Les enfants n'ont pas besoin d'être éduqués, mais d'être accompagnés avec empathie.

Jesper Juul.

La Violence Educative Ordinaire, qu’est-ce que c’est ?

Est-il possible de donner une seule définition de la violence éducative ordinaire (VEO) ? La VEO, c'est aussi tout ce que chacun d'entre nous ressent ou comprend comme tel. Nous publions ci-dessous les définitions données au fil du temps par des membres fondateurs ou adhérents de l'OVEO, par des membres du comité de parrainage, et par des visiteurs du site. Vous aussi, vous pouvez nous envoyer votre définition personnelle en écrivant à contactez_nous@oveo.org. Elle pourra être publiée sur cette page après approbation par notre comité de rédaction et correction éventuelle (avec votre accord).


Réponses de fondateurs/fondatrices de l'OVEO

Olivier Maurel

Les formes de violence auxquelles l'OVEO doit en priorité se consacrer sont :

  • celles qui sont universellement recommandées depuis des millénaires et qui atteignent donc la majorité des enfants ; les punitions corporelles sont sans aucun doute les championnes dans ce domaine ;
  • celles qui sont punitives, c'est-à-dire celles auxquelles les parents considèrent qu'ils ont le droit d'avoir recours en cas de conflit avec leur enfant ;
  • celles qui établissent entre le parent et l'enfant un rapport de pouvoir violent - ce qui prépare des relations de pouvoir violent entre les adultes - et que l'adulte considèrerait lui-même comme inacceptable s'il lui était appliqué : trouverions-nous normal qu'on nous frappe, qu'on nous insulte, qu'on se moque de nous, qu'on nous juge, qu'on nous inflige des punitions humiliantes, qu'on nous manipule, etc. ?

Victorine

La violence éducative ordinaire combine violence, donc utilisation d'une force (physique et/ou mentale) dans le but de "neutraliser" l'autre ; éducative, donc en faisant passer cette action pour quelque chose d'éducatif, donc à forte connotation de "bon ou bien" ; et ordinaire, donc cette action est tellement commune, acceptée et utilisée par quasi tout le monde que personne ne la voit comme telle et ne la remet en question. Dans la VEO je classe les coups, les menaces, les punitions, les chantages, les jugements, les dévalorisations, les isolements, les "mine de rien je t'offre un jeu vidéo qui, lui, te dira ce qui est bien ou mal", les enfermements même à plusieurs (oui oui je mets l'école dans ce paquet telle qu'elle est chez nous actuellement en majeure partie), les promesses jamais tenues, les manipulations subtiles et presque indétectables... La liste pourrait être longue. Je considère que dès l'instant qu'un adulte ne considère pas l'enfant sur le même niveau que lui, avec donc les mêmes droits, il est dans la VEO.


Réponses de membres du comité de parrainage de l'OVEO

Igor Reitzman

La violence éducative ordinaire :
une maltraitance non encore perçue comme telle
par les élites du pays considéré.

Ce qui est considéré comme mauvais traitement évolue de siècle en siècle vers une meilleure prise en compte de la souffrance de l'enfant :

Au XIXèmesiècle, peu de gens en dehors du Dr Villermé et de Victor Hugo[1] s'indignent de voir des enfants de 5 ans travailler de longues journées dans les fabriques et au fond des mines. Les bagnes d'enfants font alors partie des bonnes oeuvres. Mais depuis 60 ans, grâce aux travaux de René Spitz sur l'hospitalisme, on prend au sérieux les carences affectives, on sait qu'il est possible de faire mourir un jeune enfant autrement que par la brutalité. Et depuis 25 ans, c'est contre la pédophilie que la justice a commencé à se mobiliser. Un jour peut-être, plus personne n'osera parler de bonne correction, à propos d'une série de coups sur le corps d'un petit. Souligner cette relativité peut conduire à définir la maltraitance comme le niveau de châtiments corporels qui n'est plus toléré dans une société donnée.
C'est le point de vue d'Olivier Maurel[2] qui compare la France dans laquelle la gifle est admise (quitte à inculper quand elle a provoqué la mort) et le Cameroun où la bastonnade est pratiquée par 90 % des parents. En somme, le concept de maltraitance serait à double tranchant : d'une part, il dénonce ce qui est devenu insupportable parmi les gens qui font l'opinion dans le pays, mais d'autre part il absout la violence éducative ordinaire (la gifle par exemple) qui est dénoncée comme maltraitance dans des pays plus avancés comme la Suède. La violence éducative ordinaire serait en somme une maltraitance non encore perçue comme telle par les élites du pays considéré.

