporel des enfants en Pologne


L’ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children a annoncé que deux nouveaux pays venaient d’interdire les châtiments corporels, la Tunisie et un nouveau pays européen, la Pologne. Ci-dessous la traduction de l’information publiée sur ce site :

L’article 2 de la loi du 6 mai 2010 « sur la prévention des violences familiales » amende le Code de la famille de 1964 en y insérant un nouvel article 96 qui interdit tout châtiment corporel dans l’éducation des enfants :

« Les parents et personnes qui s’occupent d’enfants mineurs n’ont pas le droit d’user de châtiments corporels, d’infliger des souffrances morales ni de recourir à aucune autre forme d’humiliation de l’enfant. » (Traduction non officielle.)

La nouvelle loi a été signée par le président le 18 juin 2010 et est entrée en vigueur le 1er août.

L’article 40 de la Constitution de 1997 interdit les punitions corporelles, mais il n’existait jusqu’ici aucun consensus sur le fait que cet article s’applique dans le domaine privé, en particulier dans la famille et sur les lieux de garde privés. Le gouvernement polonais a confirmé en juin 2008 devant la Commission des droits humains du Conseil de l’Europe son engagement à une interdiction totale
1. Le nouvel article 96 du Code de la famille stipule clairement que le châtiment corporel des enfants est totalement interdit.

La Pologne renoue ainsi avec un passé lointain, si l’on songe qu’elle a été il y a deux cents ans, bien qu’avec des frontières différentes de celles d’aujourd’hui, le premier pays européen à interdire les châtiments corporels dans les écoles. Cette interdiction, prononcée en 1793, a été inspirée par un pédagogue polonais, Stanislas Konarski, très influencé par la pensée des philosophes français et notamment de Rousseau. Il a réformé le système scolaire et l'interdiction des punitions corporelles a probablement fait partie de la réforme. Malheureusement, quelques années après, la Pologne était partagée entre la Prusse, la Russie et l'Autriche et disparaissait de la carte du monde, la réforme de Konarski avec elle. (Information : Olivier Maurel.)

La Pologne est aussi le pays du grand pédagogue Janusz Korczak (1878-1942), auteur du pamphlet Le Droit de l’enfant au respect (1927), et qui a choisi de suivre en camp de concentration les enfants du ghetto de Varsovie dont il s’occupait plutôt que de les abandonner.


1. Comme le rappelle le site du Conseil de l’Europe (où la nouvelle loi n’est pas encore annoncée) sur la page des rapports nationaux sur les progrès en Europe sur les châtiments corporels, la Pologne faisait partie des Etats qui s’étaient engagés à interdire totalement les châtiments corporels : « La Pologne a lancé, en janvier 2009, une campagne nationale sous le titre “Good Parent - Good Start” (De bons parents – un bon départ dans la vie). La campagne a été mise en œuvre par le ministère du Travail et de la Politique sociale, en coopération avec des organisations à but non lucratif et les pouvoirs locaux. Elle se compose d’une campagne dans les médias (panneaux d’affichage, spots télévisés), de dépliants distribués dans les organismes locaux de sécurité sociale et d’un cycle d’ateliers destinés aux parents. Le but est d’encourager les parents à exercer leurs fonctions parentales de manière active et positive en période de crise et à prévenir la violence familiale. »

Tunisie : les châtiments corporels interdits dans les familles ?


Post-scriptum, janvier 2011

Le 14 janvier 2011, nous écrivions : Les événements qui se déroulent actuellement en Tunisie (répression de manifestations par la police et par des milices avec des dizaines de morts, actes de torture, nouvelles arrestations arbitraires) confirment encore les réserves que nous émettions dans l'article ci-dessous à propos des intentions du gouvernement tunisien lorsqu'il a adopté cette loi d'interdiction des châtiments corporels : comment peut-on prétendre abolir les châtiments corporels et pratiquer la torture ? Espérons seulement que la présence de ces dispositions dans la loi tunisienne finira par dépasser malgré eux les intentions des auteurs de la loi !

Une semaine plus tard, nous nous réjouissons de voir la fin de la répression policière et, d'une façon que nous espérons durable, la libération de la parole publique, de la presse et du livre. Faut-il en conclure que, lorsqu'une dictature en est à légiférer contre les châtiments corporels comme dernier alibi démocratique possible (et supposé sans danger)... sa chute n'est peut-être pas loin ? Espérons que la question de la violence éducative ne retombera pas dans l'oubli : un pays qui devient démocratique après de longues années d'oppression a le droit de prendre de l'avance, y compris sur la France ! Après tout, cela a déjà été le cas pour la Tunisie des années 1960 avec les droits des femmes...


Une dépêche AFP du 21 juillet 2010 reprise dans divers journaux (cf. par exemple Le Figaro) nous informe que la Tunisie est le premier pays africain et le 27ème au monde à « interdire » les châtiments corporels dans les familles.

Cette nouvelle nous interpelle et nous avons souhaité la commenter sous plusieurs angles.

Selon la dépêche de l’AFP, ceux qui ont désapprouvé cette loi « considèrent que la nouvelle disposition sape l'autorité parentale et pourrait conduire à dissolution des liens familiaux traditionnellement forts. » On pourrait déjà s’étonner de l’idée que ne pas frapper ses enfants puisse « dissoudre les liens familiaux » : c’est reconnaître que « l’autorité parentale » n’est pas basée avant tout sur un lien affectif, mais sur une relation hiérarchique où le plus fort a tous les droits sur le plus faible. C’est la vision traditionnelle de la pédagogie noire (« Qui aime bien châtie bien »). Le lien « fort » que l’on constate chez les enfants ainsi élevés relève davantage de la dépendance affective (l’enfant devenu adulte continue à se soumettre à ses parents, mais aussi à attendre en vain un amour inconditionnel qui ne lui a pas été accordé à l’âge où il en avait besoin) que d’un lien familial fondé sur l’amour et le respect mutuel. De plus, dans une société très traditionnelle, la violence éducative est le moyen de transmettre de génération en génération un mode de vie qui nécessite la répression des émotions et de la vraie personnalité des individus.

