Vos enfants ne sont pas vos enfants, ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même. Ils viennent à travers vous et non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète.

Tués dans un but « éducatif »

Par Jean-Pierre Thielland, membre de l'OVEO.

L’article 222 de la loi Egalité et Citoyenneté, rejeté par le Conseil Constitutionnel, avait pour modeste intention d’inciter les parents à exclure de l'éducation des enfants « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ». Pour une question de forme, cet article a finalement été rejeté.

A peine quelques semaines après cet échec, un adolescent de 15 ans et un enfant de 5 ans viennent de perdre la vie, victimes de « punitions » infligées par leur beau-père.

Le journal Le Parisien relate que le beau-père de l’adolescent aurait expliqué qu’il avait voulu lui infliger une « correction » parce que celui-ci « n’allait plus à l’école ». Il n’aurait pas mesuré la violence des coups, qui avaient pour lui une « visée éducative ».

La Voix du Nord rapporte que l’enfant de 5 ans aurait, lui, subi une punition infligée par son beau-père parce qu’il avait fait pipi au lit. Il aurait été retrouvé avec le nez cassé, ainsi qu’un traumatisme au niveau de la tête.

Tout est dit : l’exacte et triste réalité d’une toute-puissance parentale qui ne rencontre aucun interdit dans un pays qui légitime le « droit de correction » et ferme les yeux sur la violence dite éducative.

La France, « pays des droits de l’homme », continue d’accepter qu’il existe en son sein une catégorie de « sous-citoyens » écartés du droit au respect et à l’intégrité de leur personne.

En France, la violence intrafamiliale à l’encontre des enfants est massive, et les trois quarts des maltraitances ont lieu dans un contexte de punitions corporelles. Oumar et Yanis n’ont pas eu la chance d’être protégés de la violence de leur beau-père, ils en sont morts. Ils font partie de ces « oubliés » dont parle la pédiatre Anne Tursz et pourront être comptabilisés parmi les centaines d'enfants ou d'adolescents qui meurent chaque année en France sous les coups de leurs proches.

Combien de morts faudra-t-il avant que nos responsables politiques, ainsi que tous ceux qui prétendent aux responsabilités dans notre pays, prennent l’initiative de légiférer sans ambiguïté contre cet insupportable « droit de correction » et toute forme de violence éducative, y compris dans la famille ?


Voir aussi sur la page Nos actions l'information sur la campagne Stop au déni 2017, contre toutes les violences faites aux enfants, à laquelle l'OVEO s'est associé.


Censure de l’article 222 de la loi Égalité et Citoyenneté par le Conseil Constitutionnel

L’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO), StopVEO-Enfance sans violences et la Fondation pour l’enfance sont déçus de la censure par le Conseil constitutionnel, ce 26 janvier 2017, de l’article 222 de la loi Égalité et Citoyenneté votée le 22 décembre 2016. La censure ne s’établit pas sur le principe même d’interdire la violence éducative ordinaire, mais sur une question de forme, l’article 222 n’étant pas considéré par le Conseil constitutionnel comme ayant un lien direct avec les objectifs initiaux de la loi.

Quel était le but de l’article 222 de la loi Égalité et Citoyenneté ?

L’article 222 complétait la définition de l’autorité parentale du Code civil en précisant qu’elle exclut « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ».

Cet article visait à mettre fin à une discrimination et à rétablir une égalité de droits entre les adultes et les enfants. Les adultes sont protégés par la loi contre les violences, mais les enfants ne le sont pas – à cause de la persistance d’un « droit de correction » archaïque utilisé par les juges – alors qu’ils sont les plus vulnérables.

Pourquoi le vote d’une loi civile interdisant les punitions corporelles est-il indispensable ?

Contrairement aux titres de certains journaux, cette interdiction des violences faites aux enfants, même sans ITT, incluant donc les tapes et les fessées, existe déjà dans le Code pénal français (Art. 222-13). Cependant, il ne précise pas que l’interdiction de la violence comprend également les punitions corporelles exercées par les parents sur les enfants pour des raisons « éducatives ». Par ailleurs, les sanctions prévues par le code pénal sont inadaptées (75 000 euros d’amende et 5 ans d'emprisonnement).

L’expérience des 51 pays qui ont précédemment voté cette loi montre qu’une loi civile symbolique, éthique et sans sanction est indispensable. Elle permet aux parents de prendre conscience que « toute punition physique impliquant l’usage de la force et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou d’arrêter un comportement estimé incorrect ou indésirable de l’enfant » est une violence. Le Comité des droits de l’enfant de l’ONU (Observation générale n° 8 de 2006) cite expressément comme violences physiques : le fait de gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture, etc., et comme violences verbales et psychologiques : le fait de crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, le chantage affectif, etc.

C’est cette prise de conscience qui entraînera une réduction rapide et considérable de la violence faite aux enfants dans le cadre éducatif et familial, car 75 % des maltraitances caractérisées se font dans un contexte de punitions corporelles à « but éducatif ». Deux générations après le vote de cette interdiction en Suède en 1979, 87 % des Suédois n’ont jamais été frappés par leurs parents, et 92 % des parents estiment qu’il est nocif de taper un enfant. Aujourd’hui, en France, ce sont 85 % des enfants qui subissent quotidiennement la violence éducative ordinaire.

Des campagnes régulières d’information et de sensibilisation des parents et des professionnels doivent être mises en place sans attendre le vote de la loi

La France sera amenée tôt ou tard à promulguer une loi interdisant la violence éducative. Mais, sans attendre le vote d’une loi, nous pouvons déjà faire baisser la violence grâce à :

  • des campagnes nationales régulières et de grande ampleur – dans les médias, dans l’espace public, dans les lieux accueillant parents ou enfants – pour sensibiliser à la possibilité d’une éducation sans violence ;
  • la sensibilisation des professionnels en contact avec des enfants, au cours de leur formation ;
  • des informations dans le carnet de santé.

