Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

En mémoire de Jesper Juul (1948-2019)

Jesper Juul en 2010. (image Wikipédia)

Jesper Juul en 2010. (image Wikipédia)

Nous avons appris le décès, le 25 juillet 2019, du thérapeute familial danois Jesper Juul, fondateur du Familylab, "laboratoire des familles", auteur de plusieurs ouvrages traduits en français, défenseur de l'important concept d'équidignité (égale dignité des adultes et des enfants) et des valeurs d'authenticité de la relation, d'intégrité et de responsabilité personnelle (les parents ne sont pas propriétaires de leurs enfants, ils en sont responsables). Nous nous associons à la tristesse des membres du Familylab France, en particulier David Dutarte, qui a été membre de l'OVEO et son président de 2010 à 2011 avant de prendre la responsabilité du Familylab France. Merci à Jesper Juul de tout ce qu'il nous a apporté.

(suite…)

Loi d’interdiction des “violences éducatives ordinaires”. Quelques précisions juridiques

La loi relative à l'interdiction des "violences éducatives ordinaires" a été promulguée le 10 juillet 20191. La France est ainsi devenue le 56ème pays abolitionniste selon l’association Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children.

Au regard des commentaires et réactions que suscite la loi, il nous est apparu nécessaire d’apporter quelques précisions juridiques sur sa portée.

Que prévoit la loi ?

Cette loi est composée de trois articles :

  • Le premier vise à apporter un complément à la définition de l’autorité parentale figurant au Code civil : « Après le deuxième alinéa de l'article 371-1 du code civil, il est inséré un alinéa ainsi rédigé : “L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques.” » Ainsi, parmi les devoirs inhérents à l’exercice de l’autorité parentale est rappelée l’obligation de ne pas infliger de violences à ses enfants.
  • L’article 2 complète une disposition du Code de l’action sociale et des familles précisant les éléments intégrés à la formation des assistantes maternelles : « Au deuxième alinéa de l'article L. 421-14 du code de l'action sociale et des familles, après le mot : “secourisme”, sont insérés les mots : “, à la prévention des violences éducatives ordinaires”. » L’alinéa complet est ainsi rédigé : « Une initiation aux gestes de secourisme, à la prévention des violences éducatives ordinaires ainsi qu'aux spécificités de l'organisation de l'accueil collectif des mineurs est obligatoire pour exercer la profession d'assistant maternel. »
  • Le dernier article prévoit la remise d’un rapport du Gouvernement sur le sujet : « Le Gouvernement remet au Parlement, avant le 1er septembre 2019, un rapport présentant un état des lieux des violences éducatives en France et évaluant les besoins et moyens nécessaires au renforcement de la politique de sensibilisation, d'accompagnement et de soutien à la parentalité à destination des parents ainsi que de formation des professionnels concernés. La présente loi sera exécutée comme loi de l'Etat. »

Qu’est-ce que cette loi vise à interdire ?

L’article 1er de la loi vise les “violences physiques et psychologiques”, sans apporter d’autre élément. L’intitulé de la loi et le contenu de l’article 2 évoquent les “violences éducatives ordinaires"2.

L’exposé des motifs et le contenu des débats parlementaires permettent d’apporter un éclairage sur les contours donnés par le législateur à cette notion.

L’exposé des motifs de la proposition de loi déposée par la députée Maud Petit définit ainsi les violences éducatives ordinaires3 : « La VEO est l’ensemble des pratiques coercitives et punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société, pour “éduquer” les enfants. Elle est faite de violence verbale : moqueries, propos humiliants, cris, injures... ; de violence psychologique : menaces, mensonges, chantage, culpabilisation... ; et/ou de violence physique : gifles, pincements, fessées, secousses, projections, tirage de cheveux, tapes sur les oreilles...

Ainsi, la VEO vise à faire obéir l’enfant, stopper un comportement, lui faire apprendre quelque chose, s’épargner le regard de l’entourage, soulager l’emportement ou la peur de l’adulte. » De plus, la rapporteure de la PPL4 au Sénat, Marie-Pierre de la Gontrie, indique dans son rapport : « La référence aux violences physiques ou psychologiques permet de couvrir les châtiments corporels et les humiliations, ainsi que toute autre forme de violence pouvant être exercée à l’encontre des enfants. »

Si les médias évoquent régulièrement l’interdiction de la fessée, l’objectif du législateur est plus large.

Cependant, la notion de violence éducative ordinaire peut également être entendue plus largement encore, et viser tous les comportements et pratiques qui ont pour objet de contrôler et de dominer les enfants, dans une logique de punitions-récompenses ou de manipulation, par exemple. Cette conception extensive de la notion de VEO, pour laquelle l’OVEO poursuivra son rôle de sensibilisation, n’est pas visée par la loi5.

Des sanctions peuvent-elles s’appliquer ?

Parmi les réactions à la loi, certaines vont dans le sens d’un regret de l’absence de sanctions.

Or, cela n’était pas nécessaire. En effet, le Code pénal prévoit déjà un régime de sanctions pour les faits de violence. Lorsqu’une violence, même légère, est commise, la loi française est claire.

Dans certains cas, il s’agit d’un délit. En effet, l’article 222-13 du Code pénal prévoit :

« Les violences ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours ou n'ayant entraîné aucune incapacité de travail sont punies de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'elles sont commises :

1° Sur un mineur de quinze ans. »

Les peines maximales sont même plus lourdes dans certaines circonstances et notamment :

« Les peines encourues sont portées à cinq ans d'emprisonnement et à 75 000 euros d'amende lorsque l'infraction définie au premier alinéa du présent article est commise :

a) Sur un mineur de quinze ans par un ascendant légitime, naturel ou adoptif ou par toute autre personne ayant autorité sur le mineur. »

Certaines violences dites “légères”, ne relèvent pas du délit mais de la contravention. Ainsi, l’article R 624-1 du Code pénal prévoit :

« Hors les cas prévus par les articles 222-13 et 222-14, les violences volontaires n'ayant entraîné aucune incapacité totale de travail sont punies de l'amende prévue pour les contraventions de la 4e classe6. »

Il est également possible pour le procureur de la République de prononcer des mesures alternatives aux poursuites judiciaires (article 41-1 du Code de procédure pénale). Il peut s’agir d’un rappel à la loi, de la prescription d’un stage ou d’une formation (par exemple, stage de responsabilité parentale), de la réparation du dommage subi, d’une mesure d’éloignement.

Pourquoi une loi civile si les violences, même légères, étaient déjà interdites dans le Code pénal ?

Alors même que la loi pénale est d’interprétation stricte, et que le Code pénal est précis sur la sanction des violences même légères, le juge écarte ces dispositions sur la base d’un principe coutumier, non écrit, le “droit de correction”. C’est la raison pour laquelle la France a été à plusieurs reprises condamnée par les instances internationales pour n’avoir pas interdit explicitement les châtiments corporels.

Apparu pour la première fois dans une jurisprudence de la Cour de cassation de 1819, le droit de correction coutumier découlait du droit de correction paternel qui existait à l’époque dans le Code civil (droit pour un père de faire interner son enfant s’il avait “des sujets de mécontentement” à son égard). Le droit de corriger son enfant apparaissait alors comme une conséquence “naturelle” de l’autorité paternelle, mais ne devait cependant pas dépasser certaines limites, caractérisées comme des mauvais traitements. Dans ce cas, les parents pouvaient être condamnés pénalement.

En 1958, le droit de correction paternel a été supprimé du Code civil. Cependant, la jurisprudence du droit de correction coutumier a perduré, en prenant en compte l’absence supposée de dommage causé à l’enfant, la proportion de la punition avec le manquement commis, et l’absence supposée de caractère humiliant. Les limites fixées par le juge, subjectives et relatives, ont progressivement évolué vers une moindre tolérance vis-à-vis des parents violents (voir quelques exemples récents).

Dans le dernier arrêt en date de la Cour de cassation, le 7 novembre 2017, ont ainsi été considérés comme constitutifs de faits de violence de la part d’une enseignante : gifle, cheveux et bras tirés, scotch sur la bouche, enfermement dans un placard, hurlements. Dans cet arrêt, la Cour de cassation n’a pas mis fin au principe même du droit de correction, alors que le Défenseur des droits l’y avait invitée.

Ainsi, aujourd’hui, bien que le juge tolère de moins en moins de faits de violence sous couvert du droit de correction, la Cour de cassation n’a pas abandonné le principe même de cette coutume. Afin de clarifier l’état du droit, cette dernière pierre juridique manque à l’édifice.

La loi permet-elle d’abolir le droit de correction ?

Si l’objectif du législateur était d’abolir ce droit de correction7, cette volonté n’a pas été retranscrite de façon explicite dans le texte même de la loi. Aussi, la loi n’a pas eu pour effet d’abolir automatiquement le droit de correction, mais elle contribuera sans doute, par ricochet, à modifier la jurisprudence. La Cour de cassation devra en effet tirer les conséquences de la volonté affichée du législateur en écartant définitivement le principe même du droit de correction, qu’il s’agisse des parents, des enseignants ou de toute personne disposant d’une autorité sur les enfants. L’OVEO entend s’adresser tant à la Cour de cassation qu’au Défenseur des droits, afin qu’il ne soit désormais plus possible aux auteurs de violences, même légères, d’opposer l’exception du droit de correction pour assurer leur défense.

[mise à jour à venir prochainement]


