Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

Ma vie

Ma mère a tout fait pour que je perde totalement confiance en ce que je pensais et faisais. Elle me dira que je suis bête et méchante et derrière mon dos insinuera bien pire encore. Je devine tout. Si malgré ce traitement, me prenait encore l'envie de me rebeller, elle demandait alors à mon père de me donner une correction. J'ai eu le droit petite, à des fessées déculottées. Il me tapait de ses mains ou à l'aide d'un martinet, si fort, que je me retrouvais avec d'énormes bourrelets rouges et douloureux. A l'adolescence, il me donnera encore deux ou trois tannées mémorables. Cela m'a fait mal même si là, j'étais vêtue ! Il n'aura de cesse de me rabaisser et de me critiquer. Je n'étais qu'une moins que rien à côté de lui, si intelligent ! Je l'écoutais me donner des leçons car il me faisait peur. Ma demi-sœur a tout fait également pour me faire passer pour une débile. Tous les trois sont d'accord sur mon compte. Cela les réunit. Je suis leur bouc émissaire.

Je me suis retrouvée par la suite dans des situations comparables à celle que j'ai vécue au sein de ma famille. J'ai été isolée, rejetée, dénigrée, critiquée. Exactement de la même façon. J'ai continué à être victime de harcèlement moral, que cela soit à mon travail ou dans mon immeuble (dans lequel je suis encore malheureusement) et mes « amours » ont toujours eu la même saveur amère : pas d'affection, mais des coups peuvent pleuvoir. La menace en tout cas est toujours bien présente. Je redouble de gentillesse. Je redouble de conseils et d'analyses pertinentes. (Aider mes copains à mieux gérer leur vie, à ce moment là, n'était qu'une forme d'autoritarisme caché, je ne le savais pas). Je redouble d'amour en aimant de trop (en manque affectif, je suis dépendante). A mon travail aussi, je fais preuve de mon intelligence pour traiter les tâches qui me sont confiées, mais rien n'y fait ! Le résultat escompté n'est bien sûr pas au RDV !

J'ai eu besoin inconsciemment de me retrouver avec des gens qui me traitaient de la même façon, afin de réussir à gagner l'amour de ma mère et de mon père finalement ! J'ai continué à me comporter comme une petite fille. Un enfant croit ses parents. Il les aime et a besoin de leur amour aussi. Voilà pourquoi. Et c'est bien souvent le drame ! Je n'ai fait que répéter le schéma de base que j'ai appris et sur lequel je me suis construite.

Imaginez un peu la souffrance endurée pendant plusieurs décennies ! J'aurais pu mourir. Ça va que je suis résistante ! J'ai eu aussi la chance de rencontrer, dans un premier temps, une psychanalyste, qui, comme par magie, a fait en sorte que je ne sois plus mal dans ma peau (merci !) alors que cela n'était plus supportable. Elle m'a demandé d'arrêter de chercher à comprendre. Je l'ai fait à reculons parce que cela marchait (et pour cause, je cessais de me prendre pour une idiote), mais le besoin de devenir « intelligente et gentille » ne m'a pas lâchée pour autant ! Un psychothérapeute plus tard, me confortera dans ce que je pense de ma situation professionnelle en me disant que je suis très intelligente (merci!). C'est lui qui pour la première fois établira le parallèle entre ce que je vis à mon travail et l'attitude de ma mère en particulier. Je comprends très bien ce qui se passe autour de moi, mais ayant perdu totalement confiance en moi depuis longtemps, je n'arrive pas à m'en convaincre. Je répète toujours les mêmes choses dans mes cahiers. Je vois bien que l'on cherche à se débarrasser de moi, mais dans le fond, je crois que ces gens là tiennent à moi et m'aiment ! Je crois être fautive.

Trente ans d'écriture et de lecture (je plébiscite Alice MILLER) me permettront de comprendre et de ressentir ce que veulent me dire les répétitions. J'ai pris conscience du scénario. Bien que j'ai cherché toute ma vie jusqu'à maintenant à essayer de prouver que j'étais une personne « intelligente et gentille », je ne m'étais pas rendue compte de m'être laissée enfermer dans la définition contraire. C'est comme cela malheureusement.

Aujourd'hui, je suis une adulte et je me sens bien ! Je ne suis plus dépendante d'eux. Je ne suis plus d'accord pour me laisser maltraiter. Je ne confonds plus les gentils et les méchants. J'ai arrêter d'aimer ces derniers. Je n'attends plus rien d'eux. Le challenge impossible que je m'étais fixé, je l'abandonne purement et simplement ! L'annonce est officielle ! Je me reconstruis. Je commence enfin à laisser libre cours à ma créativité. J'ai retrouvé confiance en moi et je m'aime ! (Une photo de moi petite fille me fait fondre. Je suis si mignonne, j'ai le regard si vif!). Je prends en compte ce que je pense, ce que je ressens, sans culpabiliser, sans ressasser. C'est si simple ! Heureusement, il me reste encore, avec un peu de chance, quelques décennies à vivre !

J'espère que mon témoignage pourra servir à quelque chose.

Il m'aura fallu beaucoup de temps en ce qui me concerne pour arriver à bien cerner la vérité. J'ai travaillé dur pour cela. Pour échapper à la volonté de vouloir dominer les autres (par compensation, à cause de son insécurité intérieure) et de s'en prendre à des personnes innocentes comme boucs émissaires, il n'y a pourtant pas d'autre alternative. Elle est nécessaire. Selon moi, cette recherche de domination, si fréquente, est un des problèmes majeurs de notre société.

France.