Il faut informer les parents sur les besoins, les comportements et les étapes de développement de l’enfant à la lumière des découvertes scientifiques des vingt dernières années, encore trop méconnues, y compris des professionnels en contact avec les enfants.

Aux parents qui pensaient jusqu’ici bien faire en reproduisant le schéma éducatif vécu dans leur enfance, il faut dire que, contrairement aux idées reçues, ni la fessée ni aucune autre punition corporelle n’ont pour effet un meilleur comportement de leur enfant. Au contraire, la recherche indique que le recours à la fessée ou aux tapes est associé à une augmentation de nombreux troubles et problèmes au cours de l’enfance : agressivité, troubles émotionnels ou du comportement, problèmes de santé physique ou mentale, mauvaises relations avec les parents, diminution du sens moral, des capacités cognitives et de l’estime de soi. (Elizabeth T. Gershoff, Andrew Grogan-Kaylor, « Spanking and Child Outcomes : Old Controversies and New Meta-Analyses », Journal of Family Psychology, vol. 30, n° 4, 7 avril 2016, p. 453-469.)

Les parents pourront trouver sur les sites – de l’OVEO, Ni tapes ni fessées et la Fondation pour l’Enfance – des informations sur les conséquences des punitions corporelles pour leur enfant, des bibliographies et informations sur les structures d’aide à la parentalité.

La Cour de cassation peut mettre fin au « droit de correction » dès aujourd’hui

Comme beaucoup de pays dans le monde avant le vote de la loi, nous demandons à la Cour de cassation de ne pas attendre le vote de la loi en France, et de mettre fin dès aujourd’hui au recours par les juges à la notion de « droit de correction », notion jurisprudentielle qui fait obstacle à l’application de la loi pénale (l’article 222-13 du Code pénal).

Cette notion est contraire au principe de la loi pénale, qui doit se fonder sur une loi.

Le droit de correction a été aboli progressivement au cours du siècle dernier pour les employés, les militaires, les prisonniers et les femmes, mais pas encore pour les enfants.

Cette pratique inconstitutionnelle porte atteinte aux principes d'égalité, mais aussi du droit à la santé, à la protection de l’intégrité physique et à la dignité.

La France ne respecte pas les traités qu’elle a signés – la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU et la Charte sociale européenne – conformément à l’article 55 de la Constitution

La France n’est pas le « pays des droits de l’homme » qu’elle annonce alors que l’ONU, le Conseil de l’Europe, le Défenseur des droits et l’organisme France Stratégie, le Haut Commissariat aux droits de l’homme et l’UNICEF recommandent instamment l’abolition de toute forme de violence dans l’éducation des enfants et ne cessent de rappeler à la France ses manquements au respect de la Charte sociale européenne et la Convention relative aux droits de l’enfant qu’elle a signée il y a 27 ans.

Le vote de cette loi a beaucoup fait avancer le sujet en France malgré la censure, car elle a été largement relayée dans les médias et a été votée par plus de 300 députés, soutenue par des sénateurs, le gouvernement, le président de la République...

Nos associations continueront leur travail d'information en faveur d'une législation qui protège réellement les enfants et interdise toute « violence éducative ». Nous nous refusons à admettre que la France reste un des seuls pays d’Europe où les enfants demeurent écartés du droit au respect et à l’intégrité de leur personne ; 21 sur les 28 pays que compte l’Union européenne ont déjà franchi ce pas.

Nous nous adressons aux candidats à l’élection présidentielle : comment avez-vous l’intention d’agir pour que les enfants bénéficient d’un respect égal à celui dont bénéficient les adultes face à la violence ?

Télécharger le communiqué de presse (.pdf)

Voir notre Revue de presse, en particulier les articles de La Croix (29 janvier) et du Monde (26 janvier).


Contacts Presse

Gilles Lazimi, coordinateur des campagnes
gilles.lazimi@oveo.org

Maryse Martin, présidente
maryse.martin@oveo.org

Maud Alejandro
maud.alejandro@oveo.org

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Une chance historique pour faire reculer la violence dans la société française

Par Dorota Gille, membre de l’OVEO

L’article 222 de la loi Égalité et Citoyenneté adopté par le Parlement le 22 décembre dernier vise à compléter la définition de l’autorité parentale en excluant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ». Cette disposition, qui nous semble être l’une des mesures phares de la loi Égalité et Citoyenneté, a été soumise par un groupe de sénateurs à l’examen du Conseil constitutionnel.

La ratification de cette loi représente une avancée sociétale majeure.

Du point de vue légal, elle abolit le droit de correction qui subsiste encore en France au profit des adultes et qui permet à ces derniers d’exercer des violences (physiques et psychologiques) à l’encontre d’un enfant dans un but éducatif. Le droit de correction pour les employés, les militaires, les prisonniers et, beaucoup plus récemment, les femmes, ainsi que certaines formes de violence envers les animaux ont été abolis au cours du siècle dernier. Le harcèlement moral a été interdit. Les enfants demeurent aujourd’hui en France la seule catégorie de personnes qu’il est encore permis de frapper et d’humilier sous couvert du droit de correction.

La persistance de ce droit archaïque a pourtant des conséquences non négligeables pour les relations sociales. Le message éducatif qu’il véhicule est que :

  • l’enfant est la propriété de ses parents,
  • il existe une catégorie de personnes inférieures pouvant être humiliées et frappées,
  • il existe une violence normale, légitime et justifiée y compris par la loi,
  • on peut faire du mal à autrui du moment qu’on déclare agir pour son bien,
  • le plus fort peut frapper et humilier celui qui est sans défense.