  1. Publiée au Journal officiel n° 0159 le 11 juillet 2019, texte n° 1 : Loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l'interdiction des violences éducatives ordinaires. []
  2. Nous nous étonnons d'ailleurs de voir l'ONG anglophone Global Initiative... affirmer, dans la version française de l'article du 3 juillet 2019 qui justifie son changement de position : "En France, le terme 'violences éducatives ordinaires' est plus courant que 'châtiments corporels'." ! Mieux encore, dans la version anglaise : "In France, the term of ordinary educational violence (violences éducatives ordinaires) is the most used translation of corporal punishment". Non seulement cet "usage" est contestable, puisque la violence éducative recouvre bien d'autres choses que les châtiments corporels (terme que nous avons toujours traduit ainsi à l'OVEO, et la nouvelle loi mentionne elle-même les "violences psychologiques...), mais le fait de mettre au pluriel l'expression "violence éducative ordinaire" tend aussi à en minimiser la portée, et à faire passer sous silence un grand nombre des formes - psychologiques, verbales, culturelles, symboliques, institutionnelles... - qu'elle peut revêtir, et dont beaucoup ne relèvent pas de la loi - voir note 5 ci-après. [Note sous réserve de modifications.] []
  3. Définition qui s’inspire de celles proposées par l’OVEO dans ses dossiers de presse, voir par exemple notre lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle de 2017. []
  4. PPL : proposition de projet de loi. []
  5. Par nature, un très grand nombre d’aspects de la violence éducative (dont le but même de l’éducation, sur lequel on peut s’interroger) ne relèvent pas de la loi et ne doivent pas en relever – car comment pourrions-nous accepter que toutes les actions humaines soient régies par des sanctions, alors même que nous dénonçons le système récompense-punition comme principe d’éducation des enfants, et que les enfants apprennent par imitation ? Ces pratiques ne peuvent changer qu’avec l’évolution de la culture et des idées, même si la loi devrait favoriser cette évolution en permettant un changement de regard sur les enfants. Le but de la loi est aussi de réduire le « niveau de tolérance » de la société envers tous les mauvais traitements, faisant ainsi évoluer les pratiques et les conceptions non seulement des parents, mais aussi de tous les professionnels (enseignement, santé, aide sociale, lieux de garde…) qui ont affaire aux enfants ou aux familles. []
  6. Les « contraventions de la 4ème classe » sont, selon l’article 131-13 du Code pénal qui fixe le montant des contraventions, de 750 € au maximum. []
  7. Ainsi, dans l’exposé des motifs : « Pour attirer l’attention de tous sur cet enjeu et au regard des éléments ici exposés, il apparaît nécessaire d’inscrire dans la loi l’interdiction absolue du recours au “droit de correction”. Pour ce faire, la présente proposition de loi propose de compléter la définition de l’autorité parentale, prévue à l’article 371-1 du code civil, en précisant que, parmi les devoirs qui la composent, figure celui de s’abstenir de l’usage de toutes formes de violence, quelle qu’en soit la forme : physiques, verbales et psychologiques. » Et dans le rapport de la PPL au Sénat : « Implicitement, la jurisprudence relative au “droit de correction” semble signifier aux parents qu’il existerait une violence “nécessaire”, voire “acceptable”, pour l’éducation des enfants. Pour votre rapporteure, l’adoption de la proposition de loi, en prohibant clairement toute violence des parents sur leurs enfants, devrait conduire la Cour de cassation à renoncer à sa jurisprudence sur ce point [...].

    Ce texte permettra à la France de se conformer à ses engagements internationaux et de rejoindre la quasi-totalité de ses partenaires européens qui ont affirmé un principe analogue. Il conduira également à l’évolution de la jurisprudence pénale admettant le “droit de correction” des parents. » []

Le Sénat adopte en deuxième lecture la proposition de loi relative à l’interdiction des “violences éducatives ordinaires”

Ce mardi 2 juillet, le Sénat a adopté la proposition de loi relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires, déposée par la députée Maud Petit et votée en première lecture par l’Assemblée nationale le 29 novembre 20181.

Le texte ayant été voté dans les mêmes termes par les sénateurs, cette proposition de loi est définitivement adoptée. Son entrée en vigueur reste conditionnée à sa promulgation par le président de la République2.

Nous ne pouvons que maintenir nos observations et réserves formulées à l’occasion du vote en première lecture.

Notons que ce vote intervient quelques jours après l’adoption par le Kosovo d’une loi interdisant de façon explicite toute punition corporelle. Le 27 juin, le Kosovo est donc devenu le 55ème pays abolitionniste.

Nous espérons que cette loi constituera un appui tant pour une abolition définitive par le juge du droit de correction que pour le renforcement des mesures d’information et de prévention de la violence éducative ordinaire.


Lire le communiqué de Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children du 3 juillet 2019 (en anglais et français)


Les réactions de nos partenaires dans cette aventure pour l'adoption en France d'une législation sur la violence éducative ordinaire :

Inversement, la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix a lancé un appel au président de la République "Pour une loi qui interdise véritablement les châtiments corporels", appel auquel nous ne nous sommes pas associés, bien que nous partagions ses réserves sur la formulation et sur le domaine d'application de cette loi. Voir aussi notre article Loi d’interdiction des violences éducatives ordinaires. Quelques précisions juridiques.


  1. Voir le compte-rendu de séance. Voir le texte adopté. []
  2. Publiée au Journal officiel le 11 juillet. []

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L’OVEO publie les premiers résultats de son étude menée sur la prise de conscience de la violence éducative ordinaire

Afin d’améliorer la connaissance de la violence éducative ordinaire (VEO) et de mieux comprendre le processus qui amène à en prendre conscience, l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO) a mené en 2017 une enquête auprès d’un public sensibilisé à la question. En 5 mois, plus de 2 000 personnes ont accepté de répondre à un questionnaire explorant divers aspects, en particulier : les éléments-clés ayant permis la prise de conscience, la perception de la violence, l’impact sur le comportement parental, la violence subie en tant qu’enfant, les causes menant les parents à se montrer violents, les moyens de soutien et de sensibilisation jugés pertinents…

Cette étude permet à l’Observatoire de mettre en lumière des données qui n’ont jusqu’à présent jamais été étudiées en France.

Pour la majorité des répondants, c’est la réflexion autour de leur propre parentalité qui les a conduits à changer de regard, avant ou au moment de devenir parent. Pour certains parents, ce sont les difficultés rencontrées qui les ont amenés à changer leurs schémas éducatifs (regret d’avoir infligé des violences et souhait de ne pas les reproduire, constat de l’inefficacité des punitions, difficulté à gérer ses propres émotions). Les informations relatives au développement de l’enfant et aux conséquences de la VEO conduisent à une perception de la violence plus aiguisée, et à des représentations du rapport adulte/enfant différentes.

