Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

Je voulais être l’enfant modèle pour répondre aux besoins de mes parents

Témoignage reçu en 2018 en réponse au questionnaire du site


Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?

J'ai subi de la violence physique de mes frères ainés, de la violence psychologique de ma belle-mère et de mes parents. La violence psychologique a été du rejet de la part de ma belle-mère, de la culpabilisation, et pour mes parents, je ne saurais la définir mais en tout cas, j'ai fait beaucoup de choses pour qu'ils m'aiment et j'ai été la plupart du temps déçue, ils n'avaient pas vraiment le temps de se préoccuper de nous, ma mère essayait de survivre en travaillant à temps plein avec 3 enfants à charge seule après un divorce qu'elle a mis du temps à s'en remettre et mon père était occupé avec sa nouvelle vie. Ainsi, il fallait rentrer dans leurs cases, leurs besoins et ne rien dire, ne pas faire de vagues. Mais même en faisant tout ce je pouvais pour m'adapter, je ne recevais pas plus d'amour.

A partir de et jusqu'à quel âge ?

A partir de leur divorce lorsque j'avais 7 ans, jusqu'à mes 15 ans pour ma belle-mère car j'ai décidé de ne plus retourner chez mon père.

Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)

Frères, parents, belle-mère.

Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?

Mon père n'a pas reçu d'amour de ses parents et pour ma belle-mère, je ne sais pas.

Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir ”bien mérité“...) ?

Je crois beaucoup d'injustice, de colère envers mes frères, envers mes demi-frère et sœur, de la jalousie de ma demi-sœur.

Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?

Enfant, dans l'isolement à part mon instit de CM1 qui a reconnu la souffrance de ma situation. Adolescente grâce à ma meilleure amie et sa famille.

Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?

J'étais timide, et je pense que je voulais être l'enfant modèle pour répondre aux besoins de mes parents, je n'ai pas vécu ma vie ou mon enfance réellement, je me sentais déjà responsable de l'état de ma mère. Je m'occupais beaucoup de la cuisine des courses très tôt et ce jusqu'à ce que je parte de la maison.

Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?

Les conséquences aujourd'hui sont une tendance à la suradaptation, que j'ai encore du mal à m'aimer et que je suis très dépendante du regard et des jugements des autres. Je suis hypersensible, je ne supporte pas la colère des autres, cela me met en état de choc. Ainsi, je me protège, je suis en vigilance permanente pour ne pas me mettre dans des situations de violences ou de colère donc je m'adapte en permanence aux autres et à leur besoin. J'ai du mal à être moi-même. Aujourd'hui, je suis enseignante et je me pose beaucoup de questions sur ma posture et comment ne pas créer de violences éducatives. Je suis très sensible aux violences faites sur les enfants.

Si vos parents ont su éviter toute violence, pouvez-vous préciser comment ils s'y sont pris ?

Mes parents ne m'ont jamais tapée. Je ne crois pas que eux-mêmes aient été violentées physiquement. Le problème est le non-dit.

Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?

Je pense qu'ils ont fait au mieux avec l'information de leur époque et leur possibilité de prise de conscience. Aujourd'hui, ma mère en est plus consciente mais chacun le vit à sa façon. Un de mes frères s'est excusé pour m'avoir tapée et qu'ils ne pensaient pas me faire du mal.

Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?

Oui

Si vous avez voyagé et pu observer des pratiques coutumières de violence à l'égard des enfants, pouvez-vous les décrire assez précisément : quel(s) type(s) de violence ? par qui ? à qui (sexe, âge, lien de parenté) ? en quelle circonstance ? pour quelles raisons ? en privé ? en public ?

J'ai voyagé mais j'ai surtout vu des enfants bien traités et heureux.

Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?

La normalité de ces violences. Lorsque je me suis mise à parler de ces sujets, j'ai été profondément bouleversée par le fait que cela semblait normal de donner des tapes ou fessées aux enfants. Très peu de gens le remettent en cause. Au début, cela me mettait beaucoup en colère et maintenant, j'essaie d'être en empathie et à l'écoute des personnes qui me donnent leur point de vue. Cela a été très difficile pour moi de me rendre compte que c'est normal pour beaucoup de personnes même très éduquées.

Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?

Qu'il faudrait plutôt aider les enseignants ou le système éducatif public plutôt que de les critiquer ou d'en sortir. Je pense qu'il y a un réel travail à faire au niveau de l'école et de l'accompagnement à la parentalité qui pourrait être fait par des associations comme celle-ci. C'est dommage que les personnes sensibilisés à cela quittent le système éducatif alors qu'on aurait grandement besoin de leur aide.

Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? Autres ?

Sophie Rabhi, Alice Miller, Olivier Maurel, OVEO.

Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?

Il l'a clarifié.

ankara, F, 35 ans.