Il ne peut y avoir plus vive révélation de l'âme d'une société que la manière dont elle traite ses enfants.

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté.

Enquête de l’OVEO : 5 ans après le vote de la loi “relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires”, où en est-on ?

Le 10 juillet 2019 a été adoptée la loi “relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires”, inscrivant dans le Code civil que “l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques”.

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Près de cinq ans plus tard, l’OVEO souhaite établir un bilan de cette loi, en interrogeant les professionnel·les de l’enfance et de la parentalité.

Voici le lien pour répondre à cette enquête : https://forms.gle/pUH9burgMV2oZRp88
Les réponses permettront de nourrir notre état des lieux et nos préconisations.

Nous vous remercions pour votre contribution et pour la diffusion la plus large possible dans vos réseaux professionnels !

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La violence éducative toujours dans le « trou noir » de la psychanalyse

Par Olivier Maurel

En 2010 et 2011, pour vérifier dans quelle mesure les sciences humaines tenaient compte de la violence éducative ordinaire sur les enfants, j’ai étudié tous les livres publiés en français sur la violence humaine aux environs de l’an 2000, et j’ai présenté le résultat de ce travail dans un livre : La Violence éducative : un trou noir dans les sciences humaines (L’Instant présent, 2012).

Les Figures de la cruauté. Entre civilisation et barbarie (éditions In Press)

Or, une correspondante m’a signalé un livre plus récent qui se présente aussi comme une étude globale sur un aspect de la violence : la cruauté. Ce livre s’intitule : Les Figures de la cruauté. Entre civilisation et barbarie (éditions In Press). Il s’agit en fait d’un recueil d’articles publié en mai 2016 et résultant d’un séminaire organisé sur la saison 2014-2015 par l’association Schibboleth – Actualité de Freud, et dont la quasi-totalité des participants (35 sur 40) étaient psychanalystes. Ce livre, de plus de 600 pages grand format, a été conçu dans « le cadre des activités scientifiques » de cette association. Il réunit une quarantaine d’auteurs, ce qui représente un bon corpus pour savoir si, quinze ans après l’an 2000, la psychanalyse accordait à la violence éducative ordinaire une place un peu plus importante qu’elle ne le faisait (ou plutôt qu’elle ne le faisait pas) quinze ans avant. Je me suis donc procuré ce livre et je l’ai lu de près.

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Uniforme scolaire, violence éducative et violence en milieu scolaire

Témoignage en forme de billet d’humeur reçu le 13 janvier 2023.


Récemment, le ministre de l'Éducation français (Gabriel Attal, qui a récemment été "muté" au poste de Premier ministre) a annoncé "expérimenter" l'uniforme dans plusieurs écoles du pays, et d'ores et déjà plusieurs municipalités s'y sont mises. Comme c'est parti là, la France cherche à implanter l'uniforme scolaire obligatoire, et ce au niveau national. Et ce, après avoir tenté d'implanter un service national universel obligatoire pour les adolescents (comprenez une version "lite" du service militaire), et avoir fait la chasse aux tenues connotées trop "musulmanes" dans plusieurs lycées. Tout ceci pour, selon eux, lutter contre le "communautarisme", l'extrémisme religieux et le harcèlement scolaire.

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La Force des femmes

Ce compte-rendu du livre du Dr Mukwege La Force des femmes est suivi de la lettre envoyée le 3 janvier 2015 au Dr Mukwege par Olivier Maurel, qui a attiré son attention sur les liens entre la violence éducative ordinaire, les violences sexuelles et leur utilisation comme arme de guerre. C’est après avoir reçu cette lettre que le Dr Mukwege a commencé à parler de violence éducative, comme il le fait dans ce livre. Voir aussi l’article d’Olivier Maurel Rwanda : de la violence sur les enfants au génocide (2014) et, sur le même sujet, les p. 86-87 de son livre Oui, la nature humaine est bonne ! (2009).

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CIIVISE : l’inquiétude des associations et collectifs de l’enfance

Nous publions ici la tribune rédigée et coordonnée par l'OVEO, Le Collectif Enfantiste et Claf’Outils pour critiquer les conditions de mise en place de la nouvelle CIIVISE et la remise en cause de sa doctrine « Je te crois je te protège ».
Ce texte, paru sur L'Humanite.fr, a recueilli les signatures de nombreuses autres associations que la nôtre : Ancrage, Cap d’agir, Claf’Outils, Collectif enfantiste, Eveil et Sens: Grandir Ensemble, Impact, JUFAM (Justice des Familles), Collective des mères isolées, Lamevit (l'association mille et une victimes d'inceste) Martinique, Association Le Monde à Travers un Regard, Mouv'Enfants, Protéger l'enfant, Tangram, Vers une autre relation adulte enfant.


