Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

J’ai essayé de trouver de la compassion chez mon psychiatre

Je me présente, je suis une femme de 38 ans, je vis avec mon ami de 52 ans, je souffre depuis 13 ans d'une forme de schizophrénie avec des épisodes dépressifs. J'ai lu la première partie de votre livre "La Fessée". Je l'ai trouvée remarquable, la deuxième ne m'a pas trop intéressée car je ne voyage pas. Je ne peux pas avoir d'enfant à cause d'un neuroleptique que je prends et qui est néfaste pour un fœtus, mais je suis tatie deux fois, bientôt trois.

Mon père m'a donné des fessées, pas trop souvent d'après ce que dit ma mère. Je me rappelle encore une fessée particulièrement forte où mon père a mis toute sa force. J'ai subi cette épreuve dans l'isolement. J'ai eu tellement mal et j'ai été tellement choquée que je pleurais encore quand nous sommes allés chez nos voisins qui nous avaient invités. J'ai essayé de trouver de la compassion chez mon psychiatre par rapport à cette fessée mais, pour lui, c'est normal de recevoir des fessées. Je ne me rappelle pas pour quelle raison ni à quel âge j'ai subi cette fessée.

J'ai été punie aussi par mes deux parents. Je me souviens avoir été isolée dans le garage. Ça m'a profondément humiliée. Mais je ne me rappelle pas non plus à quel âge et pour quelle raison.

Mon père, lui aussi, a reçu de violentes fessées, d'après ce qu'il dit, de mon grand-père. Le pire, c'est qu'il m'a dit que si c'était à refaire, il me redonnerait des fessées. Ça fait mal, mais il est trop imprégné par la violence qu'il a reçue.

J'ai une objection par rapport à une idée de votre livre, à savoir que les animaux ne sont pas violents entre eux. Je n'ai jamais côtoyé les singes, mais les chats se battent pour faire respecter leur territoire et sont violents entre eux.

Aujourd'hui, quand je vois mon frère ou ma belle-soeur qui donnent des claques à mes neveux, ça me fait mal. J'ai essayé de prêter votre livre à mon frère, mais je crois qu'il l'a à peine lu. Je leur avais distribué le manifeste contre la violence éducative, mais ma belle-soeur l'a mal pris. Elle a l'impression que je veux lui donner des leçons alors que je n'ai pas d'enfants.

En tout cas, depuis que j'ai lu votre livre, j'ai pris la décision de ne plus frapper un enfant et j'y ai réussi, mais c'est dur. Cet été, j'ai gardé mes neveux et j'étais au bord de craquer ; je les ai punis en faisant un temps mort le nombre de minutes correspondant à leur âge. Ils ne devaient plus bouger de leur chaise ni parler pendant 6 minutes et 8 minutes, pour le petit, 6 ans, et le grand, 8 ans et demi. Ça les a calmés et m'a fait du bien. J'étais contente de ne pas les frapper ni les humilier, mais cette technique du temps mort commence à être dépassée vu qu'ils grandissent. Comment faire pour ne pas les humilier tout en étant ferme, maintenant qu'ils ont 7 ans et 9 ans, quand on est à bout ?

Actuellement, je cherche les causes de ma maladie et je suis presque sûre que la violence éducative que j'ai reçue n'y est pas pour rien. Mon père m'a endommagé le cerveau en me frappant. Qu'en pensez-vous ?

M.-C. L


Note d’Olivier Maurel : En ce qui concerne l’origine de la schizophrénie, voici tout ce que j’ai pu trouver en rapport avec la violence éducative : “On sait aujourd’hui, d’après le neurobiologiste américain Joseph LeDoux, que, dans certains cas, la schizophrénie peut être induite par des facteurs environnementaux, comme des blessures à la tête, chez des personnes avec peu ou pas de prédisposition génétique à la maladie. Or, les blessures à la tête ne sont évidemment pas rares chez les enfants frappés à coups de bâton.” Joseph LeDoux est un grand neurobiologiste américain. Ce renseignement, que j'ai mis dans mon dernier livre Oui, la nature humaine est bonne !, est tiré de Neurobiologie de la personnalité (Odile Jacob, 2003, p. 367). Mais en France, on a beaucoup tendance à minimiser les effets de la violence éducative sur les maladies psychiques. Et on ignore encore beaucoup de choses sur les effets que peuvent avoir des violences répétées subies pendant la période où le cerveau des enfants se forme.

Réponse de Françoise Charrasse (psychothérapeute membre de l’OVEO) transmise à M.-C. : Vous avez raison de relier votre mal-être à votre vécu douloureux. Votre lucidité montre que vous pouvez trouver des solutions pour sortir de cette situation critique dans laquelle vous vous trouvez. Si votre cerveau a souffert des mauvais traitements dont vous avez été victime, ce n'est pas irréversible, vous pouvez améliorer considérablement votre état en faisant une thérapie appropriée ; ce n'est pas le cas avec votre psychiatre qui n'a aucune compassion pour l'enfant que vous avez été et qui continue à souffrir au fond de vous. Alice Miller, qui a écrit de nombreux ouvrages sur les répercussions de notre vécu traumatique d'enfant, a un site sur Internet, sur lequel elle donne des conseils pour le choix d'un thérapeute.