Pour la plupart des grandes organisations internationales (ONU, OMS, Conseil de l’Europe), la violence éducative, qui regroupe l’ensemble des pratiques coercitives ou punitives utilisées pour éduquer les enfants, constitue les racines de la violence dans la société, ce que confirment de multiples recherches scientifiques. Introduire la violence, même légère (pour un enfant, dont les perceptions diffèrent radicalement de celles d’un adulte, il n’y a d’ailleurs pas de violence « légère »), même exercée dans un but éducatif, dans les échanges avec l’enfant, c'est lui apprendre :

  • à trouver normale et à reproduire la violence avec ses proches et avec les autres en général,
  • à se soumettre à des personnalités violentes et autoritaires et à adhérer à des slogans et à des idéologies, via une éducation à l’obéissance (il ne s’agit pas, bien entendu, de faire l’apologie du « laxisme », qui est une autre forme de violence par l’abandon affectif qu’il suppose),
  • à se faire violence à lui-même (toxicomanie, alcoolisme, suicides...) par la perte de l’estime de soi et de la confiance en soi.

C’est pour ces raisons que 51 pays dans le monde, et 21 des 28 États membres de l’Union européenne, ont déjà voté l’interdiction de la violence éducative, certains depuis près de 40 ans. On constate dans ces pays une baisse importante de la violence et des « comportements antisociaux » et une amélioration sensible du bien-être des citoyens.

L’avènement d’une société apaisée, plus juste et plus fraternelle, où chacun se sente reconnu et respecté pour ce qu’il est, présuppose de s’affranchir de la croyance erronée dans les vertus pédagogiques de la violence éducative. Le droit au respect et à la reconnaissance inconditionnels de toute personne humaine ne restera qu’un idéal abstrait tant que l’on refusera aux jeunes citoyens de faire d’abord l’expérience de ce droit, durant la période où leur cerveau se forme et où se forgent leurs représentations des relations sociales.

L’article 222 de la loi Égalité et Citoyenneté amorce une avancée anthropologique majeure. En posant le principe du refus de toute justification de la violence et en rejetant explicitement l’idée d’une violence légitime, il met un terme à la transmission, de génération en génération, de représentations des relations sociales fondées sur les rapports de pouvoir et sur la soumission docile à l’autorité. Il adresse aux nouvelles générations un message décisif en proclamant que la violence n’est pas une modalité acceptable des relations humaines.

L’article 222 consacre l’égale dignité des personnes les plus vulnérables de notre société en rappelant que toute personne a le même droit au respect de son intégrité physique et psychologique et le droit à un respect inconditionnel, indépendamment de sa faiblesse, de sa lenteur, de sa candeur ou de son inaptitude originelle à la vie en société. Il affirme l’inviolabilité de la personne humaine, quels que soient son âge, son degré de dépendance et son inadaptation aux normes. Oublier que l’enfant est d’abord une personne ouvre la voie à toutes les dérives et blesse profondément l’humanité tout entière.

En saluant l’avancée sociale majeure qu’elle représente, la société civile peut créer un environnement favorable à cette loi, qui opère un changement fondamental dans le rapport de la société française à l’enfant et pourrait permettre l’avènement d’une société plus juste, plus pacifique et plus humaine.


A lire également :

La présence de l’article 222 dans la loi « Egalité et Citoyenneté » est-elle justifiée ?

Par Olivier Maurel, fondateur de l’OVEO

Des critiques ont été formulées dans la presse contre la présence, dans la loi Egalité et Citoyenneté, de l'article 222, voté le 22 décembre 2016. D'après cet article, l'autorité parentale exclut désormais « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles », c'est-à-dire à toute punition physique impliquant l’usage de la force et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou d’arrêter un comportement estimé incorrect ou indésirable. Certains y ont vu un « cavalier législatif », c'est-à-dire un article sans véritable rapport avec l'objet général de la loi.

Il nous paraît donc important de mettre en lumière le lien entre interdiction de toute forme de punition corporelle, égalité et citoyenneté.

Pour ce qui est de l'égalité, il faut se rappeler qu'au cours des XIXe et XXe siècles, on a successivement cessé d'admettre que l'on batte les domestiques, les hommes d'équipage, les prisonniers et, beaucoup plus récemment, les femmes. Mais on continue à considérer qu'il est normal de frapper les enfants. Cela établit entre eux et les adultes une inégalité flagrante, d'autant moins justifiée que les enfants sont sans défense.

On justifie habituellement cette inégalité de traitement par leur âge et l'immaturité de leur cerveau, qui ne permettraient pas de les convaincre par la seule parole de bien se comporter. Mais on ne justifie pas pour autant le fait de frapper les adultes malades mentaux ou les personnes âgées atteintes d'Alzheimer. Pourtant, c'est aussi en raison de leur âge et de leur état mental qu'il est difficile de les convaincre par la parole. L'exception inégalitaire que l'on fait encore pour les enfants ne se justifie donc pas.

La pratique des punitions corporelles provoque une autre sorte d'inégalité, cette fois entre les enfants, selon qu'ils sont frappés ou ne le sont pas. Cette inégalité concerne à la fois la santé, les capacités d'apprentissage et les capacités de s'intégrer convenablement dans la société.

Il est aujourd'hui prouvé par de nombreuses études que les punitions corporelles ont des effets nocifs sur la santé physique et mentale des enfants.

Concernant la santé physique, les punitions corporelles, même si elles restent de faible intensité comme les tapes et (parfois) les gifles et les fessées, ont deux actions principales. Les hormones du stress qui se répandent dans l'organisme de l'enfant sous l'effet de toute agression deviennent toxiques quand la défense et la fuite sont impossibles, ce qui est le cas de l'enfant quand il est frappé. Elles détruisent alors des cellules, notamment au niveau du système digestif (ulcération de l'estomac) et des zones du cerveau liées à la mémoire et à l'apprentissage.

