Vous dites : « C’est épuisant de s'occuper des enfants.» Vous avez raison. Vous ajoutez : « Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser. » Là, vous vous trompez. Ce n'est pas tant cela qui fatigue le plus, que le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments. De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre. Pour ne pas les blesser.

Janusz Korczak, Quand je redeviendrai petit (prologue), AFJK.

L’éducation positive ou bienveillante est-elle une mode ?

Depuis quelques années, les notions d’éducation ou de parentalité “positive” ou “bienveillante” se développent. Des articles, blogs, émissions s’interrogent sur ce qui est souvent considéré comme une mode, un nouveau courant, ou parfois comme un dogme, voire des “diktats”. Ces conceptions souvent ambiguës suscitent débats et critiques dans l’opinion publique.

Il n’existe pas de définition globale des notions d’éducation positive ou bienveillante. Ce sont davantage leur contenu, leurs modalités qui permettent d’en dresser les contours, modalités qui varient selon les auteurs, ce qui entretient un certain flou (par exemple : être attentif aux besoins de l’enfant et à ses émotions, bannir les punitions et les ordres, favoriser l’autonomie de l’enfant, la coopération, être à son écoute, expliquer, éviter les tournures de phrase négatives…). L’éducation positive ou bienveillante se présente comme une alternative à l’éducation dite “traditionnelle”, en s’appuyant sur les apports des neurosciences. Elle se décline en “méthodes” et “outils” permettant aux parents de “faire autrement”. La promesse de meilleurs résultats est souvent mise en avant (“c’est plus efficace”, “cela fonctionne”, “comment se faire obéir sans crier ?”…)1.

Parmi les critiques opposées par les détracteurs, citons les plus fréquentes :

• la pression ressentie par certains parents pour appliquer les outils, avec l’objectif d’être des parents parfaits, toujours sereins et à 100 % disponibles pour leurs enfants. Et en parallèle, le sentiment de mettre de côté ses propres besoins, la fatigue, voire l’épuisement ;

• la culpabilité face à la difficulté de mettre en œuvre ces outils, au sentiment de colère, et face à l’impression d’être en échec lorsque les outils ne “fonctionnent” pas ;

• le fait qu’il s’agisse de “laxisme”, risquant de conduire au règne de “l’enfant-roi”, et renforçant ainsi la logique de consumérisme et l’individualisme dans la société ;

• l’idée que ce type d’approche conviendrait peut-être à certains enfants, mais rendrait les autres intolérants à la frustration2 ;

• l’idée que ces méthodes ne seraient réservées qu’aux parents d’un milieu social aisé, ou n’ayant qu’un seul enfant.

Or, en pensant l’éducation, qu’elle soit traditionnelle ou alternative, avant tout comme une méthode à appliquer, on oublie de considérer qu’il s’agit d’abord d’une question d’éthique et du respect de droits fondamentaux. En effet, toute personne, quel que soit son âge, a droit au respect de son intégrité physique et psychologique.

Appliquer une méthode plutôt qu’une autre laisse à penser que les parents auraient un libre choix, avec implicitement l’idée d’une relation de propriété vis-à-vis de son enfant (“c’est mon enfant, je fais ce que je veux”). De même, lorsque l’on considère qu’une méthode est efficace, la finalité de cette efficacité est peu questionnée, et renvoie bien souvent à l’idée d’obéissance de l’enfant envers l’adulte. Au-delà, penser la relation adulte-enfant en termes de méthode à appliquer risque de nous couper de l’authenticité de la relation3.

Au contraire, considérer en premier lieu les droits et besoins fondamentaux des enfants, permet de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement d’une mode ou d’une méthode, mais d’un profond changement de regard, non seulement vis-à-vis des enfants, mais également du positionnement des adultes.

Opérer ce changement de regard n’est pas si simple, nous essaierons de comprendre les ressorts de cette difficulté.

En quoi l’éducation serait-elle plus difficile aujourd’hui ?

Cette question est souvent mise en avant, avec l’idée que les enfants seraient plus “difficiles” aujourd’hui qu’hier, en y voyant les conséquences d’un certain laxisme et de la perte d’autorité des parents.

