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Pour faire connaître l'OVEO, un dépliant (version 2012) à imprimer et à distribuer.

Pour les associations : Appel pour l'interdiction des punitions corporelles.

Écrire votre définition de la violence éducative ordinaire.

Écrire votre témoignage sur la violence éducative ordinaire.

EN MEMOIRE D'ALICE MILLER

Alice Miller est décédée le 14 avril 2010, à l'âge de 87 ans. L’apport de son œuvre à ses lecteurs ainsi qu’à la cause des enfants et de l’humanité est incommensurable.

Lire l'article : En mémoire d'Alice Miller

C'est pour ton bien !, un livre majeur dont vous pouvez lire un extrait : Existe-t-il une "pédagogie blanche"?

Alice Miller - Abus et maltraitance de l'enfant : un site incontournable sur la violence éducative

LETTRE D'INFORMATION

Pour être régulièrement tenu au courant de nos activités, inscrivez-vous à notre lettre d'information. La lettre n° 14 a été envoyée le 31/01/14. Si, pour une raison quelconque, vous ne l'avez pas reçue, merci de nous le faire savoir à webmaster@oveo.org.

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Nous avons 108 invités et aucun membre en ligne

Si vous visitez notre site pour la première fois :
Voir Présentation de l'OVEO et Editorial.

Point de vue de l'OVEO sur l'actualité

Manifestations autour du 20ème anniversaire de la CIDE

Faute de moyens, de temps, de contacts suffisants, nous n'avons pas pu organiser d'événement en coopération avec d'autres associations autour du 20 novembre pour marquer le 20ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant et le 30ème anniversaire de la loi suédoise. Ci-dessous quelques-unes des manifestations que nous avons relevées. L'OVEO n'y sera pas représenté en tant que tel, sauf interventions de son président. Si vous assistez à l'un de ces événements, n'hésitez pas à nous envoyer vos impressions sur la la façon dont la question de la violence éducative ordinaire y a été abordée et traitée... ou pas !

Vous pouvez aussi nous aider à faire connaître l'OVEO à l'occasion de ces manifestations en y distribuant notre dépliant.

Romainville (93)

La troisième conférence dans le cadre de la campagne "Elever son enfant sans violence" aura lieu le 17 novembre à 19 h, avec Suzanne Robert-Ouvray, sur les conséquences neurophysiologiques et psychologiques des violences sur les enfants.

Montreuil (93)

Le 18 novembre après-midi, au Nouveau Théâtre de Montreuil, colloque "Connaître et comprendre les droits de l'enfant", organisé par le conseil général de Seine-Saint-Denis : "[...] temps offert aux professionnels, et plus largement à ceux que ce sujet mobilise, pour tirer le bilan de vingt ans d'application de la Convention en France et réfléchir à ce qu'il reste à accomplir. Les tables rondes proposées rassemblent des personnalités faisant autorité au niveau national et international, telles que Stéphane Hessel, ambassadeur de France ayant participé à la rédaction de la Déclaration des Droits de l'homme de 1948, Dominique Versini, actuelle Défenseure des enfants, Claire Brisset, première Défenseure des enfants, ou encore Nigel Cantwell, consultant international ayant coordonné la rédaction de la Convention internationale des droits de l'enfant."

Paris

Le 20 novembre, la Défenseure des enfants, Dominique Versini, devait remettre son "Livre d'or des jeunes" au président de la République à la Sorbonne. Aujourd'hui, le poste de Défenseur des enfants est menacé en tant que tel. L'OVEO ne soutient pas sans réserve l'action de la Défenseure actuelle, mais notons que Dominique Versini est la première à s'être prononcée pour la loi d'interdiction recommandée par le Conseil de l'Europe… il est vrai après avoir été convaincue en grande partie par nos arguments, car, dans un premier temps, elle avait suivi sur ce point l'avis négatif de son "comité des jeunes". Il n'en reste pas moins que la suppression de ce poste signifierait un recul évident dans la protection des enfants contre toute forme de violence, et c'est pourquoi l'OVEO relaie la pétition lancée sur le site de la Défenseure des enfants.