Cet effet direct s'accompagne d'un effet indirect beaucoup plus durable lorsque les punitions corporelles sont répétitives, ce qui est assez fréquent. Un organisme soumis à une agression et donc au stress désactive automatiquement un certain nombre de fonctions pour consacrer toute son énergie à la fuite ou à la défense.

Parmi ces fonctions se trouve le système immunitaire. Lorsque l'agression est ponctuelle et ne se reproduit pas, l'organisme retrouve son équilibre une fois le danger passé. Mais lorsque l'agression se répète, le système immunitaire, à force d'être désactivé et réactivé, se dérègle. Il devient moins performant et défend moins bien l'organisme. C'est la porte ouverte aux maladies. On a souvent constaté que les enfants souvent frappés avaient une santé plus fragile et étaient plus souvent malades. Tout récemment, en 2013, on a mis en lumière un effet inverse dû à ce dérèglement : le système immunitaire reste actif même en l'absence d'agent infectieux et met l'organisme en état d'inflammation permanente. Il attaque littéralement l'organisme au lieu de le défendre. C'est la porte ouverte à de graves maladies comme le cancer.

Concernant la santé mentale, les punitions corporelles lui portent atteinte par le biais de l'humiliation que produit le fait d'être frappé, mais aussi d'être jugé défavorablement. L'enfant n'a aucun moyen de contester le jugement implicite à toute punition corporelle. Si on le frappe, c'est qu'il est nul, méchant, désobéissant. Ces auto-accusations font perdre à l'enfant sa confiance en soi et son estime de soi. Répétées au long de l'enfance et de l'adolescence, ces auto-accusations ouvrent la voie à la dépression.

Ainsi, les punitions corporelles et les humiliations introduisent dès le début de leur vie une inégalité statistique entre les enfants qui en subissent et ceux qui n'en subissent pas. Inégalité statistique, car il est évident qu'il y a des exceptions, mais, globalement, cette inégalité existe bel et bien.

Cette inégalité dans le domaine de la santé s'accompagne d'une inégalité face à l'apprentissage. De nombreuses études ont prouvé que le fait d'être soumis à la menace de punitions ou à des humiliations entrave, voire paralyse les capacités d'apprentissage. Comme l'explique le Dr Jacqueline Cornet, « les apprentissages se font par des successions d'essais-erreurs-corrections. Si la correction des erreurs ne se fait pas par un réajustement en rapport avec l'erreur, mais par des ‟corrections” physiques qui n'ont rien à voir et qui provoquent stress et angoisse, l'auteur des erreurs abandonnera peu à peu tout essai et sera inhibé devant les apprentissages. La scolarité, entre autres, risque d'en pâtir lourdement. »

Enfin, et ce dernier point concerne la citoyenneté autant que l'égalité, les punitions corporelles, parce qu'elles sont des violences, agissent de multiples façons sur le comportement des futurs adultes que sont les enfants et risquent de les empêcher de s'intégrer harmonieusement à la société, notamment à une société démocratique.

En effet, les enfants s'éduquent en très grande partie par l'exemple. On sait aujourd'hui que les neurones miroirs présents dans le cerveau enregistrent tous les comportements que nous voyons et nous poussent à les reproduire. C'est particulièrement vrai des enfants, qui sont à un stade où ils apprennent les codes de la société dans laquelle ils vont vivre.

Quand on introduit la violence dans la relation avec un enfant, on apprend à son corps, à son système nerveux, que la violence fait partie des relations normales entre les personnes. De plus, on lui apprend le schéma d'une violence du fort sur le faible. Schéma que l'enfant, devenu adolescent et adulte, risque d'être porté à reproduire, au minimum sur ses propres enfants, à un degré supérieur sur sa conjointe ou, plus rarement, son conjoint, et, à un degré de violence subie encore supérieur, sur n'importe quelle personne qu'il estime avoir des raisons de considérer comme un adversaire.

Un adulte qui porte en lui une telle charge d'agressivité due à son passé aura du mal à s'intégrer normalement à la société, risquera de tomber dans la délinquance, voire dans la criminalité, plutôt que d'accéder à une citoyenneté apaisée. Un enfant dont tous les petits conflits de la vie quotidienne auront été réglés par des rapports de force et par des coups, risque d'avoir acquis le réflexe de passer directement de la tension du conflit à la violence, alors que, dans une société démocratique régie par des lois, la prise de conscience d'un conflit doit amener à le résoudre par des moyens pacifiques.

Les punitions corporelles ont bien d'autres effets. Si elles poussent certains à la violence, elles poussent d'autres, selon leur tempérament, à la soumission à la violence, à l'acceptation passive des injustices. D'autre part, frapper un enfant pour lui interdire un comportement peut le porter à reproduire ce comportement, mais en cachette de ses parents, et à leur mentir ou au contraire à les provoquer : « Même pas mal ! » De tels plis pris pendant l'enfance peuvent favoriser la corruption qui est le cancer de nombre de pays.

Ainsi, la pratique des punitions corporelles introduit dans la société de graves inégalités qui peuvent aller jusqu'à perturber le fonctionnement de la démocratie et donc porter atteinte à la citoyenneté. L'article 222 de la loi Egalité et Citoyenneté est sans doute celui qui a le plus de chances d'agir en profondeur, dès le plus jeune âge des futurs citoyens, pour donner plus de réalité au deuxième terme de la devise de la République française et pour favoriser son fonctionnement démocratique.

Même qu’on naît imbattables !

Bientôt le nouveau film de Marion Cuerq : Même qu'on naît imbattables !

Olivier Maurel : "A l'âge de seize ans déjà, à la fin d'une de mes conférences, Marion Cuerq m'apportait mon livre La Fessée à dédicacer. Elle l'avait lu et relu. A vingt et un ans, elle réalisait et confiait à l'OVEO son beau film Si j'aurais su... je serais né en Suède ! pour nous montrer un pays d'où la fessée est bannie. Et maintenant, elle nous annonce un nouveau film. Marion a de la suite dans les idées, elle en a aussi dans les images, et beaucoup de talent. On peut lui faire entièrement confiance. N'hésitez pas à soutenir la réalisation de son film en apportant votre aide, et devenez, comme l'OVEO, coproducteurs."

Toute contribution, même petite, est importante.
(La première souscription pour ce deuxième film est close, mais elle se poursuit sur le nouveau site.)


Des personnes ne souhaitant plus apparaître dans le film Si j'aurais su... je serais né en Suède !, celui-ci n'est désormais plus disponible au visionnage, mais la suite nous promet de belles émotions.

Vous pouvez suivre Marion et partager vos impressions sur sa page Facebook.

Pour faire connaître le travail de Marion Cuerq et le site de l'OVEO, vous pouvez nous commander le petit tract et la carte postale disponibles sur la page Tracts et affiches.

Pour toute question concernant les films eux-mêmes, contacter directement Marion.


A propos du premier film de Marion Cuerq, Si j'aurais su... je serais né en Suède !

Il faut savoir que Marion Cuerq avait 21 ans lorsqu'elle a commencé à tourner ce film1, qu'avant cela elle n'avait jamais touché à la vidéo ni filmé ni monté de film, que son budget et son matériel étaient très limités. Elle demandait qu'on ne regarde pas son film comme celui d'un professionnel, mais il se défendait pourtant très bien ! Ce que Marion a voulu montrer, c'est combien il fait bon grandir en Suède, que les enfants y sont bien traités et que cela fonctionne.

"En tout cas, écrit-elle, j'y ai mis toute mon énergie, toutes mes tripes et j'ai littéralement tout donné pendant ces deux ans !!"

Ce film a été un instrument important pour faire connaître la manière dont les enfants sont pris en considération en Suède et pour faire comprendre que la France doit elle aussi, le plus tôt possible, adopter une loi qui interdise toute forme de violence à l'égard des enfants.

(suite…)

  1. A la suite de la soirée Thema Au pays de la fessée interdite... A lire également : l'interview de Marion sur instit.info, où on peut voir la bande-annonce du film. []

Une bonne nouvelle pour les enfants : la France fait un pas vers l’abolition de la violence éducative ordinaire (VEO)

Le peristyle, la colonnade et le fronton du Palais Bourbon

Ce jeudi 22  décembre 2016, avec le vote définitif de l’article 68 du projet de loi « Égalité et Citoyenneté » par l’Assemblée nationale, l’article 371-1 du Code civil précise désormais que l’exercice de l’autorité parentale exclut «  tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ». La notion de violence corporelle inclut toute punition physique impliquant l’usage de la force et visant à infliger un certain degré de douleur ou de désagrément, aussi léger soit-il, dans le but de modifier ou d’arrêter un comportement estimé incorrect ou indésirable.

Les enfants disposent désormais du même droit au respect de leur intégrité physique et psychologique que les adultes.

L’exposé des motifs de l’amendement adopté interdit également le « recours au droit de correction envers les enfants, qui est une notion jurisprudentielle utilisée pour ôter ou diminuer la responsabilité d’un adulte […] qui commet des violences ou a recours à des punitions corporelles à l’endroit d’un enfant […] » (amendement N° 42).

Les parents doivent s’abstenir de l’utilisation « de toutes les formes de violence : physiques, verbales et psychologiques » dans l’éducation de leurs enfants.

Quelques exemples de violence éducative ordinaire (VEO) :

violences verbales et psychologiques (crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, chantage affectif…) ;

violences physiques (gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture…).

Les parents ont recours à la violence éducative pour plusieurs raisons :

→ l’idée, véhiculée à tort, selon laquelle ces pratiques auraient des vertus éducatives,

→ la reproduction du schéma familial et de l’éducation reçue et intégrée comme normale,

→ une méconnaissance des vrais besoins des enfants, des étapes de leur développement et des conséquences de la VEO.

Depuis 15 ans, les recherches scientifiques ont prouvé que chaque violence subie par un enfant a des conséquences néfastes sur son développement et sa santé physique et psychologique (faible estime de soi, addictions, troubles alimentaires, dépression, comportements violents…). Ces violences, intériorisées, auront plus tard des répercussions sur la société tout entière.

Nos associations, qui militent depuis de nombreuses années contre la violence éducative ordinaire, se réjouissent de l’adoption de cette loi et remercient les députés Édith Gueugneau, François-Michel Lambert et Marie-Anne Chapdelaine, qui ont porté cette loi, ainsi que François Hollande, président de la République, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, et Marie Derain, conseillère Droits de l’enfant auprès du ministère, qui l’ont soutenue.

Cette loi pourra enfin nous permettre de nous attaquer aux racines de la violence, car c’est bien dans l’enfance que les coups et les humiliations nous enseignent qu’il est légitime de s’en prendre à plus faible que soi et d’utiliser la violence pour résoudre les conflits.

Dans les pays qui ont voté une telle loi et mené des campagnes d’information à l’appui, on constate une baisse de la délinquance, des suicides, de la consommation d’alcool et de drogue, de la violence faite aux femmes, des placements en foyer, des agressions. Deux générations après l’interdiction en 1979 des châtiments corporels, 87 % des Suédois n’ont jamais été frappés, et la quasi-totalité des parents n’envisagent même plus les châtiments corporels comme une méthode d’éducation possible. Depuis le vote de la loi en Suède, 50 autres pays dans le monde, dont 21 sur les 28 que compte l’Union européenne, lui ont emboîté le pas.

L’objectif de la loi est une interdiction symbolique, pour favoriser une prise de conscience et changer l’attitude des adultes envers les enfants. La règle posée est de nature exclusivement civile et ne s’accompagne d’aucune sanction.

Nous attendons maintenant que cette loi soit accompagnée de campagnes d’information et de sensibilisation de l’ensemble de la société (enfants, parents, professionnels de l’enfance et de la santé…) et de mesures d’aide et de soutien aux parents afin de privilégier un accompagnement respectueux des enfants.

Au-delà de l’abolition de toute forme de violence envers les enfants, c’est le regard porté sur eux par les adultes qui doit changer et permettre des relations plus apaisées dans toute la société.


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Gilles Lazimi, coordinateur des campagnes
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Maryse Martin, présidente
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Maud Alejandro
maud.alejandro@oveo.org



 

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Présentation de la proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants

Les colonnes du peristyle du Palais Bourbon, Statue d'Aguesseau

Le 20 avril 2016 à 15h, les députés Édith Gueugneau et François-Michel Lambert ont tenu une conférence de presse à l’Assemblée Nationale pour présenter le projet de proposition de loi visant à abolir la violence faite aux enfants.

Ce projet est soutenu par plusieurs personnalités opposées à la violence éducative ordinaire : Dre Cécile Alzina, Docteure en psychologie, Dre Edwige Antier (pédiatre et ancienne députée), Dre Jacqueline Cornet (association "Ni fessées ni tapes"), Vincent Dennery et Lucie Dhainaut (de la Fondation pour l'enfance), Regina Jensdottir (membre du Conseil de l'Europe), Dr Gilles Lazimi (médecin généraliste et parrain de l'OVEO), Dre Emmanuelle Piet (Présidente du Collectif Féministe Contre le Viol), Henriette Zoughebi (Ancienne Conseillère régionale d'Île-de-France), ainsi que plusieurs membres de l’OVEO.

 

Les articles de ce projet sont les suivants :

Article 1er

Nul, pas même le ou les titulaires de l’autorité parentale, n’a le droit d’user de violence physique, d’infliger des châtiments corporels et des souffrances morales ni de recourir à toute autre forme d’humiliation envers un enfant.

Article 2

Le Code civil est ainsi modifié :

1° À l'article 371-1 du Code civil, après les mots : « pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne », sont ajoutés les mots « qui exclut tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux punitions corporelles » ;

2° Au même article après le deuxième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« L’autorité parentale ne comprend aucun droit de correction, aucune forme de violence physique et morale, aucune punition corporelle ni aucune autre forme d’humiliation envers l'enfant. »

Article 3

À l’article 213 du même code, après les mots : « Ils pourvoient à l'éducation des enfants et préparent leur avenir », sont ajoutés les mots : « sans exercer de violence ni infliger aucune souffrance de quelque nature qu’elle soit. »

Article 4

Le code de santé publique est ainsi modifié :

L’article L2132-1 est complété par un alinéa ainsi rédigé :

À la première page du carnet de santé de l’enfant doit figurer la mention suivante : « Nul, pas même le ou les titulaires de l’autorité parentale, n’a le droit d’user de violence physique, d’infliger des punitions corporelles et des souffrances morales ni de recourir à aucune autre forme d’humiliation envers un enfant. »

 

L’OVEO soutient cette proposition de loi civile pour plusieurs raisons :

  • elle a une visée éthique et symbolique : l’enfant doit avoir le même droit que l'adulte au respect de sa dignité et de son intégrité physique.
  • la loi va poser une limite claire : il n’y a pas de violence acceptable.
  • elle permettra de changer rapidement les comportements, comme on a pu le voir dans les pays qui l’ont déjà votée. Les changements sont moins rapides lorsque seules des mesures d’information sont mises en place
  • il est important que la loi soit civile et non pénale : il n’est pas question de punir les parents mais bien de leur donner un repère.

En soutien à cette proposition de loi, l’OVEO va :

  • mettre à disposition les ressources sur le sujet auprès des élus, des institutions françaises, des médias et du public ;
  • coordonner le projet en lien avec le gouvernement, l’ONU, le Conseil de l’Europe et les associations françaises et mondiales demandant l’abolition des châtiments corporels ;
  • faire appel aux 250 associations qui ont signé depuis 2007 notre « appel à l’interdiction des punitions corporelles » afin qu’elles relaient l’information et se mobilisent en faveur de la proposition de loi ;
  • solliciter un à un les élus pour qu’ils prennent position et, bien sûr, relayer la proposition de loi sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, l’OVEO milite pour la mise en place :

  • d’une campagne d’information régulière à l’échelle nationale
  • d’une politique d’accompagnement des parents

 

Pour plus d’informations, veuillez consulter le dossier de presse (Nous le mettons régulièrement à jour au fur et à mesure que des co-signataires s'ajoutent. Dernière MAJ : 7 juin 2016)

Contacts presse :
Gilles Lazimi : glazimi@gmail.com
Olivier Maurel (président de l’OVEO) : omaurel@wanadoo.fr
Maud Alejandro : maud.alejandro@oveo.org

 

Voir dans notre Revue de presse les articles qui commentent ce projet de proposition de loi.


VEO institutionnelle et soutien aux « lanceurs d’alerte »

Le principe de cet appel, lancé le 8 mars 2016 sur le site de l'OVEO sous le titre Appel à la création d'un réseau solidaire contre la violence éducative ordinaire, a été révisé lors de notre assemblée générale du 23 novembre 2016.