La consultation des dictionnaires est révélatrice d'une évolution accélérée[3] dans le dernier demi-siècle : Alors que le mot maltraitance, sur le moteur de recherche Google en 2005, trouve dans la seconde 149 000 pages en français, il n'existe pas encore dans la version numérique 1994 du Grand Robert, ni dans le Quid papier 2004. Et le Dictionnaire de la langue pédagogique de Foulquié (PUF, 1971) ne juge même pas utile de faire figurer maltraiter.

[1] : Voir par exemple, dans les Contemplations, le poème Melancholia.

[2] : Olivier Maurel,
Maltraitance et violence éducative ordinaire
.


[3] : qui pourrait s'expliquer notamment par l'entrée des femmes dans les sphères du social et du politique à l'intérieur des sociétés occidentales.

Voir aussi Les enfants du rouleau compresseur (chapitre I : "Contribution de la famille traditionnelle
à l'installation de la soumission", en hommage à Alice Miller) et d'autres articles sur l'éducation publiés sur son site.


Réponses de membres de l'OVEO

AL

La violence éducative ordinaire commence avec tout comportement destiné à convaincre l'enfant qu'un adulte sait forcément mieux que lui ce qui est bon pour lui et, à ce titre, doit en être obéi "pour son bien". L'adulte se croit moralement supérieur parce qu'il est plus puissant, plus expérimenté. Cela justifie une multiplicité d'abus plus ou moins subtils s'appuyant sur une argumentation de « sagesse », de « raison » que pourra reprendre ensuite l'enfant envers plus petit ou plus faible que soi. Comme c'est l'usage courant envers les enfants, ceux-ci ne peuvent l'identifier comme un abus sans l'intervention d'un témoin lucide.

L'éducation à l'obéissance est donc le premier acte de violence éducative ordinaire, le pilier sur lequel d'autres violences plus visibles vont pouvoir s'appuyer. Car elle établit comme incontestable l'Autorité parentale à laquelle l'enfant doit obéir. En fait, l'obéissance « par principe » de l'enfant est instaurée pour les seuls besoins de l'adulte.

Que les parents disent à l'enfant : « non, je ne suis pas d'accord ! » ou « je ne veux pas que tu fasses cela » ou « je ne veux pas te donner cela » : pourquoi pas ? Et si l'enfant conteste, crie, pleure, argumente, négocie, le rôle du parent est d'essayer d'entendre avec bienveillance ce qu'exprime l'enfant, d'expliquer ses propres raisons et de rester ouvert donc capable de changer d'avis : sinon à quoi servirait d'entendre son enfant ?

Croire que changer d'avis après avoir dit non est une faiblesse qui va rendre l'enfant despotique est la preuve d'une insécurité intérieure venant de sa propre enfance abusée.

Si le dressage à l'obéissance ouvre la porte à toutes les formes de violence, c'est parce que la résistance de l'enfant doit être vaincue, que ce soit par une douce persuasion, une manipulation habile, ou encore par la force.

En France, les moyens ordinaires employés pour vaincre cette résistance vont de la simple moralisation aux coups divers ne laissant pas de trace, en passant par la moquerie, un regard froid ou menaçant, un refus de communication, voire un simple changement de comportement qui insécurise l'enfant (parce qu'il craint d'être rejeté).

Les « bontés charitables » de l'adulte malgré les « bétises » ou « désobéissances » de l'enfant, lui font croire à des faveurs, alors qu'il mérite inconditionnellement la gentillesse de ses parents. En faisant violence à son propre naturel pour donner le « bon » exemple de comportement à l'enfant, on l'amène à se croire inférieur s'il n'y arrive pas ou à perdre son authenticité s'il y parvient, voire mauvais ou anormal s'il transgresse l'interdit.

