Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Lettre de l’OVEO à la secrétaire d’Etat Nadine Morano

Par Olivier Maurel

Madame la Secrétaire d'Etat,

J'ai appris par le blog du juge Rosenczveig que vous aviez pris l'excellente initiative de signer l'appel européen en faveur de l'interdiction de toute forme de punition corporelle.

Je me permets de vous en féliciter vivement au nom de tous ceux qui luttent depuis des années pour que les enfants soient au moins aussi bien protégés par la loi que les adultes.

J'espère que votre initiative va être suivie rapidement d'une modification du Code civil qui permette à la France de rejoindre les vingt-trois pays leaders du mouvement pour le respect des enfants. Vous n'ignorez sûrement pas que l'interdiction des punitions corporelles n'est pas seulement demandée par le Conseil de l'Europe, mais aussi par le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies, l'UNICEF, l'OMS, et qu'en France, l'an dernier, cent trente-huit associations françaises ont signé un appel demandant :

- que l’article actuel 371-1 du Code Civil du 5 mars 2002 : « [L'autorité parentale] appartient aux père et mère jusqu'à la majorité ou l'émancipation de l'enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne » soit complété par : « qui exclut tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux punitions corporelles » ;

- qu'une campagne permanente d'information soit organisée pour faire connaître aux familles l'interdiction des punitions corporelles, notamment par le biais des maternités, des centres de PMI et de messages dans les médias.

- que des possibilités concrètes d'initiation à des méthodes d'éducation sans violence soient proposées aux parents ainsi que des lieux où ils puissent faire part de leurs difficultés à des personnes compétentes, en particulier en augmentant les compétences des centres de PMI, CMP, lieux d’accueil parents-enfants du type « Maisons vertes » Dolto, Écoles des Parents.

Avec le vif espoir que vous deveniez très bientôt celle par qui les enfants français seront mieux protégés contre toute forme de maltraitance, veuillez agréer, Madame la Secrétaire d'Etat, mes respectueuses salutations.

Olivier Maurel, Président de l'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire