Il ne peut y avoir plus vive révélation de l'âme d'une société que la manière dont elle traite ses enfants.

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté.

La domination adulte, terreau de la VEO ?

Par Gaëlle, membre de l'OVEO

Christine Delphy, directrice de recherche émérite au CNRS et directrice de la revue Nouvelles Questions féministes1, a signé la préface du livre d'Yves Bonnardel La Domination adulte : l'oppression des mineurs, paru en septembre 2015 aux éditions Myriadis. Son analyse de la situation des enfants dans notre société, mise en parallèle avec celle des femmes, est très éclairante.

En effet, comme pour l'oppression des femmes, Christine Delphy réalise une analyse matérialiste (ou structurelle) de l'oppression des enfants, en prenant comme point de départ le régime patriarcal et la sphère de son application : la famille, dirigée par le chef de famille. Car il en découle que les enfants ont un statut de mineur, ce qui les prive du droit de disposer d'eux-mêmes, comme les femmes qui, par exemple, ne pouvaient pas exercer un travail salarié sans l'autorisation de leur mari jusqu'en 1965. Les enfant sont ainsi la “propriété” de leurs parents, qui ont un droit de correction sur leur enfant et pas sur celui du voisin2, ou qui décident qui va les garder en cas de divorce.

Christine Delphy rappelle aussi dans cette préface que les agressions sexuelles sur les enfants sont en majorité le fait des parents (pères et oncles), et que c'est parce que cela se produit au sein de la famille que ce n'est pas reconnu et dénoncé. C'est aussi parce que la famille a dans nos sociétés ce statut d'espace privé, par opposition à l'espace public, que les propositions de loi pour l'interdiction des châtiments corporels sont tellement raillées.


  1. Egalement membre du comité de parrainage de l'OVEO. []
  2. Voir la tribune de Marie-Rose Moro sur le site de Libération le 19 mai 2015, Abolir la fessée, c’est une étape vers plus de démocratie, signalée dans notre revue de presse. []