D’autre part, toujours selon la dépêche de l’AFP, « la Tunisie, qui a volontairement adhéré à la Convention internationale des droits de l'enfant, oppose ces droits et ceux également avancés des femmes pour rejeter les critiques de violation des droits de l'Homme dont elle est souvent l'objet ». On est en droit de se demander si cette loi ne serait pas un leurre pour se créer un alibi « démocratique », alors qu’on sait pertinemment que le régime tunisien pratique la censure (notamment de la presse et de nombreux sites Web), que la liberté d’expression est faible et les atteintes aux droits humains nombreuses en Tunisie (torture des prisonniers politiques et d’opinion, harcèlement de toute dissidence politique, etc.). Le gouvernement tunisien n’userait-il pas de cette image libérale pour embellir ou masquer la dictature ? Nous attendons de voir si des mesures d'accompagnement (non répressives) seront prises pour que le vote de cette loi provoque une réelle amélioration de la situation des enfants. Mais on peut être sceptique lorsqu’on sait qu’une loi interdisant le châtiment corporel des détenus adultes (donc a fortiori la torture) existe depuis 20011.

Comme on a pu le lire (le 21 juillet) sur un blog qui, citant un discours officiel, ironise sur « l'approche graduelle du Président en matière de droits de l'Homme » : « Mon rêve c'est de voir un jour tous les Tunisiens de 18 ans et plus bénéficier des mêmes droits que ceux accordés aujourd'hui aux enfants. Je rêve de lire un jour une dépêche de l'AFP qui nous annonce que "corriger un opposant ou un militant en lui donnant la bastonnade sur la plante des pieds ou des gifles est désormais interdit par la loi en Tunisie, apprend-on aujourd'hui de source gouvernementale". »

Saddam Hussein aussi, avant d'être renversé, avait interdit les punitions corporelles, manière simple et peu coûteuse (quand on n'est pas vraiment décidé à la rendre effective) de paraître respecter les droits de l'enfant et les droits humains. On peut difficilement se défendre de l’impression que cette « approche graduelle » est une façon pour le détenteur du pouvoir de dire : « Après moi le déluge… » : je fais des concessions pour que vous me supportiez au moins jusqu’à ma mort, mais il ne faudrait pas que ces droits aillent jusqu’à vous permettre de mettre en cause mon pouvoir ! (Et, comme chaque nouvel héritier fait de même… cela peut durer très longtemps.)

On peut certes se dire qu'aucun système, si autoritaire soit-il, n'est monolithique. Il peut être traversé de courants variés et comporter des personnalités qui souhaitent vraiment aller dans le sens d'une éducation sans violence. Toutes proportions gardées, la députée Edwige Antier, qui demande l'interdiction des punitions corporelles, appartient au même parti que Nicolas Sarkozy, dont le gouvernement pratique une politique essentiellement basée sur la répression2 et véhicule une idéologie pour le moins ambiguë sur les causes de la violence. Même si, en France, le clivage entre partisans du « droit à la fessée » et partisans de son interdiction est loin de correspondre à un « clivage droite-gauche », la gauche étant elle-même tiraillée entre deux tendances contradictoires – d’un côté, le désir de considérer l'être humain comme bon (non dépourvu d’altruisme, de compassion et d’empathie, donc capable d’améliorer la société), de l’autre, un héritage culturel largement marqué par l’idée que l’égoïsme, la cruauté et le sadisme sont inhérents à la nature humaine (ce qui n’aide pas à envisager une éducation sans violence, fondée sur la confiance dans les capacités prosociales des êtres humains)… Et même si, dans beaucoup de pays, qu’ils aient voté ou non des lois d’interdiction, on peut souvent s’interroger sur les méthodes d’éducation préconisées pour « remplacer » les châtiments corporels et autres traitements humiliants.

Pour en revenir à la loi tunisienne, un autre aspect pose question : le détournement possible de la loi pour condamner des opposants au régime, en particulier les journalistes indépendants, régulièrement inquiétés par la police et emprisonnés sous des prétextes divers. Le journaliste Taoufik Ben Brik « est devenu célèbre en 2000 lorsqu'il s'était mis en grève de la faim pour protester contre le régime tunisien. Sa grève avait duré six semaines et mobilisé les ONG internationales. Le régime, à l'époque, a accepté de délivrer un passeport au journaliste pour qu'il se rende en France. » Depuis, il s’exprime régulièrement dans les médias français, mais continue à vivre en Tunisie où il a été plusieurs fois emprisonné, la dernière fois d’octobre 2009 à mars 2010 – voir cet article de Libération (cité par Ben Brik sur son site) sur son arrestation, et l’article en lien sur les conditions du procès.