Ces premiers résultats révèlent un impact fort de la prise de conscience sur la perception du degré de violence des actes « éducatifs » traditionnellement admis. Par exemple, le fait de laisser pleurer un bébé seul était perçu comme une violence « grave » pour à peine 10 % des répondants avant la prise de conscience ; ils sont presque 70 % à penser le contraire après. Le fait de nier ou de minimiser les émotions est également un élément qui comptabilise un très grand écart, passant de 10 % à presque 60 %. En parallèle, il est constaté un changement des comportements parentaux. Ainsi, de nombreux actes auxquels le parent pouvait recourir fréquemment deviennent exceptionnels (chantage, confiscation, mise à l’écart) ou sont parfois même totalement supprimés. À la question « Si vous avez des enfants, avez-vous pratiqué de la VEO envers eux avant d’en avoir pris conscience ? Et depuis ? » , la part de réponses « non, jamais » est passée de 50 % à 71 % pour le fait de forcer un enfant à manger, et de 47 % à 69 % pour les fessées.

C’est la fatigue qui est nommée à 90 % comme le facteur poussant les personnes interrogées à recourir à des pratiques violentes, suivie par les difficultés extérieures générant du stress et par le manque de temps pour soi. Sont aussi mis en avant « sa propre éducation », les « difficultés à comprendre le comportement de l’enfant », le « manque de soutien du conjoint ou de la conjointe ».

L’OVEO s’est intéressé aux éléments que les répondants estiment adaptés pour apporter de l’aide aux parents. Ils ont aussi pu indiquer les moyens d’information et de sensibilisation qui leur paraissaient les plus pertinents pour généraliser la prise de conscience. Ainsi, une meilleure formation des professionnels serait un de ces moyens, jugé « très adapté » à 91 %.

L’OVEO espère pouvoir collaborer avec des chercheurs pour analyser plus en profondeur les résultats obtenus afin de pouvoir rendre compte des résultats dans une perspective pluridisciplinaire.

En conclusion, les chiffres obtenus sont éloquents pour démontrer combien la perception de la violence est culturelle et peut évoluer.


Télécharger la synthèse des premiers résultats (.pdf)
Télécharger le communiqué de presse (.pdf)
Télécharger l'ensemble des visuels (dossier zippé contenant les 5 visuels HD)

Une nouvelle campagne de sensibilisation sur la violence éducative ordinaire

L'association StopVEO, Enfance sans violences et le Dr Gilles Lazimi lancent, aujourd'hui lundi 15 avril 2019, une campagne de sensibilisation et d'information des parents passant par les médecins et les professionnels. Cette campagne comporte :

  • une affiche pour les salles d'attente des médecins, affiche invitant à parler de la violence éducative,
  • un flyer comportant une définition de la violence éducative, les risques de cette violence pour les enfants, quelques pistes pour une éducation sans violence, deux témoignages de mères et des ressources pour s'informer,
  • un communiqué de presse (ci-dessous).

La campagne "Les violences éducatives, c'est grave, Docteur" propose aussi aux villes et aux collectivités locales un accord de partenariat. Elle en a déjà établi un avec les villes de Romainville (93) et Gennevilliers (92). Une quinzaine d’autres communes, et des conseils départementaux, se sont montrés intéressés par cet outil, qui sera ainsi déployé nationalement tout au long de l’année.


Communiqué de presse

Les violences éducatives, c’est grave Docteur ?

À l’occasion de la journée contre les violences éducatives ordinaires du 30 avril 2019, l’association StopVEO, Enfance sans violences lance nouvel un outil de sensibilisation et de prévention des violences éducatives. À destination des parents, des flyers et des affiches seront mis à disposition des médecins et professionnels de santé.

La violence éducative est l’ensemble des moyens violents qui sont utilisés, tolérés et souvent recommandés pour faire obéir et éduquer les enfants.

Les violences éducatives ordinaires sont encore très largement employées : 85 % des parents reconnaissent avoir recours à la fessée (71,5 % à des “petites gifles”), dont la moitié frapperaient leur enfant avant l’âge de 2 ans et les trois-quarts avant l’âge de 5 ans.

Or, de nombreuses études ont prouvé les méfaits de ces traitements sur la santé et le comportement de l’enfant ainsi que leur inefficacité (augmentation du risque de développer des troubles psychologiques telles l'anxiété ou la dépression et des troubles somatiques divers tels que les pathologies cardiaques, auto-immunologiques, cancéreuses, etc., mais aussi risque de développer des comportements agressifs ou d'en subir…).

Les conséquences des VEO sur la santé physique et le développement psychologique de nombreux enfants sont donc considérables.

StopVEO, Enfance sans violences a notamment pour mission de prévenir et sensibiliser tout public sur les conséquences des VEO.

Parce que le médecin ou le professionnel de santé joue un rôle très important dans le suivi du développement de l’enfant, StopVEO lance aujourd’hui un outil destiné aux parents afin d’aborder, avec le professionnel de santé, la question des VEO.

L’affiche, intitulée "Fessées, menaces, cris… et si on en parlait ?", invite le parent à se questionner et à questionner le professionnel de santé chez qui il prend connaissance du message. Les flyers en libre service, quant à eux, informent sur les conséquences des violences éducatives, en donnant un éclairage simplifié sur les neurosciences, en apportant des témoignages ou en explorant des pistes pour agir autrement.

Ces outils seront lancés le 15 avril 2019.

Inédit en France, "Les violences éducatives, c’est grave Docteur ?" ouvre la voie à une action de sensibilisation d’envergure en France.

