Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on nous a apprise.

Marie-France Hirigoyen.

En mémoire d’Alice Miller

Articles et témoignages

Une lettre envoyée par un membre de l'OVEO aux quotidiens Libération et Le Monde :

DISPARITION D’ALICE MILLER

Alice Miller nous a quittés le 14 avril 2010, à l’âge de 87 ans, elle laisse un grand vide et une œuvre immense et capitale. Après des études de philosophie à l'université de Bâle, elle obtient en 1953 son doctorat à Zurich. Elle exerce la profession de psychanalyste, puis l’abandonne pour se consacrer entièrement à ses recherches sur l'enfance. L’importance de ses découvertes lui a valu une reconnaissance internationale. Auteur de treize livres, traduits en trente langues, elle a reçu, en 1986, à New York, le prix Janusz Korczak.

Depuis la parution en France de son premier livre, Le Drame de l’enfant doué (PUF, 1983), elle nous a fait prendre conscience des souffrances de l’enfance confrontée à la « pédagogie noire » ; ce système d’éducation qui vise à briser la volonté de l’enfant, à le manipuler pour en faire un être docile, obéissant et empêcher toute révolte.
Alice Miller a mis en lumière les conséquences désastreuses de cette éducation violente exercée à l’égard des enfants sur la quasi-totalité de la planète. Très clairement, en s’appuyant sur des exemples concrets, elle a démontré dans chacun de ses livres combien le recours aux punitions, gifles ou fessées pouvait produire des enfants malheureux et perturbés, des adolescents destructeurs, et des adultes violents et maltraitants.

Son combat pour une éducation sans violence et respectueuse des besoins de l’enfant l’avait amenée à défendre la nécessité d’une loi pour interdire les coups et les fessées dans l’éducation.

Dans son dernier livre, Ta vie sauvée enfin (Flammarion, 2008), elle insistait tout particulièrement sur le rôle des « témoins lucides : des personnes conscientes des répercussions du manque de soins et de la maltraitance dans les premières années et qui pourront prêter assistance à ces êtres blessés, et leur témoigner de l’empathie… ».

Elle se considérait elle-même comme un témoin lucide et écrivait : « Je voudrais permettre aux professionnels exerçant dans divers domaines de mieux comprendre leur propre vie et de devenir ainsi des témoins lucides pour leurs clients, leurs patients, leurs enfants et - ce n’est pas le moins important - pour eux-mêmes. »

Lui rendre hommage c’est poursuivre le chemin qu’elle a tracé : oeuvrer pour que les enfants soient traités avec respect et amour et réellement protégés afin de mettre un terme à la violence qui domine aujourd'hui le monde.
Jean Pierre Thielland, psychopédagogue, Chalon-sur-Saône.


Un article envoyé au Nouvel Observateur et à Psychologies Magazine (1) :

Alice Miller nous a quittés

Alice Miller, chercheuse en psychologie de l’enfant, vient de décéder à l’âge de 87 ans. Docteur en philosophie et psychologie (université de Zürich 1953), elle a pratiqué la psychanalyse pendant 20 ans puis s’en est détournée pour désaccord avec les thèses fondatrices.
Il y a à peine deux mois, elle répondait encore sur son site aux nombreuses lettres que des lecteurs lui envoyaient, souvent pour la remercier de son travail inestimable et pour lui demander conseil. Ses treize livres (C’est pour ton bien, L’Enfant sous terreur, La Connaissance interdite, Notre corps ne ment jamais…) ont été traduits en trente langues. Pourtant, en France, elle est peu connue du grand public. A l’écart des courants à la mode, elle a courageusement maintenu le cap vers la recherche de la vérité sur l’enfance.

Alice Miller a levé le voile sur l’énorme gâchis que l’humanité perpétue depuis des millénaires en sacrifiant ses plus petits à des principes éducatifs aberrants. Avant que les découvertes en neurosciences ne viennent confirmer la pertinence de ses travaux, elle a compris quels dégâts psychiques et physiologiques peuvent provoquer des comportements inadéquats s’appuyant sur ces principes. Les humiliations, les réprimandes, les coups, même « légers », les négligences, le non-respect de l’enfant et de ses besoins fondamentaux (tendresse, protection, prise au sérieux de ses émotions…) ont des conséquences graves sur son développement cérébral.

La cécité émotionnelle, concept millérien très important, est due au refoulement précoce de nos peurs, de notre colère, de notre désespoir. Elle nous rend incapables, une fois adultes, de sentir ce que nos enfants éprouvent quand nous ne les traitons pas bien. L’idéalisation de nos parents nous empêche de voir que nous étions les victimes de leurs humeurs, de leurs attitudes méprisantes, de leur violence. Nous avons cru que nous méritions leur mépris et, les imitant, nous nous sommes méprisés nous-mêmes.

La violence n’est pas dans les gènes, l’enfant qui arrive au monde est totalement innocent. Son cerveau n’en est qu’au dixième de son développement. C’est donc un petit être extrêmement fragile que nous accueillons. Il nous revient à nous, adultes, de l’aider à grandir avec toute la chaleur humaine dont il a essentiellement besoin.