En octobre 2009, un article sur le site de Radio-Canada (repris sur le site de Taoufik Ben Brik) commentait : « Reporters sans frontières (RSF) et le Parti des verts, à Paris, estiment que cette affaire est “une manipulation” du régime tunisien à l'égard duquel le journaliste s'est montré critique. Selon Me Chebbi, “la seule explication [à cette affaire] se trouve dans la série d'articles publiés récemment par le journaliste dans la presse française.” Le frère du journaliste a expliqué dans une entrevue au quotidien algérien El Watan que “le régime [tunisien] a décidé de ne plus faire de procès politique contre ses opposants. Il a trouvé un moyen indirect de les faire taire. On leur colle des procès de droit commun pour les mettre en prison.” »

Il est donc à peine étonnant qu’au moment même où sont votées toute une série de lois censées témoigner d’une volonté de démocratisation (suppression de la légalité du châtiment corporel des enfants – en même temps dans la famille, à l’école et dans les institutions –, majorité à 18 ans), on apprenne sur le site de Reporters sans frontières (28 juillet 2010) que « suite à la publication de deux articles illustrant l’Etat policier tunisien dans le journal français le Nouvel Observateur, le poète et journaliste Taoufik Ben Brik est assigné à résidence depuis plusieurs jours. Un cordon de policiers en civil empêche en permanence toute personne d’accéder à son domicile3. » Sur le même site, on peut lire dans un article du 6 juillet 2010 que le gouvernement tunisien est prêt à violer ses propres lois pour faire condamner un autre journaliste, Fahem Boukadous, dont la vie est aujourd’hui en danger, et qu’un autre journaliste indépendant se retrouve aujourd’hui « accusé de coups et blessures et de diffamation sur la personne de son agresseur » (proche des services de police) contre qui il avait porté plainte.

Sur le blog du « forum tuniso-suisse des libertés », on peut lire un article d’Amnesty International... où l’on apprend que « le gouvernement tunisien a récemment sollicité les services d'une agence américaine de relations publiques et a lancé une campagne de relations publiques visant à contrer son image de tortionnaire et à présenter le pays comme sûr pour les investissements étrangers4 » !

Selon un autre article du 29 juillet, « la pression du gouvernement tunisien s’accroît sur les journalistes qui osent critiquer le pouvoir et défendre de la liberté d’expression », avec, outre la mise en résidence surveillée de Taoufik Ben Brik déjà mentionnée, l’arrestation d’autres journalistes, des saisies de journaux et d’autres mesures répressives. « Ce climat de terreur sur les libertés de la presse s’inscrit dans la volonté de l’exécutif tunisien de criminaliser la profession de journaliste », avec l’aide d’un amendement à l’article 61 bis du Code pénal tunisien voté le 1er juillet 2010. A la suite de quoi « Reporters sans frontières, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, International Foundation for the Protection of Human Rights Defenders, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et de l’Organisation mondiale contre la torture, ainsi que le Réseau Euro-méditerranéen des droits de l’Homme ont adressé, le jeudi 8 juillet 2010, une lettre au président de la République tunisienne ».

Le moins que nous puissions dire à propos de cette loi sur les châtiments corporels, c’est que nous attendons de voir de quelle façon elle sera appliquée… Mais, dans un pays où un journaliste peut être mis en prison pour une agression montée de toutes pièces, on peut toujours craindre, même si cela paraît difficilement crédible vu de France, que l’on n’incite ou même oblige un enfant à porter plainte contre un opposant politique.


1. Voir le rapport détaillé sur la Tunisie sur le site End All Corporal Punishment of Children : “Law No. 2001-52 (2001) on the organisation of prisons provides for the physical and moral integrity of detainees, and corporal punishment is not among the permitted disciplinary measures in article 38 of Decree No. 2423 (1995) regulating detention centres for children.” On note ici qu’un décret de 1995 excluait déjà le châtiment corporel des « mesures disciplinaires permises » dans les « centres de détention pour enfants »… Ce qui donne à penser que cette mesure ne devait guère être appliquée, le châtiment corporel n’étant même pas interdit dans les écoles.
2. A l’inverse, nous considérons que, dans un pays où les violences contre les adultes sont un délit, une loi non répressive, accompagnée de mesures de sensibilisation, pour interdire le châtiment corporel des enfants dans la famille comme à l’école et dans les institutions serait avant tout une loi préventive. Voir aussi l’article Pourquoi une loi…
3. A voir également : un article où Ben Brik résume les multiples accusations dont il a été l’objet et les persécutions qu’il a subies depuis des années ; son interview (sur le site de RSF) lors de son arrivée à Paris après sa dernière libération en mars 2010.
4. Voir aussi sur ce sujet : La Tunisie rejette les critiques de Washington, Le gouvernement tunisien doit cesser de punir arbitrairement les anciens prisonniers politiques.

Le point de vue juridique

Le 23 juillet, un petit article sur le forum pénal Dalloz était titré : Mais… ce qui n'est pas strictement autorisé est-il pour autant interdit ? Extrait :

    « Question de présentation… La chambre des députés tunisienne vient d'amender l'article 319 du code pénal qui autorisait jusqu'alors “la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui”. De là à dire que la Tunisie “interdit claques et fessées”, comme a pu le titrer une dépêche AFP, il y a un pas que l'on se gardera de franchir. Ce qui n'est pas strictement autorisé est-il pour autant interdit ? »
A contrario, rappelle ensuite cet article, la proposition de loi soumise à l’Assemblée nationale française le 22 janvier dernier dispose dans son article unique que « l’enfant a droit à une éducation non violente. Aucun enfant ne peut être soumis à des châtiments corporels ou à toute forme de violence physique. »


Châtiment corporel des enfants en Tunisie, le verre à moitié vide ou à moitié plein !

(par Thierry Kopernik, membre de l’OVEO)

Le 30 juillet 2010, le chef de l'Etat tunisien promulguait une loi modifiant l'article 319 du code pénal tunisien ainsi rédigée : « Article unique. Est abrogée, l'expression “Toutefois, la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui n'est pas punissable” mentionnée à l'article 319 du code pénal. »

Les médias avaient publié cette information dès le 21 juillet, alors que la loi n'était pas encore promulguée. Que faut-il voir derrière cela ?

