Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

J’ai mis plus de quarante ans à vivre

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

 
- Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?
Oui, physique, sexuelle, psychologique.

- A partir de et jusqu'à quel âge ?
Aussi loin que je me souvienne jusqu'à, physique, + ou – 20 ans, sexuelle 16 ans, psychologique, toujours...

- Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...))
Physique et psychologique, père et mère, une enseignante aussi ; sexuelle : mère car elle « m'offrait » et ami de la famille. Plus tard, ex-mari.

- Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Ma mère sans aucun doute, mon père aussi, mais contexte générationnel. Mon ex-mari, oui, par sa grand-mère (j'ai divorcé parce que battue pendant ma grossesse et il a torturé notre fils pendant des années...).

- Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Tout ça ! Ma mère répétait que j'étais folle et méchante...J'y croyais et faisais beaucoup d'efforts pour être acceptable, sans succès. Et puis aussi, de la stupeur (sidération parfois) et de la peur car ses colères étaient imprévisibles.

- Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Relativement seule. Avec le recul, je crois que plusieurs personnes savaient ou se doutaient, mais « ça ne se fait pas de dire du mal de ses parents », alors, quand j'appelais au secours, j'étais plutôt sermonnée.

- Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Enorme honte et culpabilité. Peur que les autres sachent qui je suis en vérité (= une mauvaise personne) donc peu d'amis.

- Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ?
J'ai mis plus de 40 ans à vivre : peur, échecs, TS, dépression, insomnie... J'ai bientôt 48 ans, cela fait à peine 10 ans que j'ose penser que je suis quelqu'un de bien et donc m'autorise à m'exprimer sur ce que je connais.

- En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
J'ai 4 enfants. Je ne voulais pas les taper, mais le monstre violence est parfois sorti de moi. Je leur ai fait peur des fois. J'ai fait deux psychothérapies et des études dans plusieurs directions, cela m'a reconstruite. Je ne travaille pas avec les enfants mais avec leurs parents et éducateurs.

- Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Un gâchis immense. J'ai fini par mettre un terme à ma relation avec mes parents, trop destructrice.

- Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Années 70 en France, oui, la violence éducative était dans la norme. On l'appelait juste « éducation ». Mes parents disaient que « les enfants, ça se dresse ».

- Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
Sans voyager, j'en vois encore souvent dans ma province. Ex : une assistante maternelle qui traîne/porte un petit enfant par un bras pour se faire obéir. Une grande sœur qui gifle son frère dans un magasin. Un éducateur qui prive un enfant de repas (4 ans).

- Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
La VEO est d'après moi dans le positionnement qu'on adopte face à l'enfant. Si on se place au-dessus, alors on risque de déraper. Si on accepte le postulat selon lequel le petit homme est notre égal, il a les mêmes droits. C'est nous qui avons plus de devoirs (protection, soins, écoute, etc.)

- Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Non !

- Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
Site.

- Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Renforcé.

- Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Je suis une femme de 48 ans, travailleur social et accompagnante parentale.