Proposé par l’association directement au professionnel de santé, ou en partenariat avec des villes ou collectivités locales, "Les violences éducatives, c’est grave Docteur ?" a déjà noué un partenariat avec les villes de Romainville (93) et Gennevilliers (92). Une quinzaine d’autres communes, et des conseils départementaux, se sont montrés intéressés par cet outil, qui sera ainsi déployé nationalement tout au long de l’année.

Pour le moment, ce sont 50 000 flyers et 2 000 affiches qui seront imprimés et diffusés à partir du 15 avril.


Le Sénat vote une loi qui interdit les violences physiques ou psychologiques à l’égard des enfants

Ce mercredi 6 mars, le Sénat a adopté en première lecture la proposition de loi de Lutte contre toutes les violences éducatives ordinaires, déposée par Laurence Rossignol le 22 janvier dernier.

Depuis sa création en 2005, l’Observatoire de la violence éducative ordinaire a œuvré pour cette prise de conscience de l’impact extrêmement nocif de la violence éducative ordinaire. Une part importante de notre réflexion et de notre action a porté sur cette exigence d’une législation enfin protectrice de l’intégrité physique et psychique de tous les enfants.

Le texte voté est le suivant :

Après le deuxième alinéa de l’article 371‑1 du code civil, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« L’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. »

Des amendements qui visaient à renforcer la prévention et la sensibilisation n’ont pas été retenus : l’information dans les lieux d’accueil de mineurs et de parents, la formation des professionnel-le-s de la petite enfance, le rapport du gouvernement remis au Parlement concernant les mesures d’accompagnement.

L’OVEO considère que ce vote au Sénat, à la quasi-unanimité, représente une étape importante dans le processus d’abolition de la violence éducative ordinaire. Cette décision est le signe d’une évolution de la prise de conscience des législateurs et d’une partie de l’opinion publique.

Pas de référence aux châtiments ou punitions corporels

Malheureusement, les termes « punitions ou châtiments corporels » ont été retirés du texte initialement déposé. En ce sens, et de la même façon qu’en novembre dernier, nous regrettons que la volonté du législateur n’ait pas été entièrement retranscrite dans le texte de loi voté.

L’usage de l’expression « violence physique ou psychologique », employée seule, ne permet pas que le texte soit suffisamment explicite. La formule « violence physique », plutôt assimilée à la notion de « maltraitance », risque de laisser dans un angle mort la question de la violence éducative ordinaire.

En effet, si le titre et l’exposé des motifs sont clairs, la « violence éducative ordinaire » – c’est-à-dire l’ensemble des pratiques coercitives et/ou punitives utilisées, et socialement tolérées, pour « bien éduquer » les enfants, n’est pas explicitement condamnée par ce texte de loi.

Les punitions corporelles ne sont pas considérées comme de la violence par la plupart des adultes. Ainsi, les termes de « violences physiques » restent sujet à la libre appréciation de l’expérience de vie et le degré d’information de chacun.

L’ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, que l’ONU consulte régulièrement au sujet des législations sur les châtiments corporels, a rendu son avis sur ce texte le 28 février 2019 : « […] puisque la proposition de loi semble avoir pour objectif d’interdire tous les châtiments corporels infligés aux enfants, la loi devrait refléter ceci de manière claire et explicite, comme l’exige la Convention internationale des droits de l’enfant. La décision de supprimer la référence explicite aux châtiments corporels pourrait être interprétée comme diluant la loi. »

Le droit de correction n’est pas supprimé

Deux points essentiels n’ont pas été intégrés : l’annulation explicite du droit de correction dans le texte, et l’extension du principe d’interdiction à tous les lieux de vie de l’enfant.

Le droit de correction jurisprudentiel, supprimé pour les femmes, les employés, les militaires et les prisonniers, demeure pour le moment applicable aux enfants. Or, nous attendions que la loi soit claire sur le fait qu’un coup – qu’il soit administré par malveillance ou au prétexte d’éducation – est injustifiable. Nous espérons que les juges feront évoluer la jurisprudence en considérant qu’aucun droit de correction ne saurait désormais être invoqué pour minimiser ou exclure la responsabilité d’un adulte (parent, enseignant ou éducateur) ayant commis des faits de violence envers un enfant, quel qu’en soit le degré de gravité, la fréquence ou le motif.

Nous espérons que, dans les prochaines étapes de ces propositions de loi, l’écriture du texte de loi reprendra ces éléments afin d’être en accord avec les textes internationaux signés par la France.


Notre communiqué de presse en date du 7 mars 2019 (.pdf)


 

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Le Sénat va débattre de l’interdiction de la violence éducative ordinaire

Le 22 janvier 2019, la sénatrice Laurence Rossignol a déposé au Sénat une proposition de loi visant à lutter contre toutes les violences éducatives ordinaires. Cette nouvelle proposition sera discutée en séance publique le 6 mars 2019.

Texte de la proposition de loi
Article unique

Le deuxième alinéa de l'article 371-1 du Code civil est complété par les mots :
« et à l'exclusion de tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux punitions et châtiments corporels ».

Rappelons que le 29 novembre dernier, sur le même sujet, l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de loi déposée par la députée Maud Petit.

Nous avions alors accueilli ce texte comme un premier pas vers une interdiction de la violence éducative, tout en regrettant que toute référence explicite aux châtiments ou punitions corporels ait été retirée de la version initiale. Le texte voté est : « Elle [l’autorité parentale] s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. » Notre position était alors de tenter de convaincre les sénateurs et les députés de compléter le texte pour le rendre clairement abolitionniste au cours des débats qui allaient suivre.

