Il est urgent de promouvoir la culture du respect de l’enfant comme “ultime révolution possible” et comme élément fondamental de transformation sociale, culturelle, politique et humaine de la collectivité.

Maria Rita Parsi, psychologue italienne.

La peur me mettait en mode survie…

Témoignage reçu en réponse au questionnaire du site.

Avez-vous subi vous-même de la violence éducative au cours de votre enfance ? Sous quelle forme ?
Oui. Gifles, fessées, coups de pied, coups de main, hurlements, intimidations, menaces, phrases blessantes, etc.

A partir de et jusqu'à quel âge ?
J'ai des souvenirs depuis mes 3 ans, avant je ne me rappelle pas et jusqu'à mes 18 ans, soit mon départ de la maison familiale.

Par qui ? (père, mère, grands-parents, autre personne de la famille ou de l'entourage, enseignant...)
Par mon père principalement et également par ma mère mais moins fréquemment.

Cette ou ces personnes avaient-elles elles-mêmes subi de la violence éducative dans leur enfance ? De quel type, pour autant que vous le sachiez ?
Oui pour les deux. L'un avait un père alcoolique et l'autre un père musulman avec une mentalité d'un autre temps.

Vous souvenez-vous de vos sentiments et de vos réactions d'alors (colère, tristesse, résignation, indifférence, sentiment d'injustice ou au contraire de l'avoir ”bien mérité“...) ?
Dans ces moments je devais me retenir de pleurer jusqu'à ce que je puisse aller m'isoler dans ma chambre, si je continuais à pleurer c'était une "raison" pour qu'ils continuent, ils me disaient "tu vas arrêter de chialer ou je vais te faire chialer pour quelque chose". Si je ne maitrisais pas mes émotions, je savais que les coups pouvaient repartir et la peur de cela me mettait en "mode survie".

Une fois dans ma chambre je pouvais enfin libérer mes émotions en ne faisant pas trop de bruit. Quand je repense à ces moments j'ai le souvenir de mon fidèle compagnon à 4 pattes qui lèche mes larmes et se colle contre moi jusqu'à ce que j'arrête de pleurer et que je sois apaisée. Enfant (et même encore) je pensais que mon chien était le plus humain de cette famille et que j'étais chanceuse de l'avoir, que sans lui je ne pouvais pas tenir dans cette famille de fous.

Également après ces moments je cogitais beaucoup sur des durées parfois assez longues, de plusieurs jours. Je me demandais pourquoi j'étais née dans cette famille, pourquoi ils ont voulu un enfant, comment on peut être aussi cruel, etc. J'avais également des pensées très sombres pour un enfant, parfois j'espérais qu'il me tape suffisamment fort pour quitter ce monde...

Avez-vous subi cette(ces) épreuve(s) dans l'isolement ou avez-vous eu le soutien de quelqu'un ?
Je n'en ai parlé qu'à mes 17 ans à une amie. Je venais de passer 2 jours horribles à prendre des coups, à n'entendre que des cris, à avoir peur constamment que cela reprenne... Juste avant de la voir cela avait encore repris et en la rejoignant j'ai essayé de "garder le masque" habituel mais j'ai fondu en larmes au bout de 5 minutes et je lui ai dit que j'en pouvais plus, que je craquais.

C'est la seule personne à qui j'en ai parlé. Aujourd'hui j'ai 25 ans et j'éprouve une certaine honte et gêne à avoir grandi dans un environnement familial pareil. Je pense également que je n'en parlais pas car régulièrement à la maison on me disait des phrases comme "tu n'as pas intérêt d'en parler on va passer pour quoi ?!?" Quand j'entendais cette phrase intérieurement je me disais "pour ce que vous êtes, des fous".

Quelles étaient les conséquences de cette violence lorsque vous étiez enfant ?
Je dirais que la principale conséquence a été la difficulté à créer du lien social avec d'autres enfants. D'une part on ne pouvait pas inviter du monde à la maison et de l'autre parce que j'étais mal intérieurement et souvent déconnectée, mal de ce qui s'était passé à la maison la veille, mal à l'idée de ce qui pouvait se passer le soir en rentrant à la maison, etc. Je pense également que j'étais en décalage avec les autres enfants je n'avais pas leur insouciance.

Quelles en sont les conséquences maintenant que vous êtes adulte ? En particulier vis-à-vis des enfants, et notamment si vous êtes quotidiennement au contact d'enfants (les vôtres, ou professionnellement) - merci de préciser le contexte ?
J'ai toujours des difficultés dans mes relations sociales, je préfère être seule, j'apprécie ce calme après autant d'années dans cette tempête.

Je manque de confiance en moi, je me sens inférieure aux autres, je ne sais pas m'imposer, je suis passive de ma vie. Je suis comme on m'a éduquée. J'essaie de changer mais ces années à être un enfant aservi qui fait tout ce que ses parents désirent pour éviter quelques coups et cris sont tellement ancrées en moi...

Je n'ai pas d'enfant mais je me suis juré que je n'éduquerais pas mes enfants de cette manière. Je les aimerai de tout mon cœur et je ferai tout mon possible pour en faire des êtres accomplis avec leur propre personnalité ! Je me suis également juré de couper les ponts avec mes parents s’ils se permettent de les traiter de la même manière que je l'ai été.

Globalement, que pensez-vous de votre éducation ?
Terriblement mauvaise. Une éducation qui a fait de moi une adulte fragile, passive sans sa propre personnalité et encore brisée de ces années. Je pleure souvent rien que d'y penser...

Je n'ai pas de souvenir heureux avec mes parents. Les seuls souvenirs que j'ai sont tristes, moi qui me prends une dérouillée après avoir perdu au tennis et "leur avoir fait honte", moi dans un coin de la cuisine qui reçois une grosse baffe et de multiples coups à ne plus rien comprendre et à me pisser dessus de peur, des phrases assassinantes "t'es qu'une grosse nulle", "tu nous fais honte", etc.

Viviez-vous, enfant, dans une société où la violence éducative est courante ?
Je ne pense pas, les enfants de mon entourage n'était pas traités de la même manière.

Qu'est-ce qu'évoque pour vous l'expression « violence éducative ordinaire » ? Quels types de violence en font partie ? Et quelle différence faites-vous, le cas échéant, entre maltraitance et « violence éducative ordinaire » ?
Une violence que les parents banalisent et dont ils ne sont même pas conscients que c'est mal et anormal. Les miens disaient souvent qu'une bonne dérouillée remet les choses en place et que ça allait me faire du bien.

Je dirais que les violences tant physiques que psychologiques en font partie.

Pour la différence je pense que la maltraitance ajoute le fait de ne pas satisfaire les besoins physiologiques d'un enfant comme le nourrir, et que les violences sont d'un autre degré, bien plus violent et à une fréquence plus élevée.

Comment nous avez-vous connus : site ? livre d'Olivier Maurel ? salon ? conférence ? autres ?
Site Web.

Ce site a-t-il modifié ou renforcé votre point de vue sur la violence éducative à l'égard des enfants ?
Il a renforcé ce que je pensais déjà.

Sara, 25 ans, consultant IT (mes parents sont ouvriers, chauffeur et femme de ménage)