C’est seulement quand se produit un changement dans l’enfance que les sociétés commencent à progresser dans des directions nouvelles imprévisibles et plus appropriées.

Lloyd de Mause, président de l'association internationale de Psychohistoire.

Une pétition contre la vente de manuels de violence éducative…

La presse francophone a signalé récemment une affaire qui fait grand bruit aux Etats-Unis depuis le début de l'année 2010 : l'accusation contre les époux Pearl, de la secte évangélique "No Greater Joy", auteurs d'un livre sur "l'éducation" des enfants intitulé To Train Up a Child, livre où Michael et Debbi Pearl expliquent comment "doser" les châtiments corporels appliqués aux enfants dès le plus jeune âge - selon les meilleures méthodes de la pédagogie noire du XIXe siècle dénoncée par Alice Miller dans C'est pour ton bien. On peut lire par exemple un article dans Le Point, qui reprend un autre article paru dans Courrier international.

Nous signalons ici qu'il existe désormais une pétition adressée à Jeff Bezos, PDG d'Amazon et signable en ligne. Cette pétition (en anglais) lancée par une thérapeute et mère britannique et relayée par le site américain NoSpank demande à Amazon de retirer de la vente tous les livres encourageant le châtiment corporel des enfants. Outre le livre des Pearl, l'article cite deux autres exemples bien connus des lecteurs anglophones : Shepherding a Child's Heart ("Guider le coeur de l'enfant"), de Tedd Tripp, et Don't Make Me Count to Three ("Ne me fais pas compter jusqu'à trois", sic !), de Ginger Plowman. Selon cet article, "ce comportement [frapper les enfants avec une verge !] est de la maltraitance et il est également 'offensant', ce qui est contraire aux directives affichées par Amazon". De plus, ajoute l'article, ce comportement "est probablement illégal, car il dépasse de beaucoup le 'châtiment raisonnable' actuellement permis par la loi en Grande-Bretagne (d'où est issue la pétition) et dans beaucoup d'Etats des Etats-Unis". En conséquence de quoi la pétition demande à Amazon de retirer de ses stocks "tout livre ou autre produit conseillant la maltraitance physique des enfants" (physical abuse of children).

Il est également possible d'envoyer directement un commentaire sur le site Amazon. Celui d'une adhérente de l'OVEO a été publié, visible ici. Ci-dessous le commentaire (non publié à ce jour) envoyé par Olivier Maurel :

Ce livre, qui recommande de battre les enfants, est déjà la cause de la mort de trois enfants. Leurs parents ont suivi la méthode conseillée : "Pour un enfant d'un an", utiliser "une baguette de saule de 25-30 centimètres de longueur et d'un demi-centimètre de diamètre, sans noeuds qui risquent d'entamer la peau". Il conseille de frapper les enfants plus grands "avec un tuyau de plastique de 0,6 centimètres de diamètre, parce que c'est douloureux mais ne blesse pas la peau".

Résultat : "C'est ce tuyau qui, ajouté à des carences, mit fin à la vie de la petite Hana, née en Ethiopie mais adoptée, avec son jeune frère, par le couple formé par Larry et Carri Williams, dans l'Etat de Washington. Hana, 11 ans, qui manifestait quelque rébellion, fut trouvée morte dans le patio familial au mois de mai, dévêtue, dénutrie et congelée. Ses parents, fidèles disciples de la doctrine Pearl, l'avaient soumise à un châtiment corporel implacable.
Le 30 septembre dernier a débuté leur procès pour homicide et ils se sont déclarés innocents. Le sinistre tuyau punitif a été employé aussi en 2010 en Californie, lors du décès de la petite Lydia Schatz, âgée de sept ans, adoptée au Libéria. Ses parents adoptifs, Kevin et Elizabeth Schatz, la soumirent à une violente bastonnade entrecoupée de moments de prière. La fillette, qui avait huit demi-frères et demi-soeurs, est morte de ses blessures et des hémorragies qu'elles avaient provoquées. Les parents se sont déclarés coupables et sont tous deux en prison." Lire l'article complet en espagnol (langue dans laquelle ce livre a été traduit) sur le site du quotidien
El Pais.

Ce livre devrait être immédiatement retiré de la vente.

Olivier Maurel (Observatoire de la violence éducative ordinaire)