Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on nous a apprise.

Marie-France Hirigoyen.

Changement de cap

Nous publions ici, avec l'autorisation de son auteur, l'éditorial du n° 52 de la revue La Maison écologique.

Changement de cap

« On peut habiter une maison écologique, manger bio, rouler à vélo et exploiter son voisin », lança Pierre Rabhi lors d'une conférence voici une dizaine d'années (1). Ces paroles prononcées par ce paysan-philosophe ont guidé, et guident toujours, la ligne éditoriale de ce magazine depuis sa création, prônant une construction écologique et humaniste. Et Olivier Maurel, auteur du renversant Oui la nature humaine est bonne (éditions Robert Laffont, 2009), enfonce le clou lorsqu'il ajoute : « Peu d'écologistes jusqu'à présent se sont préoccupés d'une des plus radicales atteintes à notre propre nature, qui touche la majorité des enfants venant en ce monde. Je veux parler de la perturbation du cerveau des enfants par la violence éducative ordinaire, celle à laquelle recourent en toute bonne conscience presque tous les parents du monde comme moyen d'éducation. » Car une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne, entend-on bien souvent. Pourtant, peu importe la gravité de l'acte violent que l'on inflige à l'enfant, à chaque fois la douleur intérieure occasionnée, qu'il conservera, adulte, sans le savoir, fera le lit d'une violence dirigée contre des êtres vivants et la Planète. Cette violence éducative ordinaire, à ne pas confondre avec la maltraitance qui n'est que la partie visible de l'iceberg, est un fléau dont nous commençons aujourd'hui à mesurer l'ampleur. Peut-on alors considérer écologique une maison si l'on y pratique cette violence ?

Quelques fessées « bien méritées », de « gentilles » moqueries, et des abus d'autorité ont été les actes de violence éducative ordinaire que j'ai infligés à mes enfants ces dernières années. Depuis plusieurs mois, ils n'ont plus à les subir, et je me trouve alors en présence d'êtres libres, incroyablement vivants et d'une sensibilité que je ne soupçonnais pas. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'habiter enfin une maison écologique, et je vais prendre plus de temps pour me consacrer à ce « nouveau » foyer.

J'ai décidé de quitter la direction de La Maison écologique sachant que la relève est déjà là, depuis longtemps, pour continuer à porter l'esprit de ce magazine indépendant pas-comme-les-autres. Je continuerai à signer quelques articles ou photos, histoire de garder un lien avec cette grande aventure commencée il y a neuf ans, quasiment jour pour jour au moment de la rédaction de cet éditorial. Bonne continuation à toute l'équipe : Aline, Julie, Nadia, Eric, Julien, Cathie, Vincent et Anne-Soazig !

Je remercie toutes les personnes qui m'ont ouvert leurs portes, tous les courageux professionnels qui œuvrent dans le bon sens et qui ont bien voulu prendre sur leur précieux temps pour livrer leurs petits secrets, et les autoconstructeurs de la première heure qui, en osant affirmer leurs choix, ont rendu favorable aux yeux de l'opinion publique le mouvement de l'écoconstruction.

Bonne lecture,
Yvan Saint-Jours

NB : La Suède fut le premier pays au monde à voter une loi interdisant les punitions corporelles en 1979. Une génération plus tard, c'est l'État qui affiche la plus grande ambition écologique (lire l'édito du n° 50). Depuis, 22 autres nations l'ont rejointe, mais la France, pays des Droits de l'Homme, n'a pas encore voté de loi interdisant toutes violences y compris fessées, gifles, tapes…

(1) Lire également son Manifeste pour la Terre et l'Humanisme, éditions Actes Sud, 2008.


Yvan Saint-Jours est le fondateur de La Maison écologique, magazine pionnier de référence sur l’habitat écologique, magazine qu’il a dirigé durant 9 ans. Photographe et journaliste, il a rédigé de nombreux articles sur le sujet de l’écoconstruction et reçu en 2007 pour La Maison écologique le prix européen Eurosolar du média le plus actif pour les énergies renouvelables. En cohérence avec ces idées qui le passionnent depuis 1993, il aime mettre la main à la pâte et termine actuellement sa troisième maison (rénovation, construction neuve en paille, extension en bois…). (Source : Editions La Plage).

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