Si nous y regardons de plus près, en d'autres termes, les mots « Toutefois, la correction infligée à un enfant par les personnes ayant autorité sur lui n'est pas punissable » sont retirés du code pénal tunisien. A priori, l'impunité absolue pour les auteurs de corrections faites aux enfants n'a désormais plus cours en Tunisie.

Mais cela signifie-t-il pour autant que c'est la fin du calvaire pour les enfants ? Rien n'est moins sûr ! En effet, même si l'impunité dont jouissaient les auteurs de corrections sur les enfants n'est plus de mise, l'interdiction des corrections par les personnes ayant autorité sur l’enfant n'est pas inscrite formellement dans le code pénal tunisien avec les sanctions appropriées. De plus, seuls les mauvais traitements par privation de nourriture et absence de soins sont punissables en droit tunisien.

Alors, pères, mères, autres membres de la famille, enseignants pourront continuer à administrer des corrections aux enfants pour autant qu'il n'y ait pas de témoins extérieurs susceptibles de témoigner, dans la mesure où il existe une certaine tolérance liée aux pratiques coutumières.

Quant aux enfants qui oseraient se plaindre, du moment qu'il n'y a ni blessures causant une invalidité, ni privation de nourriture ou absence de soins, tout continuera comme avant ! Ils ne seront pas écoutés, encore moins considérés, et pour peu qu'un juge soit attiré par les thèses islamistes, ces enfants pourraient même être condamnés pour procédure abusive, puisqu’il existe désormais un vide juridique dans le droit tunisien.

A qui profite ce tour de passe-passe ? La publication dans la presse internationale de cette loi tunisienne n'a rien d’un hasard, au moment où beaucoup de critiques s'élèvent à travers le monde pour dénoncer les agissements de ce gouvernement particulièrement autoritaire. Le verre est donc à moitié vide ou à moitié plein, selon le côté où l’on se situe, mais les enfants n'en sortent pas les grands gagnants, cela est une certitude !


Vers une interdiction des châtiments corporels dans le système scolaire des Etats-Unis ?


On sait que le châtiment corporel des enfants est légal aux Etats-Unis, non seulement dans les familles, mais, chose moins connue du grand public (souvent même du public américain), dans les établissements scolaires de 20 Etats sur les 51 de l'Union (l'Ohio ayant passé récemment une loi d'interdiction), ce qui fait de ces 20 Etats les plus rétrogrades du "monde occidental" en la matière. Ces 20 Etats sont essentiellement (mais pas seulement) ceux de l'ancien "Sud" esclavagiste, et l'instrument utilisé pour frapper les élèves est la fameuse palette héritée de l'esclavage !

L'association PTAVE (Parents and Teachers Against Violent Education), qui lutte depuis de nombreuses années contre cette situation, commence enfin à être entendue, et nous venons de recevoir le communiqué de presse suivant :

    Washington, DC. Ce mardi 29 juin 2010, la députée Carolyn McCarthy (New York) tiendra une conférence de presse devant le Capitole pour présenter un projet de législation contre l'usage des châtiments corporels dans les établissements scolaires.

    Les données recueillies par le bureau des Droits civiques du ministère fédéral de l'Education montrent que dans les établissement scolaires de 20 Etats des Etats-Unis, plus de 220 000 élèves subissent des châtiments corporels. Des études ont montré que les punitions corporelles à l'école ont un impact négatif sur les élèves. Les enfants de couleur ou ayant des handicaps subissent ces châtiments plus souvent que les autres. La loi proposée a pour but de remédier à cette situation et de promouvoir une culture et un climat positifs à l'école.

    Selon d'autres études, aucune donnée ne permet de conclure que le châtiment corporel est un moyen de discipline efficace ni qu'il améliore les résultats scolaires des élèves.

Outre la députée McCarthy, seront présents à cette conférence de presse, entre autres, le député Bobby Scott (Virginie), Randi Weingarten (American Federation of Teachers), Deborah Vagins (American Civil Liberties Union).

De nombreux articles en anglais sur ce sujet sont disponibles sur le site de l'association PTAVE, NoSpank.


L’autorité sans fessée ?


Pour accompagner sa proposition de loi sur l’interdiction des châtiments corporels dans la famille, Edwige Antier, députée UMP et pédiatre, propose aux parents inquiets son dernier livre, L’Autorité sans fessée (éd. Robert Laffont).

Nous nous réjouissons de la façon dont Mme Antier explique la nocivité et l’inutilité des châtiments corporels dans la relation parent/enfant, ce qui donne sa légitimité à une loi visant à les interdire. Nous trouvons également intéressant qu’elle propose des liens d’articles du site d’Alice Miller ("Chaque fessée est une humiliation", "Obstacles auxquels doit se préparer le valeureux combattant anti-fessée", "Dangers spécifiques des châtiments corporels", "Les racines de la violence", "Des origines de la violence éducative à l'espoir de sa fin") pour les parents qui seraient curieux ou tentés d’approfondir leur réflexion.

Cependant, nous restons très réservés, voire sceptiques, quant aux méthodes suggérées pour remplacer les châtiments corporels, le but restant de conserver l’autorité – ce que dit finalement le titre du livre.

Par exemple, les « réparations » utilisées comme alternative aux punitions sont à nos yeux du même ordre et constituent bien un outil pour garder l’autorité et entretenir avec l’enfant une relation de pouvoir/soumission qui ne respecte pas ses besoins.

