C'est à l'échelle mondiale qu'il faut désormais inventer de nouveaux concepts mobilisateurs, pour parvenir à cet idéal : l'égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains.

Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue, féministe, femme politique, scientifique (1933 – 2017)

Laissons les enfants tranquilles !

Par J.G, animatrice et membre de l’OVEO


Les dessins qui illustrent ce témoignage datent de mai-juin 2021 et ont été réalisés par des enfants de 8-10 ans de l'entourage de J. (atelier théâtre, amis, voisins…). Elle leur a proposé de dessiner "comment ils/elles se sentent avec le masque" et d'éventuellement écrire.


En 2019, l’État reconnaissait l'existence de la violence éducative, une loi était même votée ! 

Janvier 2022. Les enfants subissent une violence inouïe : ils doivent porter le masque toute la journée, même quand cela leur provoque des maux de tête, des saignements de nez, des difficultés respiratoires, même quand ils n'en peuvent plus et qu'ils essaient de dire stop ; ils subissent régulièrement des test invasifs et parfois extrêmement douloureux, avec au ventre la peur d'être “positif”, ils sont privés des sourires, des visages des personnes qu'ils côtoient, on les fuit comme la peste et on évite de les toucher parce qu'ils sont possiblement "contaminés". Et maintenant, ils reçoivent aussi des injonctions censées les protéger d'une maladie presque toujours bégnine pour eux, en les exposant à des effets secondaires potentiellement très graves à court terme et inconnus à long terme1. Cette violence sanitaire n'est certes pas “éducative” (quoique…) mais elle est devenue, en deux ans seulement, complètement ordinaire. 

Selon les enfants, les sensibilités de chacun, ces mesures ont un degré de violence différent. Certains dirons avec le sourire qu'au moins en hiver on n'a pas froid au nez, ou que c'est plus facile de se cacher quand on n'a pas envie de parler. Les enfants sont forts pour rassurer leur parent, dire qu'ils s'habituent, mais aucun enfant autour de moi ne m'a dit que le port du masque ne le gênait pas et beaucoup m'ont dit que leur ressenti était minimisé, voire nié. 

Lorsque j'évoque le sujet avec les enfants de mon entourage et ceux des ateliers que j'anime, j'apprends que certains enseignants font appliquer les consignes sanitaires en utilisant menaces et punitions. Si on enlève son masque, on perd un point. On peut l'enlever pour respirer 3 fois par jour, ce sont des jokers, si on dépasse, on est menacé d'être puni / on est puni. D'autres ne se sentent pas très à l'aise avec tout cela, mais appliquent les consignes de peur de représailles, qu'elles viennent de leurs supérieurs ou des parents d'élèves, tout en essayant de rester humains. Enfin, heureusement, quelques-uns résistent et proposent aux enfants de mettre les masques sur leur table plutôt que sur leur nez et adaptent le protocole en utilisant leur seul bon sens. 

Je n'ai jamais entendu autant d'enfants qui, à  9 ou 10 ans, me font part de leur envie de mourir, d'en finir avec tout ça. Ils ne témoignent pas, pour la plupart, de la peur du virus, mais bien de cette absence de bon sens, de liberté, de visages souriants. Néanmoins, je vois la différence, nette, en fonction des écoles et des enseignants. Ceux qui posent leur masque sur la table vont mieux, et pourtant, dans leur école, il n'y a pas eu plus de contaminations qu'ailleurs. 

“Si je voyais des gens mourir autour de moi, si vraiment ça risquait de tuer mes copains, je voudrais bien porter le masque, mais là ça ne sert à rien leur truc, y a presque personne de malade à l'école ou alors c'est juste comme des rhumes.” Le bon sens d'un enfant de 8 ans… Porter un masque s'il est malade, ou pour aller rendre visite à quelqu'un de malade, il est d'accord, mais toute la journée en classe, alors que ça l'empêche de respirer, de bien écouter, de voir les visages, c'est de la torture inutile ! D'autant plus lorsqu’on n’a même pas le droit, contrairement aux adultes, de le baisser quelques minutes quand on sent qu'on ne tient plus… Aucun adulte n'a à supporter ce que les enfants supportent actuellement dans de nombreuses écoles : le port du masque en continu pendant parfois plus de dix heures par jour, en étant sans cesse surveillés pour voir s’ils ne l'enlèvent pas. 

Comment peut-on laisser faire cela ? Comment peut-on continuer à envoyer chaque matin à l'école des enfants en sachant qu'ils ont du mal à respirer ? Comment peut-on forcer un enfant à mettre un masque, à garder des distances, à ne plus voir une partie de sa famille parfois, alors que c'est non seulement inutile, mais aussi nocif ? 

Les témoignages de pédiatres, psychologues, éducateurs spécialisés dénonçant ces mesures aussi iniques que cyniques ne manquent pas. Alors, pourquoi si peu de parents, de professionnels osent-ils refuser de maltraiter les enfants de la sorte ? Pourquoi si peu de personnes réagissent-elles alors que tant d'enfants n'ont aujourd'hui plus le droit d'entrer dans une médiathèque, un théâtre, un cinéma, une piscine ? 

Pourquoi, alors que bon nombre de parents et de professionnels n'approuvent pas ces mesures, ne parviennent-ils pas à sortir leur enfant de l'école / refuser les tests inutiles / imposer leur choix ? Pourquoi désobéir est-il si difficile ? Comment se fait-il que l'on considère si vite que l'on n’a “pas le choix”, alors qu'en réalité, à l'heure actuelle, il y a encore des choix possibles, que l'on peut encore choisir de protéger les enfants sans prendre trop de risques ? Pourquoi, pour s'accrocher fort à une vie “normale”, piétine-ton allégrement les droits et les besoins physiologiques essentiels des enfants ? Pourquoi ce qui aurait été perçu comme extrêmement violent il y a deux ans est-il devenu tout à fait acceptable aujourd'hui ? 

Si cela a quelque chose à voir avec la violence éducative ordinaire que nous avons tous plus ou moins subie et avec nos peurs profondes, alors il est peut-être temps de réagir, de travailler sur notre histoire et de refuser de laisser les enfants subir ces violences quotidiennes. C'est aux adultes de protéger les enfants, pas le contraire. Et puis, cette violence subie par les enfants, comment va-t-elle ressurgir dans quelques années, lorsque ces enfants auront grandi ?

  1. Lire par exemple à ce sujet : www.aimsib.org/2021/05/23/sacrifier-des-enfants-pour-rien-ca-se-payera-un-jour/ []