Aucun enfant n'agit naturellement de façon dangereuse ou volontairement blessante, envers soi-même ou autrui. Dressé à obéir, il sera peut-être docile, « sage », répondra peut-être aux attentes de l'adulte, mais sera-t-il alors vrai? Tout enfant porte en soi le besoin d'attachement, d'imitation et de sensibilité à l'autre qui lui permettront de devenir un adulte responsable et bienveillant sans dressage, grâce à l'accompagnement modeste, attentif et affectueux des adultes qui l'entourent, à condition que ceux-ci ne cachent pas leurs refus et exigences personnels légitimes derrière une prétendue Autorité pour le "bien" de l'enfant...

On l'admet difficilement si l'on se sent incapable soi-même d'être un parent « à la hauteur » : la crainte du jugement de ses propres parents intériorisés n'est pas loin. Si l'on ne se sent pas capable de « bien » accompagner son enfant, il est illusoire de croire que par l'éducation à l'obéissance on va limiter les dégâts.

Par ailleurs, ce principe hiérarchique d'Autorité parentale a des répercussions sur les relations entre frères et soeurs, accentuant leur jalousie (jalousie de celui qui ne parvient pas se conformer aux attentes des parents, jalousie de celui qui s'y conforme si bien que cela le brime et qu'il a l'impression de n'être jamais assez récompensé...) et autres attitudes peu fraternelles qui s'ensuivent. Et si la jalousie est - même inconsciemment - ressentie par les parents comme mauvaise, il est aussi possible de la refouler complètement... mais elle est toujours là qui ronge...

Quoi qu'il en soit, définir la violence éducative ordinaire n'a pas pour but de soutenir les parents mais, en disant la vérité, de leur faire prendre conscience de ce qui, sous le prétexte d'éducation, fait violence à leurs enfants... donc à l'enfant qu'ils ont été.

Morgana

La violence éducative est quand un adulte est violent physiquement et/ou psychologiquement envers un/e enfant, et ceci "pour son bien". Cela s'appuie sur le fait de considérer que ses désirs/besoins/désagréments sont plus importants que ceux de l'enfant, que l'on a à le/la contrôler pour qu'ille soit conforme à notre idée. Il y a punir, utiliser la force physique, manipuler, minimiser voire dénier les désirs/besoins/désagréments de l'enfant, exclure, l'empêcher d'exprimer ses émotions ou les ridiculiser ou les minimiser. Elle est ordinaire quand pour l'adulte, elle est si minime, courante qu'il n'y voit pas de violence et n'essaie pas de faire autrement. Par ex. : donner une tape, gifle, fessée, faire un shampoing ou l'administration d'un médicament de force, laisser un enfant pleurer, dire à un enfant "ce n'est rien" quand ille vient de se faire mal, le/la laisser dans un endroit pratiquement inconnu de lui/elle sans personne d'attachement.

Kris

La VEO ce n'est pas que la fessée.

Ma définition de la violence éducative ordinaire (VEO) :

Par violence, je n'entends pas seulement des coups et cris. Pour moi la violence c'est tout ce qui cause un tort certain, même si c'est involontaire, voire inconscient.
Par "éducative", je veux signifier que cette violence touche les enfants (ici par opposition à adulte) et que ça a une prétention "éducative" ou/et un impact important sur la construction de la personne. L'éducation peut être la prétention ou/et le résultat, intentionnels ou pas. La VEO se dit, se pense "éducative", sans forcément définir la notion d'éducation. Elle peut aussi être "éducative" au sens où elle influe notablement sur la façon dont la personne se développe.

Donc la violence éducative c'est ne pas traiter convenablement un enfant, au prétexte d'éducation ou/et en perturbant sa construction et donc son devenir.

Cette violence éducative est malheureusement le modèle dominant de la plupart des pays et dans chacun de ceux-ci. Elle est donc ordinaire.

Donc je désigne comme VEO tout ce qui cause un tort notable à un enfant dans sa construction ou/et dans un but "éducatif" et qui est le plus courant.


Cette définition de la VEO signifie concrètement qu'elle recouvre plusieurs formes, très loin du cliché de la seule fessée.

  • La VEO typique est celle qui correspond à ce qui est aboli par 25 pays : les châtiments corporels et les humiliations (sachant qu'humiliation est un concept très flou). Cette VEO est la partie la plus visible mais déjà immergée de l'iceberg de la VEO. Sachant que la maltraitance (reconnue légalement comme telle) est le sommet émergé de l'iceberg de la VEO.

