C'est à l'échelle mondiale qu'il faut désormais inventer de nouveaux concepts mobilisateurs, pour parvenir à cet idéal : l'égalité en dignité et en droit de tous les êtres humains.

Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue, féministe, femme politique, scientifique (1933 – 2017)

« Parleras-tu ? » Un spectacle « tout terrain »

Mise à jour : janvier 2025

photographie du spectacle : les comédiens sont accoudés à une table trop haute pour elles·eux
Photographie © Jules Métayer

Et si c’était pas les ados qui étaient en crise, mais le système ?

« Parleras-tu ? » est un spectacle (à partir de 7 ans) auquel nous n’avons pas encore assisté mais dont l’orientation nous semble très intéressante, car son écriture s’est construite sur la base de paroles d’enfants et d’adolescent·es :

Eva Guland1 écrit : 

D’ateliers de pratique théâtrale en ateliers d’écriture, en passant par de nombreux temps de discussion, nous avons échangé avec des jeunes de huit à dix-huit ans, principalement au sein d’institutions (école élémentaire, collège, maisons d’enfants à caractère social) mais aussi en dehors. Ces témoignages ont nourri en profondeur notre réflexion et l’écriture du spectacle. Souvent enregistrés, ils en constituent la matière première, donnant à entendre les paroles de personnes peu écoutées à cause de leur appartenance à une catégorie sociale : les mineur·es2.
Mêlant écriture de l’intime et écriture du réel, nous créons un spectacle poétique et politique. À partir de cas précis, mêlant fiction et réalité, nous cherchons à comprendre ce qui se joue comme rapports de domination entre adultes et enfants. Dénonçant des violences symboliques et systémiques et les différentes formes qu’elles peuvent prendre, le spectacle laisse aussi place au rêve et aux potentielles alternatives.
En intégrant du burlesque et du second degré dans cette enquête documentaire aux sujets très sérieux, nous utilisons le rire pour mettre une distance qui nous semble, à certains moments, nécessaire. Différents registres d’écriture et de jeu se côtoient donc autour d’une création sonore faite de multiples voix.

Nous encourageons les collèges et lycées à contacter la compagnie Plante Un Regard pour organiser la programmation du spectacle dans leur établissement.

Lire la suite
  1. Eva Guland qui a écrit et mis en scène le spectacle, intervient aux premières Rencontres de l’OVEO sur la domination adulte et la violence éducative ordinaire le 21 octobre 2023 à l'École démocratique de Paris.[]
  2. Note de l’OVEO : le mot « mineur·e » signifie « qui a une moindre importance, secondaire, dérisoire ». Il est une représentation exacte de la considération que la société porte aux plus jeunes ![]

, , ,

Rencontres de l’OVEO le 21 octobre : une journée dédiée aux questions de violence éducative et de domination adulte

(Article mis à jour le 16 octobre 2023)

L'OVEO organise le 21 octobre une première édition des "Rencontres de l'OVEO" à l’École démocratique de Paris (6-8 rue Léon Giraud, 75019 Paris).

Cette journée sera l'occasion de 15 contributions sur la domination adulte et la violence éducative ordinaire et d’ateliers militants壯陽藥 strong>. Les contributions se feront sous la forme de 3 tables rondes.

L'objectif de ces Rencontres est de mettre en place un réseau de personnes sensibilisées et concernées par la critique des dominations subies par les plus jeunes.

Lire la suite

,

Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU reprend des recommandations faites par l’OVEO

Résumé : Dans ses conclusions rendues le 2 juin 2023, le Comité des droits de l’enfant de l’ONU salue le vote en France de la modification de la loi sur l'autorité parentale du 10 juillet 2019 précisant que "l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques". Dans son analyse de cette loi, le Comité reprend une partie de nos recommandations :

  • mener des campagnes d’information nationales ;
  • renforcer la formation de tous les professionnels en lien avec des enfants ;
  • mettre en place des mesures de sensibilisation sur la violence éducative ordinaire ;
  • remplacer le terme d’autorité parentale par le terme de responsabilité parentale dans les lois.

Les 9 et 10 mai 2023 a eu lieu l’audition de la France par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qui analyse comment un État applique la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) de 1989, ratifiée par la France en 1990, et comment il fait respecter les droits des enfants.

Lire la suite

, ,

La violence

Selon les étiquettes sociales, je suis ce qu'on appelle une enfant battue. La violence s'est installée, sournoisement, au quotidien, dans une famille nombreuse, catholique, patriarcale. Trop d'enfants pour deux parents fragiles qui ont lui et elle-même connu la violence. Mère violentée sexuellement par l'un de ses frères pendant des années, dans le tabou des belles familles aristocrates. Père, fils de petit commerçant, élevé à la dure.

Le cycle de la violence qui s'installe. D'abord psychologique, par la faiblesse mais la force de la domination, l'emprise du patriarche craint par sa femme et ses enfants, surtout les filles. Puis les coups qui arrivent, on ne sait pas quand, comment, pourquoi. Parce que la journée a été longue et fatigante et qu'on est là au mauvais endroit, au mauvais moment.

Les cris, les gueulantes, les coups de fourchette sur les doigts pendant les repas, le silence imposé parce qu'on est enfant et que seul·es les adultes ont le droit de parler.

Se réfugier dans le silence, les rêves.

Lire la suite

, , ,

Le roman Sa Majesté des mouches, de Samuel Golding, une nouvelle fois démenti

Par Olivier Maurel

Image extraite du film Sa Majesté des mouches de Peter Brook (1963)

Le roman de Samuel Golding, Sa Majesté des mouches (Lord of the Flies), publié en 1954, est une des grandes références littéraires du XXe siècle. Il a été plusieurs fois classé parmi les meilleurs romans du XXe siècle, et adapté au théâtre, au cinéma et dans des séries télévisées. 

Ce roman raconte l’histoire fictive d’un groupe d’enfants de la haute société britannique qui ont survécu à la chute de leur avion sur une île déserte du Pacifique. Ils tentent d’organiser une société selon les principes qu’ils ont appris, mais bien vite des relations de domination et de violence s’installent et les enfants en arrivent à s’entredétruire.

Lire la suite

, ,

Leurs vies ne comptent pas… 

Article rédigé par Daliborka Milovanovic publié sur le site Le Gai Savoir (lien de l'article).

Pour les jeunes de banlieues, la France n’est pas un État de droit

Le 29 juin dernier, à Nanterre, un adolescent est exécuté sommairement au volant de son véhicule par un policier. Tout simplement exécuté. Éradiqué.

Les récits des circonstances de l’exécution diffèrent, se contredisent. Mais il n’est nul besoin ici de narrer les circonstances de ce qui n’en demeure pas moins un meurtre. Et donc un crime.

Nahel était-il en train de conduire de façon cavalière ? Était-il « déjà connu des services de police » ? Avait-il « refusé d’obtempérer » ? Était-il titulaire ou non d’un permis de conduire ? Sa conduite ou son comportement allaient-ils porter préjudice à des personnes ? Aucune réponse à ces questions secondaires, et pour certaines spéculatives, ne permettrait de justifier ou d’excuser l’acte de tirer à bout portant sur un humain qui est en position de faiblesse. Comment qualifier autrement le fait d’être à portée d’une arme mortelle autrement que de position de faiblesse ?

Lire la suite

, , , , ,

Nahel et les « jeunes de banlieue » : violences policières et domination adulte

« Nous ne vivons pas une crise de l’autorité parentale mais une crise de notre capacité à protéger les jeunes personnes et à leur donner du pouvoir dans l’espace démocratique »

La convergence des violences racistes et de la domination adulte

Zyed et Bouna avaient 17 et 15 ans, Adama Traoré avait 24 ans, Nahel avait 17 ans. 

