Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

J’ai subi l’autorité dictatoriale de mon père

J'ai subi l'autorité dictatoriale de mon père, ses colères, excès de violence, et quelques gifles (une dizaine autant que je puisse m'en souvenir).
Le but était d'être le meilleur, gare à moi si je ne rapportais pas des bonnes notes de l'école, et si je n'étais pas le meilleur. Il ne fallait pas se ronger les ongles, sinon, j'étais privé de télé. Au tennis, je devais être parfait, sinon j'était "nul", "incapable", "tu n'en fais qu'à ta tête".
Si j'étais fatigué, ce n'était pas vrai, je me trompais sur ce que je ressentais. Si j'étais malade, j'étais une petite nature faiblarde.
Pour le reste, il était absent, et heureusement finalement, car pendant ses absences, c'est ma mère qui s'occupait de moi.
Mais ceci n'est que l'introduction, car mon père a surtout violenté ma mère, sous mes yeux, tous les jours. Il hurlait pour un rien : une toile d'araignée, une sauce de salade, une chemise à repasser....), à tel point que ma mère m'a avoué plus tard qu'elle avait perdu son identité.
L'horreur avec moi, c'est qu'avant le divorce de mes parents, mon père m'a fait un discours sur le fait qu'en allant chez ma mère (mon père voulait me garder pour faire de moi "quelqu'un de bien", et laisser mon frère chez ma mère car pour lui, il était déjà perdu), je serai "un moins que rien", "misérable", "pauvre", je ne mangerai pas à ma faim, impossible de faire de la musique (ma passion), "du gâchis car j'ai du talent et qu'avec lui je pourrai m'épanouir, alors qu'avec ma mère, je raterai ma vie". J'avais 9 ans! Un assassinat!
Heureusement, j'ai questionné ma mère qui m'a parlé de la pension alimentaire, ce qui m'a rassuré.
Autre assassinat : mon père,un jour de mes 9 ans a mis ma mère à la porte de la maison, un soir, en rentrant de chez des amis. Elle a passé la nuit dehors. J'ai cru que je ne la reverrai jamais.
Heureusement, elle était restée dans le jardin.
J'ai également été l'alibi lorsque mon père me proposait de passer un moment avec lui à la piscine ou aux champignons et qu'il retrouvait en fait une de ses innombrables maîtresses.

Mes parents ont divorcé alors que j'avais 9 ans et 6 mois. Avec cela, cela a permis de souffler un peu, mais je devais aller chez mon père 1 week-end sur deux et la moitié des vacances. L'enfer. Maison froide, chauffage au rabais, ce qui m'a valu un mémorable saignement de nez alors qu'il était au cinéma, heureusement que mon frère était là.
Quant aux vacances, on devait suivre le mouvement, impossible de faire part d'un désir, d'un mécontentement. J'ai fini par ne plus rien dire et subir.
La musique m'a sauvé. Je me suis réfugié dans la composition dès l'âge de 12 ans, j'ai composé une quarantaine de pièces, ce qui m'a fait passer une adolescence sans histoire, ou presque.
Car il y a toujours un retour, plus tard. Et aujourd'hui, adulte de 33 ans, depuis l'âge de 22 ans où j'ai commencé à me sentir moins bien sans trop y prêter attention, je souffre de phobie sociale, de problèmes de peau sur le visage, de nausées avant de partir en voyage, d'aller en réunion. je suis célibataire depuis 20 ans, et ressens l'impossibilité d'être amoureux, cela me rend malade, mais cela provient d'affaires de moeurs : un oncle incestueux et mon père ayant pratiqué un détournement de mineur et le tourisme sexuel.
Et je vis avec la peur constante, a-social : peur de mal faire, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas savoir me débrouiller dans la vie, peur de l'inconnu(e), et je vis donc toujours chez ma mère, faute d'un travail suffisant. Et j'ai toujours peur de mon père. J'aimerais rompre définitivement avec lui, lui écrire tout ce que je viens d'écrire là, mais la peur me bloque encore.

J'ai entamé une psychotérapie, en plusieurs fois, vais en cure thermale (je vous écris juste avant de partir), et essaie d'éviter les anti-dépresseurs, cochonneries qui m'ont valu d'abominables effets secondaires.
Ma mère me protège encore, mais arriverai-je un jour à me protéger moi-même?
Dans mon entourage, à l'exception de ma mère et de ma cousine qui a été abusée, on me demande de tourner la page, c'est du passé, inutile de ruminer, la dépression est héréditaire dans la famille, mon père vis une autre vie, il a tourné la page, de toute façon, il ne se souvient de rien, et puis on ne va pas s'embêter avec le passé. Eh bien, moi je ne peux pas. Pour moi, quelque chose demeure injuste et non réglée.
j'ai déjà écrit à mon père, nous ne nous sommes pas vu pendant 5 ans ce qui m'a grandement soulagé. Puis, il a voulu reprendre contact avec moi, reconnu que tout ce que je lui avait écrit était vrai, mais il ne s'est pas excusé pour autant, et a minimisé : c'était à cause du divorce, et puis c'est du passé, et puis cela concernait ma mère, pas moi. Tous ces arguments, je les ai encaissés sans réagir.
Et maintenant, que je veux rompre de nouveau, mon entourage me dissuade, me persuadant que mon père a changé et qu'il ne me demande rien à présent.
Mais à chaque fois que je le vois, je me sens mal, je n'ai rien à lui raconter et lui me raconte ses exploits. je ne supporte pas les cadeaux de noël ou d'anniversaire, car il demandait, quand nous étions enfants de l'aimer en retour, sinon, nous n'aurions pas de cadeaux (qui étaient aussi fonction des résultats scolaires). Je ne veux pas accepter ses invitations chez lui, ou en voyage, mais je ne peux pas lui dire, alors je mens, j'invente une indisponibilité. Bref, même s'il a changé, s'il me laisse plus tranquille qu'avant, je me sens inexplicablement mal à l'aise. Et mon entourage ne le comprend pas.

Alfred