Nos réactions à la lecture de ce livre sont donc partagées et nous attendons de savoir de quelle façon E. Antier entend traiter la question des punitions et des violences psychologiques. Nous nous demandons également si elle a l'intention de mener une campagne d'information médiatisée sur les violences éducatives, et si un accompagnement personnalisé des parents en difficulté est envisagé dans le texte de loi qu'elle propose.

Nous espérons que son intervention lors du colloque “Amour et châtiments” sur la violence éducative ordinaire, auquel elle doit participer les 22 et 23 octobre 2010, lui donnera l'occasion de préciser sa position.


Le Liechtenstein interdit les châtiments corporels


D'après une brève diffusée par le Child Rights Information Network (Réseau d'information sur les droits de l'enfant), qui cite comme source l'Initiative mondiale End All Corporal Punishment of Children, le Liechtenstein est maintenant le 21ème pays européen et le 26ème dans le monde à interdire les punitions corporelles.

S'appuyant sur la Convention des droits de l'enfant, le Liechtenstein a en effet apporté des changements à la législation concernant la protection des enfants au sein de la principauté. Déjà interdits à l'école, les châtiments corporels le sont maintenant dans la sphère privée. Ainsi, il est stipulé dans la loi que "les enfants ont le droit à une éducation sans violence : châtiments corporels, dommages psychologiques et autres formes de traitements dégradants ne sont pas acceptés." (Traduction non officielle.)

L'OVEO se réjouit bien entendu de cette nouvelle !


En mémoire d'Alice Miller

Le site d'Alice Miller continue d'être alimenté par des articles qui n'avaient pas été traduits de son vivant. Vous pouvez les repérer dans les rubriques Articles et Interviews par la mention "Nouveau". Nous les signalons également ci-dessous. Si vous souhaitez traduire en français d'autres articles d'Alice Miller pour qu'ils soient publiés sur son site, écrire à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , nous transmettrons vos propositions.

Derniers articles d'Alice Miller mis en ligne :

2012-2013.
Traduction d'un important et long entretien en six parties entre Alice Miller et Thomas Gruner, Entretiens avec Alice Miller sur l'enfance et la politique (2004) : 1. Introduction; 2. La destructivité ; 3. Le sadisme ; 4. La folie individuelle ; 5. Conséquences pour toutes les sociétés ; 6. Conclusion. Thomas Gruner, mort prématurément quelques semaines avant Alice Miller, est également l'auteur d'une dizaine d'articles en allemand sur le site d'Alice Miller, dont trois traduits en français (lire en particulier : Frenzy - Enfance, haine et pulsion de meurtre).

Février 2012. Publication de la traduction d'un article de 2004 d'Alice Miller : Féminisme et marxisme : quand les idéologies servent à masquer les souffrances de l’enfance.

Déjà en ligne : Interview réalisée en 1984 par Ami Lönnroth, du grand journal suédois Svenska Dagbladet.




Juin 2011. Un article intéressant sur le site Rue89 conseille de "relire Alice Miller pour comprendre la violence contre les enfants". Relire... ou lire ? Il n'est jamais trop tard pour commencer... Une réserve : l'auteur écrit : "Le propos de ce livre apparaît dans un même mouvement terrifiant et rassurant : certains comportements et événements auraient pu et pourraient, à l'avenir, être autres, pour peu que l'éducation de nombreux enfants change, et que l'on fasse notamment l'apprentissage dès le plus jeune âge de l'empathie." Alice Miller considérait plutôt que l'éducation elle-même, par sa violence, détruisait la capacité d'empathie qui existe de façon innée dans chaque être humain. Alors, oui, lire ou relire C'est pour ton bien, mais aussi les livres suivants - car la critique qu'Alice Miller fait de l'éducation nous concerne tous.


Mars 2011. L'Essentiel d'Alice Miller, livre annoncé depuis 2009, vient enfin de paraître aux éditions Flammarion ! Nous espérons que cette parution permettra une plus grande diffusion de l'oeuvre d'Alice Miller, en la rendant accessible à de nombreux lecteurs aux moyens modestes, aux étudiants en psychologie, aux bibliothèques de prêt... Pour 25 euros, ce livre (disponible en avril 2011) regroupe quatre des ouvrages les plus importants d'Alice Miller : C'est pour ton bien, L'Enfant sous terreur, La Connaissance interdite et Notre corps ne ment jamais.

Ce livre paraît avec une préface de Martin Miller, fils d'Alice Miller et psychothérapeute en Suisse, intitulée Du côté de l'enfant - Une approche subversive de la souffrance humaine, qui révèle d'importants détails biographiques qu'Alice Miller avait tenu à garder cachés de son vivant, apportant un éclairage supplémentaire sur les origines de son engagement contre les traitements infligés aux enfants sous prétexte d'éducation : non seulement la violence physique et l'abus sexuel, mais la répression des émotions, le mensonge et la manipulation mentale, tous traitements qui produisent des adultes ayant une fausse identité et incapables d'affronter la cause de leurs souffrances. Ce livre paraît au moment même où les événements mondiaux (avec une catastrophe nucléaire d'une ampleur encore non mesurée, mais impossible à nier) nous rappellent l'opportunité du titre de la première partie de C'est pour ton bien : "L'Education ou la persécution du vivant".


Février 2011. La 2ème partie de l'interview d'Alice Miller par Borut Petrovic Jesenovec, qui n'existait pas encore sur le site en français (mais seulement dans le livre Ta vie sauvée enfin, dans une traduction de Pierre Vandevoorde), vient d'être mise en ligne sur le site d'Alice Miller : Comment sortir du déni. (La 1ère partie s'intitulait La cruauté s'apprend dans l'enfance.) Nous rappelons qu'aucun nouvel article ni courrier ne peut être publié sur le site d'Alice Miller, sauf la traduction de textes déjà existants en allemand ou en anglais. Si vous avez traduit ou souhaitez traduire l'un de ces articles, nous écrire à l'adresse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou contacter directement Brigitte Oriol, qui gère le site d'Alice Miller.