Rappelons qu'en septembre dernier Mme Versini a été élue pour un an présidente du réseau européen des 35 défenseurs des enfants, réunis à Paris les 23, 24 et 25 septembre 2009.

Strasbourg "capitale européenne des droits de l'enfant"

Strasbourg célèbre les vingt ans de la Convention relative aux Droits de l'Enfant, en partenariat avec le Conseil de l'Europe, dont le maire de Strasbourg a signé l'appel "Levez la main contre la fessée". Plus d'infos sur le programme (qui se poursuit jusqu'à fin décembre).

Lambersart (Nord)

Le jeudi 26 novembre à 19 h, dans le cadre des "Journées petite enfance 2009, conférence "Pour une parentalité sans violence", animée par Isabelle Filliozat, psychothérapeute, Catherine Guéguen, haptothérapeute, et Olivier Maurel.

Réédition du pamphlet de Korckzak

L'association française Janus Korczak a fait rééditer, avec le soutien de plusieurs associations, dont l'OVEO, le pamphlet de Janus Korczak Le Droit de l'enfant au respect. Des commandes en souscription sont possibles auprès de l'éditeur jusqu'au 19 novembre, avec des remises de 20 à 40 % selon le nombre d'exemplaires commandés (de 1 jusqu'à plus de 500). Plus d'infos sur le site de l'association Korczak.

Rectificatif

Olivier Maurel participera à l'émission "Géopolitique" de Marie-France Chatin sur RFI le 21 novembre.Voir Interventions du Président en 2009 pour plus d'information.

La séance de signatures d'Olivier Maurel prévue le 17 novembre à la librairie de L'Harmattan, et annoncée dans notre lettre d'info n° 4 il y a quelques jours, est reportée à une date ultérieure.

Note ultérieure à la brève : Vous pouvez maintenant lire un compte-rendu de la soirée à Romainville ainsi que le texte de la participation de Catherine Guéguen, lors de la conférence "Pour une parentalité sans violence" à Lambersart.

Un nouveau pas vers l'interdiction en France...

Par David Dutarte, membre de l'OVEO

Alors qu'on se rapproche du 20 novembre qui marquera le 20ème anniversaire de la Convention internationale des droits de l'enfant et que l'on fête aussi cette année les 30 ans de la première loi suédoise d'interdiction des châtiments corporels et autres traitements humiliants envers les enfants, Mme Edwige Antier, député UMP de Paris et pédiatre, vient de déposer une proposition de loi d'interdiction pour la France (comme il en existe déjà dans 20 pays européens).

Vous pouvez découvrir l'entretien qu'elle a donné au journal Le Parisien et aussi écouter une interview donnée sur la radio RTL où elle explique clairement les raisons de sa proposition, et pourquoi cette interdiction devrait être inscrite dans le code civil (et non dans le code pénal). Rappelons qu'actuellement, contrairement à ce que l'on croit souvent, aucune loi en France n'interdit réellement aux parents de frapper leurs enfants "avec modération"...

Nombreux sont les médias qui ont rapporté la nouvelle, et quelques journalistes se sont bien sûr empressés d'écrire leur chronique sur la fessée. On déplorera la chronique de Robert Solé, Le Monde, qui promet une « bonne déculottée » au PS lors des prochaines présidentielles, et celle intitulée "La Fessée" de l'humoriste Daniel Morin, sur France Inter, qui joue sur le côté macho-sexy craignant les "dérives" d'une telle loi si jamais on l'appliquait aux femmes adultes, qui bien sûr, elles, ne demandent que cela, recevoir des fessées… Que dire de la députée socialiste Aurélie Filippetti qui, s'amusant de l'actualité, propose de rétablir la fessée dans son propre parti ?

