Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Réaction de la Fondation pour l’Enfance aux propos de Patrick Sébastien

En réaction à l’interview de Patrick Sébastien par Yann Moix dans l’émission "On n’est pas couché" du 2 avril 2016, la Fondation pour l’Enfance a publié un communiqué de presse intitulé Au nostalgique du martinet (pdf).

Lors de cette émission, Patrick Sébastien a notamment déclaré: « Le martinet ne m'a pas fait plus de mal que ça, les tartes ne m'ont pas traumatisé. […] [J'ai] la nostalgie des gifles que m'a données mon père, qui étaient données avec amour pour me remettre dans le droit chemin, pour éviter que je dérape plus tard, effectivement je regrette celles qu'il ne m'a pas données. Parce qu'il ne m'a pas donné des gifles pour me faire mal, il m'a donné des gifles pour me faire du bien, c'est une différence essentielle.» (Et le public l’a applaudi !)

Le communiqué de presse de la Fondation pour l'Enfance a le très grand mérite de dénoncer la minimisation de l'impact des châtiments corporels, y compris ceux considérés comme "légers" et "sans gravité". Cependant, comme c'est souvent le cas dans les textes (d'où qu'ils viennent) qui dénoncent la violence éducative, il reste ambigu sur bon nombre de points, ce qui laisse le champ libre à toutes sortes d'interprétations, comme on le voit dans les remarques ci-dessous, faites par un membre de l'OVEO. Cela attire notre attention sur l'importance du non-dit et du choix des mots lorsqu'on traite de ce sujet.

  • « M. Sébastien a présenté sa réussite personnelle comme un argument irréfutable de l'innocuité des châtiments corporels... » Il est utile de préciser que cette "réussite personnelle" est toute relative... En effet, au cours de la même émission (quelques minutes seulement avant de remercier son père pour les fessées qu'il lui avait données et de regretter celles qu'il n'avait pas reçues !), Patrick Sébastien a raconté qu'il avait pendant longtemps bu un litre et demi de whisky par jour ! Malheureusement, ni lui ni son entourage n'ont apparemment été capables de faire le lien entre son alcoolisme à l'âge adulte et l'éducation violente qu'il avait reçue...
  • « La position de M. Sébastien prend aussi pour principe que les châtiments corporels sont toujours délivrés à bon escient et à visée éducative par les parents, en pleine connaissance de cause. Ce qui n'est évidemment pas le cas. » On peut avoir en lisant ce texte la fâcheuse impression que les châtiments corporels peuvent être, dans certains cas, infligés par les parents "à bon escient", "pour le bien" de leurs enfants... ce qui n'est évidemment pas le cas, sauf justement dans la tête de ces parents, inconscients du mal qu’ils font subir à leurs enfants !
  • « Les fessées et tapes de différentes natures sont données fréquemment à des enfants de moins de 2 ans, bien incapables à cet âge d'en comprendre la portée. » Ici, à nouveau, on a l'impression qu'un enfant plus âgé pourrait presque bénéficier d'une fessée, car il pourrait en comprendre la portée éducative...
  • « Il existe heureusement d'autres méthodes que la violence éducative "light" pour faire comprendre à un enfant les limites qu'il ne doit pas dépasser. » Toujours les fameuses limites1 ! Il semblerait ici que le but d'une bonne éducation soit de faire obéir les enfants (leur faire respecter des limites ou des règles décidées par les parents). Par quels moyens "non violents" s'agit-il alors d'imposer aux enfants le respect de ces limites ?

  1. Note de l'OVEO : Plusieurs articles de notre site abordent cette question de l'usage du mot "limites". []