29 mai 2010. Dans un article paru dans Le Monde (l'article en ligne est accessible seulement aux abonnés, mais on peut le lire ici), Nancy Huston rend hommage à Alice Miller. Extrait :

"Alice Miller fut peu prise au sérieux. Une femme qui parle des enfants, c'est mignon. Pendant ce temps, les hommes vaquent aux choses sérieuses, la politique, les guerres, les génocides. Ainsi, parce que les souffrances des enfants, les nôtres, sont refoulées et minimisées, la machine à violence peut-elle tourner indéfiniment. Miller est morte le 14 avril 2010, sans que les penseurs de l'humain - intellectuels, philosophes, historiens, sociologues, psychologues - s'en soient émus."

La méconnaissance de la portée des oeuvres d'Alice Miller est telle que le magazine Le Point, par exemple, mentionne son décès en ces termes (n° 1964 du 6 mai) : "Alice Miller, 87 ans, pédopsychiatre suisse." On ne saurait mieux dire que s'intéresser aux souffrances de l'enfance n'est qu'une affaire de "pédopsychiatre"... Pourtant, l'oeuvre d'Alice Miller est tout entière consacrée aux conséquences de ces souffrances (et du déni ou du mépris qui les entourent) à l'âge adulte, et sur toute la société.



23 avril 2010. C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris par un message sur son site la disparition d'Alice Miller. Ci-dessous un article d'Olivier Maurel, président de l'OVEO, suivi d'autres articles envoyés aux médias et de témoignages personnels.



Alice Miller est décédée le 14 de ce mois d’avril 2010, à l’âge de 87 ans.

L’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable.

Tous ceux et celles qui ont lu ses livres, depuis Le Drame de l’enfant doué à Ta vie sauvée enfin, en ont eu leur vie profondément transformée. Lire Alice Miller, c’est se recentrer sur soi-même, sur l’enfant qu’on a été. C’est, quoi qu’il ait pu subir de dégradant et de mutilant, reprendre contact avec l’innocence de cet enfant. C’est, balayant tous les jugements qu’on a pu porter sur les enfants, leur « folie », leur « péché originel », leur « bestialité innée », les « pulsions » dont la culture du mépris de l’enfant les a affublés, oser dire totalement innocent l’enfant que nous avons été. Personne avant Alice Miller n’avait été aussi radical. A partir de cette certitude que ses livres savent communiquer à ses lecteurs, pour chacun, une véritable résurrection devient possible, simplement parce que chacun peut se reconnecter avec l’enfant qu’il a été, la source de la vie en lui. (Masquer la suite...)
Alice Miller a infiniment apporté aussi à la cause de l’enfance. Elle a montré, sans jamais les minimiser, contrairement à ce qu’on a souvent tendance à faire, toutes les violences auxquelles les enfants sont soumis : manque de tendresse, négligences, manque de soins, abus sexuels et surtout la plus universelle, partout considérée comme normale et pédagogique: la violence éducative ordinaire. L’action de son œuvre en profondeur est certainement pour beaucoup dans l’adoption par vingt-cinq pays du monde de législations interdisant toutes les formes de punitions corporelles et d’humiliations. Grâce à elle, et à ses études sur l’enfance des principaux criminels de masse du XXe siècle, on a pu comprendre comment ce qui se passait dans l’intimité du microcosme familial pouvait avoir des conséquences gravissimes dans le macrocosme de la vie sociale et politique des adolescents et des adultes.

Il faut espérer que l’on comprendra plus tard tout ce que l’œuvre d’Alice Miller a apporté à la cause de l’humanité. En montrant que la vie des adultes, leur vie familiale, sociale, politique, toute leur histoire, tourne autour de l’enfance et des enfants, Alice Miller, comme son compatriote Copernic quatre siècles plus tôt, a remis le monde à l’endroit. Freud avait failli le faire, mais en inventant la théorie des pulsions, après la mort de son père et pour ne pas l’accuser, il en était revenu à la vieille accusation contre les enfants, dépositaires, d’après lui, des pires pulsions. Alice Miller, par l’écoute empathique de ses patients, a compris que cette théorie était fausse et a eu le courage de la dénoncer. Et du courage, il en fallait, car elle s’est trouvée immédiatement rejetée par nombre de ses anciens confrères. Mais en faisant la lumière sur la principale origine de la violence humaine, l’œuvre d’Alice Miller nous donne l’espoir de réduire cette violence multiforme issue d’enfances ravagées.

Alice Miller n’est plus là, mais il nous reste ses livres, il nous reste son site dont j’espère que Brigitte Oriol va continuer à s’occuper. Ne serait-il pas possible que des lecteurs et lectrices d’Alice Miller entreprennent, avec l'accord de Brigitte Oriol, de traduire les articles de ce site dans le maximum de langues possible pour que la pensée d’Alice Miller devienne accessible à tous et se répande plus largement encore que lorsqu’elle était encore là ?
Olivier Maurel

Lire la traduction en anglais de cet article :A Tribute to Alice Miller.
Lire la traduction en italien sur le site Non Togliermi il Sorriso, qui publie aussi cet hommage : Ciao Alice et la traduction de nombreux articles d'Alice Miller.
A lire également (en anglais) sur le site Project NoSpank :
un article paru dans The New York Times dès le 26 avril 2010.


