Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on nous a apprise.

Marie-France Hirigoyen.

Le respect ne s’apprend pas par les coups

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site,


Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?
Oui, des fessées, des claques, douche froide, coup de baguette en bambou. J’ai également subi de nombreuses menaces dont la menace favorite de mes parents qui me terrorisait « me donner la fessée déculottée devant tout le monde » heureusement il n’y a jamais eu de passage à l’acte, des dénigrements, des cris, des humiliations verbales devant témoin ou pas etc.

A partir de et jusqu'à quel âge ?
Je ne sais pas exactement quand ont commencé les violences, je suppose que j’ai toujours été frappée lorsque mon comportement méritait une correction selon les critères de mes parents. Mon plus vieux souvenir de correction date de quand j’avais 4 ans. La dernière claque que j’ai pris remonte à mes 16 ans. Pour les violences morales j’en subis encore mais elles ont diminué vers mes 16-17 ans.

Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Mes parents uniquement. Mon père pour les grosses corrections et ma mère pour le reste.

Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Oui je pense que mes parents ont tous les deux été frappés (fessées, claques) et ont subi des violences morales, surtout mon père. Je pense que les corrections qu’il a reçu l’ont beaucoup affecté même s’il ne veut pas l’avouer. Selon lui, ses parents auraient dû lui donner plus de corrections car « s’il en avait reçu plus il ne serait pas devenu comme ça ». Ce raisonnement peut expliquer en partie pourquoi il s’est senti dans « le devoir » de m’infliger des corrections exemplaires par moment.

Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Oui, avant la fessée je me sentais terrorisée, j’avais le sentiment que je ne pouvais pas y échapper et que j’allais devoir subir la souffrance. J’essayais toujours de m’enfuir mais en vain. J’ai toujours trouvé les corrections injustes et elles étaient toujours données sous la colère. Après la fessée je me sentais profondément humiliée, en colère et abandonnée. J’avais le sentiment d’être seule au monde et que personne ne m’aimait.

Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Oui j’étais isolée ma mère a toujours approuvé le comportement de mon père.

Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
J’avais peur de mon père, et je haïssais ma mère (même si le terme de haïr est un peu fort pour décrire mon sentiment). Je pense que cela a fortement contribué à abimer mon lien d’attachement avec mes parents.

Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ?
J’ai une faible estime de moi, des problèmes d’attachements, j’ai toujours peur d’être « grondée » etc.

En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?Je n’ai pas encore d’enfants mais lorsque j’en aurai je ne lèverai pas la main sur eux. Je côtoie des enfants et je pense être ouverte à l’écoute et bienveillante à leur égard.

Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Je pense qu’elle a été profondément entachée par la violence, j’ai du mal à me construire à cause de cela.

Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Oui, étant enfant j’ai déjà vu mes amis se prendre des fessées, ou lorsque j’étais ado j’ai déjà vu des enfants que je gardais s’en prendre une ou encore des adultes prônant l’usage de la fessée. C’est très courant même si j’observe une évolution des mentalités (et heureusement).

Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Je me sens un peu moins seule, je vois que certaines personnes ont pu vivre des événements similaires à moi et parfois bien pire.

Femme, 21 ans, milieu classe moyenne.