C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

J’ai choisi de ne pas faire subir ce que j’avais subi

J'ai 45 ans et je suis mère de 4 enfants. Dans leur éducation, nous n'avons jamais utilisé aucune punition (ni corporelle ni autre). Nous n'avons jamais vraiment rencontré de problèmes dans leur éducation. Ils ont maintenant 23 ans, 19 ans, 16 ans et 8 ans. La fameuse crise d'adolescence nous ne connaissons pas. Mes enfants fille ou garçons n'ont jamais été agressifs avec nous. Ils ont tous été excellents à l'école. Ils travaillent sans qu'on leur demande rien, ils ont très vite compris la nécessité des études. Chez nous, il n'y pas ou peu d'interdits, on parle de tout à la maison... Quand ils étaient bébés, j'ai passé des nuits entières à les bercer, je n'ai jamais voulu les laisser pleurer. Comme tous les parents, on a forcément commis des erreurs. Maintenant qu'ils sont adultes je suis prête à discuter de toute leur enfance avec eux. Pour l'instant, ils font peu de commentaires. J'ai fait une dépression à la naissance du quatrième, dès que ce sera possible j'en discuterai avec lui. Pour l'instant, il n'a pas de symptômes, on verra plus tard...

J'ai lu tous les livres d'Alice Miller, ça m'a permis de comprendre pourquoi l'ambiance était si calme à la maison. Mais surtout cela m'a fait réfléchir sur ma propre enfance. Mes parents étaient commerçants, mon père était extrêmement violent verbalement, il piquait des crises tous les jours qui me terrorisaient, ma mère, elle, me donnait une éducation qui ne laissait aucune place à l'enfant. J'étais d'une inhibition maladive, je n'ai jamais ouvert la bouche en classe. A 45 ans, je commence juste à sortir de tous ces problèmes.

Je suis enseignante en école primaire et maternelle depuis 20 ans. Travaillant depuis 6 ans avec des enfants de 4 à 6 ans, j'ai pu me rendre compte dans ma pratique quotidienne que les théories d'Alice Miller étaient exactes. Plus les enfants sont élevés durement, plus ils subissent des punitions corporelles, plus ils développent des troubles du comportement. Travaillant depuis 12 ans dans la même école, je connais bien les familles et je sais un peu près comment ils sont éduqués. Quand j'ai des interrogations, je les fais jouer avec des poupées et je comprends vite ce qui se passe à la maison. Je suis souvent très attristée de voir comment les enfants sont traités mais on ne peut rien faire, les adultes sont bloqués dans leurs certitudes. Par contre quand les enfants sont traités avec respect à la maison, on voit tout de suite la différence dans leur comportement, tout est plus facile. Pourquoi n'y a-t-il pas de campagnes d'informations à la télévision comme on en voit pour la diététique? A ce propos, que de maltraitances infligées aux enfants pour leur faire avaler un légume!!!!!!!! C'est scandaleux!

En réponse à la question : "Accepteriez-vous aussi de préciser comment vous êtes passée de l'éducation que vous avez reçue à celle que vous avez donnée ?"

J'ai été maman jeune, à 22 ans, juste à la fin de mes études de droit. Je n'ai alors pas vraiment eu le temps de réfléchir à l'éducation. En fait j'ai choisi inconsciemment de ne pas faire subir ce que j'avais moi-même subi, j'avais trop souffert dans mon enfance. Ma plus grande angoisse était que mes enfants vivent ce que j'avais vécu. A l'époque, je ne comprenais pas grand chose à mon histoire. Mon seul objectif était d'éviter toute souffrance à mes enfants. Les naissances se sont succédé et j'étais en permanence étonnée de constater que mes enfants ne souffraient pas ou en tous cas pas du tout dans les mêmes proportions que moi-même. C'est à la lecture des livres d'Alice Miller que j'ai commencé à comprendre ma propre histoire. Et surtout, j'ai compris pourquoi nous avions eu si peu de problèmes avec nos enfants qui sont grands maintenant. J'ai eu des peurs rétrospectives...

Suite à ces lectures, j'ai commencé à interroger des amis et tout ce que j'ai appris correspondait aux théories d'Alice Miller. C'est un petit garçon de ma classe qui avait de graves troubles du comportement qui m'a conduit vers ces lectures. Un enfant de 4 ans très violent, sans aucune empathie et qui massacre les insectes. (Entre autres, j'ai passé 2 années à l'observer...) Des heures de lecture sur Internet et les livres d'Alice Miller m'ont donné les clés de ce mystère. Cet enfant étant issu d'un milieu favorisé, on ne comprenait pas, on a fini par comprendre! L'enquête n'a finalement pas été très compliquée. Maintenant, je ne regarde plus les enfants de ma classe de la même manière.

Ce que je ne comprends pas c'est l'attitude des psy, ils veulent soigner l'enfant seul sans tenir compte de ce qui se passe dans la famille. Aucun conseil n'est donné aux parents, comment la situation peut-elle alors s'améliorer?

(L'auteur de ce témoignage a souhaité rester anonyme.)