C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

Frappée quotidiennement… Années 1960 à 1974

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du livre La Fessée, ce questionnaire est publié aussi sur le site.

 
Bonjour, voici ma petite contribution à votre travail.

Avez-vous vous-même été frappé ? A partir de et jusqu'à quel âge ?
Oui, j'ai été frappée quotidiennement. Je ne me souviens plus à partir de quel âge, mais c'est au minimun de 6 à 14 ans.

Par qui ? (père, mère, grands-parents, frère, oncle, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...).
Par mon père. Parfois sur demande de ma mère.

Celui ou celle qui vous a frappé avait-il (ou elle) subi des châtiments corporels ?
Je ne sais pas : j'ai peur de lui et je n'ai jamais eu le courage de le lui demander.

Viviez-vous dans une société où les enfants sont couramment frappés ?
Pas publiquement en tout cas.

Cette manière de vous faire obéir vous a-t-elle été profitable ?
Absolument pas. Je sentais que c'était profondément injuste, car je ne pouvais rien changer à ce qui déclenchait les punitions corporelles. J'étais punie tous les matins si j'avais fait pipi au lit : 10 coups de bâton (avec un tuteur en bambou). Et j'ai fait pipi au lit jusqu'à l'âge de 14 ans. Pour cette même raison, on m'obligeait à porter les cheveux très courts comme un garçon, pour que "les cheveux ne trempent pas dans le pipi". Ma soeur ne faisait pas pipi au lit, et elle était battue beaucoup moins souvent, et nous, ses trois frères et soeur, nous étions souvent agressifs et violents envers elle. J'étais punie aussi si je me bagarrais avec mes frères et soeurs. Étant l'aînée, je recevais 10 coups de bâton de plus que les autres car je leur avais montré le mauvais exemple (pour le pipi au lit comme pour les bagarres).

Avez-vous l'impression d'en subir encore les conséquences ?
Oui. J'ai battu mon fils aîné, et parfois aussi le second, parce qu'ils se battaient entre eux. J'avais des crises de rage dont je n'arrivais pas à comprendre l'origine, et durant lesquelles je n'arrivais pas à me maîtriser. J'en ai toujours souffert, et j'ai essayé de me faire aider, mais personne ne reconnaît le mal que cela peut faire aux enfants. Notamment, je me suis fait aider par l'École des parents, et en thérapies diverses (psychologue, peinture-thérapie, groupe de communication non-violente). Mes fils sont aujourd'hui adolescents majeurs, et souffrent de mal-être. Je m'en veux de ne pas avoir réussi à leur éviter ces châtiments, alors même que je m'étais juré de ne jamais les frapper ni leur faire subir ce que j'avais subi.

Avez-vous subi cette épreuve dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Je n'ai jamais eu le soutien de qui que ce soit. Seuls mes parents savaient que nous étions battus presque tous les jours.

Voyez-vous un rapport entre votre éducation et votre opinion actuelle sur les châtiments corporels ?
Oui : j'ai toujours été scandalisée que les enfants soient les seules personnes qu'on ait le droit de frapper, alors que justement ils sont plus faibles et n'ont aucune connaissance de ce qui est normal. Pour eux, la norme est ce qu'ils connaissent. Ils croient donc normal d'être battus s'ils sont battus.

Avez-vous des objections aux idées développées dans ce livre ? Lesquelles ?
Je n'ai pas lu votre livre, je viens seulement de découvrir votre site. J'ai trouvé votre nom et votre manifeste dans le site d'Alice Miller, mais étrangement, elle n'a pas publié de lien vers votre site, et j'ignorais que vous en aviez un. Je pensais que vous étiez quelqu'un qui travaillait avec elle.

Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Femme, 48 ans, milieu : petite bourgeoisie.