Les parents se sentiraient plus démunis, en perte de repères et noyés dans des informations et injonctions contradictoires.

Il est à noter que l’environnement dans lequel évoluent les enfants a beaucoup changé depuis quelques décennies : l’impact de l’alimentation4, les sollicitations de la société de consommation, l’impact des écrans, la diminution du temps passé à l’extérieur sont autant de facteurs, entre autres, susceptibles d’avoir des conséquences sur le développement et le comportement des enfants.

Mais un autre aspect est souvent négligé : nous vivons une phase de transition profonde de nos schémas éducatifs.

En effet, les progrès de la science et de la médecine, ainsi que l’évolution du droit ont permis plusieurs évolutions, conduisant à une remise en question de croyances et de pratiques vieilles de plusieurs siècles :

• la maîtrise de la fécondité et la diminution de la mortalité infantile ont permis que la plupart des enfants soient désirés par leurs parents5 ;

• nous avons beaucoup avancé sur la compréhension du développement de l’enfant et de ses besoins. De ce point de vue, les dernières découvertes en neurosciences affectives et sociales apportent un éclairage important ;

• la prise de conscience du fait que l’enfant est une personne à part entière dès sa naissance, sujet et non objet, en particulier d’un point de vue juridique (rappelons que la Convention internationale des droits de l’enfant a été signée en 1989).

Ces éléments ont contribué à l’émergence d’une conception de l’enfant en opposition avec la conception traditionnelle, basée sur l’idée d’une nature humaine “mauvaise” qu’il faudrait corriger6, et d’une hiérarchie nécessaire entre adultes et enfants7.

En particulier, le processus d’abolition des châtiments corporels, non abouti encore en France, suscite des critiques, car il remet en question une éducation traditionnelle qui y a largement recours. Notre société est marquée par des siècles d’usage de la violence comme norme éducative, paradoxalement considérée comme inoffensive et s’exerçant “pour le bien” de l’enfant.

En quête d’alternatives, il est légitime que les parents cherchent d’autres points de repère. Or, les schémas éducatifs fondés sur une logique de domination adulte, d’obéissance et de punitions/récompenses, intériorisés depuis le plus jeune âge, sont très difficiles à remettre en question, d’autant que la société les approuve encore largement. La génération actuelle de parents doit faire face à cette difficulté, d’autant plus complexe qu’elle touche au cœur de notre individualité. Chercher à comprendre ces schémas, les déconstruire et en construire de nouveaux nous demande de prendre du recul sur notre vécu, ce qui est souvent très difficile d’un point de vue psychologique et émotionnel.

Cette difficulté engendre un phénomène de déni qui explique la virulence des débats dès lors qu’il s’agit d’abolir les châtiments corporels ou de développer une parentalité non violente. Les critiques adressées à l’éducation positive ou bienveillante sont bien souvent l’expression de ce déni.

Ce phénomène de déni, bien expliqué dans les ouvrages d’Alice Miller8, a également été précisé récemment par Muriel Salmona (Châtiments corporels et violences éducatives : pourquoi il faut les interdire, Dunod, 2016). Elle décrit les mécanismes physiologiques liés à la violence vécue, leurs impacts à long terme à l’échelle individuelle et collective. Ainsi :

“L’impact psychotraumatique des violences est dû à la mise en place, par le cerveau, de mécanismes neurobiologiques de sauvegarde pour échapper au risque neurologique que fait courir un stress extrême, auquel sont particulièrement sensibles les enfants. Ces mécanismes, qui seront également à l’œuvre chez l’adulte violent, s’apparentent à une disjonction avec interruption des circuits émotionnels et d’intégration de la mémoire, et sont alors à l’origine d’un état de dissociation (avec une anesthésie émotionnelle, un sentiment d’étrangeté, de déconnexion, d’être spectateur de la situation), et de troubles de la mémoire avec la mise en place d’une mémoire traumatique.

Cette mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle non intégrée qui, au moindre lien rappelant les violences et leurs contextes, les fera revivre à l’identique à l’enfant victime, avec les mêmes émotions (le stress, la peur, la détresse, le désespoir, la honte, la culpabilité…) et les mêmes perceptions (douleurs et les cris, les phrases assassines, la haine et la colère du parent violent…), tandis que l’adulte violent revivra également la scène violente avec ses actes et ses émotions, ainsi que les réactions de l’enfant.”