Autre chose qui revient souvent parmi les réactions que soulève cette proposition de loi : la crainte de toucher à la sphère du privé. C'est un des arguments avancés par Mme Dominique Marcilhacy, porte-parole de l'Union des Familles en Europe (association proche de l'extrême-droite), dans une interview aux côtés d'Olivier Maurel sur RMC ce lundi matin, pour dénoncer cette proposition de loi. C'est aussi un argument avancé par Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, pour qui « une loi qui rentre dans la sphère privée » n'est pas souhaitable. Est-ce à dire que cette proposition de loi est déjà enterrée ? Espérons que non !

Nous souhaitons rappeler à cette occasion que la demande d'interdiction des châtiments corporels n'est pas spécifique à la France, mais que c'est à l'ensemble des nations à travers le monde que s'adressent les recommandations du Conseil de l'Europe, du Comité des droits de l'enfant, ou encore celles de l'Initiative mondiale End All Corporal Punishment of Children. Dans l'une de ses dernières publications, d'ailleurs destinée aux politiques et intitulée « Interdire les châtiments corporels à l'encontre des enfants – Guide des réformes juridiques et autres mesures », on peut lire (p. 27) ceci, qui se passe d'autre commentaire :
    "La Convention n'a pas pour objet de prescrire en détail quel type de relation les parents devraient entretenir avec leurs enfants ou comment ils devraient les orienter. La Convention définit en revanche un corps de principe devant régir les relations des membres de la famille et des enseignants, des prestataires de soins et des autres personnes concernées avec les enfants. Les besoins des enfants en termes de développement doivent être respectés. Les enfants s'inspirent des actes et non des paroles des adultes pour apprendre. Quand les adultes avec lesquels un enfant entretient les relations les plus étroites font usage de violence et de châtiments humiliants dans leurs rapports avec cet enfant, ils affichent leur manque de respect pour les droits de l'homme et dispensent un enseignement aussi nocif que dangereux à l'enfant en lui donnant à penser qu'il s'agit de moyens légitimes à mettre en œuvre pour tenter de régler un conflit ou d'obtenir un changement de comportement."

Notes sur Le Ruban blanc de Michael Haneke

Notes sur Le Ruban blanc de Michael Haneke

Par Olivier Maurel

Je ne parlerai pas ici des aspects proprement cinématographiques de ce film. J'en dirai simplement que je l’ai trouvé superbe et très prenant.

Mais on comprendra pourquoi une critique de ce film a sa place sur ce site quand on aura lu les propos du réalisateur dans une interview donnée au Figaro :
    « Dans Le Ruban blanc, j'ai voulu avant tout raconter comment les êtres humains peuvent s'ouvrir aux idéologies, de par leur formation. Et cela parfois dès l'enfance. Selon moi, pour créer de telles conditions, il faut installer une situation de malaise, où ne subsiste aucun espoir, où l'on est souvent humilié et torturé mentalement. Tout cela finit par pousser les gens à se saisir de n'importe quelle idéologie. Le fascisme est, bien sûr, l'idéologie la plus connue au monde. Mais il existait des centaines de films sur ce thème. Moi, je me suis plutôt concentré sur la prédisposition d'un groupe envers une idéologie : voilà le thème du film. »
Pour réaliser son film, Haneke s’est intéressé aux méthodes de la “pédagogie noire” et à ce que nous appelons la “violence éducative ordinaire” :
    « C'est incroyable ce que j'ai pu trouver dans tous ces manuels d'éducation pour la jeunesse. Les conseils que j'y ai découverts pour élever correctement sa progéniture sont proprement sidérants. C'est dans l'un de ces livres que j'ai découvert l'anecdote sur le ruban blanc que l'on accroche au bras des enfants punis. Les méthodes d'éducation utilisées dans ces différentes sociétés, qui nous semblent aujourd'hui tellement cruelles, parfois même inimaginables, c'était la façon “normale” d'élever un enfant à l'époque. Cela m'a fait froid dans le dos. »
Le but de son film est donc de montrer les effets de cette pédagogie dans le microcosme que représente un village de l’Allemagne du Nord en 1913. Et ces effets sont des comportements criminels que manifestent les enfants. Comportements criminels dont certains évoquent ce que seront vingt ans plus tard les comportements des nazis.

