Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

Au fond du jardin

L’enfant bricole.
Elle a trouvé dans le fond du jardin, une vieille casserole, tachée de peinture, une grande cuillère, et « fait de la soupe » avec de la terre, de l’herbe.
Elle va sur ses 3 ans, il reste une évocation de ses rondeurs de bébé dans ses mouvements. Par ce beau matin froid, elle est engoncée sous son manteau, son col et son bonnet.
Elle chantonne, raconte pour elle et pour qui veut une histoire pleine de mots compliqués, un patchwork d’expressions merveilleuses.

Elle joue et c’est un univers immense, une géographie du rêve qui se déploie.
Ses jeux lui appartiennent, on l’écoute en se faisant tout petit, comme on observe attentif, conscient du mystère, un animal sauvage.
On pourrait intervenir, lui dire combien l’histoire qu’elle raconte est drôle, lui demander d’expliciter, voire même, piétiner le jeu, en lui faisant remarquer qu’on ne dit pas « elle prendu » mais « elle prit ».
Mais voilà, si on se souvient de nos propres jeux, et de leur intensité, on reste là, à côté, comme on écoute une chanson, comme on regarde un tableau.
C’est un beau matin et dans la journée qui monte, on garde à l’esprit ces instants contemplatifs à écouter ces histoires de familles d’animaux, de repas d’escargots, de voyages, dans le silence du ciel bleu.

Marie Olivier