C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

Les gens finissaient toujours par me dire que j’exagérais

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

1) Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

[Oui. violences] physiques : baffes, fessées, coups divers
morales : injures, paroles blessantes, humiliations - ma mère me mettait sur le palier en chemise de nuit, privations de nourriture, enfermement dans ma chambre (une fois 3 jours consécutifs sans nourriture, j'allais voler la nuit des boites de conserves que je tentais d'ouvrir avec mon compas), mes parents me réveillaient la nuit pour me taper et m'insulter.

2) A partir de et jusqu'à quel âge ?
20 ans alors que je ne vivais plus avec mes parents depuis 2 ans déjà. Mais mon père était fier de me donner encore des baffes.

3) Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
père et mère mais aussi ma soeur, plus jeune de 4 ans, qui fut rapidement plus forte que moi (bien sur on peut excuser les coups de petit enfant mais devenu adulte elle a continuer à m'humiler en disant par exemple que j'avais gaché la vie de toute la famille. A l'ecole aussi j'ai été humiliée par certains enseignants mais surtout par les autres éléves.

4) Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Ma mère oui. Pour les autres je ne sais pas. Ma soeur était de mon avis gatée mais ce n'est peut-être qu'un sentiment. Mais lorsque j'étais jeune je pensais qu'elle était dans le "camp" de mes parents. Enfin je tente restituer mes sentiments mais je sais très bien que ce peut être biaisé.

5) Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Dans mes souvenirs, c'est la résignation qui dominait.

6) Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
J'ai souvenir d'avoir plusieurs fois cherché l'appui d'autres adultes même très petite. Mais ensuite ces personnes allaient tout raconter à ma mère qui me regardait alors avec un regard de satisfaction du genre "tu vois je sais tout, tu ne peux rien me cacher". Et du coup j'ai fait de moins en moins confiance aux gens. En quelque sorte personne ne voulait me sauver. Je me sentais seule. D'autant que au final les gens autour finissaient toujours par me dire que j'exagérais et que mes parents étaient des gens gentils. C'est d'ailleurs toujours ainsi qu'ils sont perçus alors que moi je suis une asociale avec qui personne ne veut nouer de contacts.

7) Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Je ne sais pas. La peur de tout. Même lorsque j'étais avec des copines j'osais à peine parler, je pensais voir ma mère dérrière chaque lampadaire.
Mais à 14 ans j'ai fait de l'anorexie, puis de la boulimie.

8) Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Je fais de la dépression de façon réccurente sans jamais pouvoir m'en sortir. J'ai beaucoup de cauchemars que j'ai parfois du mal à évacuer : ils semblent rester dans ma tête durant 1h ou 2 sans que je puisse dire le contenu du cauchemar. Ce qui me donne l'impression d'être folle.
Avec mes enfants c'est compliqué. Je voudrais aucune violence mais je suis vite exaspérée. Et je donne des baffes, crie. Je regrette aussitot bien sur mais je culpabilise. J'ai souvent envie de me suicider. L'idée que tout pourrait être pire alors pour mes enfants est la seule raison qui me retienne.
Mon compagnon ne m'aide pas beaucoup. Si il reconnait que j'ai raison dans mon désir de non violence, il est le premier à taper et même sur moi. De plus il n'y a aucune façon de pouvoir le faire réfléchir. Il est persuadé d'avoir eu des parents aimants. Alors que moi je me dis que pour être aussi méchant parfois il doit avoir souffert petit. Mais justement si je dis quelque chose sur sa famille, il devient très agressif avec moi et me reproche ma dépression.

9) Si vos parents ont su éviter toute violence, pouvez-vous préciser comment ils s'y sont pris ?



10) Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
inhibitrice

11) Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
oui

12) Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
pas de voyage

13) Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
je ne sais pas trop, pour moi toute forme de maltraitance est à bannir. Et je souhaiterais que les parents et futurs parents puissent trouver de l'aide pour y réussir. Moi-même je voudrais vraiment élever mes enfants sans violence mais je n'y réussis pas. Si j'avais de l'aide je la prendrais. C'est une vraie demande que je formule même si je sais pertinemment que vous n'êtes pas des magiciens.

14) Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?

15) Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
site : oui. En fait je m'interrésais surtout au site d'Alice Miller.

16) Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
oui renforcé.

17) Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.