Il est important de comprendre en quoi ces mécanismes participent non seulement du phénomène de déni (prendre conscience de la violence vécue, bien souvent sous couvert d’éducation et d’amour, est parfois si douloureux qu’on préfère les nier), mais également des difficultés que peuvent rencontrer les parents au quotidien : certains comportements des enfants, et notamment les pleurs, les cris, peuvent réveiller la mémoire traumatique et engendrer un stress et une colère que les parents ont de grandes difficultés à réprimer, d’autant plus s’ils sont dans une situation de fatigue, ou de fragilité.

Il peut arriver que les parents aient recours à la violence par reproduction de la violence subie enfant, avec un effet de soulagement et, pour certains, de culpabilité. A ce titre, Muriel Salmona explique que le recours à la violence a un effet anesthésiant de notre propre mémoire traumatique. Si aujourd’hui beaucoup de parents refusent d’exercer la violence sur leurs enfants, ce n’est pas sans difficulté :

“Avoir des difficultés, en raison de symptômes traumatiques, à mettre en cause ses parents, et à ressentir l’impact réel que les violences dans son enfance ont eu pour soi, n’empêche pas de considérer qu’en aucun cas il ne faut être violent sur les enfants. Leur capacité de jugement, leur cohérence, leur attachement à des notions de justice, de droits et leur peur de faire souffrir leur enfant vont être des freins puissants pour lutter contre une mémoire traumatique qui peut être, à certains moments, envahissante et effrayante. [...] Ces parents développent une énergie très importante à gérer leurs émotions et à lutter contre ce qu’ils pensent être eux-mêmes : une personne violente en puissance, et ce qu’ils ne veulent pas être. Ce contre quoi ils luttent, cette peur de passer à l’acte, de faire mal, ces images, ces phrases de violences et de haines qui s’imposent, on les nomme en psychiatrie, phobies d’impulsions. Il s’agit en fait de mémoire traumatique. Et ces parents qui s’épuisent en se pensant mauvais [...] mériteraient qu’on les informe sur ces mécanismes, ce qui leur permettrait de se libérer de ces craintes et de retrouver leur estime de soi.

Certains professionnels (Claude Halmos, Didier Pleux par exemple) considèrent que les enfants doivent être indulgents avec leurs parents s’ils se mettent en colère contre eux, retournant ainsi contre les enfants la responsabilité des comportements des adultes. Si l’objectif d’être un parent parfait est impossible à atteindre, il est pour autant important de distinguer son rôle d’adulte : ce n’est pas à l’enfant qu’incombe la responsabilité de prendre en charge les blessures de ses parents, ni d’en subir les conséquences. Cela ne signifie pas que les parents doivent absolument s’interdire d’exprimer leur colère et étouffer leurs propres besoins. Les enfants apprenant essentiellement par imitation, il est au contraire important que les parents puissent exprimer leurs besoins et leur colère, sans diriger celle-ci contre leurs enfants9. Or, dans les schémas éducatifs traditionnels, les émotions ne doivent pas être exprimées et les besoins fondamentaux ne sont pas reconnus. C’est donc là une difficulté supplémentaire pour les parents d’aujourd’hui, d’aider leurs enfants à gérer leurs émotions et leurs besoins, alors qu’eux-mêmes n’ont jamais appris à le faire.

Il est fondamental que les informations relatives au développement de l’enfant, à ses besoins et à ses émotions soient largement relayées auprès des parents et des professionnels. Ces informations sont souvent jugées culpabilisantes, car elles permettent de comprendre les effets négatifs des attitudes relevant de la violence éducative ordinaire. Ce sentiment de culpabilité est légitime. Il est donc également fondamental que soient diffusées tout aussi largement les informations sur les difficultés que peuvent rencontrer les parents ou les professionnels, en lien avec leurs propres blessures et les mécanismes de leur mémoire traumatique. Il est nécessaire que les politiques de soutien à la parentalité prennent en compte ces mécanismes afin d’apporter une aide concrète, permettant ainsi de casser le cercle vicieux de la violence exercée sous couvert d’éducation.

