Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

J’ai vécu la violence éducative, je la combats

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

Oui, chaque jour, cheveux tirés, coups de manche à balai en pleine nuit, martinet, tête contre les murs… attouchements et plus…

A partir de et jusqu'à quel âge ?
très tôt sans doute et jusque vers 15 ans, moment où je suis partie !

Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Parents, oncles, tantes…

Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Mon père, oui, limite actes de tortures… ma mère, pas spécialement… les autres, oncles et tantes côté maternel, non.

Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Peur, angoisse de m’endormir (toujours aujourd’hui), culpabilité car ça devait bien être mérité tout ça (me disais-je à l’époque)… j’en arrivais même à me dénoncer pour mes petits frères et sœurs pour leur éviter la même chose (en réalité, ça n’évitait rien)

Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
On parlait peu de ce type de problème à l’époque… donc, plutôt isolée ! cependant, mon enfance et mon adolescence ont été jalonnées de rencontres qui m’ont permis de m’ouvrir à d’autres façons de faire…

Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Je faisais beaucoup de colères, ne supportais pas les frustrations à l’école, avais besoin d’exister parmi les autres et étais plutôt « dominante », grand sentiment d’abandon qui m’a poursuivi longtemps… précocité sexuelle…

Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Je fais le contraire de mes parents avec les failles qui sont les miennes… je me suis formée à l’éducation bienveillante, me suis spécialisée dans l’accompagnement de parents pour les aider à mieux communiquer avec leurs enfants. Avec mes enfants, j’essaie d’accompagner, d’écouter, d’être sur leur rythme et de respecter leurs personnes, mais parfois, je me sens irritable, il m’est arrivé de donner une gifle, en particulier quand ils étaient plus petits, mais je savais que c’était parce que je ne contrôlais plus… je leur ai expliqué que j’avais été une enfant maltraitée.

Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
C’est de la non éducation traumatisante et qui marque une personne pour la vie… difficile d’être tendre quand on n’a pas appris la tendresse…

Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
oui, sans aucun doute… les châtiments corporels existaient même à l’école (coups de règles sur les doigts, enfermement dans un placard…)

Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
Dans les magasins, il est courant de rencontrer des parents qui parlent mal à leurs enfants, les insultent, leur crient après, les secouent…
Parfois, j’ai croisé ou rencontré des enfants qui me semblaient porter le stigmates de la maltraitance…

Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ?
La violence éducative ordinaire met en jeu un système de prise de pouvoir des parents sur les enfants sans que les parents soient vraiment conscients de cela et pensent même que c’est « pour le bien des enfants », il n’y a pas forcément de fessées ou de claques, mais une façon de parler qui ne respecte pas la personne de l’enfant, qui met en œuvre des stratégies pour qu’il obéisse. C’est aussi ne pas écouter l’enfant quand il parle, ne pas tenir compte de sa parole, parler devant lui de sujets qui ne le concernent pas et qui peuvent avoir un impact délétère sur lui, lui permettre de regarder n’importe quel programme à la télé, le laisser livré à lui-même… paroles blessantes, humiliantes… critiques négatives plutôt qu’encouragements… les parents peuvent éprouver une forme de culpabilité malgré tout et tenter de se remettre en cause.
La maltraitance est une répétition d’actes de violences souvent de plus en plus forts et fréquents… les parents ne culpabilisent pas et prennent souvent du plaisir à humilier l’enfant, à se moquer de lui… à le rabaisser, à le menacer…

Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Je n’ai pas complètement parcouru le programme proposé, mais je suis d’accord avec l’idée qu’écarter un enfant en proie à une émotion de colère est aussi une violence faite à l’enfant…

Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
En navigant sur internet après un tour sur des sites du PRODAS…

Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Je n’ai pas besoin d’être renforcé dans mon point de vue, j’ai vécu la violence éducative, je la combats, de toute façon.

Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Féminin, 54 ans, profession libérale

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