Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on nous a apprise.

Marie-France Hirigoyen.

Un trou noir dans les statistiques sur la violence

456 313. C'est le nombre de violences contre les personnes enregistrées en France entre octobre 2008 et septembre 2009, selon le bilan mensuel de l'OND (Observatoire national de la délinquance) rendu public le 13 octobre 2009, soit une augmentation de 4,08 % en un an.

Cet observatoire établit les statistiques non seulement des violences, notamment commises dans le cadre familial, mais aussi des menaces de violences. Si par exemple un adulte est giflé dans la rue ou dans sa famille, ou menacé d'être giflé, et s'il porte plainte, cette gifle entre dans les statistiques de la violence.

Qu'en serait-il de ces statistiques si l'on y faisait entrer les violences et menaces de violences sur les enfants, gifles et fessées comprises ? Il y avait en France en 2006 environ 17 millions d'enfants. Compte tenu du fait que plus de 80 % d'entre eux reçoivent des gifles et fessées, il faudrait ajouter 13 millions au nombre de violences constatées. Et je vous laisse calculer le nombre total si l'on tient compte du fait que les enfants giflés et fessés le sont bien évidemment plusieurs fois en une année, voire en un mois, voire, pour certains, en une semaine ou un jour. Sans compter, bien sûr, le nombre de fois où ils sont menacés.

Le sommet d'un iceberg fait environ, dit-on, le dixième de son volume global. Le sommet émergé de l'iceberg de la violence, celui que révèle l'OND, est bien moins que cela : une tête d'épingle par rapport à un énorme bloc de violences quotidiennes sur la partie de la société la plus fragile, au cours de sa formation. Comment ne pas voir que la violence révélée prend en grande partie sa source dans cet Everest de violences quotidiennes ?