Nous proposerons prochainement sur cette page un rappel de l'état de la législation existante concernant toute forme de violence de la part d'un enseignant ou d'un professionnel de l'enfance. Les parents qui, entre-temps, souhaiteraient que l'OVEO envoie une lettre de soutien à l'appui de leur demande lorsqu'ils écrivent à une inspection académique pour signaler la violence d'un enseignant peuvent continuer à nous écrire à l'adresse de l'association : contactez_nous@oveo.org, ou à l'adresse ci-dessous.

Nous conservons sous forme de fichier confidentiel les coordonnées des personnes et associations "ressources" qui ont déjà répondu ou répondraient encore à cet appel pour soutenir localement, ou selon leurs compétences, les demandes de soutien que nous recevrions, soit à l'adresse de contact de l'association, soit à celle de l'appel ci-dessous : solidarite-violence-educative@oveo.org.


Articles et témoignages à lire sur le même sujet (vous trouverez d'autres articles en lien à la fin de ceux-ci) :


Mars 2016. Appel à la solidarité entre parents, enseignants, éducateurs, professionnels de l’enfance et associations pour briser la loi du silence entourant les pratiques de violence éducative ordinaire dans l’enseignement et sur les lieux d’accueil

Nous, membres de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO, www.oveo.org), invitons tous les parents, enseignants et professionnels de l’enfance (en exercice ou en formation), élus, services sociaux et associations de bonne volonté à nous contacter afin de créer un réseau solidaire qui interviendrait dans des situations où, en dehors des familles, les enfants de tous âges sont maltraités au sens le plus large du terme : violences physiques et psychologiques souvent considérées comme « petites » eu égard à la tradition, mais lourdes de conséquences sur l’avenir des enfants.

Le bon sens et l’observation directe nous le disaient déjà depuis longtemps, mais on sait aujourd’hui sans plus le moindre doute que les brutalités physiques (fessées, gifles, tirer les cheveux ou les oreilles, secouer, bousculer, infliger des punitions douloureuses), ainsi que les violences psychologiques (menace, moquerie, jugement, punitions de toute sorte, à quoi il faudrait ajouter les récompenses, puisqu’elles servent elles aussi à contrôler les enfants, à les mettre en compétition entre eux et à les rendre dépendants d’un système d’évaluation) sont une cause de stress, de destruction de l’empathie, du sens moral, de l’estime de soi et de la confiance en soi, ainsi que de la motivation à apprendre (motivation intrinsèque).

Plus aucun professionnel ne devrait ignorer les découvertes scientifiques sur le fonctionnement du cerveau et sur le développement des enfants de la naissance à l’âge adulte. Malheureusement, ces connaissances ne font guère partie de la formation des enseignants et de la plupart des professionnels de l’enfance. Les médecins et psychologues eux-mêmes sont rarement sensibles aux effets de la maltraitance dite « légère », ne savent pas la repérer, ou la considèrent comme normale et nécessaire. Toute cette ignorance est la conséquence d’une tradition ancienne (dans les familles comme dans l’ensemble de la société), qui se perpétue de génération en génération par le mécanisme du déni et du refoulement à l’âge adulte des souffrances de l’enfance.

Il est difficile pour un adulte de reconnaître qu’il a souffert en vain, qu’il aurait pu être plus heureux s’il avait été traité avec respect et amour. Mais aujourd’hui, grâce aux découvertes des neurosciences et grâce à la lente évolution d’une minorité de plus en plus nombreuse d’adultes « conscients », il devrait être possible de briser la loi du silence entretenue dans ces situations de maltraitance très souvent couverte par les institutions, même lorsqu’elle n’a rien de « léger », et à plus forte raison lorsqu’elle est considérée comme normale, voire souhaitable, par beaucoup de parents.

Souvent aussi, même les parents de bonne volonté ignorent ce qui se passe à l’école, parce que les enfants sont sous influence, se croient eux-mêmes coupables de ce qu’on leur fait (ils l’ont « mérité »), puisque leurs parents les laissent (par ignorance, par déni, par commodité, par peur de l’autorité) dans ces situations et tentent de les persuader que c’est « pour leur bien ». Quelques années plus tard, on s’étonnera de voir ces mêmes enfants devenus adolescents refuser le système scolaire, brutaliser leurs camarades et les enseignants, comme s’ils n’avaient pas d’histoire, comme s’ils avaient toujours été ainsi, de nature, alors que tous les êtres humains sont doués à la naissance de capacités prosociales remarquables et ne demandent qu’à aimer et être aimés, respecter et être respectés.

Sur une planète mondialisée où le niveau de violence, de compétition, de destruction économique et écologique menace jusqu’à notre survie, il est temps que les adultes – parents, professionnels et simples citoyens – de bonne volonté se mobilisent pour défendre activement les enfants dans les situations où ils sont abandonnés de tous.

L’OVEO appelle à la création d’un réseau informel de solidarité afin de mettre en relation, dans le plus grand nombre possible de situations, les « lanceurs d’alerte » isolés, voire menacés, et des personnes ou associations « ressources » qui interviendraient par des moyens divers pour les soutenir et remédier dans l’intérêt de tous à ces situations. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur quelque profession que ce soit. Tout comme les parents, les enseignants et les professionnels héritent d’un système et d’une tradition. Il s’agit aussi de les aider (dans la mesure du possible) à prendre conscience des conséquences de leurs actes, ne serait-ce qu’afin qu’on ne se contente pas de les déplacer pour qu’ils recommencent ailleurs les mêmes agissements. Mais les enfants n’ont en aucun cas à en payer le prix.