Une éducation non violente est-elle une éducation laxiste ?

Le fait même de poser cette question démontre la difficulté voire l’impossibilité pour beaucoup de concevoir l’existence de schémas éducatifs différents de ceux dans lesquels nous avons grandi. Cela aboutit à une logique binaire – autorité ou laxisme – ne permettant de concevoir aucune alternative.

Certaines méthodes éducatives, qui rejettent pourtant les châtiments corporels, préconisent d’ailleurs toujours une logique de punitions/récompenses et la nécessité pour les parents de se faire obéir de leurs enfants. À ce titre, il convient d’être particulièrement attentif à ce que les apports des neurosciences ne se transforment pas en outils de manipulation des enfants par les adultes. De même, des méthodes et outils de communication sont parfois présentés comme une fin en soi ou comme une nécessité pour devenir de “meilleurs parents”. Si elles ne remettent pas profondément en question les schémas éducatifs hérités, ces méthodes ne respecteront pas plus les droits et besoins fondamentaux des enfants10.

Par ailleurs, on confond souvent l’idée de laisser les enfants “faire tout ce qu’ils veulent”, voire de “tout leur acheter”, avec celle de les “laisser être”. Considérer l’enfant en tant que personne à part entière, dès sa naissance, et lui laisser la liberté d’être lui-même, respecter ce qu’il ressent et ce qu’il pense n’a rien à voir avec le fait de le laisser faire n’importe quoi ou de lui offrir tout ce qu’il demande.

Le laxisme traduit une négligence dans la prise en compte des besoins fondamentaux des enfants et de leur nécessaire protection. Ne jamais s’opposer aux désirs des enfants par crainte de l’expression de leur colère ou par peur de ne plus être aimé traduit là encore la difficulté de faire face à ses propres blessures.

Comprendre qu’une éducation refusant toute violence exercée envers les enfants n’est pas une éducation laxiste suppose avant tout de s’informer afin de déconstruire nos idées reçues et de changer profondément de regard11.

Par exemple :

• “Sans relation verticale, sans hiérarchie parentale, les enfants prennent le pouvoir” : l’enfant ne cherche pas à s’inscrire dans un rapport de force. C’est au contraire l’instauration de ce rapport de force par l’adulte qui l’entraine dans cette logique. L’expression de la volonté des enfants est souvent interprétée comme un “caprice”, une volonté de s’opposer à ses parents. Comprendre que l’enfant n’agit pas “contre” l’autre mais “pour” lui-même, face à un besoin fondamental non satisfait, permet de comprendre que ce rapport de force n’a pas lieu d’être.

• “Il est important que l’enfant connaisse la frustration” : l’enfant fait face quotidiennement à des situations frustrantes. Il n’est pas nécessaire d’ajouter des sources de frustration dans le seul but de le frustrer, ni de chercher à lui éviter toute source de frustration, mais plutôt de l’aider progressivement à gérer sa frustration en fonction de ses capacités et de son développement.

L’une des caractéristiques majeures de la violence éducative ordinaire, en particulier de la violence psychologique, est de nier les pensées, les ressentis et les émotions de l’enfant, de nier son individualité. L’enfant doit avant tout se conformer aux attentes des adultes, dans un rapport de soumission et d’obéissance. Il est intéressant à ce titre de relever que les livres relatifs au développement personnel et à la quête de soi évoquent souvent les blessures vécues dans l’enfance comme étant à l’origine des difficultés rencontrées à l’âge adulte. Pourtant, ces ouvrages les présentent souvent comme une fatalité, et ne vont presque jamais jusqu’à mettre en question les schémas éducatifs coercitifs et à en faire un enjeu de société.

Pour citer une dernière fois Muriel Salmona :

“Laisser un enfant subir des violences [...] c’est [le] priver de l’avenir qui aurait pu être le sien et qu’il aurait pu choisir en toute liberté, et priver le monde de toutes ses potentialités, de toutes les réalisations qu’il aurait pu apporter, au lieu de s’épuiser à lutter pour sa survie. C’est se priver d’un monde meilleur et plus juste.”