Cette nouvelle proposition de loi de Laurence Rossignol n’a certes pas pris en compte les propositions d’amélioration que nous avions formulées, mais il nous semble qu’elle contient des éléments importants pour avancer vers l’interdiction de la violence éducative ordinaire.

Le point le plus positif est sans doute la référence explicite à une interdiction de tout recours aux punitions et châtiments corporels. L’autre aspect important est que la proposition de loi ne vise pas uniquement les châtiments corporels, mais aussi les humiliations. Les effets négatifs des violences psychologiques sur le développement de l’enfant sont reconnus et ciblés par la loi par l’emploi des termes : « traitement cruel, dégradant ou humiliant ».

Néanmoins, ce texte demeure incomplet pour assurer que tous les enfants se sentent en sécurité où qu’ils se trouvent dans notre pays. Comme pour le texte voté en novembre 2018, il reste nécessaire de le compléter par amendements afin qu’il soit exhaustif, clair, explicite et contraignant :

Il faut impérativement abolir le droit de correction par la loi, et suivre les recommandations de l’ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children dans son dernier rapport relatif à la France (octobre 2018) : « Une loi claire doit être adoptée interdisant tout châtiment corporel dans l'éducation et la discipline des enfants, y compris par les parents, les enseignants et tous les adultes ayant l'autorité parentale sur les enfants. »

Il est également indispensable d’abolir les violences éducatives ordinaires dans tous les contextes de vie de l’enfant. La loi doit établir un principe général du droit de l’enfant à n’être soumis à aucune forme de violence, ni punitions corporelles ni autres punitions humiliantes, quel que soit le contexte.

Enfin, il demeure essentiel de proposer des mesures concrètes permettant la mise en œuvre de la loi : information, sensibilisation, formation.

Nous allons nous adresser aux sénateurs afin qu’ils complètent cette proposition de loi pour la rendre réellement protectrice du droit des enfants à être respectés dans leur intégrité psychique et physique.

Réponse à la pétition “Non à l’immixtion de l’État dans l’exercice de l’autorité parentale”

Nous publions ci-dessous la réponse d'Olivier Maurel à la pétition de "Marion" mise sur Internet le 9 janvier 2019, et qui s'indigne de l'adoption par l'Assemblée nationale, "sans tambour ni trompette" (sic - cette loi a pourtant fait l'objet de nombreux articles de presse ?), d'une loi d'interdiction des "violences éducatives ordinaires", demandant qu'on écrive aux sénateurs pour qu'ils ne ratifient pas cette loi. Voici le texte de la pétition (texte complet ici) :

Non à l'immixtion de l'Etat dans l'exercice de l'autorité parentale

Je refuse que l'Etat s'immisce dans la conduite de ma famille, dans l'éducation que je souhaite donner à mes enfants ou petits-enfants et dans la façon dont j'exerce mon autorité sur eux.

Une telle intrusion est le propre des régimes totalitaires. Elle touche à ce que l'homme a de plus précieux : sa famille, ses enfants.

Je demande en conséquence aux parlementaires de voter contre la "Proposition de loi relative à linterdiction des violences éducatives ordinaires".

 


La réponse d'Olivier Maurel :

Bonjour Marion,

Je vais avoir 82 ans, j’ai eu cinq enfants et huit petits-enfants. Je fais partie de ceux qui, depuis de longues années (vingt ans en ce qui me concerne), agissent pour que la loi que vous critiquez soit votée.

Voici donc quelques-unes des raisons pour lesquelles je ne signerai pas votre pétition.

  1. Il est tout à fait nécessaire, dans certains cas, que l’État « mette le pied dans la porte du domicile familial », par exemple quand les maris battent ou humilient leur femme, quand les parents battent ou humilient les enfants, quand les parents font exciser les petites filles, etc.
  2. L’exemple des pays qui ont interdit la violence éducative ordinaire depuis plusieurs dizaines d'années montre que cette interdiction a pour effet de faire pratiquement disparaître la violence extraordinaire, c’est-à-dire la maltraitance qui blesse et tue. Les cas de maltraitance commencent très souvent par la violence éducative ordinaire considérée abusivement comme normale par l’opinion publique.
  3. Vous devriez mieux vous informer. Le pourcentage de 87 % concerne les gifles et les fessées. Les humiliations et menaces verbales qui les accompagnent très souvent sont beaucoup plus difficiles à comptabiliser. Mais elles sont tout aussi traumatisantes que les coups. Avec des mots, on peut lapider un enfant.
  4. Non, tous les parents ne sont pas violents, mais tant qu’une loi n’interdit pas la violence sur les enfants, tous les parents peuvent se sentir autorisés à l’être et même y sont poussés par toute une culture de la violence sur les enfants : « Qui aime bien châtie bien », « Une bonne fessée n’a jamais fait de mal à personne » et une foule de proverbes qui, dans tous les pays, préconisent de battre les enfants à coups de bâton, ce qui était encore admis en France il n’y a pas si longtemps.
  5. On n'est pas dans l'alternative « Ou la fessée ou le laxisme ». Il ne s’agit nullement de ne pas dire Non à un enfant et, comme vous le dites, d’« abdiquer » devant lui. Il s’agit de le traiter comme on doit traiter une personne humaine, avec respect, mais en étant bien présent en tant qu’adulte. Et comme les enfants apprennent tout non pas par des sermons et des menaces (qui ne leur apprennent qu’à sermonner et à menacer), mais par l’exemple des adultes, c’est en les respectant qu'on leur apprend le plus efficacement le respect. Un enfant respecté et traité affectueusement et humainement par des parents qui, simplement, se respectent eux-mêmes, ne devient pas un « enfant-roi ».
  6. S’il n’y avait pas eu, depuis le début du XIXe siècle, des règlements interdisant formellement de battre les enfants dans les écoles, vos enfants, nos enfants, y subiraient encore bastonnades, coups de fouet, coups de pied et léchages de plancher qui faisaient partie de la violence éducative ordinaire de cette époque. Le niveau de violence éducative que nous trouvons normal est un résidu de cette méthode d’éducation.
  7. Ce qui rend très difficile l’éradication de la violence sur les enfants, c’est que nous sommes faits de telle façon que le niveau de violence que nous avons subi dans notre jeune âge, quel qu’il soit, nous paraît normal parce qu’il nous a été enseigné par l’exemple de nos parents qui, à nos yeux d’enfants, ne pouvaient pas se tromper. Cette violence nous a aussi appris que nous étions coupables puisqu’on nous frappait. Devenus adultes, nous continuons à projeter cette culpabilité sur les enfants, ce qui nous fait penser qu’on ne peut pas les élever autrement qu’en les frappant, en les menaçant, en les humiliant.