L'œuvre d'Alice Miller

Le Drame de l'enfant doué, C'est pour ton bien, L'Enfant sous terreur, La Connaissance interdite, Abattre le mur du silence, Libres de savoir sont parmi les plus connus des livres d'Alice Miller. Aujourd'hui plus que jamais, nous voulons rappeler l'importance de ces ouvrages qui resteront un témoignage formidable de son engagement contre l'abus et la maltraitance des enfants.

Le site d'Alice Miller est également une source d'information incontournable sur la violence éducative, les souffrances de l'enfance et leurs conséquences sur toute notre vie. Vous y trouverez des témoignages reçus de lecteurs et ses réponses et de nombreux articles tels que : Dire la vérité aux enfants, A propos du pardon, Le rôle décisif des témoins lucides dans notre société, La dépression ou l'art de se leurrer, Qu'est-ce que la haine ?, D'où vient le mal dans le monde et comment se génère-t-il, qui sont parmi les plus représentatifs de ses recherches.

Sur notre site, vous pouvez également lire un extrait de C'est pour ton bien : Existe-t-il une « pédagogie blanche » ?


Articles et témoignages

Une lettre envoyée par un membre de l'OVEO aux quotidiens Libération et Le Monde :

DISPARITION D’ALICE MILLER

Alice Miller nous a quittés le 14 avril 2010, à l’âge de 87 ans, elle laisse un grand vide et une œuvre immense et capitale. Après des études de philosophie à l'université de Bâle, elle obtient en 1953 son doctorat à Zurich. Elle exerce la profession de psychanalyste, puis l’abandonne pour se consacrer entièrement à ses recherches sur l'enfance. L’importance de ses découvertes lui a valu une reconnaissance internationale. Auteur de treize livres, traduits en trente langues, elle a reçu, en 1986, à New York, le prix Janusz Korczak. (Masquer la suite...)
Depuis la parution en France de son premier livre, Le Drame de l’enfant doué (PUF, 1983), elle nous a fait prendre conscience des souffrances de l’enfance confrontée à la « pédagogie noire » ; ce système d’éducation qui vise à briser la volonté de l’enfant, à le manipuler pour en faire un être docile, obéissant et empêcher toute révolte. Alice Miller a mis en lumière les conséquences désastreuses de cette éducation violente exercée à l’égard des enfants sur la quasi-totalité de la planète. Très clairement, en s’appuyant sur des exemples concrets, elle a démontré dans chacun de ses livres combien le recours aux punitions, gifles ou fessées pouvait produire des enfants malheureux et perturbés, des adolescents destructeurs, et des adultes violents et maltraitants.

Son combat pour une éducation sans violence et respectueuse des besoins de l’enfant l’avait amenée à défendre la nécessité d’une loi pour interdire les coups et les fessées dans l’éducation.

Dans son dernier livre, Ta vie sauvée enfin (Flammarion, 2008), elle insistait tout particulièrement sur le rôle des « témoins lucides : des personnes conscientes des répercussions du manque de soins et de la maltraitance dans les premières années et qui pourront prêter assistance à ces êtres blessés, et leur témoigner de l’empathie… ».

Elle se considérait elle-même comme un témoin lucide et écrivait : « Je voudrais permettre aux professionnels exerçant dans divers domaines de mieux comprendre leur propre vie et de devenir ainsi des témoins lucides pour leurs clients, leurs patients, leurs enfants et - ce n’est pas le moins important - pour eux-mêmes. »

Lui rendre hommage c’est poursuivre le chemin qu’elle a tracé : oeuvrer pour que les enfants soient traités avec respect et amour et réellement protégés afin de mettre un terme à la violence qui domine aujourd'hui le monde. Jean Pierre Thielland, psychopédagogue, Chalon-sur-Saône.



Un article envoyé au Nouvel Observateur et à Psychologies Magazine (1) :

Alice Miller nous a quittés

Alice Miller, chercheuse en psychologie de l’enfant, vient de décéder à l’âge de 87 ans. Docteur en philosophie et psychologie (université de Zürich 1953), elle a pratiqué la psychanalyse pendant 20 ans puis s’en est détournée pour désaccord avec les thèses fondatrices. (Masquer la suite...)

Il y a à peine deux mois, elle répondait encore sur son site aux nombreuses lettres que des lecteurs lui envoyaient, souvent pour la remercier de son travail inestimable et pour lui demander conseil. Ses treize livres (C’est pour ton bien, L’Enfant sous terreur, La Connaissance interdite, Notre corps ne ment jamais…) ont été traduits en trente langues. Pourtant, en France, elle est peu connue du grand public. A l’écart des courants à la mode, elle a courageusement maintenu le cap vers la recherche de la vérité sur l’enfance.

Alice Miller a levé le voile sur l’énorme gâchis que l’humanité perpétue depuis des millénaires en sacrifiant ses plus petits à des principes éducatifs aberrants. Avant que les découvertes en neurosciences ne viennent confirmer la pertinence de ses travaux, elle a compris quels dégâts psychiques et physiologiques peuvent provoquer des comportements inadéquats s’appuyant sur ces principes. Les humiliations, les réprimandes, les coups, même « légers », les négligences, le non-respect de l’enfant et de ses besoins fondamentaux (tendresse, protection, prise au sérieux de ses émotions…) ont des conséquences graves sur son développement cérébral.

La cécité émotionnelle, concept millérien très important, est due au refoulement précoce de nos peurs, de notre colère, de notre désespoir. Elle nous rend incapables, une fois adultes, de sentir ce que nos enfants éprouvent quand nous ne les traitons pas bien. L’idéalisation de nos parents nous empêche de voir que nous étions les victimes de leurs humeurs, de leurs attitudes méprisantes, de leur violence. Nous avons cru que nous méritions leur mépris et, les imitant, nous nous sommes méprisés nous-mêmes.