Depuis le 11 décembre, le gouvernement a annoncé le remaniement de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, allant à l’encontre des demandes des associations de l’enfance. La sortie du juge des enfants Edouard Durand marque un éloignement de la doctrine de l’accueil inconditionnel de la parole des enfants qu’il portait avec son équipe, si importante pour toutes les victimes d’hier et d’aujourd’hui. La remise en doute de la parole de l’enfant et de la compréhension des violences sexuelles elles-mêmes est un véritable recul.

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Le pouvoir des adultes sur les enfants : une introduction pour les jeunes

Texte du dessin : L’adultisme – seulement pour les vieux ! © Natascha Welz

Manfred Liebel et Philip Meade proposent un résumé de leur ouvrage Adultismus. Die Macht der Erwachsenen über die Kinder. Eine kritische Einführung (« L’adultisme. Le pouvoir des adultes sur les enfants. Une introduction critique ») pour rendre leur propos plus accessible aux jeunes lecteur·ices. Le texte a été traduit par Manfred Liebel et Marnie Valentini en français et est disponible ici : Qu’est-ce que l’adultisme ? (« Was ist adultismus »)

Cette version en ligne est ponctuée de questions afin d’inciter le/la lecteur·ice à s’interroger sur sa propre expérience. Les idées des auteurs sont formulées de manière simple, avec de nombreux exemples, sans que la pertinence du propos n’en soit altérée.

La version imprimée en allemand est présentée ainsi :

Dans notre société, les enfants sont souvent méprisés, contrôlés et désavantagés. C’est ce que nous appelons l’adultisme. Ce livre explique le sujet avec un langage simple, des dessins et des photos. Nous montrons comment les jeunes sont touchés par l’adultisme. Dans la famille, à l’école, dans les transports, en politique. Par des règles et des interdictions dans la vie quotidienne.

Mais nous donnons aussi des exemples de ce que les jeunes peuvent faire contre l’adultisme. Et comment les adultes pourraient partager leur pouvoir avec les enfants. Nous pensons que les enfants devraient déjà pouvoir voter. Les droits de l’enfant doivent être connus et appliqués. Et la politique doit changer pour que les enfants la trouvent intéressante.

Cela contribuerait à un monde dans lequel tous sont pris au sérieux et participent à la vie commune. Quel que soit leur âge.

Nous pensons que ce texte devrait être diffusé largement afin qu’un maximum de personnes (jeunes et moins jeunes) puissent être sensibilisées à la discrimination qu’est l’adultisme.
Dans ce but, nous vous proposons ici, avec l'accord des auteurs, deux versions en pdf :

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Une dissolution qui ne dit pas son nom : celle de la CIIVISE

Le gouvernement a décidé de substituer à la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) une structure associative (donc non institutionnelle), et d’écarter celui qui la présidait et était devenu l’incarnation de la dénonciation de ces violences sexuelles faites aux enfants : le juge Durand et son équipe.

Nous publions sa réaction, diffusée au journal de 7 h de France Culture le mardi 12 décembre 2023.

« Depuis plusieurs semaines déjà, on voyait des incertitudes sur le sort de la CIIVISE, on aurait bien voulu la fermer purement et simplement. Qu’est-ce qui gêne avec la CIIVISE ? Les préconisations? La parole des victimes ? Le messager ?
Nous parlons de violences sexuelles faites aux enfants. Nous parlons de ce dont il ne faut pas parler. Nous parlons de l’un des dénis les plus puissants de l’histoire humaine.
C’est toujours le messager qui paie. D’abord l’enfant victime lui-même. Et aujourd’hui, c’est à eux que je pense. Ce qui gêne, c’est l’émergence d’une parole.
La CIIVISE a été instituée le 23 janvier 2021 parce que le président de la République française s’est adressé aux victimes de violences sexuelles dans leur enfance.
Au moment où la CIIVISE restituait ces témoignages, il n’y avait, le 20 novembre, aucune représentation officielle pour respecter ces 30 000 témoignages.
Et dans la communication du gouvernement, aujourd’hui, il n’y a pas eu un seul mot à l’égard de ces personnes. Cette parole ne comptait pour rien, comme si elle n’avait pas existé. Et cet acte aujourd’hui, c’est un acte de déni. »

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Reconnaissance de la domination adulte, et donc des femmes sur les enfants, par une sociologue féministe

Christine Delphy. Photo lmsi.

Nous souhaitons ici vous signaler deux articles écrits par Christine Delphy, sociologue féministe, sur la domination adulte.