On peut lire à la suite de la pétition toutes sortes de commentaires, dont quelques-uns protestent contre cette pétition. Nous publierons par la suite d'autres réactions à cette pétition, qui est un modèle du genre, puisqu'elle fait une sorte de catalogue de tout ce qui est considéré par la majorité des Français comme l'éducation "normale"... Il convient également de répondre aux arguments sur la possibilité d'une intrusion de l'Etat dans la vie privée qui ouvrirait la porte à un régime totalitaire - que, bien entendu, aucun d'entre nous à l'OVEO ne souhaite... à aucun prix !

6 décembre 2018 : « Voilà une classe qui se tient sage ! »

Violence sociale et violence "éducative" à Mantes-la-Jolie

Illustration : Fred Sochard

Depuis plusieurs semaines, nous vivons une séquence sociale et politique où colère et révolte ne parviennent pas à échapper à la voie de la violence.

La France reste un pays où le conflit a du mal à trouver des canaux d’expression et de résolution qui évitent les passages à l’acte violents.

L’Observatoire de la violence éducative ordinaire ne se trouve pas en dehors de cette réalité sociale. Les événements de Mantes-La-Jolie, qui ont vu des adolescents être humiliés et filmés dans une position dégradante, ne peuvent nous laisser sans réaction.

Nous condamnons la violence d’où qu’elle vienne, mais nous sommes d’autant plus inquiets lorsque cette violence touche des jeunes et est imputable aux fonctionnaires de police, responsables de la sécurité des personnes.

Nous avons pleinement conscience de la difficulté du travail de la police, mais nous ne pouvons que dénoncer une mise en scène qui relève de pratiques indignes dans un État de droit, qui ne peuvent que générer un regain de violence. Quel message éducatif est transmis à ces jeunes à qui il est demandé « d’être sages », les mains entravées ou posées sur la tête ?

Le Défenseur des droits a décidé d’ouvrir une enquête qui portera « sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées des interpellations de lycéens à Mantes-la-Jolie », en rappelant qu'il était chargé de « veiller au respect de la déontologie » des forces de l’ordre et de défendre « l’intérêt supérieur de l’enfant ». Nous soutenons pleinement cette initiative.


Lire aussi :

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Un pas vers l’interdiction de la violence éducative ordinaire

© Greyerbaby, PixabayNous avons suivi avec émotion les débats en première lecture à l'Assemblée nationale au sujet de la proposition de loi de la députée Maud Petit (n°1414), adoptée ce 29 novembre.

La formulation retenue est d’ajouter dans le code civil, à la définition de l’autorité parentale :

« Elle s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. »

À notre grand regret – après l'espoir soulevé par le texte adopté en Commission des lois –, la référence explicite aux châtiments ou punitions corporels contenue dans la version initiale a été retirée de la proposition de loi. Tous les amendements qui ont tenté d’y faire référence – par ailleurs souvent ardemment défendus par les élus porteurs des amendements – ou de les faire apparaître dans le carnet de santé ont été rejetés ou retirés.

« Il ne reste pratiquement plus rien de la proposition initiale », dira un député.

Nous avions déjà écrit en 2016 que l’usage de l’expression « violence physique ou psychologique », si elle était employée seule, ne permettrait pas d’avoir un texte suffisamment explicite.

Alors que les députés ont montré au cours des débats une réelle prise de conscience des enjeux représentés par une interdiction claire de la violence éducative, nous ne comprenons pas les raisons qui ont finalement conduit à une rédaction aussi édulcorée de la loi.

Cette réécriture n’est pas anodine, elle évite soigneusement de désigner de manière explicite ce que près de 80 % d’enfants subissent quotidiennement dans notre pays.

La « violence physique », plutôt assimilée à la notion de « maltraitance », nous fait courir le risque de laisser dans un angle mort la question de la violence éducative ordinaire1.

Enfin, les amendements que nous soutenions et qui visaient à interdire le droit de correction, et à étendre l’interdiction de la violence à tous les lieux de vie de l’enfant, ont également tous été rejetés.

