C'est à l'échelle mondiale qu'il faut désormais inventer de nouveaux concepts mobilisateurs, pour parvenir à cet idéal : l'égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains.

Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue, féministe, femme politique, scientifique (1933 – 2017)

Comme des petits camps de concentration

Je suis […] très concernée par la violence éducative. J’ai découvert Alice Miller il y a 3 ans et cela a été une révélation: j’ai acheté tous ses livres. J’ai compris ce que l’on m’avait fait pendant mon enfance, les liens entre violences familiales et violences sociales. Ces dernières étant le reflet des évènements vécues au sein de la cellule familiale.

J’ai été en  thérapie pendant 25 ans, psychothérapie, psychogénéalogie, constellations familiales, étiothérapie, mémoire cellulaire, haptonomie, feldenkrais, réflexologie, médecine chinoise, kinésithérapie respiratoire. Ce qui m’a permis de bien comprendre je crois le fonctionnement de la violence familiale, le refoulement des violences durant l’enfance car elles sont insoutenables. La Vie a mis en place le refoulement  pour que le petit être puisse continuer à vivre. La difficulté après est de récupérer cette mémoire enfouie dans le corps et de retraverser les traumas afin de s’en libérer. C’est le chemin de la guérison. Ce chemin est un véritable calvaire. Je suis passée par toutes les émotions (colère, tristesse, peur) inscrites dans le corps comme autant de tensions, de poches émotionnelles,  afin d’empêcher de sentir la violence vécue. C’est ainsi que j’ai pu recontacter l’énergie de fond, l’énergie primordiale qu'est l’Amour. Nous sommes des êtres de liens et d’amour. La violence éducative et familiale nous conduit peu à peu à fermer notre cœur. Nous ouvrons nos bras dans un élan d’amour vers nos parents, nos éducateurs et ceux-ci nous torturent en réponse. Alors nous grandissons coupés de notre cœur, de notre corps, pour ne plus souffrir. Aucun être humain ne nait mauvais. Le mal est une question qui se rejoue à chaque génération comme le dit A. Miller. Cela devrait être écrit sur le fronton de chaque maison, chaque école. Le mal est de l’ordre de la responsabilité INDIVIDUELLE. C’est pour cela d’ailleurs que nous le mettons sur le dos de diables, d’entités, à l’extérieur de nous afin de ne pas nous en occuper. Personne ne parle de ce sujet tabou de la violence éducative et des abus sexuels sur les enfants, car cela remettrait la société en question dans son ensemble. Elle s’écroulerait sous les coups de projecteurs mettant en lumière la famille (pas toutes bien sûr), les pensions, les institutions en lien avec les enfants, comme de petits camps de concentration. Ce ne sont pas les témoignages qui manquent.  Raison pour laquelle nous voyons fleurir des camps de concentration un peu partout dans le monde depuis des centaines d’années. (Hitler n’a pas inventé le camp de concentration, la plantation sucrière outre atlantique fonctionnait de la même manière qu’un camps de concentration du temps des esclaves pendant la colonisation)

Dans ma longue quête de guérison j’ai rencontré un livre d’un médecin et sexologue […]. Cet ouvrage m’a permis de comprendre ce qui m’était arrivée, et de l’accepter sous un angle complémentaire de celui d'A. Miller. Il s’agit du livre de Patrick Dupuis, médecin et sexologue, La Théorie des impensables. Son hypothèse novatrice a été saluée et encouragée par Claude Lévi-Strauss et Edgar Morin. Ceci dit il n’a trouvé aucun éditeur. Le livre est disponible à compte d’auteur. Il est vrai que l’auteur pourfend la théorie psychanalytique du fantasme, de manière encore plus virulente que ne le fait A. Miller. Or la société de psychanalyse domine encore le paysage français avec la psychiatrie, son alliée.

L’ouvrage traite de ces « impensables » pour l’humanité que sont : l’inceste, la mort, l’espace et le temps. Il met en lumière les effets de la violence, notamment des abus sexuels, sur la matrice de décisions du cortex préfrontal (l’aire 10 de Brodman). Il en dégage une nouvelle approche du psychisme humain qui renouvelle de façon radicale notre façon d’envisager la perversion et la folie humaine. La violence et la folie sont pour lui 2 mots recouvrant une seule et même réalité. Les phénomènes de dissociation psychique ont une origine traumatique dans l’enfance : les abus sexuels. Son approche permet de mettre en lumière le fonctionnement même de notre monde où règnent et gouvernent les ordinateurs. Le fonctionnement binaire n’est que le reflet d’une matrice de décision qui a disjoncté et n’est plus capable de prendre des décisions en fonction du réel. Une matrice de décision qui ne fonctionne plus qu’en terme de oui-non. La société dans laquelle nous vivons est le reflet de ce qui se passe dans les cellules qui la composent c’est à dire les familles. L’extérieur est le reflet de l’intérieur. Nous ne faisons dans le monde que ce que nous avons appris en famille dans l’enfance. Les bourreaux ont été élevés par des êtres qui étaient eux-mêmes des bourreaux. Les bourreaux sont des êtres qui ont été violentés à haute dose, coupés de leur cœur, et dont le cerveau a disjoncté, comme un circuit électrique. Il n’existe aucun bourreau, aucun délinquant, aucune prostituée, etc. ayant été élevé dans un environnement aimant.

J’ai écrit un récit, Guérison, qui est mon histoire 1

Le thème en est : la maltraitance infantile et l’inceste, les mécanismes qui les sous-tendent, pour mieux comprendre nos blessures d’enfance et en guérir.

Mon intention est d'apporter un éclairage à ceux et celles qui ont des vécus similaires, faire du bien.

Catherine Baudry, poète, écrivain


 


  1. Synthèse de Guérison : L’ouvrage est le récit de Blondine, l’héroïne, depuis sa naissance jusqu’à l’âge adulte, L’histoire du point de vue de l’enfant avec son langage et ses sensations, la langue évoluant en fonction de l’âge. Dans un premier temps, l’enfant raconte sa vie, son vécu, son ressenti,  ses sensations; ce qu’elle perçoit de son environnement. Le lecteur suit Blondine au fil des âges de sa vie et peut voir, les liens entre les abus de l’enfance et les conséquences sur sa vie d’adulte. Les mécanismes de la prédation et de la perversion sont détaillés sur tous les plans : émotionnel, mental, matériel et sexuel. A l’adolescence Blondine rencontre l’Art et la Beauté qui lui permettront de continuer à vivre. Son champ d’investigation artistique s’étendra peu à peu à tous les arts dans une quête de Beauté et d’Harmonie. La découverte de l’écriture et des livres avait déjà été un soutien pour elle dès l’âge de six ans. L’aboutissement est la guérison, l’acceptation et le dépassement.[]

, ,