La reconnaissance de la domination des adultes, et donc des femmes, sur les enfants est une question douloureuse. Christine Delphy l’aborde dans la préface de son article “L’état d’exception : La dérogation au droit commun comme fondement de la sphère privée1. L’article, paru pour la première fois en 1995 dans Nouvelles Questions féministes, vol. 16, n° 4, est publié actuellement dans Penser le genre.

La première fois que j’ai dit lors d’une réunion féministe informelle ce qui me semblait aller de soi : que les enfants sont un groupe opprimé, l’une de mes amies a fondu en larmes en protestant qu’elle n’opprimait pas ses enfants2. Cela me rappelait l’attitude des premiers hommes confrontés au mouvement féministe, qui se mettaient presque à pleurer en disant qu’ils n’avaient jamais fait de mal à personne. En prétendant être attaqués personnellement, ils mettaient un terme à la discussion. Je n’avais pas cédé à ce chantage-ci, mais je cédai à ce chantage-là. Après tout, c’étaient mes camarades de lutte. Il m’a fallu dix ans, et la circonstance d’être à l’étranger, pour oser écrire ce texte.

Cet aveu est important, et si nous sommes attentifs·ives aux luttes féministes, nous savons que la question est toujours d’actualité. Claire, ancienne membre du collectif #NousToutes, a créé le « Collectif Enfantiste » parce que ses actions pour les enfants au sein du public féministe étaient invisibilisées.

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  1. Article publié dans L'Ennemi principal ; penser le genre, aux éd. Syllepse ; vous le trouverez ici sous forme de brochure A5 (à imprimer en recto-verso) ou ici au format A4 pour impression ou lecture en continu.[]
  2. Dans toutes les citations, c’est nous qui soulignons (note de l’OVEO).[]

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À propos du livre de Bernard Lahire Les Structures fondamentales des sociétés humaines

Dans cet article (précédemment publié sur le blog L'Enfant libre), Jean-Pierre Thielland, membre de l'OVEO, passe en revue les interventions dans les médias de Bernard Lahire, auteur d'un livre paru en 2023, Les Structures fondamentales des sociétés humaines. Olivier Maurel, qui a lu ce livre, en prépare une critique détaillée. On peut lire sur le site de l’éditeur les 50 premières pages (sur 970) du livre : préambule et introduction générale.

Les ressorts de la domination

« Un enfant qui accède à l’autonomie est un enfant qui sait qu’il peut compter sur lui-même, qui a confiance en ses propres capacités sans pour autant refuser d’avoir recours à autrui en cas de besoin. »

John Bowlby, Le Lien, la psychanalyse et l’art d’être parent (p. 12)

Le sociologue Bernard Lahire vient d’écrire un nouveau livre : Les Structures fondamentales des sociétés humaines, publié aux éditions La Découverte. Interviewé dans de nombreux médias, il dit vouloir, avec ce nouvel ouvrage, « raccorder les sciences de la nature – et tout particulièrement la biologie évolutive, l’éthologie, la paléoanthropologie et les sciences sociales – anthropologie, histoire, sociologie, etc. –, [considérées] par beaucoup comme radicalement incompatibles. »

À travers sa recherche, il pose une question qu’il estime fondamentale : quelle est l’origine des rapports de domination ? Et pour y répondre il nous invite à regarder du côté du rapport parent/enfant : « Lexpérience précoce, systématique et durable que nous faisons en tant qu’humains […] le rapport parent-enfant est, quel que soit le degré de bienveillance des parents, un rapport de domination. Et cela constitue une matrice pour comprendre pourquoi la domination, sous des formes extrêmement variées, est omniprésente dans les sociétés humaines 1. »

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  1. Interview sur Médiapart.[]

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Podcast « C’est quoi l’amour, maîtresse ? »

Diffusé en hors-série du très bon Le cœur sur la table (de Victoire Tuaillon), nous vous conseillons le podcast C’est quoi l’amour, maîtresse ?, de Lolita Rivé, journaliste (rédactrice, réalisatrice) devenue institutrice en 2019.

Au fil des 5 épisodes du podcast (octobre-novembre 2023), Lolita Rivé mène l’enquête auprès de ses élèves de CE1 et avec eux lors des séances d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle qu’elle a mises en place dans sa classe et enregistrées. Pourquoi ces séances, inscrites au programme, sont-elles si peu proposées dans les classes et pourquoi éveillent-elles autant de réticences ? Comment le recours à la violence et les stéréotypes de genre sont-ils transmis aux jeunes générations ? Comment apprendre à connaître son corps et savoir le faire respecter ?

Les épisodes sont bien construits, agréables à écouter et instructifs. Nous avons apprécié la clarté de l’illustration du continuum entre violence éducative ordinaire, violences relationnelles et violences sexuelles.

> Voir la présentation détaillée des 5 épisodes, qui cite également de nombreuses sources et références.

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