La violence n’est pas dans les gènes, l’enfant qui arrive au monde est totalement innocent. Son cerveau n’en est qu’au dixième de son développement. C’est donc un petit être extrêmement fragile que nous accueillons. Il nous revient à nous, adultes, de l’aider à grandir avec toute la chaleur humaine dont il a essentiellement besoin.

Espérons que notre siècle entendra le message d’espoir qu’Alice Miller nous a transmis et sera capable d’effectuer le changement indispensable dans notre regard sur le petit humain. Françoise Charrasse, thérapeute, membre de l’OVEO.


(1) Voir cet article d'octobre 2007 : Alice Miller aux côtés des enfants maltraités.



C’est avec beaucoup d’émotion et de regret que j’ai appris le décès d’Alice Miller. Sa plume si particulière parfois teintée d’ironie m’a permis d’ouvrir complètement les yeux sur ma propre enfance. Comme une deuxième naissance j’ai réappris à vivre et à ressentir des émotions jusqu’alors tuées par mon éducation. J’ai lu et relis inlassablement ses écrits imprégnés de vérité comme une nourriture essentielle à ma survie. Elle a certainement sauvé ma vie ainsi que celle de nombreuses personnes à travers le monde et restera dans les mémoires de ceux qui l’auront comprise. Repose en paix.

Sandrine (membre de l’OVEO)


Ce qu'Alice Miller m'a apporté...

J'ai découvert Alice Miller par son site. J'y ai lu des choses qui me paraissaient terribles tout d'abord, tout en me disant que j'avais grandi dans certaines de ces ambiances décrites, que j'avais ressenti ces malaises sans m'en préoccuper et que j'étais en train de comprendre des tas de choses sur moi et les autres, leurs souffrances, comme si tous les murs tombaient autour de moi, pour laisser place à la vie simplement. Que tous mes souvenirs étaient forcément inscrits en moi (sinon en qui d'autre ?) sans pouvoir les avoir directement à l'esprit, que la vérité était en moi et qu'il fallait me mettre en marche vers ma personne, mon histoire pour comprendre et apaiser mes souffrances ordinaires. J'avais aussi le sentiment de quelque chose de si important à travers ces découvertes que personne ne pourrait me comprendre. (Masquer la suite...)

Alors j'ai lu Abattre le mur du silence (dans lequel Alice Miller citait Pourquoi la souffrance ? de J.K Stettbacher que j'ai lu ensuite) puis Notre corps ne ment jamais, puis Ta vie sauvée enfin et là je suis en train de lire C'est pour ton bien, que je lis lentement car il me faut "digérer" et comprendre toute l'histoire. En rapport à ce dernier ouvrage, il y a quelques mois je suis allée voir Le Ruban blanc + soirée-débat avec une psycho-historienne allant dans le sens d'Alice Miller et faisant référence à Lloyd DeMause avec The Emotional Life of Nations et un psychologue freudien à qui j'ai demandé comment il pouvait voir en un nourrisson de quelques heures un être mauvais, habité de pulsions de mort ? Il m'a donc bien dit que c'était le cas comme Freud l'avait démontré... Nous venions de voir le film, le doute ne pouvait plus être pour moi, Freud c'était trompé, même si je le savais déjà...

J'ai conseillé la lecture d'Alice Miller et continue de le faire, je prête ses livres à qui veut les lire. Ce que je peux dire aujourd'hui c'est que tout est là, dans ces livres, sans détour, les choses redeviennent ce qu'elles auraient toujours dû être car j'ai compris les racines de la violence, qui installée en moi, y serait restée à jamais sans ce cheminement.

J'ai aussi beaucoup aimé le soin par la peinture, et avec mes enfants nous avons peint, peint et peint pendant toute une période... Cette liberté m'a apaisée, je pouvais en mettre partout, utiliser les couleurs que je voulais, transcrire des choses du plus profond de moi-même.

Je me dis juste qu'aujourd'hui, ces ouvrages apportent des clefs pour emprunter des chemins de vie différents, que c'est là sous nos yeux, mais que nous préférons souvent nous acharner sur nos routes bien tracées et ressentir un profond mal-être non identifié, qui nous gâche la vie.
J'aimerais croire à un déclic, et que son travail prenne toute sa dimension, pour construire l'humanité de demain.
Les enfants que nous avons été et ceux qui sont en train de grandir en ont terriblement besoin. Merci Alice Miller, de la paix à vous et à vos proches.

Magali (membre de l'OVEO)


Alice,

Il est parfois des sensations étranges.
J'étais attristé de te savoir souffrante, ton décès me dévoile ta présence au plus profond de moi.
Dès l'instant où j'ai ouvert ton premier livre j'ai compris l'être merveilleux que tu étais. Jamais personne n'avait décrit aussi précisément ce que j'avais tant de mal à exprimer depuis ma tendre enfance. Oui je peux dire que tu m'as sauvé.
Aujourd'hui tu me laisses orphelin mais ta lumière ne cessera de brûler dans mon coeur.

Olivier R. (membre de l'OVEO)


Toute personne qui le souhaite peut également laisser un témoignage privé sur le site dédié (rechercher le nom, pas de lien direct vers la page).

Parmi les témoignages sur la violence éducative ordinaire recueillis sur notre site, beaucoup citent Alice Miller, par exemple :
Alice Miller m'a sauvé la vie
Merci Alice Miller
Les larmes me viennent encore lorsque j'écris ces lignes...
De la violence éducative à la violence intérieure
La violence éducative dès le berceau...
Un témoignage vécu sur l'éducation façon Naouri
Il n'y a pas que la violence physique...
On n'en a pas fini avec le martinet en France !