Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

Tristesse, colère, grande révolte

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du livre La Fessée.

 
Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?
Oui. Quelques fessées, gifles, « coups de pied aux fesses ». Mais surtout ce qui m'a marquée : des menaces de suicide et chantage affectif. Ton très très agressif.

A partir de et jusqu'à quel âge ?
Jusqu'à 28 ans pour les menaces agressives. Le reste : pas de souvenir du début.

Par qui ? (père, mère, grands-parents, frère, oncle, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...).
Père, mère, grand-mère. Une tante m'a passé la tête sous l'eau froide pour me calmer (4 ans, je crois).

Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Oui : ma mère et ma tante : tête sous l'eau froide, insultes (salope!) dès l'âge du collège. Agressivité quotidienne.
Mon père : battu par son père. Puis son père battait sa mère sous ses yeux en disant : « C'est de ta faute ».

Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir ”bien mérité“...) ?
Tristesse, colère, sentiment d'injustice, grande révolte, sentiment que je ne mérite pas d'être aimée. Désir de mort. Grande solitude.

Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Isolement.

Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Grosses colères et grande peur des adultes. Peur de ne pas être à la hauteur. Désir de mourir quand mes parents étaient en colère. Immense culpabilité.

Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ?
Le désir de suicide revient quelquefois sans que je sois sûre que cela soit la conséquence des violences absorbées dans mon enfance.

En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Je suis assistante maternelle. Je mets tout en œuvre (lectures, formation en CNV) pour mettre des limites sans utiliser la violence. Je dois dire que je m'en sors très bien malgré quelques cris quand je suis fatiguée. J'ai dû faire et je continue encore à me faire accompagner par une thérapeute pour atténuer mes « blessures de l'âme ». Pour ne pas reproduire. Je suis de plus en plus convaincue de la force de la non-violence en voyant évoluer les enfants que je garde.

Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Education où transpire l'amour de mes parents, mais exprimé avec tant de maladresse ! Une éducation spontanée sans aucune remise en question des attitudes de l'adulte, avec fort désir de domination, ce qui m'a toujours interloquée, à ce que je me souviens.

Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Oui, en France, milieu rural.

Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
En France : un père a frappé son fils avec son nunchaku de karaté. C'étaient des amis de mon père. Il l'a fait devant nous. Personne n'a réagi. Ma sœur a dû porter une pancarte : « Je suis une pisseuse » (car pipi au lit) en restant nue devant la fenêtre de sa chambre quand elle dormait chez ma tante.

Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
Cette violence a lieu tous les jours, est comme banalisée et admise par la majorité des adultes qui la minimisent trop souvent. Violence physique, gestes brutaux et paroles et ton agressif, dénigrant.

Avez-vous des objections aux idées développées dans ce livre ? Lesquelles ?
Je suis admirative du travail que vous réalisez. Les idées que vous développez m'apparaissent d'une rare pertinence. Suggestion : réaliser un article un peu plus court, plus « simple » pour passer le message aux gens qui n'aiment pas lire autour de moi.

Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? Autres ?
Livre « La Fessée ».

Ce livre a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur les châtiments corporels ?
Je ne pensais pas que cette violence était universelle. Ça a renforcé mon envie de donner de la douceur autour de moi aux enfants en particulier. Pour que cette douceur se répande « comme une tache d'huile

Aline, 34 ans