Quand on a rencontré la violence pendant l'enfance, c'est comme une langue maternelle qu'on nous a apprise.

Marie-France Hirigoyen.

Il fallait mater les enfants…

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

 
1) Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

Plutôt des menaces de fessées ou de gifles rarement exécutées. Humiliations par mon employeur comme journalier agricole, vers 9-10 ans, qui me donnait des coups de casquette.

2) A partir de et jusqu'à quel âge ?
Peur d’être violé ou volé, vers 14-15 ans dans un foyer de jeunes travailleurs par des adultes (même dortoir).

3) Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Rejeté par mon père entre 7 et 15 ans, mais sans être battu. Peut-être quelques coups de règle sur les doigts à l’école.

4) Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Sans doute, mais je ne sais pas exactement.. La violence était courante vis-à-vis des enfants, l’alcoolisme aidant, dans ce milieu pauvre et agricole.

5) Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir “bien mérité”...) ?
Sentiment d’injustice, colère, parfois, de l’avoir mérité.

6) Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Seule ma grand-mère impotente, en fauteuil, me protégeait. Je me réfugiais contre elle pour éviter les coups de bâton.

7) Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Certainement des peurs, même celle d’être égorgé quand le tueur de cochons passait.

8) Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Je ne sais pas. Je prône la non-violence, mais parfois, je suis tenté par la violence devant les injustices, le comportement des riches, des plus forts...

J’ai giflé une fois un de mes enfants d’une façon injustifiée. Une autre fois, un enfant de 9 ans qui battait violemment un enfant de 5 ans.

9) Si vos parents ont su éviter toute violence, pouvez-vous préciser comment ils s'y sont pris ?

Le regard réprobateur ou triste de la grand-mère qui m’a élevé suffisait à me faire prendre conscience de mes actes et de les regretter.

10) Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Le pour : éducation dans l’effort, le travail, la responsabilité.
Le contre : trop de rigidité, de notion de péché, de culpabilité (curé janséniste).

11) Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Assez, il fallait plutôt mater les enfants.

12) Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?
J’ai fait la guerre d’Algérie où je n’ai jamais usé de violence. Je ne me souviens pas en avoir vu contre des enfants. J’ai été témoin de tortures, sur adultes, que j’ai dénoncées à mes risques.

13) Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
Je pense qu’il faut savoir marquer les limites avec dernier recours une gifle si nous n’avons plus d’autres moyens. Eviter toute humiliation de l’enfant et lui expliquer le pourquoi de notre réaction.

14) Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Je ne connais pas les idées développées par l’OVEO.

15) Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
Salon Primevère à Lyon.

16) Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Le manque d’affection est bien plus grave qu’un geste nerveux. Dans la nature, il y a des coups de pattes éducatifs. Avec l’âge, il est plus facile d’éviter tout geste violent.

17) Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Masculin, 70 ans, milieu ouvrier agricole jusqu’à 15 ans, puis divers milieux.