Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

Frappée… jusqu’à 25 ans

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du livre La Fessée.

 
Avez-vous vous-même été frappé ? A partir de et jusqu'à quel âge ?
Oui, jusqu'à 18 ans, puis, une dernière fois vers 25 ans en présence
de ma fille de 2 ans

Par qui ? (père, mère, grands-parents, frère, oncle, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...).
Père, mère, frère aîné, parrain, un camarade de lycée.

Celui ou celle qui vous a frappé avait-il (ou elle) subi des châtiments corporels ?
Celui qui m'a le plus frappée, mais pas plus que la moyenne
nationale, je pense, mon père, dit que non. Ça doit être une amnésie
sélective. Ma mère et mon frère aîné, oui. Les autres, je ne sais pas.

Viviez-vous dans une société où les enfants sont couramment frappés ?
Oui, en France, + misogynie.
PS : J'ai demandé à un groupe de recherche en orthophonie une étude
sur le thème : "Violence éducative ordinaire et troubles du langage
et/ou du raisonnement logico-mathématique"... mais pas de réponse

Cette manière de vous faire obéir vous a-t-elle été profitable ?
Absolument pas. Mon frère aîné est violent, mon frère puiné est
dépressif avec une grave psychose, la benjamine est hyperangoissée
avec déficit de confiance en soi, tapait son compagnon "gentiment".
Pour éviter d'être tapée, j'étais un enfant très sage et très mûr,
mais je me suis protégée ("Je suis docile mais insoumise", me disais-je)

Avez-vous l'impression d'en subir encore les conséquences ?
Oui, j'ai construit ma personnalité très intériorisée et révoltée. Je
suis agressive avec mes parents et mon frère aîné. J'ai mis du temps
à avoir confiance en moi, j'ai été longtemps déprimée. Mes symptômes
(eczéma, fortes migraines) ont disparu quand j'ai quitté la maison
familiale. En raison de ce régime totalitaire, j'ai de très mauvaises
relations avec ma famille. Je me méfie beaucoup des adultes qui
entourent ma fille. Je ne suppporte pas l'autorité sur moi, sauf
respectueuse.

Avez-vous subi cette épreuve dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Je n'ai eu le soutien de personne. Des livres parlant d'éducation
pacifique (Rousseau, Montaigne) lus à l'adolescence m'ont aidée. De
même, le discours contradictoire de mes parents : "Il ne faut faire
de mal à personne, lutter contre les violences..." et leurs actes
l'infirmant m'ont donné un jugement très critique. A 17 ans, la
profonde affection d'une personne m'a beaucoup aidée

Voyez-vous un rapport entre votre éducation et votre opinion actuelle sur les châtiments corporels ?
Oui. Je n'ai pas honte de l'enfant que j'ai été et je ne l'ai pas
oublié. Chaque fois que j'ai été giflée, fessée, claquée, brutalisée
(pourtant, pas beaucoup, par rapport à la moyenne), je me suis promis
de me venger. Votre campagne d'informtion m'en offre la possibilité.
A cause de cela, j'ai très peu d'affection pour mes parents, et même
un peu de haine (malgré une éducation très correcte et chaleureuse
par ailleurs).

Avez-vous des objections aux idées développées dans ce livre ? Lesquelles ?
Parler aussi des châtiments non corporels et des remarques
humiliantes, surtout celles subies à l'école et perpétrées par les
adultes (enseignants, autres personnels).

Ce livre a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur les châtiments corporels ?
Renforcé, légitimé, rassuré, conforté, encouragé.

Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de châtiments corporels sur les enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quelles punitions ? infligées par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
Roumanie : enfants rom battus sans raison, au faciès par les passants
(coups de pied, frappes). Dans le train, enfant errant présent dans
mon compartiment et battu par le contrôleur parce qu'il n'a pas de
billet. Mes amis (politiciens de gauche à l'idéologie pacifique) ne
réagissent pas<<<; je suis la seule à m'interposer efficacement (été 1995).

Avez-vous pu observer un rapport entre la pratique des châtiments corporels ou leur absence et la violence ou l'absence de violence des moeurs locales ?
Difficilement observable. La violence éducative est encore un tabou

Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Femme, orthophoniste (parents médecin et infirmière !!!), 31 ans. Un
enfant de huit ans qui témoigne : copine battue à la cravache sur la
main par sa mère, enseignante qui lui cogne la tête contre le mur,
l'humilie en lui imposant des activités de bébé, humiliation verbale,
jeunes patients tapés par leur maître, fessées déculottées à l'école,
menaces de copier cent lignes, etc. Sommes-nous bien en France ?