Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Des arguments médicaux contre la violence éducative ordinaire

Par Olivier Rolland, membre de l'OVEO

Cornélia Gauthier, médecin généraliste et psychosomaticienne suisse, qui, rappelons-le, est membre du comité de parrainage de l'OVEO, a publié sur dans la revue médicale suisse (Rev Med Suisse 2010) un article important (en deux parties) sur les méfaits de la violence éducative ordinaire : Qui aime bien, châtie bien (1) et (2).

Il nous paraît utile de préciser que le mot « maltraitance » est employé dans ces articles au sens que lui donne Alice Miller, c'est-à-dire toute forme de « mauvais traitements », incluant par conséquent les fessées, tapes, gifles, et non au sens qu’on lui donne généralement en France (abus « graves » et non acceptés par la société).

Outre que ces articles apportent un point de vue médical sur l'impact de la violence éducative ordinaire sur le corps et le psychisme de l'enfant et sur les conséquences à l’âge adulte, nous trouvons importante la notion d'« abus par procuration » à laquelle se réfère le Dr Gauthier (dans la première partie, p. 2, à propos de « l’abus émotionnel [...], plus complexe, car plus difficile à identifier »). En effet, le fait d'avoir été témoin de violences, avec ou sans coups (disputes violentes, cris, menaces, etc.), peut marquer assez profondément l'enfant pour qu’il reproduise ces violences, une fois adulte, par exemple sous forme de coups à son enfant même lorsqu’il n’en a pas reçu lui-même, bien qu’il soit souvent difficile de prouver qu’un enfant n’a jamais reçu de coups.

Nous aurions toutefois souhaité que les punitions soient évoquées parmi les formes de violence ordinaire. Peut-être feront-elles l'objet d'autres articles à venir ?


Voir également, du Dr Cornélia Gauthier, la lettre ouverte : Qui sont nos patients abusés et de quoi souffrent-ils ?