Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

Du dressage malveillant…

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

 
- Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?
Oui, claques, fessées, coups de bâton, coups de martinet, tirage de cheveux, mots dévalorisants, rabaissants…

- A partir de et jusqu'à quel âge ?
De bébé jusqu’à l’adolescence

- Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Par mes parents, mère et père

- Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Oui, de type éducation sévère et coups

- Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir "bien mérité"...) ?
Sentiment très fort d’humiliation, de rage impuissante, d’injustice.

- Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Aucun soutien, dans la famille tout le monde traitait ses enfants comme ça

- Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Stress énorme, angoisse dans l’attente des coups, peur que ça finisse toujours pas arriver, sentiment d’être mauvaise, désagréable, insupportable, nulle… aucune confiance en moi, une grande méfiance, des difficultés à appréhender les relations avec les autres

- Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ?
Mauvaise estime de moi, sentiment de ne pas être faite pour vivre, dépression, anxiété et angoisse, hypervigilance, peur des autres, envies de suicide…

- En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
Au contact d’enfants dans le cadre du travail : beaucoup réfléchi aux questions éducatives, lu Thomas Gordon, Isabelle Filliozat… prône l’éducation non violente. Beaucoup de plaisir à travailler avec eux, éprouve un grand respect pour eux

- Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
ça ne s’appelle pas de l’éducation mais du dressage malveillant, c’est très difficile ensuite de tenter de s’en remettre et d’avancer, de construire un mode de pensée différent quant à soi même et à la vision du monde qui m’entoure. C’est un handicap majeur pour tout le reste de la vie.

- Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression " violence éducative ordinaire " ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et " violence éducative ordinaire " ?
Pour moi la violence éducative ordinaire ce sont ces phrases blessantes, ces gifles, ces coups qui sont si fréquents au quotidien qu’on trouve ça banal alors qu’il s’agit véritablement de violences, aux conséquences désastreuses. Pour moi c’est une forme de maltraitance, et en tout cas la porte ouverte à des cas de maltraitance plus « poussés »

- Avez-vous des objections aux idées développées par l'OVEO ? Lesquelles ?
Oh non !

- Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
J’ai souvent cherché des sites sur la question.

- Ce site/livre/salon/conférence a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l’égard des enfants ?
Oui ce site a renforcé mon point de vue à ce sujet.

Si vous acceptez de répondre, merci de préciser sexe, âge et milieu social.
Coralie. Femme, 34 ans.