En contrepoint, l’idylle d’un jeune couple qui semble avoir échappé à la pédagogie noire. Et la présence d’un enfant que cette pédagogie ne semble pas avoir encore altéré et dont l’innocence et la beauté d’âme éclatent dans deux des plus belles scènes du film.

Une réserve toutefois. Les effets de la pédagogie noire sont présentés ici comme des actes pervers commis en cachette par les enfants. Or, le pire effet de cette pédagogie a été d’amener ceux qui l’avaient subie à des comportements criminels en toute bonne conscience, souvent par simple soumission à une autorité suivie aveuglément. Et cela n’apparaît pas dans le film, sauf peut-être à travers le fait qu’il se termine au moment de la déclaration de la guerre de 1914-1918, où les millions de victimes de la violence éducative ordinaire sont parties la fleur au fusil et ont accepté pendant quatre ans de s’entretuer avec un incroyable acharnement, sous les ordres de “serial killers” galonnés.


Une adhérente de l'OVEO a eu la surprise de trouver dans le "Cinédoc (le petit guide cinéma pour la classe)" consacré au Ruban blanc (publié et téléchargeable sur le site du CNDP) , à la fin de ce document de 4 pages utilisé dans les lycées, tout un paragraphe sur la violence éducative et sur Alice Miller. Et l'ensemble du texte explique clairement comment la violence éducative pervertit les enfants et comment cela est montré dans le film.

Quelques nouvelles du monde...

Nous avons appris récemment, en lisant la dernière lettre (septembre 2009) de l'organisation End All Corporal Punishment, quelques avancées en matière de lutte contre la violence éducative ordinaire et en particulier contre les châtiments corporels.

C'est avec satisfaction que nous avons appris que les châtiments corporels ont été interdits par la loi dans les écoles publiques de l'Ontario (Canada) depuis mai de cette année, et de l'Ohio (États-Unis) depuis juillet. En août, c'est l'Inde qui les a interdits dans toutes les écoles.

Des discussions sont en cours au Belize pour interdire de manière similaire les punitions corporelles dans les écoles. Au Canada et aux Philippines, des projets de loi sont à l'étude en vue d'une interdiction totale, incluant le cadre familial.

Malheureusement, la possibilité de faire usage de châtiments corporels à l'école a été confirmée dans l'état d'Indiana (États-Unis), ce après une suspension de 7 mois. Dans la province semi-autonome d'Aceh, en Indonésie, une loi a récemment été introduite autorisant les punitions corporelles, notamment pour adultère ou offense à la loi islamique. Au Salvador, une nouvelle loi de protection de l'enfance interdisant les punitions corporelles a été mise en place, toutefois, cette interdiction reste partielle puisqu'un article conserve le "droit de correction modérée".

Des campagnes et appels en faveur d'une interdiction ont été lancés en Malaisie, au Népal, au Nigéria, en Zambie, dans l'état d'Arizona (États-Unis), en Écosse et une nouvelle fois en Suisse.

En France, pour marquer les 20 ans de la Convention des droits de l'enfant, le gouvernement fait fi des recommandations du Comité international des droits de l'enfant qui l'a auditionné en juin, et, plutôt que de supprimer le droit qu'ont toujours les parents de frapper leurs enfants, envisage à la place de supprimer simplement le poste de Défenseure des enfants


Ce qui fait tenir bon : une enfance heureuse

Par Olivier Maurel,

On savait déjà, par l'enquête de David et Pearl Oliner, que ce qui avait permis à la plupart des "Justes" de le devenir, c'étaient des parents affectueux et confiants dans leurs enfants, un climat d'altruisme et surtout une éducation non autoritaire et non répressive.

