Les enfants n'ont pas besoin d'être éduqués, mais d'être accompagnés avec empathie.

Jesper Juul.

Gifles, martinet et “tabassage”

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

 
1) Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

Oui, par des giffles, martinet et « tabassage ».

2) A partir de et jusqu'à quel âge ?
Cela est très flou pour moi, le premier souvenir que j'ai d'une giffle reçue, je devais avoir entre 5 et 7 ans c'était à table en présence d'invités.

3) Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Ma mère.

4) Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Ma mère a grandi dans un environnement très nocif, son père était alcoolique +++ , il rentrait tous les soirs, trés alcoolisé et dépensait tout son argent dans l'alcool. Je ne pense pas qu'elle a été violentée physiquement du moins elle ne m'en a jamais parlé. Elle me racontait avoir eu une enfance très malheureuse et elle vivait dans des conditions très précaires. Pas de cadeau pour les anniversaires, pas de noël, pas de vêtements, pas de jouets... Ma mère était une femme très réservée, qui ne laissait transparaître aucune émotion. Je pense et je continue à penser, du fait des frustrations qu'elle a subies, qu'elle aurait du entamer une bonne psychothérapie pour l'aider à évacuer ses angoisses et toute cette douleur, elle n'avait pas la vie qu'elle revait d'avoir, elle n'avait pas une vie de couple idéale, elle n'avait peut être pas l'enfant qu'elle voulait moulé à sa convenance. Elle me battait pour se DEFOULER de tout ces refoulements depuis des années et son mal être.

5) Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
On peut dire que j'ai ressenti des sentiments et des réactions très différentes suivant les années. Pendant mon enfance, quand elle me battait : je le méritais c'est ce qu'elle disait, je me souviens encore qu'elle me disait tu auras ma peau, tu me pousses à bout ! Après ces chatiments je ressentais de la tristesse, beaucoup de tristesse j'ai été souvent désolée de ne pas avoir eu d'hématome ou de bleu lorsqu'elle me frappait ... dés fois très violemment (J'ai une peau malheureusement très résistante). Je me souviens d'une fois alors que j'étais chez ma grand-mère avec elle, il faisait très beau : c'était l'été et j'ai eu envie de marcher pieds nus, j'ai donc enlevé mes baskets et me suis mise à marcher dans le chemin, ma mère était là elle me divisageait et elle a attendue que je rentre chez ma grand-mère pour me tabasser (la raison c'est qu'elle venait de laver mes baskets à la machine !) je me rappelle être sur cette marche, je me protégeais d'elle et elle me tapait partout, ma grand-mère l'a alors suppliée à ce moment là d'arrêter.... Quelques années plus tard, ma mère est tombée malade, elle avait un cancer très avancé. Elle est décédée un an après l'annonce du diagnostic (j'avais 17 ans), après cette période très punible pour moi (dépression, deuil infaisable, sentiment d'injustice) j'ai vénéré ma mère plus que tout, je disais que c'était de ma faute si elle était tombée malade que c'était à cause de moi. J'étais persuadée d'avoir été une enfant très dure et que les corrections que j'ai reçues était alors grandement méritées. Des années plus tard, je me suis mariée et j'ai eu un enfant (qui m'a sauvé de ce passage noir à vide qui est la dépression) c'est ainsi que pleins de souvenirs sont revenus à moi. Quand je regarde ma fille, je ne peux m'imaginer ce que cela pourrait donner si je la gifflais et là je me suis rendue compte que l'éducation que j'ai eue était loin d'être la meilleure.

6) Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Nullement. J'ai une soeur de 12 ans mon ainée qui est partie très tôt de la maison alors que j'avais 6 ans. A cette période là, à ses yeux j'étais une « sale gamine », indisciplinée et qui méritait les corrections d'après ce que ma mère pouvait lui dire. Mon père assistait quelquefois aux confrontations, il était indifférent. Quelquefois, il disait à ma mère qu'elle allait trop loin mais sans résultat.

7) Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
J'étais une enfant violente à l'école qui aimait taper sur ses camarades, j'aimais avoir des boucs émissaires dans ma classe pour pouvoir me défouller. Sinon, j'étais une petite fille et ado mal dans ma peau, qui n'avait pas confiance en soi et j'étais souvent seule, je parlais souvent toute seule et cela m'arrive encore. J'avais des idées qui n'était pas du tout en rapport avec mon âge... J'avais des problèmes de concentrations, je n'apprenais rien à l'école et ma mère à laisser tomber les devoirs très tôt soit disant que je ne voulais rien entendre ou peut être qu'elle ne savait pas s'y prendre,

8) Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Je n'ai toujours pas confiance en moi, et j'ai surtout peur de reproduire le même schéma avec mes enfants. Cela me hante beaucoup. Je suis très impulsive, je crie beaucoup et j'ai quelquefois de mauvaises pensées qui me traversent l'esprit : faire du mal pour se faire respecter ... Je ressens le besoin de parler mais je ne peux pas et je me vois pas entamer de nouveau une psychothérapie, j'ai peur que l'on dise de moi que j'ai toujours quelquechose qui ne va pas !

Avec ma petite fille, je me remets sans cesse en question j'ai peur d'être une mauvaise mère. J'attends mon deuxième enfant et j'ai peur de ne pas pouvoir faire face. Il faut avouer que la relation avec ma mère n'était pas que négative, je partageais énormement de chose avec elle, plus qu'avec mon père, et c'était elle que j'aimais le plus bizarement ... Elle savait à la fois être très affectueuse avec moi et très violente.

9) Si vos parents ont su éviter toute violence, pouvez-vous préciser comment ils s'y sont pris ?

Par laxisme, en me laissant livrée à moi même quelquefois, en me laissant toute une journée devant la télévision ...

10) Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
C'est très ambigu, pendant longtemps je persistais à penser et à dire que l'éducation que j'ai eue était la meilleure à envisager pour se faire respecter, j'étais persuadée d'être une enfant très dure et que j'avais amplement mérité tous ces coups et humiliations. J'avais cette opinion car je culpabilisais beaucoup sur la maladie de ma mère et qu'elle soit partie trop tôt car j'avais encore besoin d'elle. Ensuite, j'ai compris que cela a engendré des choses négatives sur moi et surtout à l'âge adulte, cela à des répercussions sur mon comportement envers ma famille et les gens que j'aime. Je suis vraiment décidée à ne surtout pas reproduire le même schéma.

11) Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Oui surtout dans ces années 80-90 ou la giffle était vraiment très banalisée...

12) Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
Je n'ai pas encore voyagé pour vous décrire ce genre de chose.

13) Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
Cette expression m'évoque avant tout une violence gratuite envers une personne plus faible. Ce sont des mesures perverses d'éducation pratiquées par des personnes très fragiles psychologiquement. Cela permet peut être pour les parents violents d'avoir une certaine jouissance de voir leur enfant soumis à leur autorité et de se faire écouter sous leurs coups. Cela engendre plus tard pour l'enfant qui a été violenté de lourdes séquelles psychologiques, irréversibles et surtout une question que l'on se posera tout au long de notre vie ....
POURQUOI ?
La différence entre maltraitance et violence éducative : je pense que la maltraitance et un terme beaucoup plus violent. On maltraite un enfant constamment et l'on a aucun sentiment de culpabilité et l'on aime faire mal. Peut être que ce sont des termes qui se rapproche mais je m'évertue à penser que je n'ai pas été maltraitée (cela me fait moins mal). C'est une question très dure à répondre ! Peut être qu'il n'y a pas de différence !

14) Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Aucune.

15) Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
Par un forum de psychologie.

16) Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Profondément renforcé !

17) Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Je suis une femme de 28 ans, j'ai bientôt deux enfants et je suis secrétaire médicale. Je viens d'un milieu social moyen (parents ouvriers) et j'ai une vie aisée maintenant.

Lucie