On peut distinguer la VEO en fonction de la façon dont elle est éducative.

  • La VEO peut être éducative avant tout en ce qu'elle se prétend telle. C'est celle d'adultes sur des enfants qu'ils se donnent ou reçoivent le rôle d'éduquer. Ils emploient la violence dans ce but, pensant que c'est la seule ou la meilleure méthode.

    Parfois aussi l'éducation sert d'excuse. En cédant à la colère ou à un autre mouvement d'humeur, par manque de contrôle ou de savoir-faire, etc., un adulte peut se laisser emporter à une violence (un coup, un cris...) qui "part toute seule".

    L'éducation sert alors de mauvaise excuse.

    Entre ces deux extrêmes (volonté d'éducation et emportement), beaucoup de violences sont exercées par habitude et par réflexe. Elles sont considérées comme éducatives mais ne sont pas mises en question à ce sujet.

    Cette violence prétendue éducative peut être physique comme verbale et autrement psychologique. Ça peut être frapper, gronder, rabaisser, oppresser... Il est à noter que cette violence, n'est pas ou mal éducative. Elle n'apprend pas ce qu'elle veut apprendre. Elle inculque en fait la loi du fort et la violence par son propre exemple. Je n'insiste pas sur ce point : ce n'est pas le sujet de ce texte. Bref la violence prétendue éducative ne sert à rien. Pire, elle détruit l'enfant son empathie et son sens moral.

  • La VEO peut être éducative sans en avoir la prétention. Elle peut l'être surtout ou seulement par son impact réel sur la construction de la personne. L'éducation, donc aussi la violence, désignent ici le résultat plus que le moyen d'y parvenir. C'est une VEO parce que ça cause un tort certain à la formation, la construction de l'enfant.
  • Cette VEO a elle-même diverses formes.

    - Elle peut consister à persuader l'enfant de ce que les parents (ou autres adultes influents) pensent qu'il "est".

    - Elle peut aussi le persuader d'être médiocre et mauvais parce que ses parents ou autres adultes influents le rabaissent continuellement, le dévalorisent, ne lui témoignent ni estime ni écoute.

    - La VEO (dé)formatrice peut aussi consister en une assignation forcée qui blesse donc l'enfant dans le développement de sa personnalité ; la personnalité étant ce qui est propre à un individu. Les assignations coercitives l'empêchent de devenir lui, de vivre sa vie, de développer ses goûts, ses caractéristiques, ses aspirations. La VEO d'assignation a deux formes principales :

    L'ambition parentale, quand les parents imposent leurs aspirations à leur enfant, lui font vivre, non pas sa vie, ce qui lui correspond, mais ce qu'eux lui prédestinent.

    L'autre forme d'assignation violente est l'enfermement dans des carcans identitaires : nation, culture régionale, genre, etc. On fait de l'enfant, un membre forcé de ces différents groupes. Ces "appartenances" lui sont imposées et ne permettent pas sa libre individuation. Il ne devient pas lui-même, mais un exemplaire conforme des différents groupes dans lesquels il est assigné.

  • Quand on parle de violence, on pense à des gestes ou à des mots qui blessent. Mais en désignant comme violence ce qui cause un mal certain, il faut aussi prendre en compte une forme moins directe de violence. Certains actes peuvent malmener, mais aussi le manque d'actes positifs.

    La négligence est une forme de VEO. Tout ce qui cause un tort notable à un enfant dans un cadre "éducatif" est une VEO. Pour simplifier, je suggère de parler de VEO active pour celle qui cause un mal directement par son action. Et donc, par opposition, la VEO passive est ce qui cause un mal par l'absence d'une action nécessaire. Peuvent manquer, les manifestation d'amour, l'attention, le partage d'activités, la protection, la consolation, le soutien, etc. Il s'agit toujours de malmener un enfant, de le traiter mal, même si c'est par "abstention".