Pour l’heure, nous considérons que ce texte est un premier pas. Mais, dans un pays où la violence éducative ordinaire est omniprésente, il nous semble néanmoins un outil fragilisé par ses manques, l’élément central manquant étant le terme « châtiments corporels ». Nous attendons que le cheminement parlementaire de cette proposition de loi permette de lui apporter a minima cet ajout.

Nous rappelons qu'au détour d'une discussion portant sur l’information des adultes à propos de la violence éducative ordinaire, les députés ont voté l'amendement n° 132 qui ajoute dans la formation des assistantes maternelles la prévention des violences éducatives ordinaires. Nous regrettons que cet amendement ne cible que ces professionnel-les de la petite enfance.

Voici à nouveau l'article de portée générale qui, selon nous, permettrait de remplir toutes les conditions pour que notre pays soit totalement protecteur des enfants :

« Nul, pas même le ou les titulaires de l'autorité parentale, ne doit user à l'encontre de l'enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l'humiliation, quels qu'en soient le degré de gravité, la fréquence ou l'objectif. »

Cette disposition législative, pour abolir totalement le droit de correction, pourrait également être complétée par une décision jurisprudentielle.

Nous continuerons de porter ces exigences et, dans nos actions futures, nous saurons malgré tout nous appuyer sur ce texte pour que les mentalités changent et que les enfants se sentent en sécurité où qu’ils se trouvent dans notre pays.


Selon l'ONG Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, à qui nous avons demandé son avis sur le texte adopté, le but de la proposition de loi (PPL) était clairement « d’interdire tous les châtiments corporels des enfants et d’abolir le droit de correction », mettant ainsi « la législation française en conformité avec la Convention internationale des droits de l'enfant ». Le message que nous avons reçu se poursuit ainsi :

Il est maintenant primordial que cette PPL reflète clairement cette intention.

[Les critères utilisés par Global Initiative] pour établir si une loi est abolitionniste sont entièrement basés sur le droit international et le travail du Comité des Droits de l’Enfant (voir l’Observation Générale sur le sujet ici). Selon le Comité, l’interdiction est complète quand :

  • toutes les défenses et autorisations des châtiments corporels sont abolies, et
  • la loi interdit explicitement tous les châtiments corporels et autres punitions cruelles et dégradantes.

En prenant en compte que la précédente version de la PPL, celle adoptée par la Commission [des lois du 21 novembre], interdisait explicitement les châtiments corporels :

« Les titulaires de l’autorité parentale l’exercent sans violence. Ils ne doivent pas user à l’encontre de l’enfant de moyens tels que la violence physique, verbale ou psychologique, les châtiments corporels ou l’humiliation. »

Le fait que ce terme ait été enlevé semble envoyer le message que la PPL ne cherche plus à couvrir les châtiments corporels. [Les discours introductifs de Maud Petit et d'Agnès Buzyn] ont fait référence aux VEO et/ou aux châtiments corporels [...], mais leur disparition de la PPL semble causer confusion. Cela a été d’ailleurs reflété dans les débats [du 29 novembre] à l’Assemblée [...] (groupe UDI par exemple).

En vue du droit de correction jurisprudentiel, il apparait stratégique de passer une loi claire qui ne laisse aucun doute et ne permette l’utilisation du « droit de correction » en aucun cas – puisque le but d’une interdiction est d’assurer que la loi protège les enfants de toutes violences, de façon égale aux adultes. La loi qui sera adoptée définitivement devra obligatoirement envoyer [le] message clair que toutes les formes de violences, y compris tous les châtiments corporels aussi légers soient-ils, sont désormais interdits.
Du fait de la confusion actuelle, nous conseillons que la PPL soit revue afin d’explicitement interdire tous les châtiments corporels, aussi légers soient-ils.


Notre communiqué de presse en date du 30 novembre 2018 (.pdf)
Le point de vue de l'OVEO sur la loi d'interdiction de la VEO votée le 29 novembre 2018 dans le numéro 23 de PEPS (décembre 2018).
Communiqué de la Coordination pour éducation à la non-violence et à la paix (13 décembre 2018)

Rapports sur le site de l'Assemblée nationale : http://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/violences_educatives_ordinaires_interdiction

Pour revoir la séance publique du 29 novembre :

Première partie (troisième thème dans le déroulé) http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7019507_5bffef03c1c32.2eme-seance--prise-en-charge-des-cancers-pediatriques-suite--protection-activites-agricoles-cult-29-novembre-2018
Suite des échanges http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7021825_5c004a613f586.3eme-seance--interdiction-des-violences-educatives-ordinaires-suite--amelioration-de-la-tresorer-29-novembre-2018


  1. La violence éducative ordinaire (« VEO ») est l’ensemble des pratiques coercitives et/ou punitives utilisées, tolérées, voire recommandées dans une société pour « bien éduquer » les enfants. Sa définition varie selon les pays, les époques, les cultures.
    Selon le Conseil de l’Europe, « le châtiment corporel est la forme de violence la plus répandue employée à l’encontre des enfants. »
    Ce terme recouvre « toute punition physique impliquant l’usage de la force physique et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou arrêter un comportement de l’enfant estimé incorrect ou indésirable. C’est là une violation des droits de l’enfant au respect de la dignité humaine et de l’intégrité physique ». []
  2. Au deuxième alinéa de l'article L. 421-14 du code de l'action sociale et des familles, après le mot : « secourisme », sont insérés les mots : « , à la prévention des violences éducatives ordinaires ». []

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