Espérons que notre siècle entendra le message d’espoir qu’Alice Miller nous a transmis et sera capable d’effectuer le changement indispensable dans notre regard sur le petit humain.
Françoise Charrasse, thérapeute, membre de l’OVEO.

(1)Voir cet article d'octobre 2007 : Alice Miller aux côtés des enfants maltraités.


C’est avec beaucoup d’émotion et de regret que j’ai appris le décès d’Alice Miller. Sa plume si particulière parfois teintée d’ironie m’a permis d’ouvrir complètement les yeux sur ma propre enfance. Comme une deuxième naissance j’ai réappris à vivre et à ressentir des émotions jusqu’alors tuées par mon éducation. J’ai lu et relis inlassablement ses écrits imprégnés de vérité comme une nourriture essentielle à ma survie. Elle a certainement sauvé ma vie ainsi que celle de nombreuses personnes à travers le monde et restera dans les mémoires de ceux qui l’auront comprise. Repose en paix.

Sandrine (membre de l’OVEO)


Ce qu'Alice Miller m'a apporté...

J'ai découvert Alice Miller par son site. J'y ai lu des choses qui me paraissaient terribles tout d'abord, tout en me disant que j'avais grandi dans certaines de ces ambiances décrites, que j'avais ressenti ces malaises sans m'en préoccuper et que j'étais en train de comprendre des tas de choses sur moi et les autres, leurs souffrances, comme si tous les murs tombaient autour de moi, pour laisser place à la vie simplement. Que tous mes souvenirs étaient forcément inscrits en moi (sinon en qui d'autre ?) sans pouvoir les avoir directement à l'esprit, que la vérité était en moi et qu'il fallait me mettre en marche vers ma personne, mon histoire pour comprendre et apaiser mes souffrances ordinaires. J'avais aussi le sentiment de quelque chose de si important à travers ces découvertes que personne ne pourrait me comprendre.

Alors j'ai lu Abattre le mur du silence (dans lequel Alice Miller citait Pourquoi la souffrance ? de J.K Stettbacher que j'ai lu ensuite) puis Notre corps ne ment jamais, puis Ta vie sauvée enfin et là je suis en train de lire C'est pour ton bien, que je lis lentement car il me faut "digérer" et comprendre toute l'histoire. En rapport à ce dernier ouvrage, il y a quelques mois je suis allée voir Le Ruban blanc + soirée-débat avec une psycho-historienne allant dans le sens d'Alice Miller et faisant référence à Lloyd DeMause avec The Emotional Life of Nations et un psychologue freudien à qui j'ai demandé comment il pouvait voir en un nourrisson de quelques heures un être mauvais, habité de pulsions de mort ? Il m'a donc bien dit que c'était le cas comme Freud l'avait démontré... Nous venions de voir le film, le doute ne pouvait plus être pour moi, Freud c'était trompé, même si je le savais déjà...

J'ai conseillé la lecture d'Alice Miller et continue de le faire, je prête ses livres à qui veut les lire.
Ce que je peux dire aujourd'hui c'est que tout est là, dans ces livres, sans détour, les choses redeviennent ce qu'elles auraient toujours dû être car j'ai compris les racines de la violence, qui installée en moi, y serait restée à jamais sans ce cheminement.

J'ai aussi beaucoup aimé le soin par la peinture, et avec mes enfants nous avons peint, peint et peint pendant toute une période... Cette liberté m'a apaisée, je pouvais en mettre partout, utiliser les couleurs que je voulais, transcrire des choses du plus profond de moi-même.

Je me dis juste qu'aujourd'hui, ces ouvrages apportent des clefs pour emprunter des chemins de vie différents, que c'est là sous nos yeux, mais que nous préférons souvent nous acharner sur nos routes bien tracées et ressentir un profond mal-être non identifié, qui nous gâche la vie.
J'aimerais croire à un déclic, et que son travail prenne toute sa dimension, pour construire l'humanité de demain.

Les enfants que nous avons été et ceux qui sont en train de grandir en ont terriblement besoin. Merci Alice Miller, de la paix à vous et à vos proches.

Magali (membre de l'OVEO)


Alice,

Il est parfois des sensations étranges.
J'étais attristé de te savoir souffrante, ton décès me dévoile ta présence au plus profond de moi.
Dès l'instant où j'ai ouvert ton premier livre j'ai compris l'être merveilleux que tu étais. Jamais personne n'avait décrit aussi précisément ce que j'avais tant de mal à exprimer depuis ma tendre enfance. Oui je peux dire que tu m'as sauvé.
Aujourd'hui tu me laisses orphelin mais ta lumière ne cessera de brûler dans mon coeur.

Olivier R. (membre de l'OVEO)


Toute personne qui le souhaite peut également laisser un témoignage privé sur le site dédié (rechercher le nom, pas de lien direct vers la page).

Parmi les témoignages sur la violence éducative ordinaire recueillis sur notre site, beaucoup citent Alice Miller, par exemple :
Alice Miller m'a sauvé la vie
Merci Alice Miller
Les larmes me viennent encore lorsque j'écris ces lignes...
De la violence éducative à la violence intérieure
La violence éducative dès le berceau...
Un témoignage vécu sur l'éducation façon Naouri
Il n'y a pas que la violence physique...
On n'en a pas fini avec le martinet en France !


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