Jusqu’ici, la plupart des parents n’avaient généralement pas d’autre recours, pour défendre leurs enfants, que de les retirer de l’école, du lieu de garde ou de l’institution où ils étaient maltraités, abandonnant les autres enfants à leur sort. De même, les professionnels qui souffrent d'être les témoins impuissants de cette violence éducative institutionnalisée doivent pouvoir sortir de leur isolement et trouver du soutien pour que leur indignation légitime vienne en aide aux enfants victimes. Ensemble, nous devons mettre en demeure les institutions de changer, de ne plus agir contre l’intérêt des enfants pour protéger une hiérarchie défaillante.

Parents, professionnels, associations qui souhaitez dénoncer de telles situations ou intervenir pour aider d’autres personnes à le faire, contactez-nous à l’adresse solidarite-violence-educative@oveo.org (ou par courrier à Olivier Maurel, 1013C, chemin de la Cibonne, 83220 Le Pradet) en précisant où et de quelle façon vous pouvez intervenir, directement ou indirectement. Vos coordonnées ne seront en aucun cas rendues publiques, mais seulement communiquées, avec votre accord, aux personnes avec qui nous pourrions vous mettre en relation.

Ensemble, soyons la voix de nos enfants !


2015 : l’OVEO fête ses 10 ans

Pour fêter le 10ème anniversaire de sa fondation en mars 2005, l'OVEO a tenu un stand au salon Primevère à Lyon du vendredi 20 au dimanche 22 février, avec une projection du film Si j'aurais su... je serais né en Suède ! suivie d'un débat le dimanche 22 à 14h30. Merci aux nombreuses personnes qui sont venues nous rencontrer sur ce stand et assister à la projection.

Le dépliant de présentation de l'OVEO a été réimprimé à 2 500 exemplaires ((puis de nouveau à 5 000 exemplaires en juin 2015), et nous vous proposons également un nouveau matériel : flyers, cartes postales et affiches, visibles sur la page Tracts, dont une carte postale et un flyer 10x15 cm pour faire connaître le film de Marion Cuerq. Merci à tous ceux qui sont venus nous rencontrer sur le stand et lors du débat sur le film Si j'aurais su... je serais né en Suède !

Si vous êtes membre de l'OVEO, vous pouvez utiliser le cadre "contact local" au dos de la nouvelle version du dépliant pour y indiquer votre nom (ou un prénom) et un moyen de vous joindre. Nous espérons que cette 10ème année sera l'occasion de la création de groupes locaux de l'OVEO qui relaieront son action sur le terrain. Toutes vos initiatives locales peuvent être relayées sur la page Nos actions en nous écrivant à l'une des adresses de contact.

Plusieurs parutions de livres notables en ce début d'année 2015 où le débat sur une législation contre la violence éducative en France prend de l'ampleur (voir Communiqué du député F.-M. Lambert), en particulier :

- la nouvelle édition revue et augmentée du livre d'Olivier Maurel, fondateur et président de l'OVEO : La Fessée, questions sur la violence éducative ;

- la parution du premier livre traduit en français d'Alfie Kohn, Aimer nos enfants inconditionnellement.

- deux nouveaux livres de Jesper Juul viennent de paraître (mars 2015) aux éditions Fabert. Nous essaierons de vous en donner un compte-rendu.

Rappel : depuis cette année, les adhésions sont valables du 1er janvier au 31 décembre. N'hésitez pas à adhérer ou réadhérer à l'OVEO sans plus attendre.

Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire ? (Une présentation du site de l’OVEO)

Quelques suggestions si vous visitez notre site pour la première fois...

De nouveaux articles sont publiés régulièrement ! Pensez à regarder la liste des articles récents en descendant dans la colonne de droite, et à consulter les différentes rubriques accessibles par le menu en haut de page. (Seuls les articles faisant office d'éditorial sont mis en page d'accueil lors de leur publication.)

Vous pouvez aussi vous inscrire (en bas de la colonne de droite) pour recevoir notre lettre d'information, envoyée plusieurs fois par an et qui recense les articles parus depuis la lettre précédente.

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Le film de Marion Cuerq Si j'aurais su... je serais né en Suède !, sur l'interdiction de la violence éducative en Suède, n'est plus disponible sur le site de l'OVEO, mais un autre est en préparation et vous pouvez le soutenir : Même qu'on naît imbattables !

Editorial : Pourquoi un Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Qu'est-ce que l'Observatoire de la violence éducative ordinaire ?

Le Point de vue de l'OVEO sur l'actualité : nombreux articles que nous mettons d'abord en page d'accueil avant de les regrouper dans cette rubrique (campagnes d'information, événements qui nous "interpellent" dans l'actualité ou les médias, en France et dans le monde...)

Dans la partie "La VEO à la loupe" : une Histoire de la violence éducative ordinaire, des témoignages, des textes fondamentaux pour mieux comprendre ce qu'est la VEO et quels sont ses effets...

Dans la partie Pour un monde sans VEO : une géographie de la violence éducative ordinaire (VEO) dans le monde, des articles sur l'état de la législation (voir ci-dessous), des critiques de livres, des liens et bien d'autres ressources... A noter (2012) un article donnant des informations importantes sur un traitement de l'autisme.

Pour aider les visiteurs, nous nous efforçons aussi de mettre les articles du site en lien les uns avec les autres. N'hésitez pas à nous faire des suggestions si vous en trouvez que nous pourrions ajouter !

Faut-il légiférer sur la violence éducative ordinaire ?

Les communiqués de presse de l'OVEO en 2016 et 2017 :

Plusieurs articles et lettres ouvertes en réponse à la polémique relancée en France en 2009 par la proposition de loi de la députée Edwige Antier :

D'autres articles sur le même sujet :

Sur la violence éducative et la question de l'écologie :

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