Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Notes sur Le Ruban blanc de Michael Haneke

Notes sur Le Ruban blanc de Michael Haneke

Par Olivier Maurel

Je ne parlerai pas ici des aspects proprement cinématographiques de ce film. J'en dirai simplement que je l’ai trouvé superbe et très prenant.

Mais on comprendra pourquoi une critique de ce film a sa place sur ce site quand on aura lu les propos du réalisateur dans une interview donnée au Figaro :

    « Dans Le Ruban blanc, j'ai voulu avant tout raconter comment les êtres humains peuvent s'ouvrir aux idéologies, de par leur formation. Et cela parfois dès l'enfance. Selon moi, pour créer de telles conditions, il faut installer une situation de malaise, où ne subsiste aucun espoir, où l'on est souvent humilié et torturé mentalement. Tout cela finit par pousser les gens à se saisir de n'importe quelle idéologie. Le fascisme est, bien sûr, l'idéologie la plus connue au monde. Mais il existait des centaines de films sur ce thème. Moi, je me suis plutôt concentré sur la prédisposition d'un groupe envers une idéologie : voilà le thème du film. »

Pour réaliser son film, Haneke s’est intéressé aux méthodes de la “pédagogie noire” et à ce que nous appelons la “violence éducative ordinaire” :

    « C'est incroyable ce que j'ai pu trouver dans tous ces manuels d'éducation pour la jeunesse. Les conseils que j'y ai découverts pour élever correctement sa progéniture sont proprement sidérants. C'est dans l'un de ces livres que j'ai découvert l'anecdote sur le ruban blanc que l'on accroche au bras des enfants punis. Les méthodes d'éducation utilisées dans ces différentes sociétés, qui nous semblent aujourd'hui tellement cruelles, parfois même inimaginables, c'était la façon “normale” d'élever un enfant à l'époque. Cela m'a fait froid dans le dos. »

Le but de son film est donc de montrer les effets de cette pédagogie dans le microcosme que représente un village de l’Allemagne du Nord en 1913. Et ces effets sont des comportements criminels que manifestent les enfants. Comportements criminels dont certains évoquent ce que seront vingt ans plus tard les comportements des nazis.

En contrepoint, l’idylle d’un jeune couple qui semble avoir échappé à la pédagogie noire. Et la présence d’un enfant que cette pédagogie ne semble pas avoir encore altéré et dont l’innocence et la beauté d’âme éclatent dans deux des plus belles scènes du film.

Une réserve toutefois. Les effets de la pédagogie noire sont présentés ici comme des actes pervers commis en cachette par les enfants. Or, le pire effet de cette pédagogie a été d’amener ceux qui l’avaient subie à des comportements criminels en toute bonne conscience, souvent par simple soumission à une autorité suivie aveuglément. Et cela n’apparaît pas dans le film, sauf peut-être à travers le fait qu’il se termine au moment de la déclaration de la guerre de 1914-1918, où les millions de victimes de la violence éducative ordinaire sont parties la fleur au fusil et ont accepté pendant quatre ans de s’entretuer avec un incroyable acharnement, sous les ordres de “serial killers” galonnés.


Une adhérente de l'OVEO a eu la surprise de trouver dans le "Cinédoc (le petit guide cinéma pour la classe)" consacré au Ruban blanc (publié et téléchargeable sur le site du CNDP) , à la fin de ce document de 4 pages utilisé dans les lycées, tout un paragraphe sur la violence éducative et sur Alice Miller. Et l'ensemble du texte explique clairement comment la violence éducative pervertit les enfants et comment cela est montré dans le film.