Il ne peut y avoir plus vive révélation de l'âme d'une société que la manière dont elle traite ses enfants.

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté.

Arte « au pays de la fessée interdite »

Mardi 6 décembre 2011, sur Arte, soirée Thema "Pour ou contre les châtiments corporels ?" (rediffusée vendredi 9 à 10h) avec à 20h40 un documentaire sur la Suède : Au pays de la fessée interdite, suivi à 21h35 d'un reportage en France, Tu vas en prendre une, puis d'un débat de 22h à 22h30. (Sur le site d'Arte, on peut encore lire des commentaires fort intéressants. Quant aux films et au débat, ils sont maintenant visibles sur cette page.)

Le documentaire laisse entendre qu'en Suède, on peut aller en prison pour "une gifle". Cela nous paraît très loin de la réalité. Selon nos informations (cf. l'article Suède, le retour inquiétant de certaines formes de violence éducative), il semblerait plutôt qu'en Suède une fessée, une claque peut entraîner un rappel à l'ordre, mais qu'elle n'a jamais mené en prison le parent qui l'a donnée. Ce risque existe seulement lorsque la fessée ou la claque deviennent une méthode d'éducation systématique, ou lorsque les parents utilisent des objets pour frapper les enfants. (C'est le cas du seul parent ayant fait de la prison que le film ait pu montrer !)

Mais l'alternative est-elle vraiment, comme le laisserait penser ce documentaire, entre un droit de correction dit "raisonnable", et le remplacement des châtiments corporels par d'autres formes de contrôle et par un conformisme social ? Ou encore, s'agit-il de choisir entre "ne rien faire", donc laisser les enfants livrés à eux-mêmes, ou les contrôler, que ce soit par la violence ou par des méthodes plus "subtiles" ? A lire à ce sujet :Et si la "parentalité positive" n'était pas si positive que cela ?.

En France, la seule proposition de loi existante prévoit que cette interdiction soit inscrite au code civil et non au code pénal : voir les articles présentés dans notre rubrique Vers une loi d'interdiction en France.

Au "pays des droits de l'homme", il est bien vu de lutter contre la maltraitance visible (la partie émergée de l'iceberg) et contre les violences faites aux femmes, mais frapper les enfants est encore considéré comme un "droit humain" imprescriptible, et s'y opposer comme une atteinte au droit de propriété ou à la liberté de pensée. L'un des deux invités au débat, le pédopsychiatre Stéphane Clerget, auteur de Parents, osez vous faire obéir, ne préconise certes pas la fessée comme méthode d'éducation (mais seulement "entre adultes consentants", croit-il bon de préciser !). Mais, pour ce "spécialiste", le but de l'éducation est d'"apprendre à l'enfant à obéir", quitte à recourir à toutes sortes de méthodes punitives (privation d'objets inutiles... que, selon lui, il faut offrir aux enfants ne serait-ce que pour cela !) ou à la "réprobation" (que d'autres appelleraient "retrait d'amour", voir l'article d'Alfie Kohn sur la parentalité conditionnelle).

L'autre invité, le neurobiologiste allemand Ralph Dawirs (auteur de "Les 10 plus grandes erreurs dans l'éducation des enfants", non traduit en français à ce jour), rappelle au contraire que le développement de l'enfant est d'abord un processus biologique, et que se fixer des "objectifs" que l'enfant devra suivre est une aberration de ce point de vue. Il met l'accent sur le fait de vivre au présent avec l'enfant, de "l'accompagner dans le développement de sa personnalité". Le but de l'éducation est de vivre en paix avec ses enfants (et que ces enfants deviennent des adultes libres dans un monde en paix), pas de "fixer des objectifs" et de "sanctionner les écarts". L'enfant apprend les limites en les dépassant.

Nous publierons prochainement un compte-rendu critique détaillé de cette soirée-débat, qui rassemblait beaucoup des sujets qui nous intéressent à l'OVEO !