  1. Notons que nous avions eu l’occasion de réagir à la définition de la parentalité positive donnée par le Conseil de l’Europe (Et si la parentalité positive n'était pas si positive que cela ?"). Rappelons que l’OVEO ne cautionne aucune méthode éducative. Les termes mêmes de bienveillance ou de positivité posent question. Nous préciserons plus tard dans l’article en quoi nous considérons qu’il est nécessaire de conserver une certaine vigilance sur les méthodes relevant de la parentalité bienveillante ou positive. []
  2. Cette idée qu’il faudrait éduquer l’enfant à la frustration (dans une logique d’endurcissement et d’apprentissage précoce de la “dureté de la vie”) est typiquement la position de Didier Pleux, voir par exemple cet entretien du 14 novembre 2017 dans La Croix : Faut-il frustrer son enfant ? ou ces émissions récentes sur France Inter : Le débat de midi du 25 juillet 2018 Peut-on vraiment éduquer sans punir ?et Grand bien vous fasse (c’est le cas de le dire !) du 28 août 2018 Les enfants consultent-ils trop de psys ? – à écouter aussi pour les interventions très pertinentes de Béatrice Copper-Royer. []
  3. Il serait tout aussi absurde de penser la relation de couple en termes de méthode (“10 outils pour ne pas crier après sa femme”). []
  4. Effets des additifs, du sucre, intolérances alimentaires, perturbateurs endocriniens… []
  5. Même si ce choix d’être parent n’est donc pas en soi la garantie d’une éducation sans violence, puisque, précisément, la violence éducative ordinaire est une norme sociale, que les parents peuvent reproduire inconsciemment, avec ou sans désir de “bien faire”. []
  6. Sur l’évolution de la corrélation entre conception de la nature humaine et usage de la violence éducative, nous renvoyons au livre d’Olivier Maurel, Oui, la nature humaine est bonne !, Robert Laffont, 2009. []
  7. Cette idée de hiérarchie dans la relation adultes/enfants est encore souvent mise en avant par certains auteurs comme une nécessité (Didier Pleux, Claude Halmos, Aldo Naouri…). Cette conception s’inscrit dans la même logique de domination de certains groupes humains sur d’autres, qui a pu justifier un droit de correction désormais aboli (envers les femmes, les ouvriers, les prisonniers), mais qui demeure vis-à-vis des enfants. Rechercher une relation “horizontale” entre adultes et enfants ne traduit pas un basculement du “pouvoir” au bénéfice de l’enfant, mais une remise en question de l’idée de hiérarchisation de la dignité humaine. Pour approfondir ce point, nous renvoyons à la notion d’“équidignité” développée par Jesper Juul (voir par exemple La Vie en famille - Renouveler les valeurs fondamentales du vivre-ensemble, Fabert 2017), ainsi qu’au livre d’Yves Bonnardel La Domination adulte : l’oppression des mineurs, Myriadis, 2015). []
  8. Voir par exemple sur le site d’Alice Miller l’entretien intitulé Comment sortir du déni (2ème partie de l’article La cruauté s’apprend dans l’enfance). []
  9. Nous renvoyons ici à l’ouvrage de Jesper Juul, L'Art de dire non en ayant la conscience tranquille, éd. Chronique sociale, 2012, qui apporte une réflexion intéressante sur ce point. []
  10. Certains auteurs revendiquent même la notion de “manipulation positive”, à l’instar de Christophe Carré (Obtenir sans punir, les secrets de la manipulation positive avec les enfants, Eyrolles, 2012). Des propositions comme “se faire obéir sans crier”, “sanctionner plutôt que punir”, “comment discipliner son enfant avec bienveillance et fermeté”, “comment gérer les caprices”… partent toujours du postulat que l’enfant doit nécessairement se conformer aux demandes de l’adulte. Alfie Kohn a particulièrement étudié ces questions, notamment les effets pervers du système punitions/récompenses, ou la difficulté de lâcher notre volonté de “contrôler” les comportements des enfants (voir par exemple son article Pourquoi beaucoup d’amour ou de motivation ne suffit pas). []
  11. Pour approfondir ce point, rappelons quelques articles dans lesquels nous abordions la question des limites, de l’autorité : L'enfant-roi, les limites, la discipline et l'autorité ; À propos des limites. []