    On oppose souvent les châtiments corporels et les humiliations au fait de livrer les enfants à eux-mêmes ou à la télévision. Or la violence active et la négligence ne sont pas les deux extrêmes d'une même variable, mais, bien au contraire, deux formes d'une même réalité et qui d'ailleurs vont souvent ensemble. A l'opposé, les familles ou cultures qui renoncent à la VEO active le font souvent par considération pour les enfants et sont donc souvent particulièrement attentionnées envers eux.

Ghislaine

La violence éducative ordinaire constitue un abus de pouvoir caractérisé, dissimulé sous le terme d'éducation. Il s'agit avant tout de soumettre l'enfant.

Je pense bien sûr aux châtiments corporels qui ont la vie dure et que les adultes voient souvent comme un moyen radical d'être obéis ou de se défouler. Mais il existe une violence éducative ordinaire plus sournoise bien que tout aussi destructrice pour un être en construction : les critiques, les humiliations, le double langage et toutes ces manipulations mentales, plus cruelles les unes que les autres, dont notamment celle qui pousse certains parents (qu'ils en soient conscients ou non) à considérer leur enfant, dès son plus jeune âge, comme une miniature d'eux-mêmes par l'intermédiaire de laquelle ils voient une chance de rejouer leurs vies conformément à leurs propres rêves.

Quelle que soit la forme que prenne la violence éducative ordinaire, on ne peut pas parler d'éducation de l'enfant, et certainement pas dans le respect de sa personne, de son identité propre et de ses droits.

A mon sens, il convient d'enseigner, d'expliquer aux parents comment bannir la violence, quelle qu'elle soit, pour qu'ils puissent véritablement accompagner leur enfant dans son développement.

« Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de la Vie qui a soif de vivre encore et encore.
Ils voient le jour à travers vous mais non à partir de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais non leurs âmes.
Car leurs âmes habitent la demeure de demain que vous ne pouvez visiter même dans vos rêves.
Vous pouvez vous évertuer à leur ressembler, mais ne tentez pas de les rendre semblables à vous.
Car la vie ne va pas en arrière ni ne s’attarde avec hier. »

Extrait du poème "Les enfants", in Le Prophète, de Khalil Gibran..

Cécile

La VEO : une dépersonnalisation de l'enfant, véritable bombe à retardement

Parce qu'il y a l'adjectif "éducative" dans VEO, il s'agit de transmission, d'apprentissage, de tradition, généralement envers un enfant.
Parce qu'on y trouve l'adjectif "ordinaire", il s'agit d'un état de fait reconnu, accepté, pratiqué par la plus grande majorité, voire la quasi-totalité des acteurs.
Et de quoi parlons-nous ? de violence. Il s'agit donc d'actes obligeant quelqu'un à agir contre sa volonté, générant ainsi une souffrance.

Autrement dit, pour moi la VEO est l'ensemble des actes visant à transmettre des compétences (comportement, langage, tradition, religion, etc.) à un enfant en l'obligeant par des abus à agir, se comporter, subir, contre sa volonté, ceci de manière communément admise par la société.

A mon sens, deux questions restent en suspens :
1-Quel est le degré de souffrance ressentie par l'enfant lors des événements et la mémoire consciente qu'il en garde ensuite (ce n'est pas la même chose).
2-Quelles en sont les conséquences.

C'est Alice Miller qui m'a permis de découvrir les réponses à ces questions. Voici ce que j'ai compris de ma lecture de ses livres (ce qui n'engage que moi) :

Elle parle de l"enfant doué" (cf Le Drame de l'enfant doué et L'Avenir du drame de l'enfant doué): ce sont tous ces enfants qui, pour limiter leur souffrance affective, développent des capacités d'empathie hors normes pour pouvoir repérer les attitudes et les changements de comportement de leurs parents, ceci afin de s'y adapter au mieux. Il s'agit d'une sorte d'instinct de survie de l'enfant.

