Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

La violence éducative ordinaire à la télévision

Par Evelyne B., membre de l’OVEO

Alors que nous sommes maintenant en mesure de connaître les dangers de la violence éducative ordinaire, et ses dramatiques conséquences sur l'équilibre et le psychisme d'une majorité d'êtres humains, nous pouvons constater à quel point la télévision, à travers des séries diffusées régulièrement et obtenant un grand succès, demeure "sympathisante" de la violence éducative ordinaire (VEO), contribuant ainsi à répandre des idées fausses et participant à la désinformation générale.

Dans la série L’Instit, qui met en scène les pérégrinations d'un instituteur remplaçant allant de ville en ville – et de classe en classe – afin de voler au secours de tous les écoliers en détresse, le problème de la VEO est très peu abordé, et lorsqu'il l'est, c'est pour être constamment minimisé : dans un épisode consacré à l'histoire d'un enfant régulièrement battu par son père, l'instit fait à une classe d'enfants un discours "pédagogique", établissant une différence fondamentale entre "les enfants vraiment battus par leurs parents", qu'il décrit comme une minorité d'enfants martyrs victimes de la violence la plus extrême, à l'opposé de la majorité des enfants, qui seraient, d'après lui, rarement frappés par leurs parents ("Une punition ou une petite fessée de temps en temps, ça n'est jamais bien grave") et qui, très bien traités, n'auraient aucune raison de souffrir de la maltraitance parentale.

Un tel discours, qui flatte le parent ordinaire qui ne frappe son enfant que "de temps en temps" et "sans excès", aux antipodes de ces parents violents qui vont jusqu'à rouer de coups leurs enfants, correspond à une vision entièrement faussée, celle d’une société qui ne s'indigne de la violence et de la maltraitance que lorsqu'elles atteignent un degré irréparable. De nombreuses études et d'innombrables témoignages nous montrent maintenant que les châtiments corporels les plus "ordinaires" sont extrêmement préjudiciables à tout enfant, qu'ils lui enseignent la violence et s'avèrent très destructeurs pour son équilibre psychique, quand bien même l'adulte qu'il deviendra par la suite n'en aurait pas conscience. Aucune forme de brutalité ne devrait être considérée comme acceptable et justifiée par un but "éducatif", et le fait de déclarer qu'un enfant n'est "vraiment battu" que lorsqu'il est frappé au point d'être couvert de marques montre simplement à quel point notre société est encore dans le déni des souffrances de l'enfance, et des dégâts psychologiques à long terme causés par la VEO.


Je t'aime, je te gifle...

Par Catherine Barret, membre de l’OVEO

La gifle comme preuve d’amour est un thème récurrent des séries télévisées, et, faute de pouvoir les répertorier toutes (ce qui serait d’ailleurs bien fastidieux pour le lecteur !), on ne peut qu’en citer quelques exemples plus ou moins significatifs. Exemples qui, parfois, se télescopent curieusement d’une série à l’autre, comme s’il était de première importance – dans un but « pédagogique », sans doute… – que le public soit entretenu à tout âge dans la croyance aux vertus rédemptrices de « la gifle ».

La gifle, considérée par certains éducateurs comme plus « respectueuse » que la fessée – tandis que pour d’autres c’est exactement le contraire. Nous avons entendu et lu beaucoup d’arguments, ou plutôt d’affirmations, à l’appui de l’une et l’autre thèse, mais, mis à part la question de « l’efficacité », la discussion se limite généralement à deux thèmes :

1/ Vaut-il mieux attenter à la sexualité de l’enfant ou à son identité ? (La question n’est pas formulée en ces termes, bien sûr ! Mais l’argument de ceux qui prônent la fessée contre la gifle est bien que la fessée serait plus « respectueuse ».)

2/ Qu’est-ce qui est le mieux adapté à chaque âge ? La fessée : plutôt pour les plus petits ? Avec débat : déculottée ou pas, qu’est-ce qui est « le plus respectueux » (sic), qu’est-ce qui fait le moins mal – et faut-il que ça fasse moins mal, au risque d’être moins « efficace » ? Variante : moyens pour que le parent ne se fasse pas mal lui-même, car il n’a pas à être puni, lui1 , d’autant qu’il souffre de devoir faire cela…


A lire également, sur notre site :
Le roman de la Gifle
Quand "Je t'aime" signifie : "Fais ce que je te dis..."


  1. Dans le genre, on nous a signalé au moins à deux reprises un article sur Internet qui explique très sérieusement Comment donner une fessée (donc de façon « respectueuse » et sans se faire mal…). Le fait que le même site propose également (comme s’il s’agissait d’un simple choix éducatif personnel) un article contre la fessée ne fait pas grand-chose pour éclairer le problème… []
  2. Même si nous ne prônons pas pour autant la non-réconciliation… Mais apparemment, le ressentiment d’un enfant envers un parent qui l’a abandonné – par exemple – doit toujours se payer, selon les auteurs de séries, et selon une sorte de principe de la double peine… Enfant rebelle = réconciliation plus « gifle de rattrapage »… C’est encore plus fréquent dans la série Famille d’accueil (voir l’article précédent). []