Nous savons depuis des années le caractère raciste et classiste des violences policières. La dimension de l’âgisme et de la domination adulte est systématiquement non-conscientisée et demeure un impensé. Or la domination adulte et les discriminations âgistes (fondées sur l’âge) contribuent à banaliser et à légitimer certaines formes de violence et d’oppression.

Dans les médias, dans la recherche en sciences sociales ou dans les milieux militants, l’âge des victimes de violences policières et leur statut de « jeune personne » est mentionné mais il est rarement approfondi. 

Lire la suite

, , , ,

Réflexions sur la pertinence de la formule « violence éducative ordinaire »

Par Daliborka Milovanovic, membre et actuelle présidente de l'OVEO.
Texte publié sur le site enfantillage-larevue.fr

Régulièrement, la formule « violence éducative ordinaire » est remise en cause, aussi bien par les nostalgiques de la libre fessée et de la mise au coin que par des alliés authentiques des enfants. Pourtant, cette formule concise permet de résumer en trois mots la nature des rapports que les adultes entretiennent avec les enfants. Le sigle VEO fonctionne comme aide-mémoire pour retenir le syllogisme de l’oppression des jeunes : 

  • L’éducation est le cadre indépassable de toute interaction avec un enfant.
  • La violence est inhérente à tout geste éducatif.
  • Les jeunes, ordinairement éduqués, sont donc ordinairement violentés.
Lire la suite

, , ,

Une pratique soigneusement ritualisée

Témoignage reçu par Olivier Maurel

Ce qui va suivre n'emprunte rien ni à la littérature, ni à la psychanalyse. Il est vrai, dans chacun de ses détails, que j'ai voulu d'une extrême précision. Rien d'inventé, rien de romancé. Relation froide, presque clinique, de ce qui m'est arrivé il y a exactement soixante-dix ans (j'en ai aujourd'hui 84). Blessures mal soignées, cicatrices encore douloureuses si longtemps après, ce témoignage (que je voulais écrire depuis très longtemps sans jamais m'y résoudre) s'inscrit dans le combat que mène depuis des années Olivier Maurel pour dénoncer des pratiques destructrices des personnes et des familles. Parfois, on le verra, jusqu'à la mort.

Aucune considération « morale ». Je n'excuse rien. Je n'explique rien. Je ne pardonne rien. Je me borne à raconter ce que j'ai vécu. Les faits, rien que les faits, pour ne pas enfouir dans l'oubli ce qui m'a obsédé pendant toute ma vie d'adulte ; pour me libérer enfin d'un très lourd secret avant qu'il ne soit trop tard.

Il ne s'agit pas seulement ici de ces pratiques, certes, certes inadmissibles, mais malheureusement trop banales, que sont les fessées dénoncées par Olivier Maurel, mais de très perverses « corrections » où le martinet devient l'instrument d'un délire presque obsessionnel, monstrueux, sadique, mal dissimulé sous le vocable inoffensif de « châtiment corporel ». Nous ne sommes pas dans la partie émergée de l'iceberg, pour reprendre le mot qu'utilise Olivier Maurel, mais dans les profondeurs glauques du non-dit, du jamais-dit, de l'inavoué.

Lire la suite

, , , ,

L’Histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère

L’Histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère est un seule-en-scène, traitant de la transmission de traumatismes et de relations parent-enfant ordinairement violentes. Émilie Alfieri y campe tour à tour le rôle de chaque femme de cette lignée sur trois générations.

La performance d’Émilie Alfieri a impressionné plusieurs de nos membres qui ont pu assister à une représentation captée en 2018 (puis à Paris en 2023). Son jeu est précis et parfaitement nuancé. Les dialogues – dont on n’entend qu’une voix mais qui permettent de deviner tout le contexte – sont percutants et justes. La mise en scène sobre et astucieuse est particulièrement efficace. 

L’Histoire de la fille d’une mère qui devient la mère d’une fille qui ne sera pas mère est une pièce qui ne peut qu’émouvoir, voire bouleverser le/la spectateur·rice selon la résonance avec sa propre histoire familiale. 

Lire la suite

, ,

‹ Articles précédents Articles suivants›