Un tel développement des capacités d'empathie au détriment de ses besoins propres génère chez l'enfant des dégâts considérables : il se centre sur les besoins de ses parents ou ce qu'il interprète comme étant leurs besoins. Entièrement tourné vers ses parents et leurs attentes (exigences), il en perd sa personnalité, même à l'extérieur de la famille, il calquera son attitude sur ce qu'il imaginera qu'on attend de lui, notamment à l'école. Puis, plus ou moins rapidement, oubliant sa peur, son sentiment de trahison, sa détresse, son humiliation, sa rage d'enfant, en toute conscience il trouvera normal ce qu'il a vécu, tandis que le vide, la colère et le désespoir restés inconscients l'amèneront à bien des débordements... Sans comprendre d'où vient le problème, il l'attribuera à d'autres... Et s'il n'a pas eu d'autres références, s'il n'a pas connu le respect d'au moins une personne envers ses sentiments et ses besoins, alors il ne saura pas faire autrement que reproduire en toute bonne foi sa tradition éducative et imputer à toute autre chose que son mode d'éducation et à toute autre personne que ses éducateurs les causes de ses problèmes (dépression, hyperactivité, agressivité, conduites à risque...)...

Sonia

La violence éducative ordinaire est une violence particulièrement destructrice parce qu'elle s'exerce sur un enfant, un être en pleine construction de sa personnalité et totalement dépendant de la personne qui le violente. La violence éducative ordinaire, c'est tout comportement* d'un adulte envers un enfant qui provoque chez l'enfant une blessure physique ou psychique plus ou moins grave et durable.
Ce comportement blesse doublement l'enfant :
- d'abord instantanément part la souffrance qu'il provoque (douleur physique ou psychique).
- puis durablement parce que ce comportement violent étant considéré le plus souvent par l'adulte comme légitime, juste et éducatif, il interdit à l'enfant la possibilité d'exprimer les émotions "négatives" qu'il suscite (peur, colère, tristesse).
Ces émotions sont alors refoulées, voire niées mais ne disparaissent pas. Elles ressurgiront chez l'enfant devenu adulte, sous forme d'une haine plus ou moins violente dont il ignorera l'origine. Elle ne sera non plus dirigée contre les
parents, mais contre lui-même et/ou toute autre personne de substitution en état de faiblesse par rapport à lui, lui permettant de passer de statut de victime à celui d'agresseur, perpétuant ainsi le cycle de la violence.

*châtiments corporels, menaces, cris, humiliations, chantage, retrait d'amour, punitions, exclusion, etc. La liste est quasiment infinie, il peut exister autant de comportements violents que de personnes pratiquant la veo.


Réponses de visiteurs

Bénédicte

Pour moi, la violence éducative ordinaire c'est de ne pas considérer son enfant avec le même respect que l'on aurait envers tout autre adulte voire soi-même.
Infirmière PMI

CB

La violence éducative ordinaire se rapporte à l'usage de la violence physique ou morale qui est ordinairement subie par les enfants, de la part de leurs parents et/ou d'autres personnes significatives dans l'éducation de l'enfant, dans le but de "corriger" un comportement perçu comme étant indésirable. Elle est dite "ordinaire" parce qu'elle a lieu quotidiennement dans les foyers ou encore dans les institutions scolaires et qu'elle est tolérée dans la majorité des États contemporains. La fessée peut représenter un type de violence éducative ordinaire, mais il ne faut pas oublier les actes d'humiliation et la manipulation affective dont sont aussi victimes les enfants. La croyance que la violence peut corriger sainement les comportements jugés déviants, n'a aucune base scientifique, mais se perpétue car les victimes ont tendance à rationaliser ce qu'elles ont subi afin de lui trouver un sens ; ce qui les conduit à légitimer, une fois adultes, la violence éducative ordinaire dont elles ont elles-mêmes été victimes. La violence éducative ordinaire dans les sociétés occidentales ne semble aujourd'hui tolérable que sur les enfants, mais il fut une époque où, par exemple, corriger sa femme en public était chose admise. La reproduction sociale de la violence éducative ordinaire est donc un phénomène social, culturel, qui ne fait que sembler "aller de soi".

GR

La violence éducative, que j'appellerais aussi maltraitances éducatives, ce sont les violences qui empêchent l'enfant de ressentir, qui ont pour but de le priver de ce qu'il ressent, pour qu'il devienne obéissant. En l'empêchant de connaître ce qu'il ressent, d'être lui-même, on le fait devenir comme un petit robot qui peut obéir aux ordres les plus cruels. C'est une des conséquences cachées de la violence éducative. Si on empêche l'enfant de voir qu'on le maltraite, qu'on le traite avec cruauté, ce qui est possible en l'empêchant de ressentir cette cruauté, en le coupant de ce qu'il ressent, il ne pourra plus percevoir la souffrance qui va avec et croira que ça ne fait pas de mal.
La violence, c'est avant tout de ne pas respecter ce que l'enfant ressent.

