Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

Une enfance qui aurait pu être heureuse

Je voudrais témoigner. Une enfance qui aurait pu être heureuse.

Depuis que je suis petite, j'ai remarqué autour de moi, que les enfants étaient battus, souvent pour pas grand chose, ou même parfois, pour rien, à la place d'un autre, par erreur ou défoulement de l’adulte. (En famille, au jardin, au magasin, dans la rue…) Et cela me choquait. Je ne comprenais pas pourquoi les parents (ou éducateurs) avaient le droit de battre les enfants, alors que cela nous était interdit de battre quiconque. Je me suis toujours interrogée à ce sujet. Et j'ai beaucoup observé, étudié et réfléchi sur la question. (Droit de correction en famille et à l'école. Pourquoi ?)

Je suis issue d'une famille nombreuse, de petite bourgeoisie, attachant plus d'importance à la culture, qu'à l'argent. Des parents bien pensants, bien vus des voisins, qui nous enseignaient les valeurs principales de la République (politesse, respect des autres, altruisme, importance des études et des loisirs...). A la maison, l'éducation était sévère, il y avait des interdits. C'était l'éducation de l'époque. Mais, dans les autres familles fréquentées, c'était parfois encore pire.

Il y avait des gifles, claques, fessées, dans le cadre de l'éducation. Les parents d'alors n'avaient pas d'autres méthodes. Ils reproduisaient les modèles des anciens. - Il faut dire aussi, qu'ils avaient vécu 2 guerres, qui les avaient traumatisés (on le serait à moins), et avaient subi une éducation rigide renforcée par la situation de leur époque -. Ceci explique cela. (Mais n'excuse pas.) Ils n'avaient apparemment aucuns scrupules, ni remords, ni regrets. Ils ne réfléchissaient pas et avaient des réactions épidermiques, immédiates et sans contrôle de soi. On n'avait peu recours à la psychologie (ou pas du tout).

Chez nous, punitions et brimades, souvent injustifiées - car nous étions dressés dès la petite enfance, et nous ne cherchions pas à contrarier nos parents -, étaient courantes, et je l’ai mal vécu. Les aînés reproduisaient ce qu'ils subissaient, sur les plus jeunes. (Et je faisais partie des plus jeunes). L'éducation reçue ne nous convenait pas. Il n'y avait pas suffisamment de communication, de paroles échangées doucement, d'explications. Ma mère criait, s'énervait pour des riens, nous menaçait sans cesse. Les menaces sont également une forme de maltraitance. L'atmosphère à la maison était tendue. A côté de cela, il pouvait y avoir des compensations en gentillesse et des moments agréables. Mais, battre ou punir n'est pas une marque d'amour. On ne bat pas un ami (ou une amie). Le "qui aime bien châtie bien", qui est sur toutes les bouches, même encore aujourd’hui, a fait bien des désastres. (Au niveau individuel et de la société.) Je ne supportais pas que l’on fasse du mal à un enfant, même autre que moi.

Il était interdit de parler à table, surtout pour les plus jeunes. Les aînés étaient parfois violents entre eux, et faisaient la leçon aux «petits». Nos parents exigeaient de nous, une soumission continuelle, et imposaient leur volonté au détriment de celle de leurs enfants. La plupart des décisions importantes étaient prises à notre place, le plus souvent dans notre dos. (Pour moi, jusqu'à 19 ans). Mes parents étaient par ailleurs, un couple uni, aimant, ils ont vécu ensemble toute leur vie.

Mais, la pire des punitions pour moi, a été la mise en pension, à l'âge de 6 ans et demi, (jusqu'à 8 ans, et après de 9 ans à 9 ans et demi, puis à 17 ans, une année), sans jamais avoir été préparée à ces séparations, sans aucune explication. Ma mère a toute sa vie, pensé que j'étais heureuse en pension (comme si on pouvait l'être, privée de tout). Nous étions des numéros. En fait, c'est sans doute parce que j'avais une certaine difficulté de vivre à la maison, en raison des énervements continuels de ma mère, qui nous provoquait, et créait de l'électricité dans l’air. Je suis certaine que ces séjours en pension m'ont été très néfastes. J’ai eu le sentiment que ma mère avait voulu se débarrasser de moi. J'étais loin de ma famille, et n'avais qu'une visite familiale mensuelle. Je m'ennuyais énormément pendant les récréations, très longues. Je n'avais avec moi, presque rien de personnel, à part quelques vêtements. (Pas un jouet et pas de loisir les jours de congé, à part la promenade, en rang par deux). La pension est également une forme de maltraitance.

On s'en remet. Mais cela laisse des traces indélébiles. Plus tard, je me suis spécialisée dans la petite enfance, et j'ai eu 2 enfants, que j'ai essayé de traiter le mieux possible, avec beaucoup d'amour, manifesté par de l'affection, des marques de tendresse, une certaine écoute, des petits cadeaux... Mais j'ai dû beaucoup travailler sur moi-même, pour ne pas reproduire mon mal-vécu de l'enfance et de l'adolescence. Et cela n'a pas été parfait.

Je suis née fin des années 1940.

Marie-Noémie. 30 mars 2011