Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Mais pourquoi cette violence ?

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

1) Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

Oui, Quand je jouais avec l'eau, ma grand-mère me donnait des fessées. Une fois, elle m'a même obligée à me laver les mains avec de l'eau très chaude. Quand elle m’apprenait à tricoter, elle me tapait sur la tête et j'estime que cela est de la maltraitance de taper sur la tête ainsi. Elle m'a même donné une claque lorsque j'avais 19 ans parce que je lui avais menti. Lorsqu'il m’arrivait de faire pipi au lit, ma grand-mère me disait: "les autres vont se moquer de toi". Lorsque j'avais des mauvaises notes aux yeux de ma grand-mère, elle me disait "Les autres ont fait mieux que toi..." Mon beau-père m'a dit une fois alors que j'avais du mal à faire le café: "tu n'y arriveras jamais". L'un des amants de ma mère m'a obligée à taper avec un marteau sur une poupée qui pleurait et riait, il m'a dit: "maintenant elle peut pleurer". Vers l'âge de 7 ans, ce même personnage m'a obligée à circuler fesses nues parce que j'avais fait pipi dans la culotte. Enfin, ma grand-mère m'imposait les vêtements à me mettre jusqu'à l'âge de 38 ans dans la mesure où mon appartement était juste à côté du sien. Je suis aveugle de naissance et donc je n'ai aucune idée des couleurs. C'est ma grand-mère qui m'achetait les vêtements.

2) A partir de et jusqu'à quel âge ?
Jusqu'à l'âge de 6 ans, je ne me souviens de rien, donc je ne puis dire quand cela a commencé. Ces violences ont pris fin lorsque j'avais 38 ans, au décès de ma grand-mère.

3) Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Ma grand-mère, ma mère, les amants de ma mère, une cousine, une éducatrice et une prof de musique du centre Louis Braille de STRASBOURG

4) Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
L'éducatrice dont je parlais ci-dessus nous a raconté qu'elle a reçu une fois une fessée telle qu'il lui était impossible de s'assoir parce qu'elle avait fugué. Ma mère a été frappée par mon grand-père lors d'une fête des mères parce qu'il lui avait demandé d'aller acheter un bouquet de fleurs et ma mère avait rencontré un garçon sur son chemin. La cousine dont je parlais ci-dessus a eu la tête mise dans une machine à coudre car elle ne comprenait pas le système métrique. Quant à ma grand-mère, elle ne m'a rien raconté de son enfance.

5) Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Je pleurais quand ma grand-mère s'adonnait à la violence éducative sauf à l'âge de 19 ans où elle m'a menacée de m'envoyer en établissement pour aveugles à STILL où là j'ai carrément refusé catégoriquement cette option. Dans la foulée j'ai pris des cours de perfectionnement en français et en allemand à l'université populaire de STRASBOURG. Le sentiment qui dominait alors était la résignation. Parfois, je vomissais et j'avais des maux de tête dès que j'étais contrariée par ma grand-mère et une éducatrice du centre Louis Braille de STRASBOURG.

6) Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
J'étais dans l'isolement le plus complet. A partir de l'âge de 35 ans, mon futur mari que je venais de rencontrer m'avait exprimé qu'il était choqué par le comportement de ma grand-mère pour le fait qu'elle m'imposait les vêtements à me mettre.

7) Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Je me faisais un "monde à moi". J'avais peur de dire que j'avais fait pipi au lit car j'étais certaine d'être grondée. A l'âge de 16 ans, j'ai songé à mettre fin à mes jours.

8) Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?

Je n'ai plus aucune motivation à faire du tricot. J'ai des herpès labiaux à répétition, des raideurs physiques, fragilité psychologique à tel point que lorsqu'une copine appelée Annie fait des reproches, punit sa fille Marie âgée actuellement de 11 ans, j'éprouve un grand mal-être. Consciente de toutes les difficultés rencontrées, j'ai pris la décision d'entreprendre une thérapie psychocorporelle.

9) Si vos parents ont su éviter toute violence, pouvez-vous préciser comment ils s'y sont pris ?

10) Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Il n'aurait pas été nécessaire d'user de la violence pour m'apprendre les choses, simplement avoir plus de patience afin, de s'adapter à ma cécité.

11) Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Oui, tant dans le milieu familial qu'à l'école.

12) Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?

13) Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
"Une bonne fessée n'a jamais tué personne", "il y a des gifles et des claques qui se perdent", "il ou elle est bête comme une oie", "tu es un ou une imbécile", "tu n'arriveras jamais à rien"... La violence éducative est une forme de violence admise par la société pour être certain d'être écouté par les enfants dont on assure l'éducation. Font partie de cette forme de violence, les coups qui ne laissent aucune trace, les humiliations, les brimades. La maltraitance, ce sont toutes les formes de violence allant de la privation de nourriture, au refus de soins, en passant par tous les coups qui se voient, toutes les formes d'enfermement et de privation de liberté, les abus sexuels sur les enfants, bref, toutes les formes de violence qui ne sont plus admises aujourd'hui par la société à l'encontre des enfants dont on a l'éducation.

14) Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Aucune objection, c'est normal de dénoncer cette violence. Merci de me donner la parole!
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15) Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
Mon mari m'a parlé du livre d'Olivier MAUREL, Oui la Nature Humaine est Bonne. Je lis en audio actuellement le livre d'Alice MILLER "Notre Corps ne Ment Jamais".

16) Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Je n'ai pas encore accédé au site Internet.

17) Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Je suis une femme de 43 ans, mariée.
Laurence