Claire Dubois

ça se pare du nom d'éducation, alors que ce n'est que de la violence d'un grand sur un petit qui n'a aucun moyen de s'y soustraire, même par la pensée.

C'est ordinaire parce que ça se fond dans l'ordre des choses, c'est invisible parce qu'on ne voit rien, ça se fait parce que ça s'est toujours fait, non seulement ce n'est pas reconnu pour de la violence qualifiée, mais l'enfant qui cherche une échappatoire est taxé de "violent".
La masse des citoyens qui n'a jamais connu rien d'autre et ne connaît rien d'autre croit que c'est normal, nécessaire et utile pour l'enfant, et se trouve renforcée dans cette croyance, qui n'est qu'une ignorance, par celle de nombre de professionnels de l'éducation et de la santé.

L'idéologie de la "tolérance zéro" de la "responsabilisation" des parents aggrave encore la pression de cette norme, en angoissant les parents à l'idée de ne pas être à la hauteur et en les culpabilisant de ne pas "contrôler" leur enfant, de ne pas lui "mettre les limites", alors que la loi ne met pas de limites aux parents, ce qui les soulagerait pourtant d'un grand poids.

L'isolement des familles, la perte des liens sociaux larges ne laissent plus aux enfants prisonniers dans les familles nucléaires aucune échappatoire.

Et on prescrit de la Ritaline à tour de bras.

Marie-Noémie

Pour moi, la VEO commence dès la première tape donnée à un enfant, qui parfois, ne marche pas encore. C'est le droit de correction des parents et éducateurs, qui devrait absolument être interdit, et fortement déconseillé par le personnel médical, sans craindre la délation ou la prison. Uniquement pour une prise de conscience. C'est une forme de violence et de maltraitance, qui peut dégénérer, ainsi que toute brimade, punition, ou humiliation physique ou verbale. La violence engendre la violence. L'enfant battu, battra.
Il faudrait une meilleure formation des parents, dès la maternité, et également, en crèche et maternelle. (Avec des supports écrits et traduits, et des conférences). Les enfants élevés dans le respect, l'amour et la gentillesse, avec bien sûr, des limites et des règles de vie adaptées, sont ceux qui sont le mieux élevés et le plus épanouis. Tout parent ou éducateur devrait regarder au moins une fois, en petite vidéo, sur Internet, ce qu'il se passe dans les jardins d'enfants Montessori. Même si ce n'est pas positif à 100 %, l'enfant est calme, heureux, autonome et respecté par le personnel, qui observe, et assiste, si besoin est. L'enfant apprend à réussir et à être altruiste et sociable. J'ai travaillé personnellement dans des jardins d'enfants à tendance montessorienne. Quel bonheur c'était d'y travailler ! Car, si l'enfant a besoin de limites (c'est évident), les adultes aussi, qui trop souvent reproduisent ce qu'ils ont vécu enfants, sans réfléchir, ni étudier. Beaucoup d'enfants dans le monde, meurent de maltraitance ; d'autres sont meurtris pour la vie, ou placés dans des foyers ou familles d'accueil. Parents, apprenez à être patients, mettez les mains derrière le dos, si vous avez envie de taper, déviez votre colère (tapez sur un ballon), faites un tour si vous le pouvez, respirez fortement... Mais ne menacez pas non plus de fessée ou autre, votre enfant, car c'est aussi, de la violence, et c'est dévalorisant. Battre est inutile et néfaste, et cela a des conséquences physiques et psychologiques très graves. Cela a été démontré scientifiquement par des études et des questionnaires. Remplacez le "qui aime bien châtie bien" par : "qui aime bien ne châtie pas".

L'enfant est l'égal de l'adulte sur le plan du respect. Et l'enfant est sujet et non objet. Préférez l'éducation active, où l'enfant se prend en charge, plutôt que l'éducation passive, qui ressemble à du dressage, avec du harcèlement moral et des pressions. Et surtout, montrez le bon exemple en tous points.


Et pour vous, la VEO, qu'est-ce que c'est ? Envoyez-nous votre définition !