Eva Schloss, demi-sœur par alliance d'Anne Frank, déportée comme elle à Auschwitz le 11 mai 1944, le jour de ses quinze ans, consacre maintenant son temps à témoigner sur la déportation auprès des enfants des écoles. Elle a répondu, elle, à la question : "Comment avez-vous pu tenir ?" Et sa réponse a été : « J'ai tenu bon parce que je me suis accrochée à mon enfance, à tous ces moments de tendresse et de joie. C'est ça, les enfants ont besoin d'amour. C'est l'essentiel. Et il faut le dire. »

Les ressources d'humanité et de force des adultes, ou leurs capacités de violence, viennent toujours de l'enfance, qu'elle soit, pour le meilleur, respectée et aimée, ou, pour le pire, violentée et humiliée. « L'intime gouverne le monde. »


Source : Le Monde, édition du 9 octobre 2009, article paru à l'occasion de la sortie en France du livre d’Eva Schloss, L'Histoire d'Eva (éd. du Cherche-Midi).

Sur le même sujet, voir aussi "A propos de l'enfant roi"


Le cas Francis Evrard : la fabrique des monstres

Par Catherine Barret, membre de l’OVEO.

Vol au-dessus d’un nid de coucou…

Le 26 octobre 2009 s’est ouvert le procès d’un violeur d’enfants récidiviste, Francis Evrard, qui a demandé lui-même la castration physique parce qu’il se sentait incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et ne voyait pas d’autre solution. La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie (ex-ministre des Armées), envisageait sérieusement d’étudier cette demande (selon un entretien dans le Figaro magazine du 24 octobre, cité par Le Monde, elle « s'est saisie de l'occasion pour affirmer que la question de la castration physique "peut se poser et doit être débattue au Parlement" »), demande que la presse quasi unanime considère comme une provocation ou en tout cas un « coup médiatique » de la part de ce pervers récidiviste.

Interrogé à l’ouverture de son procès sur son histoire personnelle et sur son enfance, Francis Evrard a déclaré que, placé dans un foyer, il avait été violé à l’âge de dix ans par un voisin de 20 ans, et qu’il avait subi de nouveaux viols par la suite. Il n’a jamais pu avoir de relations sexuelles avec des femmes (malgré un essai peu concluant, qu’il n’a pas eu le courage de réitérer). Après avoir passé 32 ans de sa vie en prison et violé un enfant à l’issue de sa dernière peine (de 20 ans), il demande cette mutilation parce qu’il ne croit pas lui-même, selon ses propres déclarations, que les viols subis dans son enfance puissent être à l’origine de ses « pulsions sexuelles » incontrôlables.

La ministre de la Justice a finalement faire marche arrière devant les réactions, motivées par des considérations tant éthiques (aucun pays occidental n’envisage la mutilation comme une peine acceptable) que scientifiques (une telle mutilation ne serait probablement même pas « efficace » pour supprimer ce genre de « pulsion »…). Mais le fait que la Justice ait pu un instant considérer sérieusement la possibilité d’accéder à cette demande (comme alternative à la castration chimique – et, en d’autres temps, on aurait proposé comme solutions « radicales » la lobotomie ou la peine de mort !) nous interpelle sur l’ampleur et sur la gravité du déni des conséquences des abus et traumatismes subis dans l’enfance. Dans son livre C’est pour ton bien, Alice Miller a décrit le comportement de l’assassin d’enfants Jürgen Bartsch en montrant en quoi l’assassin reproduisait sur un autre enfant la violence subie et, en le tuant, pensait finalement abréger les souffrances d’un enfant qu’il percevait comme semblable à lui au même âge. Dans un article à propos du livre de Jonathan Pincus, Base Instincts: What Makes Killers Kill?, publié sur le site d’Alice Miller sous le titre « Frenzy - Enfance, haine et pulsion de meurtre », Thomas Gruner s’interroge ainsi sur la façon dont on considère les tueurs en série et les pervers sexuels dans nos sociétés :

