C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

Tous les cinq jours, en France, un enfant meurt sous les coups de ses parents ou de proches

Année 1979 : la Suède décide d’interdire toute pratique violente dans l’éducation des enfants, 1989 : promulgation de la Convention internationale des droits de l’enfant, 2019 : en France, tous les cinq jours, un enfant est tué par ses parents ou l'un de ses proches…

Les inspections générales des affaires sociales (IGAS), de la justice (IGJ) et de l’éducation (IGAENR) viennent de remettre au gouvernement une étude qui  fait ce terrible constat d’un enfant tué tous les cinq jours par un parent ou un proche.

Au-delà des incertitudes sur les chiffres exacts, cette étude ne manque pas de souligner la sous-estimation du nombre de décès. Il est écrit que le recensement ne reflète qu’une partie du phénomène, notamment pour les enfants de moins d’un an :

« Le nombre de 72 enfants victimes chaque année de mort violente en milieu intrafamilial représente un seuil minimum qui ne comprend pas l’ensemble des enfants âgés de moins d’un an. »

Il est question du chiffre noir des néonaticides non révélés et des enfants victimes du Syndrome du bébé secoué non diagnostiqués, ou qui échappent à la statistique faute d’autopsie. La réticence de certains professionnels de la santé à évoquer des mauvais traitements participerait aussi à cette sous-estimation.

Tous les professionnels de la justice, de la santé, de l’Éducation nationale, des services sociaux et médico-sociaux sont concernés par ce rapport, qui rappelle que de nombreux signaux d’alerte n’ont pas été suffisamment exploités.

Trente-deux recommandations sont formulées pour éviter ces meurtres d’enfants. Aucune ne fait de lien direct entre l’existence d’une violence éducative habituelle et son évolution vers une maltraitance parfois fatale pour l’enfant.

Si le défenseur des droits rappelle l’urgence d'interdire clairement par la loi la violence éducative, le rapport remis au gouvernement ne fait aucune recommandation en ce sens.

Il serait pourtant bienvenu que la France mette ses pas dans ceux de la Suède, qui a choisi, il y a maintenant quarante ans, de légiférer pour protéger ses enfants.


Article paru dans Le Monde : En France, un enfant tué tous les cinq jours par ses parents ou des proches

Pour lire le rapport : Mission sur les morts violentes d’enfants au sein des familles – Evaluation du fonctionnement des services sociaux, médicaux, éducatifs et judiciaires concourant à la protection de l’enfance