Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Mort de  Lyhanna : la France ne protège pas les victimes de violence sexuelle

Une défaillance systémique

Portrait Lyhanna

Le meurtre de Lyhanna met en évidence l’incapacité de notre système judiciaire à protéger les enfants des prédateurs pédocriminels et criminels. Ce sont les défaillances de notre société dans son intégralité qu’il faut interroger.

10 mois après la plainte d'une petite fille de 10 ans, accompagnée d'examens médico-légaux, le suspect est resté libre. Libre d’agresser tous les enfants de son entourage et ce, sans qu'aucune institution ni aucun adulte ne se montre en capacité de les protéger.

Cette situation s’inscrit dans une logique massive et structurelle, et ne relève pas de simples dysfonctionnements individuels mais participe à un système qui laisse les agresseurs hors d’atteinte de la justice.

Depuis 1986, le Collectif féministe contre le viol documente, à partir des appels reçus sur ses lignes nationales, les obstacles rencontrés par les victimes pour faire entendre leur voix.

De manière récurrente, les faits d’agression sexuelle, de tentative de viol, de viol, sont minimisés, les victimes sont culpabilisées et confrontées à des refus de dépôt de plainte. Elles sont abusivement orientées vers des dépôts de « main-courante ».

Ces pratiques ne sont ni marginales ni anecdotiques. Elles s’inscrivent dans une culture institutionnelle qui continue de produire du doute à l’égard des victimes et de la protection à l’égard des agresseurs. Elles participent directement aux classements sans suite ultérieurs, en fragilisant dès l’origine les procédures et en décourageant les victimes de poursuivre leurs démarches.

Chaque année, en France, 160 000 enfants sont agressés sexuellement

Seules 3 % des plaintes pour viols sur mineur·es aboutissent à une condamnation. L'impunité est quasi totale et permet à ces violences de se poursuivre. 

L'affaire de Lyhanna ne doit pas rester un fait divers de plus mais provoquer une révolution de la protection des enfants, un changement de paradigme, en donnant réellement la priorité à l’intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les couches de la société.

Il faut que nous passions d'une société du doute, du déni, de l'évitement à une société de protection absolue des enfants. Et ce avec une attention particulière accordée à la parole de l’enfant.

Nous considérons le gouvernement actuel comme responsable du délabrement des dispositifs de protection de l’enfance, responsable de l’absence totale de toute politique de prévention et d’alerte sur les violences faites aux enfants.

Nous dénonçons le refus de ce gouvernement de mettre en œuvre les préconisations de la  CIIVISE, notamment cette recommandation que les plaintes concernant les violences sexuelles sur mineurs soient traitées en priorité et que les victimes soient informées du déroulement de l’enquête.

Nous exigeons que le gouvernement agisse dès maintenant, avec une loi intégrale, accompagnée de moyens pour la mettre en œuvre. Cette loi intégrale devrait notamment comprendre l'imprescriptibilité des crimes sur mineur·es et la mise en place d'un Conseil de victimes et de survivant·es pour que les violences contre les enfants soient toujours à l’agenda politique.


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