« A propos du traitement des perversions graves et des pulsions agressives extrêmes, l'auteur s'intéresse surtout à la prescription médicamenteuse, qui peut sembler s'imposer dans la mesure où il faut d'abord protéger la communauté, y compris les codétenus, de ces meurtriers en série. Mais le livre laisse ouverte la question de savoir si les affections psychiques et mentales extrêmes peuvent être “guéries”, et jusqu'à quel point. En d'autres circonstances – la lecture des lettres de l'assassin d'enfants Jürgen Bartsch au journaliste Paul Moor –, je me suis longuement posé cette question : n'aurait-il pas été possible à Bartsch de se libérer de sa compulsion à répéter le scénario de ses meurtres par le seul fait d’être revenu au plus près de son histoire d'enfance et d’avoir pu exprimer publiquement l'horreur authentique que lui inspiraient ses propres crimes ? Je ne fais que poser une question à laquelle il n'y a pas de réponse. Je ne suis pas capable d'imaginer comment un Jürgen Bartsch conscient de sa culpabilité aurait pu poursuivre son existence.

« Qu'un être humain ait eu affaire à la destructivité me paraît en tout cas un facteur déterminant, car, bien sûr, cela ne s’exprime pas seulement dans le meurtre ou dans la violence envers ses propres enfants, mais souvent aussi dans des schémas de comportement autodestructeurs dont il faut probablement chercher l'origine au tout début de la vie, à un âge dont la mémoire ne garde habituellement aucun souvenir. Nous n'en sommes qu'au tout début de la réflexion sur les moyens de lutter contre les effets d'une imprégnation aussi précoce et aussi profonde. Cela passe sans doute par l'identification de l'adulte avec son histoire d'enfance, mais ensuite, ce qui a été acquis et inculqué de force dans l'enfance ne peut pas être purement et simplement désappris, oublié, annulé.

« Pincus montre cependant que, dans bien des cas, l'évolution vers le passage à l'acte violent pourra être empêchée à temps. Dans son livre, il décrit l'expérience d'un organisme de “santé sociale” de l'Etat d'Hawaï qui a suivi sur une longue période des “familles à problèmes” en leur offrant une assistance thérapeutique et sociale intensive, avec pour résultat un remarquable changement des types de comportement observés jusque-là chez la plupart des enfants. On aidait les parents à gérer leur propre tendance à l'agression, essentiellement en leur expliquant que les enfants avaient des besoins qu'il fallait satisfaire. Si un tel soutien a pu déclencher en un temps relativement bref, sans recours à des notions psychologiques complexes, une évolution positive, quels résultats n'obtiendrait-on pas dans une société où ce qu'on sait des effets dévastateurs de la maltraitance des enfants serait enfin reconnu, où l'on imaginerait et financerait les moyens nécessaires pour y remédier ! Mais il est évident que les systèmes politiques actuels ne s'intéressent pas du tout à cette question, et qu'ils préfèrent continuer à gaspiller les ressources existantes au profit de catégories relativement limitées. »

Comment mieux dire que si un criminel n’est pas capable (et comment le serait-il ? avec quelles connaissances, quel soutien ?) de comprendre l’origine de ses actes et de se guérir lui-même, on serait du moins en droit d’attendre un peu plus de lucidité de la part de la Justice et des experts chargés de se prononcer sur son cas.

