L’enquête 2026 de la Fondation pour l’enfance sur « les » violences éducatives ordinaires

Le 17 avril 2026, la Fondation pour l'enfance a publié son 3e baromètre « sur les violences dites éducatives ordinaires ». Le recours à ces violences reste majoritaire malgré une connaissance de la loi de 2019 (83 % des personnes interrogées déclarent avoir recouru à au moins une violence au cours des 12 derniers mois, dont 36 % à la fessée).
La présentation disponible en ligne donne la méthodologie et les résultats détaillés de l'enquête, résumée dans une synthèse de 8 pages. L'enquête a été également présentée par la directrice de la Fondation, Joëlle Sicamois, lors d'une conférence de presse à laquelle ont assisté plusieurs membres de l'OVEO. Elle a évoqué, comme dans cet entretien sur BFM TV, le problème de l'obéissance considérée comme le but de l'éducation, mais qui fragilise les enfants, et la dimension systémique des violences ordinaires, qui en fait le terreau de violences plus "graves".
Cette année, le baromètre s’inscrit pour la première fois dans le cadre d’une enquête plus large, initiée en 2025, le projet de recherche PRÉVÉO ("Prévention des VEO"), dont le volet 2 comporterait des dispositifs d'intervention auprès des parents1 pour les sensibiliser "aux VEO" et le volet 3 consisterait à "questionner les professionnels sur leurs connaissances sur les VEO et leurs besoins pour mieux accompagner les familles"2.
L'article qui suit est une version de l'article de Jean-Pierre Thielland mis en ligne sur le blog L'enfant libre le 25 avril 2026.
Violence éducative : baromètre de la Fondation pour l'enfance
La Fondation pour l’Enfance vient de publier sa nouvelle enquête sur les violences éducatives ordinaires en France (VEO). Depuis 2022, pas d’évolution significative, ces violences restent largement utilisées dans les familles.
La prévalence de la violence éducative
Près d’un tiers des parents (32 %) soutiennent que « certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter » et près de 2 parents sur 10 (19 %) jugent acceptable d’y recourir dans un but éducatif. Près de 8 parents sur 10 (83 %) déclarent avoir eu recours à une violence verbale ou psychologique au moins une fois au cours des douze derniers mois et notamment sous la forme de cris ou hurlements (68 %). Quant aux violences physiques, plus d’un tiers des parents (41 %) déclarent avoir déjà eu recours à une punition physique au cours de l’année écoulée.
Un fléau systémique
Un phénomène systémique qui concerne la quasi-totalité des enfants, livrés sans véritable contrôle de la collectivité à l’arbitraire d’un ou deux individus. La famille serait-elle l’une des institutions sociales les plus criminogènes ?
Ce baromètre de la Fondation pour l’enfance nous donne un aperçu glaçant de cette violence endémique dans les familles en France. Parce qu’il faut bien y ajouter les 160 000 enfants victimes d’agressions sexuelles chaque année, dont 81 % par un membre de la famille (voir le rapport 2023 de la CIIVISE) ainsi que le rapport de la CNCDH qui évalue qu’un enfant meurt tous les quatre ou cinq jours sous les coups de ses parents.
Quelle réponse politique ?
Selon le journal Libération, « ces sujets devraient être abordés lors des assises du soutien à la parentalité, lancées il y a deux mois par la Haute-Commissaire et la ministre de la Santé, Stéphanie Rist »... Il ne faut pas se faire trop d’illusions sur une quelconque volonté politique sur le sujet, le Haut-Commissariat à l’enfance n’a aucun budget.
La loi du 10 juillet 2019 qui interdit les violences éducatives ordinaires prévoyait la mise en place d’une politique de prévention de la violence éducative dans la famille et dans tous les lieux fréquentés par les enfants, accompagnée d’un plan de formation pour l’ensemble des professionnels concernés3. On attend toujours… Qu'en sera-t-il lors de la publication du prochain baromètre de la Fondation pour l’enfance ?
Il s’agirait surtout de réviser fondamentalement les rapports adultes-enfants pour aller vers des relations qui excluent toute domination.
Nous devons également réfléchir collectivement à remettre en question la notion même d’éducation4, pour aller vers un accompagnement respectueux de l’enfant, de sa personne et de ses droits, et tolérant envers ses sentiments et ses émotions.
- Seulement en Bretagne, l'étude étant réalisée par l'IFOP pour la Fondation pour l'enfance en partenariat avec la fondation de l'Université de Bretagne Occidentale. (Toutes les notes sont de l'OVEO.) ↩︎
- Cette partie s'appliquerait à toute la France, à travers des groupes de discussion. On ne sait pas quels sont les types de professions concernés. Lors des questions du public à la conférence de presse, il a été dit que la violence éducative à l'école (et dans le périscolaire), absente de l'enquête, serait abordée par la suite. ↩︎
- Voir l'article Notre lecture du rapport gouvernemental relatif aux violences éducatives. ↩︎
- Dans l'enquête, le mot "éducation" lui-même n'est pas défini. Or, nous connaissons son ambiguïté puisque, selon les contextes, les familles, les idéologies (et les époques et les langues), il peut désigner n'importe quelle forme de relation entre adultes et enfants, allant des soins à l'instruction, le seul point commun étant donc le fait d'inclure des formes de pédagogie (techniques d'éducation, de discipline, d'enseignement...), de contrôle et de domination. Il n'est donc pas étonnant que la notion de "violence éducative" soit tout aussi vague, à plus forte raison lorsqu'on l'emploie indifféremment au singulier ou au pluriel comme pour désigner simplement un ensemble de pratiques, et de même pour la distinction entre violence "ordinaire" ou non. Cela explique sans doute les contradictions et les résultats curieux dans les réponses aux questions de l'enquête sur ce qui est ou non "une violence éducative ordinaire" (p. 31/51 de la présentation). Par exemple, lorsque seulement 51 % des répondants considèrent comme tel le fait de frapper un enfant avec une ceinture ou un objet dur, de le jeter à terre ou de le pincer, cela signifie-t-il qu'ils considèrent ces actes comme n'étant pas une violence "ordinaire" (mais extraordinaire), ou que ce n'est pas "éducatif" ? ↩︎
‹ « Éduquer dans la dignité, éduquer à la liberté »