Dès l’âge de 16 ans, selon les propres déclarations des psychiatres venus témoigner au quatrième jour du procès, Francis Evrard a commis des abus sexuels selon le même scénario qu’il a reproduit tout au long de sa vie, avec à chaque fois les mêmes sévices graves. Ces mêmes psychiatres l’ont décrit comme un « prédateur froid, sadique et incurable », qui ne connaît « pas de lutte interne avant le passage à l’acte », n’éprouve « pas de remords » (le grand mot est lâché !). Une seule déclare : « C’est une personne humaine, tout de même… On peut lui donner une chance ! » Les seuls arguments utilisés pour atténuer la responsabilité de l’accusé (sans même parler d’expliquer son comportement), ou au contraire l’aggraver, sont donc d’ordre moral : « donner une chance », ou, à l’inverse, attendre que le criminel, pourtant reconnu comme un malade pervers, manifeste « du remords ». De manière totalement sidérante, il n’est jamais envisagé que le traumatisme subi puisse expliquer (sans qu’il soit question de « l’excuser », bien sûr) non seulement le « passage à l’acte » et l’impossibilité de se « contrôler », mais la pulsion criminelle elle-même, mais la destruction ou la profonde répression, chez l’ancien enfant, de la capacité d’éprouver des émotions « normales », empathie ou remords ! A chacun de ces procès – et la liste est longue –, la page de l’enfance, à peine abordée, est aussitôt tournée.

Ces procès nous fascinent, sont fascinants, parce qu’ils sont emblématiques de l’aveuglement volontaire de toute la société aux souffrances de l’enfance, aucune ou presque n’étant considérée comme capable de briser une vie au point d’expliquer les pires crimes commis par la suite. Quand bien même le criminel ne serait pas fabriqué « de toutes pièces » par son histoire, quand bien même il y aurait des « tempéraments » prédisposés à réagir de cette manière (la vengeance, la répétition sur de plus faibles, plutôt que l’autodestruction, la dépression ou le suicide) à une agression, faut-il en conclure, comme semblent le faire les juges et les experts, que le criminel était dès sa naissance chargé de tous ses crimes en devenir ? Ne faut-il pas plutôt penser que lorsqu’un criminel ne manifeste ni émotion apparente, ni remords, lorsqu’il refuse de « demander pardon » et de s’humilier publiquement devant ces juges et ces psychiatres qui l’ont condamné d’avance, c’est précisément parce qu’il continue, lui, à se considérer comme victime, et que, tant que le crime commis contre lui ne sera pas reconnu, son besoin de vengeance restera plus fort que toute considération « morale » ?

Bien sûr, on peut, on doit s’indigner du « manque de moyens » de l’institution judiciaire, du fait que ces criminels, en prison ou après leur sortie, sont le plus souvent livrés à eux-mêmes, pratiquement sans surveillance ni « suivi ». Mais, au-delà des moyens matériels, ne s’agit-il pas avant tout d’une absence de moyens intellectuels et théoriques sur ce qu’il faudrait faire pour éviter la production et la répétition de tels actes ? Combien d’entre nous, souffrant depuis longtemps de sentiments de colère, de rage, d’impuissance ou de tristesse, sont allés consulter des « psy » de toute sorte, une heure, un an ou dix ans, sans qu’il soit jamais question (selon l’expression d’Alice Miller) de la « réalité des faits », de ce qui a pu réellement leur faire mal, expliquer leur mal-être de toute une vie, mais seulement de leurs « fantasmes », de leur incapacité à affronter les épreuves, donc finalement, à bien y regarder, de leur propre faute et de leur propre « insuffisance » congénitale ? S’il nous est si difficile à nous-mêmes de nous sentir absous des crimes imaginaires commis dans notre enfance, devons-nous nous étonner que le criminel dont on n’a jamais sérieusement reconnu, ni dans son enfance, ni par la suite, qu’il avait été un jour la victime, ait dû refouler une si grande souffrance ? Et qu’il ne puisse pas demander pardon de ce qui, inconsciemment, est pour lui une vengeance légitime, mais tout au plus demander à être « jugé humainement » (parce qu’il est « quand même » un être humain) ?

Dans son réquisitoire, l’avocat général, après une longue péroraison commençant par ces mots : « Francis Evrard, on ne peut plus rien pour vous ! » a cru bon de conclure : « Je viens pour réclamer votre condamnation, car, vous le savez, à la fin il faut toujours que la bête meure... Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'Ecclésiaste ! ». La fabrique des monstres continue.